La nuit du chien 18

Surgit un autre adjoint.

–       Chef, on a deux morts en bas, qu’est-ce qu’on fait ?

–       Des gars de chez nous ?

–       Oui, un Frank Ryder.

–       Il travaillait pas chez Diaz lui ? Demanda Lee.

–       Si, il l’a viré, soi-disant il piquait dans la caisse, répondit l’autre d’un air entendu. Lee eu d’ailleurs l’air de comprendre.

–       Okay et l’autre ? S’impatienta Parker.

–       L’autre je crois qu’il est de chez eux.

–       Vous croyez ?

–       Bah ouais, c’est un mexicain, pour ce que j’en sais y se ressemblent tous.

–       D’accord, d’accord, et il est où ?

Il fit signe vers le nord.

–       Par là-bas.

A savoir d’où on les tirait, il soupira, ce n’était pas facile de travailler avec des buses.

–       Des blessés ?

L’autre fit signe trois, deux graves, bon Dieu ! Il fallait absolument qu’Alpine leur envoi des secours de toute urgence.

–       Hey on va crever là-dedans ! Beugla l’étranger alors que les autres s’arrachaient toujours les poumons.

Toute la fumée des bureaux s’était accumulé dans les cellules, il les fit évacuer et transférer dans les cellules du bas. Mais l’étranger avait apparemment son mot à dire.

–       C’est pas une bonne idée chef, la prochaine fois ils viendront avec des explosifs.

–       Qu’est-ce que ça peut te foutre, s’ils les libèrent, ils te libèrent, railla Carson.

L’autre lui jeta un coup d’œil de biais, il avait entendu comme lui les menaces des mexicains. Il se tourna vers Parker, yeux dans les yeux.

–       J’ai pas plus intérêt que vous à ce qu’on les libère, filez moi une arme, croyez moi je vous serais utile.

Parker l’avait vu désarmer un homme comme s’il faisait ça tous les jours, il le croyait sur parole. Il fit signe à Carson qu’on lui confie un fusil. Ce dernier grimaça mais en la circonstance…

–       Vous faites confiance à un muslim vous les mecs ? Vous avez pas peur ! Ricana Enrique.

–       Fermes ta gueule  toi et avances, lui intima Lee en le poussant vers les escaliers.

Le feu avait noirci la façade, sans plus et rendu inutilisable le bureau des gardiens. Ca fumait et ça puait le bois brûlé, la moquette avait fondu par endroit, le portrait du fondateur gisait dans son cadre brisé, troué de deux impacts, du verre partout. Parker se sentait déprimé. Tout s’était enchaîné si vite sans qu’il ne puisse rien faire, et on en était déjà à quatre morts en trois jours. Il alla voir le cadavre du mexicain avec Carson et l’étranger. Le 13 tatoué sur la joue ne laissait pas beaucoup de doute sur son appartenance.

–       Putain de cartel, cracha Carson.

–       C’est pas les cartels, fit l’étranger. C’est la Mara.

–       La Mara ? Demanda Parker.

–       Mara Salvatrucha, MS13, salvadorien, mais ils travaillent avec les mexicains.

–       Et alors ça change quoi ? S’agaça Carson qui ne voyait pas l’intérêt de ces précisions.

–       Les Maras ont des années de guerre civile derrière eux, ils sont entrainés à la guérilla et ils ont la réputation d’être un des gangs les plus violents des deux Amériques.

–       Ils ont tous cette réputation, bougonna Carson

–       C’est vrai, mais ceux là…

–       Comment vous savez tout ça ? Demanda Parker qui ne s’était jamais intéressé plus à la question qu’à la une de son journal.

–       Quand une armée commence à manquer de volontaire et que les recruteurs sont sous pression, on signe un peu n’importe qui.

–       Vous étiez dans l’armée ?

Sam fit signe que oui.

–       Quel régiment ? Questionna Carson toujours soupçonneux sur ce sujet.

–       Rien de respectable.

Il souriait mais difficile de dire si c’était complètement ou non une blague.

–       Ca j’en doute pas, grommela Carson en s’éloignant.

–       Vous étiez où ?

Sam haussa les épaules.

–       ¨Partout où ça craignait.

Il n’en dirait visiblement pas plus et il en savait déjà assez comme ça pour son goût.

–       J’ai une artère fémorale touchée et un poumon perforé, il faut qu’on les transporte à l’hôpital ou ils ne passeront pas la nuit.

Dalton avait fait transporter les blessés dans la salle du conseil de la mairie. Les avant-bras et la chemise couverts de sang, il n’aurait pas dépareillé dans un bloc opératoire de la guerre de sécession.

–       On ne peut pas laisser l’ambulance y aller seul, ils sont capables de l’attaquer, conseilla Sam.

–       Pourquoi faire ? Ils sont hors d’état de nuire, demanda le médecin.

–       La première chose que vous voudrez tous faire c’est leur porter secours, ils vous tireront comme des lapins.

L’idée répugnait Dalton et qu’on puisse imaginer une telle chose encore plus.

–       Comment vous savez ça vous ?

–       Parce que c’est ce que je ferais.

L’argument convaincu le shérif, ils n’iraient nulle part sans une escorte, et avec un peu de chance on pourrait convaincre la police d’état ou celle d’Alpine de venir en renfort. Carson choisi trois gars dont Lee, ils accompagneraient le doc dans le pick-up de ce dernier, départ dans la demie heure, le temps qu’on aménage l’ambulance. Le reste de la nuit se passa sans incident notable. On tira bien sur des ombres, on tua un ou deux cactus. Les bars étaient fermés, les ivrognes se terraient chez eux en maudissant le shérif et le Mexique tout entier, Baker se sentait en sursis et tout le monde se demandait ce que leur réservait le lendemain.

 

Il avait dormi trois heures, réveillé par la fièvre d’une chaleur laiteuse et l’odeur du café brûlé, la moiteur froide de sa chemise. L’étranger se tenait dans l’encadrement de la porte qui l’observait en sirotant sa tasse écaillée.

–       Vous dormirez mieux quand ils seront partis, promit-il.

–       Pourquoi j’ai l’impression que ça sera aussi le dernier jour de ma vie ?

Il ne répondit rien, non pas qu’il ne pensait pas la même chose que ce n‘était pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. Parker se frotta le visage comme s’il était au-dessus d’un baquet d’eau.

–       Combien ils sont d’après vous ?

–       Je dirais quatre, cinq avec celui qu’on a eu. Et quelqu’un les renseigne.

–       Quelqu’un ? Comment ça ?

–       C’est pas des types d’ici et ils savaient où se trouve le relais, quelqu’un les renseigne.

–       Laro.

–       Qui c’est ?

–       Un dealer d’ici. Une petite frappe.

–       Si on lui met la main dessus, on met la main sur le chef d’équipe.

–       C’est bien le problème, il peut être n’importe où entre ici et Hamon. Où est Carson ?

–       Il est retourné à la prison.

Parker se leva et alla se chercher un café, il bu une gorgée.

–       Je suppose que je n’aurais pas d’explication sur ce que vous faites ici.

–       Je suis de passage.

–       Pourquoi j’ai l’impression que vous êtes en fuite ?

–       Parce que vous êtes flic et que vous êtes parano.

Le téléphone se mit à sonner comme si quelqu’un quelque part savait aussi pile poil quand il se réveillerait. D’abord celui du bureau, ensuite son portable. Il répondit au second et fit signe à Sam de prendre l’autre. C’était Hughsum, furieux comme à son habitude depuis deux jours. Il ne lui avait pas dit que le relais avait été saboté, que c’était irréparable avant des semaines, comment le commerce allait tourner dans ces cas là ? Parker soupira.

–       D’une je vous l’ai dit, de deux…

Mais il ne termina pas sa phrase, Sam se jetant sur lui comme un quater back à un match de saison, juste avant que la vitre n’éclate. Le premier impact fit un trou gros comme le poing dans le mur. Le second explosa le téléphone sur le bureau de Louise, le troisième vaporisa la chaise de bureau où il se trouvait cinq secondes auparavant. Puis plus rien. Trois balles de gros calibre et le silence. Parker, couché sous Sam, n’osait rien dire, pas faire un mouvement. Ce dernier sentait sa peur contre sa peau, et puis ils entendirent des coups de feu au loin et Sam dit :

–       On dirait que la cavalerie est de votre côté chef.

Il se redressa et alla jusqu’à la fenêtre brisé. Monsieur Alvarez était sorti de sa boutique et le regardait ahuri, il lui fit signe de s’en aller quand les coups de feu cessèrent.

–       Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda le shérif en se levant, hagard.

–       J’ai juste entendu un mec dire « salut shérif » je savais que c’était eux.

–       Comment vous le saviez ?

–       Parce que je suis pas le shérif… répondit Sam impassible avant de regarder l’impact énorme dans le mur. Ils ont tiré un peu au hasard, jugea-t-il. On a eu du bol, ils auraient fini par nous avoir avec ça.

–       Ca ?

–       Au pif, et parce qu’on est au Texas, je dirais un Barrett. Sniper lourd, précisa-t-il

–       Je sais ce que c’est qu’un Barrett, s’agaça Parker. Il sorti du bureau et regarda vers les collines en se demandant qui pouvait bien être la cavalerie cette fois.

–       Ca va shérif ? demanda Harry, le barbier derrière lui qui le dévisageait comme s’il venait de sortir de la tombe.

–       Oui, oui, rentrez chez vous vite, et ne sortez plus !

–       Mais…

Cette fois il sorti de ses gonds, la peur s’était mué en colère.

–       Mais quoi !? Vous voyez pas qu’on est en guerre !

On eut dit que leur cher président venait de leur annoncer un conflit atomique avec le Mexique., ils s’enfuirent presque en hurlant, Parker retourna à l’intérieur chercher ses affaires, excédé.

–       Venez avec moi, ordonna-t-il alors que Sam attrapait déjà son arme.

Sam estimait son tir à environ six cent mètres depuis un endroit élevé, Parker savait où. La poussière retombait tout autour d’eux quand ils aperçurent le cadavre décapité dans l’herbe rase au pied des chevalets, un M85 Barrett couché à ses côté. Ecrasé plus que décapité en fait, comme si la balle avait broyé son crâne avant de l’éparpiller. Sam avait déjà vu ce genre de blessure mais il ne fit aucune remarque, il se demandait juste qui pouvait utiliser des balles anti blindage par ici, et surtout pourquoi faire ? Sacré texan…

la nuit du chien 17.

Il reparti sur les chapeaux de roue, juste après avoir ordonné aux deux autres de reprendre leur patrouille. On ne pourrait rien faire de toute manière avant qu’il ne fasse jour. Quand il débarqua la fusillade s’était momentanément arrêtée, deux des adjoints planqués derrière un pick-up, l’un d’eux était blessé. Parker alla chercher son porte-voix dans le coffre quand un nouveau coup de feu éclata, une balle sifflant au-dessus de sa tête.

–       Monsieur Alvarez, cessez le feu, c’est le shérif !

–       Qu’est-ce qui me le prouve ? Gueula l’intéressé au bout d’un instant.

–       Je vais me mettre dans la lumière, ne tirez pas.

Il se mit devant sa voiture, main en l’air. Après un moment la porte s’ouvrit sur un monsieur Alvarez armé et visiblement inquiet.

–       On a été attaqué shérif, ils nous ont tiré dessus !

–       On a rien fait du tout ! protesta l’adjoint blessé, ce crétin nous a tiré dessus dès que la lumière s’est éteinte.

Alvarez n’en revenait pas.

–       Jones ?

Le shérif lui arracha le fusil des mains.

–       Vous avez tiré sur un de mes hommes ! Bordel qu’est-ce qui vous a pris !?

–       Mais… euh c’est à cause de la lumière, qu’est-ce qui s’est passé shérif ?

–       Rien, une panne, menti le shérif votre famille va bien ?

–       Euh… oui.

–       Alors rentrez vous coucher et calmez-vous, le courant sera rétabli demain.

Ils transportèrent le blessé jusqu’au bureau, après quoi Parker se fit engueuler par le médecin parce qu’il était débordé. Apparemment un autre incident s’était produit en ville. Olson s’était pris une balle dans les fesses.

–       Comment il a fait son compte ?

–       Qu’est-ce que j’en sais moi ! Demandez-lui ! aboya l Dalton avant de lui raccrocher au nez.

Parker sentait la migraine lui serrer lentement le front. Il prépara un café pendant que Jones examinait la blessure de son compagnon. Rien de grave apparemment, mais il saignait abondamment du bras, entaillé par une balle. Il appela la prison pour demander comment ça se passait.

–       R.A.S, répondit Carson.

–       Et les autres ils se sont calmés ?

–       Apparemment ils ont bien essayé encore un peu, mais Lee s’en ai chargé

–       Pas de blessé ?

–       Quelques bleus, mais rien de méchant.

–       Okay, je suis au bureau, s’il y a le moindre problème vous m’appelez.

–       Vous ne rentrez pas chez vous ?

–       Non, dit-il sèchement avant de raccrocher.

La nuit allait être longue il le sentait, il prendrait du repos quand les autres seraient entre les mains des marshals. Entra le père de Corey. Les yeux éteints, le visage grave.

–       Je veux voir mon fils, demanda-t-il sans préambule.

–       Euh… je ne crois pas que ça soit une bonne idée.

–       Je ne vous demande pas votre avis.

–       Il est à Hamon avec Kid.

–       On y va.

Il y avait dans son regard quelque chose qui n’appelait pas à la discussion.

–       Demain si vous voulez bien, j’ai…

Le pistolet apparu de nulle part, pointé vers le sol.

–       Maintenant !

Les uns et les autres échangèrent un regard, Jones glissant lentement sa main vers son fusil. Il pivota vers lui, cette fois l’arme était braquée.

–       Toi je te déconseilles, grommela-t-il entre ses dents.

Jones recula vivement.

–       Ecoutez Tim, votre fils a été…

Mais il n‘était pas là pour négocier.

–       On y va maintenant !

Parker secoua la tête en signe de rémission et dit aux autres de l’alerter s’il se passait quoique ce soit de neuf. Les corps étaient au sous-sol des pompes funèbres, il fallu d’abord sortir le croque-mort de chez lui, mais Parker n’accompagna pas le père de Corey. L’image du cadavre tel qu’il l’avait découvert était gravé dans son esprit et il ne savait même pas si un jour il pourrait l’oublier. La pièce sentait la mort et l’antiseptique, le corps était allongé dans un tiroir couvert d’un linceul.

–       Vous êtes vraiment sûr ? demanda le croque-mort en hésitant à tirer le linceul.

Il ne répondit pas, fixant l’étrange forme que dessinaient les restes de son fils et dont il devinait déjà l’horreur. Ce fut pire que ce qu’il ne s’y attendait. D’un coup, devant ce cadavre mutilé, ressurgissait ses vieux souvenirs du Liban. Les gravas, les cris, les ambulances, les membres arrachés, le sang. Des nappes, des océans de sang et de viande dispersée qui avaient été ses amis. D’un coup c’était comme si le camion sautait une seconde fois. Et ça tournait dans son crâne encore et encore, jusqu’à ce qu’il sorte en trombe, ignorant le shérif et fonçant jusqu’à sa voiture avant de démarrer sur les chapeaux de roue. Le croque-mort sorti à sa suite, un peu effaré.

–       Vous n’avez pas peur qu’il fasse une connerie ?

–       Il va les traquer, répondit Parker sans réfléchir.

–       Et s’il se fait tuer ?

Il regarda le croque-mort.

–       Qu’est-ce que j’y peux ? Dans l’état où il est personne ne peut l’arrêter. Et c’est pas moi qui irais le blâmer.

Le carrousel de violence ne s’arrêtait pas. Pied au plancher, les yeux stupéfiés, les doigts crispés sur le volant, raide, dur, il fonçait sans savoir où il allait, traversant la ville d’une traite, filant au travers les collines sous la canopée d’un ciel cosmique, avec des hurlements dans les oreilles, un cri qui ne voulait pas sortir de sa gorge, le cœur à cent à l’heure. Il se revoyait dans les décombres, le visage masqué de sang, errant, sourd, le monde au ralentit, surréaliste, à l’envers. Les charniers colombiens s’ouvraient sur des corps mutilés et nus, dans le ciel de l’Amazone, le mitrailleur de porte canardant sans discontinuer. Les pas dans la jungle, les murs criblés, déchiquetés de Beyrouth, les enfants qui jouaient à la guerre dans les décombres et le sang séché. La folie. Puis peu à peu, il reprit ses esprits, finissant par freiner en catastrophe dans le bas côté. Il transpirait et il avait froid tout en même temps. Regardant autour de lui, ne reconnaissant pas le paysage, surpris même. Il avait les mains qui tremblaient, il respira un bon coup, lentement, puis sorti son pistolet de la ceinture et le jeta sur le siège passager. Il savait ce qui lui restait à faire.

 

Le téléphone commença à sonner alors qu’il était encore sur la route vers Baker, d’abord au bureau, puis sur son portable, le maire en premier, bien entendu, puis ceux de la ville qui avait son numéro personnel, le pasteur, Anna, Diaz, qu’est-ce qui se passait pourquoi le courant avait disparu. Si bien qu’en arrivant sur place, le centre ville était envahi de monde, qui avec des torches électriques, qui à bord de leur véhicule, réclamant les même explications à qui mieux-mieux, beaucoup avaient des armes en dépit de l’interdiction. A tel point que le seul moyen d’obtenir un peu de calme consista pour un des adjoints à tirer en l’air en leur gueulant à tous de la fermer. Mais finalement c’est le maire qui prit la parole et calma la foule en racontant qu’il y avait eu un court-circuit et que tout serait en ordre demain. En privé par contre Hughsum se montra aussi inquiet que scandalisé sans que Parker n’arrive à déterminer lequel des deux sentiments l’emportait sur l’autre, et à vrai dire il n’en n’avait plus grand-chose à faire au moment où la première attaque se déroula. Ca se passa quelques minutes à peine après le rassemblement, alors qu’une partie était en train de regagner ses pénates. Des coups de feu du côté de la prison, puis une vague de flamme qui explosa contre les murs et que nul dans la rue n’ignora. Will avait commencé les hostilités. Fort d’une visée nocturne dirigé sur les collines, il avait aperçu près des arbres une grande silhouette qui se faufilait. Mais il n’avait pas eu l’occasion d’en voir plus. Le cocktail Molotov explosa à hauteur de la fenêtre du bureau, mettant le feu au volet et à la façade, crachant des flammèches sur sa salopette, l’obligeant à reculer tandis que les rafales commençaient à crépiter. Les balles comme des frelons traversaient la pièce, brisant les vitres et s’écrasant avec des sifflements furieux dans les murs. Carson et les autres à plat ventre, surpris, tétanisés, tandis que les mexicains exultaient dans leur cellule. Un autre cocktail s’écrasa sur la façade, suivi d’autres rafales. Impossible de répliquer, tir de suppression pensa l’étranger, ces types n’en n’étaient pas à leur premier assaut. Avant que d’autres tirs ne viennent du dehors. Mais cette fois ce n’étaient plus la prison qui était visée. Parker et une bande de citoyens armés engagés dans une fusillade avec des silhouettes dans la broussaille. Tout le monde ici avait déjà utilisé une arme, fusillé un ou deux coyotes, certains avaient même chassé dans le Big Bend, mais les animaux ne répliquent pas. Personne ne risque de se prendre une balle en retour, et personne dans la bande n’avait jamais été au feu. Pendant quelques minutes cela ressembla à une mauvaise farce avec tirs nourris et désordonné d’un côté ponctués de réponses, précises, destructrices, pneu, phares et soudain quelqu’un qui tombe en arrière, un projectile en pleine tête.

–       Eh les mecs ! Si vous me filez un fusil je pourrais vous aider, j’ai été dans l’armée ! Criait l’étranger par-dessus les coups de feu.

Mais personne n’écoutait. Carson rampait vers son arme, Will se roulait par terre pour éteindre les flammes, Lee tirait vers la fenêtre du bureau au jugé, et Bayonne était recroquevillé sous la table à gémir de terreur. Couché sur le talus derrière la portière de sa voiture, Parker répliquait avec son M16 du mieux qu’il pouvait, comme il avait appris quand il était cadet, par rafale de trois, en balayant toute la zone d’où étaient partit les coups de feu, quand, sur sa droite, il aperçu une silhouette se détendre depuis les épineux là-bas et une bouteille enflammée fondre sur la façade. Il fit pivoter l’arme en s’appuyant sur son chargeur et lâcha deux rafales courtes à la va vite. Il avait l’impression de l’avoir touché, la silhouette était brusquement parti en arrière, mais dans ce bordel, difficile à dire, deux projectiles hurlèrent au-dessus de son crâne en s’enfonçant dans la portière, il fallait qu’il bouge où il allait mourir. Il roula sur lui-même et passa derrière une voiture alors qu’une rafale constellait l’endroit où il se trouvait trente seconde auparavant. La vitre de la portière explosa, la poussière se souleva sous le choc des balles qui déchiraient le sol. Toujours rester en mouvement, en terrain ouvert ou fermé, il avait appris ça dans les cadets et ça venait de lui sauver la vie. Il répliqua aussi tôt d’une rafale de suppression. Le plomb volait dans tous les sens trouant la taule, déchiquetant l’écorce, soulevant la terre, arrachant mousse et morceau de chair, balle classique et balle traçante, comme un feu d’artifice à ras de terre, un déploiement de flammes blanches, de trainées rouges ou vertes dans un rugissement d’usine, de machines outil à découper la viande, la chaleur des flammes qui ronflaient contre la façade de la prison, l’odeur de la poudre, du sang, de la peur dansant dans un halot de poussière lunaire. Et puis d’un coup, on cessa de leur tirer dessus mais personne ou presque n’y fit attention parce que la peur appuyait sur la détente, et on continua de décharger dans le vide jusqu’à ce que quelqu’un crie d’arrêter. La façade brûlait toujours, à l’intérieur on était occupé à éteindre le bureau en proie aux flammes, de la fumée à en arracher les poumons, tout le monde toussait, les mexicains protestaient, ils ne voulaient pas mourir rôtis. Soudain les secours déboulèrent, Parker en tête. On éteignit l’incendie avec des extincteurs de voiture, est-ce qu’il y avait des blessés ? Oui Will avait prit une balle dans la cuisse,  Bayonne avait la joue fendue par une autre, il gisait par terre la tête dans son sang.

–       Il est mort ?

–       Non il s’est évanoui.