Tue-moi

A toi qui a envoyé ici les huit fiancées de la mort, tue-moi. A toi qui viole, massacre, brûle, pille, détruit au nom de ta barbe purulente, s’il te plaît tue-moi. Tue-moi mille fois s’il le faut, tue-moi à la balle ou au couteau, attention à ton fardeau dynamite, mais par la grâce de ton porc de Dieu, tue-moi. A toi qui me traite d’apostat, de chien de chrétien, de croisé, d’anathème à tes yeux chafouins d’obsédé de la queue, tue-moi ! Par la truie qui t’as engendré par le chien qui t’as fait tue-moi.

Tue-moi plutôt que je vive dans ton monde de meurtre.

J’ai encore perdu une amie récemment et il y a du monde qui m’attend en enfer ou au ciel, moi j’ai des amis partout là-bas. De toute façon ton paradis c’est mon enfer à moi. Alors tue-moi.

Oui tue-moi encore et encore, acharne-toi puisque tu ne sais rien d’autre, puisque tu as quitté la vie pour le pouvoir, tue-moi. Tue-moi l’apostat qui me traite de mécréant, l’imposteur qui me parle de foi. Tue-moi tue-nous tous ! Puisque tu ne vis que ça.

Tue-moi et j’irais retrouver mes amis les chats, les arbres, les vaches et d’une manière si subtile, imbécile, que tu n’y verras rien. Tue-moi et j’irai rejoindre le cosmos où tu n’es rien et je serai tout. Tue-moi et je serai libre même de n’être qu’une brise qui balaiera la puanteur de tes charniers.

Tue-moi et par la grâce de mon ciel je n’entendrai plus jamais parler de toi, tes obsessions de sexe et de pureté, singes de ta propre croyance. Tue-moi et enfin je n’entendrai plus parler de Dieu, libéré de cette absurdité que vous suspendez tous au-dessus de vos têtes de moineau comme une épée de Damoclès.

Tue-moi et j’abandonnerai sans peine et sans mal ce monde d’égorgeurs de mouton, ou pas, de viandards du dimanche dont l’idée du bonheur est d’exploser une caille, de tauromachie et de porcs en batterie. De petits hommes politiques besogneux et trémolos dans la voix, de bêlants de télé, de farceurs de littérature, d’imposture et de médiocrité.

Oui tue-moi avant que je ne te tue car c’est là où tôt ou tard tu veux m’emmener, à un meilleur alibi à tes propres désirs d’en finir, une raison plus intime pour souscrire à ta lâcheté de vivre. Tue-moi avant même que j’ai envie de te tuer, c’est un désir que je te laisse volontiers à toi et à tous les bourreaux du monde. Le vôtre est triste et stérile, le mien est cerné de chats et de mots.

Tue-moi la vie m’a déjà tué mille fois, tu ne pourras jamais me désarmer. Que je serve ton Dieu ou ton Sheitan nous reviendrons pour toi, n’oublie pas c’est écrit dans tes livres. Tue-moi et je t’enseignerai des terreurs d’enfant si intimes que tu en perdras le peu de raison qui te reste. Tue-moi et la mitraillette qui te sert de hochet sera un jouet bien scabreux à l’heure de ton tribunal mythologique. Tue-moi dans ton Holocauste final, ton Jugement Dernier je suis une bombe à retardement. Tue-moi.

Mais tu le sais, nous ne sommes pas pareils, et tu en jouiras à l’heure de mon trépas, ça sera le seul moment de gloire de ta vie sexuelle. Moi je ne suis pas suicidaire, j’aime la vie et son sel, le rire des mômes et le regard des filles quand elles sont troublées, même voilées, les petites fleurs des champs et tout le tralala. Toute cette poésie qui t’est à jamais interdite. Ton univers est plein de certitudes, alors tue-moi parce que je n’ai effectivement rien à y faire. Tue-moi et j’irai jouir au soleil des terrasses de café d’un Paris de paradis, et pourquoi pas après tout ? Je cesserai de rêver pour en devenir un, pourvu que ça ne soit pas le tien. Tue-moi.

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Charlie est mort, rions un peu…

Il y a quelques jours je parlais de tous les fourbisseurs d’islamophobie en tout genre, amateurs de stigmatisation, phraseurs du Grand Remplacement, cette théorie directement issue des élucubrations des suprématistes américains rendue à la sauce littéraire des pseudos intellectuels français. Toute cette fange, de Nicolas Sarkozy à Alain Finkielkraut en passant par l’inénarrable spécialiste du « réel » Zemmour, le Soral du riche, qui nous expliquent à longueur d’année que l’islam est le problème, et que le problème et d’ordre civilisationnel.  Que l’islamisme est uniquement une question fabriquée à l’aune des échecs du monde arabo-musulman, comme si la politique de l’Otan n’y était pour rien, comme si la politique occidentale depuis ces quarante dernières années n’avait pas sa part de responsabilité dans la montée de cette forme d’extrémisme. Bref comme s’il fallait absolument dédouaner l’occident de toute ses errances à contrario d’une repentance insane et mal venue et sans doute un peu trop systématique pour être tout à fait honnête. Je disais en gros qu’en tuant la rédaction de Charlie Hebdo, on nous laissait veuf avec ces fabricants de haine qui allaient pouvoir s’en donner à cœur joie, soutenus par tous ceux qui accusent ceux qui ne pensent pas comme eux d’être des « bisounours » ignorant du fameux « réel » dont ils sont évidemment les gardiens. Mais j’avoue j’ai péché par réaction devant l’unanime hypocrisie de ces locuteurs qui hier se disaient contre l’hebdomadaire et aujourd’hui brament à qui veut les entendre que oh là là Charlie c’était trop sympa. Zemmour pour commencer, zélateur de ses propres théories qui ventre à terre en a profité pour nous rappeler à quel point il est le Cassandre que l’Apollon de Mai 68 ne veut pas écouter. Que voulez-vous, cette pensée binaire m’insupporte. Cette pseudo réflexion de réactionnaire de droite qui consiste à rejeter toute forme de responsabilité sur le camp opposé et se targue au nom de cela de connaître, elle, le fameux réel, m’a toujours semblé d’une inqualifiable malhonnêteté intellectuelle. Pourtant, au regard de ce que je peux lire et entendre ces derniers jours, je me demande si dans ce pays hémiplégique où il faut choisir si l’on est de droite ou de gauche, ils n’auraient pas partiellement raison.

Pour Edwy Plenel par exemple, l’explication de ce massacre ne passe que par un seul prisme, le rejet médiatisé de l’Islam par toute cette frange d’hommes politiques et d’intellectuels auto-proclamés. Et toute une partie de la classe politique avec lui de vouloir faire la chasse à tous ceux qui oseront dire qu’ils ne sont pas Charlie.  L’inqualifiable Tariq Rammadan, très récemment, d’accuser Charlie, dans sa prochaine édition, de vouloir faire de l’argent sur le dos du saint prophète. Accusation déjà faite à demi-mot par le groupuscule raciste les Indigènes de la République au moment des caricatures en 2011 qui qualifiait la rédaction du journal « d’élite blanche » l’accusant d’islamophobie, comme si la fameuse religion était la seule et unique cible des trublions. En gros si les trois paumés ont massacré 17 personnes dont une jeune flic que tout le monde a oublié (elle n’était ni musulmane, ni juive, ni dessinatrice de Charlie, juste antillaise…) ce n’est que pour une seule raison tangible, la fameuse phobie médiatisée et relayée qu’il est visiblement très mauvais d’avoir. Ça, et admettons-le du bout des lèvres, comme l’a fait remarquer Luc Besson dans une lettre récente, à une déshérence de la jeunesse des banlieues. En gros tout le monde se déresponsabilise et rejette la faute sur l’autre.

Pour autant, les quatre victimes de l’hypermarché n’ont pas été massacrées parce qu’elles avaient insulté le prophète mais parce que leur présence dans ce lieu les avait assimilé à des juifs (et oui gros, moi j’aime bien manger casher ou hallal parfois ça ne fait pas de moi un juif ou un musulman). Pour autant la jeune flic n’a pas été tuée parce qu’elle était soupçonnée de judaïsme ou d’insulte mais plus simplement parce que son tueur voulait répandre la terreur et la confusion…. Et peut-être aussi parce qu’elle portait simplement un uniforme qu’il avait appris à haïr. Pour autant avant de devenir des tueurs endoctrinés, ces trois pauvres types n’étaient rien de plus que des délinquants de droit commun, dignes représentants d’une jeunesse paumée comme il en existe des milliers et pas seulement dans les fameuses banlieues. Marine Le Pen dans une de ces nombreuses fumeuses déclarations nous expliquait que les djihadistes ne poussaient pas dans les bocages normands, jusqu’à ce qu’on identifie quelques bourreaux de Daesh purement franco-français, issus du fameux bocage et convertis à cet Islam que l’on qualifie de radical. Pour autant si aujourd’hui entre 3000 et 5000 européens sont partis faire le djihad, on ne peut pas simplement expliquer ça par la seule réalité de banlieues pourries, de la politique issue de 68, ou par l’islamophobie. Car ce sont là des explications exclusivement franco-française et disons le nombriliste. De la simplification à l’usage d’un camp ou d’un autre, favorisant surtout l’égo de leur locuteur. Si 68 a sans doute mis au pilori certaines valeurs solides et ouvert la voie à une certaine bourgeoisie de gauche, il n’en a pas été néanmoins vecteur de formidables avancées. Pas d’abolition de la peine de mort, de droit à l’avortement, de légalisation de l’homosexualité sans 68. Si les banlieues sont aujourd’hui si mal en point il s’agit d’une politique mise en route conjointement et alternativement par des politiques de droite comme de gauche, et une économie au nom abusif de libérale dévorante que l’on retrouve à des degrés différents dans toute l’Europe, tout comme d’un replis communautaire généralisé. Et si la fameuse phobie a vu le jour, on ne peut pas décemment dire qu’elle est née d’un sentiment fabriqué de toute pièce par un christianisme dévoyé comme ce fut le cas avec l’antisémitisme. On ne peut pas simplement demander aux gens de ne pas avoir peur et de ne pas être en colère quand des milliers d’individus meurent, musulmans y compris (surtout même) sous les assauts bien réels des radicaux de cette religion. Les racines de ce mal ne sont pas une génération spontanée ni le seul fait d’une certaine révolution culturelle vieille de 46 ans.

Le déni est une des choses les plus simples à faire. Une des plus rapide, et apparemment sans conséquence. La repentance à  l’extrême en s’appuyant par exemple exclusivement sur la colonisation, ou la politique occidentale au Proche et au Moyen Orient en fait partie. Certes Daesh est, comme le faisait justement remarquer Villepin, une des conséquences de la politique occidentale dans cette partie du monde. Mais Daesh, dans son extrémisme ne s’appuie pas sur une lecture fantasmée des sourates ou des hadits, mais bien sur une lecture stricto sensu des fameux textes. La seule accusation de fanatisme est trop facile, car cela dénie à ses milliers de combattants la capacité de réflexion et d’étude de leur foi. Et il s’agit bien là d’un problème qui concerne l’islam, et non pas un Islam supposé radical et politique (car l’Islam est politique), mais d’un Islam qui évolue au ralenti et est maigrement discuté, jamais ou quasi réformé et dominé majoritairement par les écoles sunnites et chiites. Qui plus est le progressisme relativement récent dans l’Islam s’est construit en partie avec le modernisme occidental, aujourd’hui rejeté. Et ce rejet, ce rejet des valeurs occidentales, ne s’est pas non plus fabriqué ni seulement au sein de l’Islam, ni seulement au seul fait de la fameuse repentance appelant à nous remettre en question à toute occasion et vouloir se faire pardonner pour des martyrs dont les générations actuelles ne sont pas responsables. C’est un rejet fondamental d’un occident qui a largement perdu sa raison d’être le jour où le Mur s’est effondré (vous savez le fameux « monde libre »). C’est une perte de sens et de repères où il n’y a plus qu’une idéologie, celle du consumérisme à outrance, une schizophrénie généralisée et accélérée par la déliquescence économique et une technologie qui ne semble vouloir offrir que plus de confort, plus de distraction, disons le plus d’hédonisme. C’est enfin, un systématisme des intellectuels auto proclamés de la sphère exclusivement médiatiques (de Youtube aux médias mainstream) à n’expliquer le monde qu’à coups de slogans, d’interprétations égotiques de la société, bref à ne surtout pas inviter à la réflexion mais à la réaction. C’est une responsabilité commune, qu’elle vienne de l’absence de réforme réelle dans l’Islam lui-même ou d’une incapacité de l’occident à se réinventer. Et tant que nous en resterons là, il continuera d’y avoir des massacres, des appels aux meurtres et à la vengeance (des deux bords, n’oublions pas la cinquantaine d’actes islamophobes qui ont eu lieu récemment) et des pseudos savants médiatiques veillant avant tout à vendre leur petite épicerie.

Je concluais dans ce même texte écrit il y a quelques jours que Charlie était bien mort car il ne nous laissait aujourd’hui plus qu’avec les haineux, spécialistes en « réel ». J’admets en fait qu’il nous laisse également avec leur pendant, les spécialistes en déni pour qui l’islamophobie est une maladie inventée par et pour des salauds et le dérèglement des banlieues le seul résultat de la politique dites libérales pas d’une perte de sens de l’occident en elle-même qui aboutit entre autres au communautarisme. Petite guéguerre franco-française qui refuse en réalité de voir que le problème est global. Tellement global qu’en dépit de la réaction unanime en occident de solidarité vis-à-vis de Charlie Hebdo le New York Times ne veut pas publier la prochaine une de Charlie au fait qu’il ne voulait pas heurter la sensibilité de certains de leurs lecteurs (entendre pas perdre bêtement des parts de marché, ne nous faisons, hélas, à ce sujet aucune illusion). Alors que nous reste-t-il ? Et bien il nous reste le fonds de commerce de l’hebdomadaire, le rire. Pas l’ironie consensuelle, forme de cynisme moderne, dont l’essentiel revient à mettre sur un même plan tout et n’importe quoi, mais le rire, l’irrévérence, la farce  qui dérange tant les religions qu’il est expressément recommandé dans les hadiths de rire avec discernement Le rire que Bergson définissait comme une fonction sociale qui a comme projet, entre autre, de repenser à la fois notre nature antisociale et faire vaciller notre vanité. Alors rions de tous ces imbéciles pétris de leurs propres certitudes, rions de ces massacres, aussi difficile cela soit, rions de cette belle unanimité hypocrite, rions aussi de ces supposés farceurs comme le bounty Dieudonné dont l’essence même est de faire parler de lui et rien d’autre. Rions de la toute fraiche et sacro-sainte liberté de la presse qu’on récusait à Charlie il y a à peine trois ans. Rions car comme disait l’écrivain polonais Stanislaw Jerzy Lec, « le rire c’est la vérité ivre », rions et comme le font dire aujourd’hui les dessinateurs à feu Cabu, surtout ne nous laissons pas abattre.