Charlie est mort, rions un peu…

Il y a quelques jours je parlais de tous les fourbisseurs d’islamophobie en tout genre, amateurs de stigmatisation, phraseurs du Grand Remplacement, cette théorie directement issue des élucubrations des suprématistes américains rendue à la sauce littéraire des pseudos intellectuels français. Toute cette fange, de Nicolas Sarkozy à Alain Finkielkraut en passant par l’inénarrable spécialiste du « réel » Zemmour, le Soral du riche, qui nous expliquent à longueur d’année que l’islam est le problème, et que le problème et d’ordre civilisationnel.  Que l’islamisme est uniquement une question fabriquée à l’aune des échecs du monde arabo-musulman, comme si la politique de l’Otan n’y était pour rien, comme si la politique occidentale depuis ces quarante dernières années n’avait pas sa part de responsabilité dans la montée de cette forme d’extrémisme. Bref comme s’il fallait absolument dédouaner l’occident de toute ses errances à contrario d’une repentance insane et mal venue et sans doute un peu trop systématique pour être tout à fait honnête. Je disais en gros qu’en tuant la rédaction de Charlie Hebdo, on nous laissait veuf avec ces fabricants de haine qui allaient pouvoir s’en donner à cœur joie, soutenus par tous ceux qui accusent ceux qui ne pensent pas comme eux d’être des « bisounours » ignorant du fameux « réel » dont ils sont évidemment les gardiens. Mais j’avoue j’ai péché par réaction devant l’unanime hypocrisie de ces locuteurs qui hier se disaient contre l’hebdomadaire et aujourd’hui brament à qui veut les entendre que oh là là Charlie c’était trop sympa. Zemmour pour commencer, zélateur de ses propres théories qui ventre à terre en a profité pour nous rappeler à quel point il est le Cassandre que l’Apollon de Mai 68 ne veut pas écouter. Que voulez-vous, cette pensée binaire m’insupporte. Cette pseudo réflexion de réactionnaire de droite qui consiste à rejeter toute forme de responsabilité sur le camp opposé et se targue au nom de cela de connaître, elle, le fameux réel, m’a toujours semblé d’une inqualifiable malhonnêteté intellectuelle. Pourtant, au regard de ce que je peux lire et entendre ces derniers jours, je me demande si dans ce pays hémiplégique où il faut choisir si l’on est de droite ou de gauche, ils n’auraient pas partiellement raison.

Pour Edwy Plenel par exemple, l’explication de ce massacre ne passe que par un seul prisme, le rejet médiatisé de l’Islam par toute cette frange d’hommes politiques et d’intellectuels auto-proclamés. Et toute une partie de la classe politique avec lui de vouloir faire la chasse à tous ceux qui oseront dire qu’ils ne sont pas Charlie.  L’inqualifiable Tariq Rammadan, très récemment, d’accuser Charlie, dans sa prochaine édition, de vouloir faire de l’argent sur le dos du saint prophète. Accusation déjà faite à demi-mot par le groupuscule raciste les Indigènes de la République au moment des caricatures en 2011 qui qualifiait la rédaction du journal « d’élite blanche » l’accusant d’islamophobie, comme si la fameuse religion était la seule et unique cible des trublions. En gros si les trois paumés ont massacré 17 personnes dont une jeune flic que tout le monde a oublié (elle n’était ni musulmane, ni juive, ni dessinatrice de Charlie, juste antillaise…) ce n’est que pour une seule raison tangible, la fameuse phobie médiatisée et relayée qu’il est visiblement très mauvais d’avoir. Ça, et admettons-le du bout des lèvres, comme l’a fait remarquer Luc Besson dans une lettre récente, à une déshérence de la jeunesse des banlieues. En gros tout le monde se déresponsabilise et rejette la faute sur l’autre.

Pour autant, les quatre victimes de l’hypermarché n’ont pas été massacrées parce qu’elles avaient insulté le prophète mais parce que leur présence dans ce lieu les avait assimilé à des juifs (et oui gros, moi j’aime bien manger casher ou hallal parfois ça ne fait pas de moi un juif ou un musulman). Pour autant la jeune flic n’a pas été tuée parce qu’elle était soupçonnée de judaïsme ou d’insulte mais plus simplement parce que son tueur voulait répandre la terreur et la confusion…. Et peut-être aussi parce qu’elle portait simplement un uniforme qu’il avait appris à haïr. Pour autant avant de devenir des tueurs endoctrinés, ces trois pauvres types n’étaient rien de plus que des délinquants de droit commun, dignes représentants d’une jeunesse paumée comme il en existe des milliers et pas seulement dans les fameuses banlieues. Marine Le Pen dans une de ces nombreuses fumeuses déclarations nous expliquait que les djihadistes ne poussaient pas dans les bocages normands, jusqu’à ce qu’on identifie quelques bourreaux de Daesh purement franco-français, issus du fameux bocage et convertis à cet Islam que l’on qualifie de radical. Pour autant si aujourd’hui entre 3000 et 5000 européens sont partis faire le djihad, on ne peut pas simplement expliquer ça par la seule réalité de banlieues pourries, de la politique issue de 68, ou par l’islamophobie. Car ce sont là des explications exclusivement franco-française et disons le nombriliste. De la simplification à l’usage d’un camp ou d’un autre, favorisant surtout l’égo de leur locuteur. Si 68 a sans doute mis au pilori certaines valeurs solides et ouvert la voie à une certaine bourgeoisie de gauche, il n’en a pas été néanmoins vecteur de formidables avancées. Pas d’abolition de la peine de mort, de droit à l’avortement, de légalisation de l’homosexualité sans 68. Si les banlieues sont aujourd’hui si mal en point il s’agit d’une politique mise en route conjointement et alternativement par des politiques de droite comme de gauche, et une économie au nom abusif de libérale dévorante que l’on retrouve à des degrés différents dans toute l’Europe, tout comme d’un replis communautaire généralisé. Et si la fameuse phobie a vu le jour, on ne peut pas décemment dire qu’elle est née d’un sentiment fabriqué de toute pièce par un christianisme dévoyé comme ce fut le cas avec l’antisémitisme. On ne peut pas simplement demander aux gens de ne pas avoir peur et de ne pas être en colère quand des milliers d’individus meurent, musulmans y compris (surtout même) sous les assauts bien réels des radicaux de cette religion. Les racines de ce mal ne sont pas une génération spontanée ni le seul fait d’une certaine révolution culturelle vieille de 46 ans.

Le déni est une des choses les plus simples à faire. Une des plus rapide, et apparemment sans conséquence. La repentance à  l’extrême en s’appuyant par exemple exclusivement sur la colonisation, ou la politique occidentale au Proche et au Moyen Orient en fait partie. Certes Daesh est, comme le faisait justement remarquer Villepin, une des conséquences de la politique occidentale dans cette partie du monde. Mais Daesh, dans son extrémisme ne s’appuie pas sur une lecture fantasmée des sourates ou des hadits, mais bien sur une lecture stricto sensu des fameux textes. La seule accusation de fanatisme est trop facile, car cela dénie à ses milliers de combattants la capacité de réflexion et d’étude de leur foi. Et il s’agit bien là d’un problème qui concerne l’islam, et non pas un Islam supposé radical et politique (car l’Islam est politique), mais d’un Islam qui évolue au ralenti et est maigrement discuté, jamais ou quasi réformé et dominé majoritairement par les écoles sunnites et chiites. Qui plus est le progressisme relativement récent dans l’Islam s’est construit en partie avec le modernisme occidental, aujourd’hui rejeté. Et ce rejet, ce rejet des valeurs occidentales, ne s’est pas non plus fabriqué ni seulement au sein de l’Islam, ni seulement au seul fait de la fameuse repentance appelant à nous remettre en question à toute occasion et vouloir se faire pardonner pour des martyrs dont les générations actuelles ne sont pas responsables. C’est un rejet fondamental d’un occident qui a largement perdu sa raison d’être le jour où le Mur s’est effondré (vous savez le fameux « monde libre »). C’est une perte de sens et de repères où il n’y a plus qu’une idéologie, celle du consumérisme à outrance, une schizophrénie généralisée et accélérée par la déliquescence économique et une technologie qui ne semble vouloir offrir que plus de confort, plus de distraction, disons le plus d’hédonisme. C’est enfin, un systématisme des intellectuels auto proclamés de la sphère exclusivement médiatiques (de Youtube aux médias mainstream) à n’expliquer le monde qu’à coups de slogans, d’interprétations égotiques de la société, bref à ne surtout pas inviter à la réflexion mais à la réaction. C’est une responsabilité commune, qu’elle vienne de l’absence de réforme réelle dans l’Islam lui-même ou d’une incapacité de l’occident à se réinventer. Et tant que nous en resterons là, il continuera d’y avoir des massacres, des appels aux meurtres et à la vengeance (des deux bords, n’oublions pas la cinquantaine d’actes islamophobes qui ont eu lieu récemment) et des pseudos savants médiatiques veillant avant tout à vendre leur petite épicerie.

Je concluais dans ce même texte écrit il y a quelques jours que Charlie était bien mort car il ne nous laissait aujourd’hui plus qu’avec les haineux, spécialistes en « réel ». J’admets en fait qu’il nous laisse également avec leur pendant, les spécialistes en déni pour qui l’islamophobie est une maladie inventée par et pour des salauds et le dérèglement des banlieues le seul résultat de la politique dites libérales pas d’une perte de sens de l’occident en elle-même qui aboutit entre autres au communautarisme. Petite guéguerre franco-française qui refuse en réalité de voir que le problème est global. Tellement global qu’en dépit de la réaction unanime en occident de solidarité vis-à-vis de Charlie Hebdo le New York Times ne veut pas publier la prochaine une de Charlie au fait qu’il ne voulait pas heurter la sensibilité de certains de leurs lecteurs (entendre pas perdre bêtement des parts de marché, ne nous faisons, hélas, à ce sujet aucune illusion). Alors que nous reste-t-il ? Et bien il nous reste le fonds de commerce de l’hebdomadaire, le rire. Pas l’ironie consensuelle, forme de cynisme moderne, dont l’essentiel revient à mettre sur un même plan tout et n’importe quoi, mais le rire, l’irrévérence, la farce  qui dérange tant les religions qu’il est expressément recommandé dans les hadiths de rire avec discernement Le rire que Bergson définissait comme une fonction sociale qui a comme projet, entre autre, de repenser à la fois notre nature antisociale et faire vaciller notre vanité. Alors rions de tous ces imbéciles pétris de leurs propres certitudes, rions de ces massacres, aussi difficile cela soit, rions de cette belle unanimité hypocrite, rions aussi de ces supposés farceurs comme le bounty Dieudonné dont l’essence même est de faire parler de lui et rien d’autre. Rions de la toute fraiche et sacro-sainte liberté de la presse qu’on récusait à Charlie il y a à peine trois ans. Rions car comme disait l’écrivain polonais Stanislaw Jerzy Lec, « le rire c’est la vérité ivre », rions et comme le font dire aujourd’hui les dessinateurs à feu Cabu, surtout ne nous laissons pas abattre.

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Kilomètre zéro-Fuck you very much 3

Oui, parmi les quelques métiers que j’ai exercé dans mes efforts pour ne pas dépendre de l’aide publique quinze ans durant, j’ai été cuisinier professionnel. La cuisine a ceci de magique et particulier, au sens alchimique du terme magique, qu’elle offre de transformer. Selon le talent, le produit et la connaissance du produit, plus ou moins bien. Considérant qu’avant tout c’est, comme lors d’un premier rendez-vous, la première impression qui compte, la vue, le parfum, la présentation. Même avec l’aide d’internet, je n’avais pas la moindre idée d’à quoi ressemblait cette chair. J’ai trouvé que ça ressemblait plus à l’agneau qu’au porc. Il fallait bien que je goûte si je voulais accommoder… Mais peut-être était-ce à cause de l’excès de gras. Ai-je été dégoûté à un moment ou à un autre ? Non. J’ai cette faculté particulière de pouvoir switcher. Une fois l’effroi consommé, le moment de stress qu’on ressent obligatoirement au moment de tuer, et les minutes qui suivent. Passé ce cap, et que j’ai appris à regarder le cadavre comme rien d’autre qu’un problème à résoudre, je ne me préoccupe plus du reste. Je l’ai dépecé le plus précisément possible, en me référant à mes cours, comme à une planche anatomique, ça a pris du temps. Mais je dois confesser qu’en tant que cuisinier j’ai toujours aimé travailler la viande. J’en ai fabriqué plusieurs plats. Un curry, des saucisses, de la terrine, du pâté de tête, un splendide tajine aux morceaux de viande confits dans le miel. Une blanquette et deux rôtis persillés et farcis d’une duxelle de ma composition, et bien sûr, des quenelles de « veau ». Bien entendu il y avait des restes. J’en avais fait pour un régiment, trois jours plein de travail, mais je n’avais pas tout utilisé, et nulle part où conserver les restes. Je n’aimais pas beaucoup l’idée d’abandonner ça dans la nature. Moins par peur de la police que je répugnais à gâcher, je trouvais que ce n’était paradoxalement pas très respectueux. J’ai fini par m’y résoudre en les faisant couler dans la Seine, dispersés par petits sacs lestés. J’en ai quand même donné à Nostromo, mon chat, il a beaucoup apprécié.

Restait maintenant plus qu’à en faire cadeau.

 

L’avantage des personnes publiques c’est qu’elles sont faciles à trouver. Sur leur lieu de travail, à l’adresse de la société qui gère leur image ou leur éditeur. On assure l’expédition soi-même, à l’aide d’un deuxième véhicule de location, en veillant un garder son casque sur la tête. La Mercedes et le scooter ont été loués par la même société fictive, après plusieurs coups de téléphone pour voir comment je pouvais m’arranger pour faire payer et livrer par un tiers. Le tiers étant moi-même muni d’un chéquier… volé dans un restaurant.

Oui, j’avoue ce nouveau péché. Je ne suis pas un voleur très enhardi mais les gens sont si peu attentifs que ce serait parfois vraiment un manque de politesse vis-à-vis de la vie elle-même que de refuser le cadeau. Le portefeuille alourdissait une veste sur un porte-manteau, apparemment il appartenait à ce chauve là-bas avec sa chemise à carreau et son cou de poulet. Il engueulait une de ses fils devant sa grasse épouse fière de sa caisse, c’était parfait.

Olivier Gaillard, quel nom…. Ça sentait le bon français contant de son petit ventre. Paye ta location mon couillon.

Et les papiers me direz-vous ? Et bien j’avais les siens, j’ai déclaré mon permis volé, avec une photocopie dudit permis, en échange de quoi le commissariat du quartier m’a produit un titre provisoire, que j’ai scanné, trafiqué et réimprimer. Le loueur n’y a vu que du feu, j’avais appelé également pour préparer le terrain.

Ma première lettre à Soral était étudiée pour qu’il n’y résiste pas. Plein de superlatifs à son endroit, j’y répétais que j’avais lu son ouvrage trois fois, un des plus grands penseurs du 21ème siècle, une icône, je ne ratais aucune de ses vidéos, et que Jésus-Christ notre Sauveur Révolutionnaire l’accompagne. J’avais ajouté que ça serait un honneur pour moi si en plus il portait le pull GIGN que je lui avais envoyé (acheté dans un surplus) tout en dégustant à l’antenne mon panier gourmand. Et bien entendu le paon n’y résista pas. Un peu plus de 400.000 vues sur Youtube, une moyenne pour la vedette des panthéistes et autres illuminés des Illuminatis. Ça lui sembla si bon apparemment qu’il picora de la saucisse et du rôti froid juif pendant toute la vidéo…

C’est la dernière partie de ma farce qui a été la plus compliquée à mettre au point. J’avais longuement réfléchi à la question sur le comment de la révélation, je savais que si je la rendais publique sur le net je ferais trois choses, me mettre en danger, faire exploser les parts de marché de Youtube et rendre fous les médias. C’est l’inconvénient de l’informatique, elle est autrement plus facilement traçable qu’un colis sous pli anonyme, livré au magazine Détective. Je savais que ledit magazine, aussi effroyable cela puisse paraître, ne bidonnait pas ses unes. Ils exagéraient sur le choix des mots, mais ils relataient dans la plupart des cas des affaires réelles, et de manière beaucoup plus pointue que la plupart de leur confrère. Méprisés par la profession ils étaient pourtant d’excellents charognards, beaucoup plus rigoureux, et nettement moins enclins à interpréter les faits, voir les inventer de toute pièce. J’avais lu l’interview de son directeur, il m’avait fait l’effet d’un personnage haut en couleurs, grossier et fort en gueule, il était impossible qu’il résiste si je lui apportais des preuves du forfait, vérifiable par la police. J’avais filmé une partie de la préparation, avec une GoPro pour que ça soit parfait et pratique. L’engin posé sur le front ou un bras, filmant mes mains gantées. Des gants d’abattoirs, noirs, avec des manches longues, achetées ans un magasin professionnel, un lot entier. Je lui ai donc envoyé un montage du film, accompagné de la Chaïm que j’avais trouvé autour de son cou. Le film se concluait par le message suivant : « Cher Alain, comme j’ai pu voir tu as apprécié ma modeste contribution à ta gloire. Puisque tu aimes casser du juif, j’ai pensé que tu aimerais en manger. Celui-là était bien gras et sioniste comme tu les aimes. Pardonne-moi si je ne t’ai envoyé que les saucisses, le rôti et la blanquette, j’ai pensé que tes amis aimeraient partager cette dégustation avec toi. J’ai réservé les quenelles pour Dieudo, bien entendu, je ne sais pas si Marine apprécie autant le tajine que son père, on m’a dit que Jean Marie était très amateur. Quand à Monsieur Faurisson, je sais qu’il raffole de curry. En vous souhaitant un bon appétit à tous, votre dévoué H ».

 

J’avoue j’ai un peu péché par cabotinage sur ce H. Considérant le procédé, et mon métier H ne pouvait signifier qu’Hannibal… du reste le lien a été immédiatement fait quand Détective a lancé sa une…. et sur cette affaire, le patron de ce journal m’a proprement épaté. Il aurait voulu m’aider à brouiller les pistes et tenté de m’encourager qu’il ne s’y aurait pas pris autrement. La première une se terminait par un point d’interrogation : Alain Soral mange-t-il un juif ? Et l’article relatait l’enquête que menait lui-même le journal à propos de l’envoi qu’il avait reçu, promettant de nouvelles révélations à venir. Comme de juste, et avec un sens tout à fait prévisible de la dérision et de la provocation, les compères Soral et Dieudonné s’exhibèrent quasiment dans la foulée, qui avec ma blanquette, qui avec ses quenelles… qu’ils dégustèrent face caméra avec moult quolibets à l’égard de Détective et de la presse en général. Soral nous gratifia même d‘un préchi-précha sur le magazine, journal satanique, assommant les masses en leur vendant de la peur à travers des mensonges grossiers et qu’il allait s’empresser de démontrer durant les deux heures qui suivraient. Après quoi il passerait à autre chose, on avait mieux à faire. Je n’ose même pas imaginer le plaisir qu’a dû ressentir mon publicitaire N°1 quand il a sorti sa seconde une. Ça se sentait jusque dans le titre : Affaire Soral, la quenelle d’Hannibal. Et la quenelle c’était quelques extraits photo du film de mon forfait, accompagnés du résultat d’analyse du laboratoire. J’avais expédié une de mes saucisses avec. Plutôt que d’alerter immédiatement la police, le magazine était passé par un véritable cabinet de détective, comme il l’expliquait eux-mêmes avec une franchise rafraichissante.

 

Tout le monde est au courant aujourd’hui. Hannibal a fait la une non-stop pendant quasiment deux mois.  Et comme vous pouvez le constater ça a rendu tout le monde complètement cinglé. Valls en est à sa 142ème apparition-déclaration visage méchant on-va-l’avoir. Notre bien aimé président est allé déposer une gerbe au monument dédié à la Shoah, comme de juste, les yeux tout rond, sévère et indigné dans son petit costume mal ajusté. Marine a fait sa pleureuse à la Licra et au CRIF, son père a même porté la kipa. Et Israël a envoyé très officiellement une poignée de paras protéger les écoles, au cas où il me prendrait de vouloir faire bouffer un gosse à quelqu’un.

Fa-bu-leux !

 

Mais c’est pas le plus beau. La police n’a strictement aucune piste. Le médaillon ? Il a été acheté en Israël dans une boutique souvenir, et je le sais parce que les journalistes sont indiscrets et les sources innombrables. Il est intraçable. L’analyse de la viande n’a rien donné, et ne peut d’autant rien donner que justement elle a été transformée avec soin. L’alchimie de la cuisine… si vous ne comprenez toujours pas, demandez un Mc Nuggets…Les paquets ? Papier banal, carton commun, carte de visite en machine et trafiquée à l’ordinateur. Le film ? Comme vous le savez si vous vous êtes procurés la vidéo qui a fini sur le net, le montage ne montre que mes mains, quelques outils, et une partie de la préparation des recettes. On ne voit jamais le cadavre en entier, à la limite on pourrait croire que c’est faux. C’est d’ailleurs ce qui a alimenté la polémique jusqu’à ce que ce cas de cannibalisme involontaire soit confirmé. Et la disparition de monsieur l’administrateur me direz-vous ?

Ça c’est la cerise sur le gâteau.

 

Comme c’était prévisible elle a été signalée assez rapidement. Non pas par sa famille mais par la clinique elle-même. Et avant que l’affaire d’Hannibal n‘éclate. La voiture, retrouvée à la fourrière trois jours après le signalement, a été saisie par la police et passé au peigne fin. Et j’ai même été interrogé figurez-vous. Mais absolument pas sur ma relation avec lui, ou bien si j’avais un genre d’alibi, non. La clinique avait signalé sa disparition pour la simple raison qu’on avait remarqué un gros détournement d’argent dans les comptes. Plus de 150.000 euros le bougre !

Sans le savoir j’avais tué un escroc qui avait toutes les raisons de prendre la fuite. D’après ce que m’a raconté le directeur, il y a même un mandat d’amener international contre lui. J’hésite… Je suis allé chez lui, j’ai trouvé quelques vidéos dans son ordinateur. Instructives on va dire. Et terriblement prévisibles finalement si l’on tient compte de l’ensemble du personnage, tel que je l’ai connu, tué, et redécouvert depuis. En gros il aimait bien aller en Thaïlande et en Espagne. En changeant la date sur la vidéo, quelque part dans une chambre sordide de Pataya….

 

Non. Je ne le ferais pas. J’ai déjà eu un bol phénoménal à son seul sujet. Les limiers de France et d’Israël courent dans tous les sens depuis deux mois à la recherche d’un Hannibal Lecter crypto nazi, et rien que ça aussi, cette référence est tout à fait inappropriée si quelqu’un relie les deux affaires. Je me suis organisé une farce, et les meilleurs plaisanteries doivent avoir une fin. Le spectacle me suffit.

Quand je regarde la télé et internet en ce moment, j’ai l’impression d’être à un balcon observant un feu d’artifice. Heureusement qu’il y a l’opération en Centre Afrique, j’en aurais presque la grosse tête sinon. Ça donne des idées, des envies. Ça fait pousser des ailes en tout cas.

 

–       Vous êtes ici pour les vacances ?

–       Oui, je trouve qu’il n’y a rien de mieux que le hors saison. C’est moins cher, il y a moins de touristes, et on découvre les lieux comme les gens d’ici les vivent, pas comme une seule carte postale.

–       Je déteste les touristes.

–       On devrait les donner à manger aux gens.

Je ne saurais dire si je suis tombé amoureux d’elle à ce moment-là, ou quand je l’ai vu assise, là, toute seule avec son portable et son cocktail, à demi plongée dans la piscine. C’est étrange d’ailleurs, d’habitude, les très jolies filles me paralysent. Je perds totalement mes moyens, subjugué que je suis. Mais je suppose que c’est l’effet « vacances ». Ou alors c’est le sentiment d’accomplissement. Je ne sais pas. J’ai l’impression d’avoir refermé une porte je suppose. C’est généralement l’effet que ça me fait de partir en voyage. Sans doute parce que c’est toujours comme ça que j’ai agit dans ma vie pour mettre fin à des chapitres. Et en débuter d’autre. Voyager pour moi c’est comme de faire peau neuve. Si je pouvais, je ne reviendrais jamais. Et vous savez depuis combien de temps je ne suis pas parti ? Depuis cinq ans ! Et le dernier avant ça il remontait à 2003 ! Et encore, c’était pas un voyage, c’était la Suisse. Probablement le pire endroit au monde après la France. Même si c’est quand même beaucoup plus joli, reconnaissons-le. Bref, j’ai posé mes vacances, j’ai bien entendu dit où je séjournerais à la clinique, on peut me biper si besoin. Je suis un homme qui n’a rien à se reprocher, pas de mystère. J’ai économisé environs trois mille euros depuis que je suis psychologue clinicien (s’il vous plaît) revendu plusieurs des outils que j’ai utilisés, dans les brocantes, et sur internet, rayon pro, sans préciser l’usage bien entendu. Je ne toucherais aucun droit, et le spectacle gracieusement offert m’avait valu des frais. Tout cumulé ça m’a rapporté environ deux milles de plus, non déclarés bien entendu, cinq mille au total, de quoi m’offrir un voyage d’une semaine dans un paradis, le Sala Lodges à Siem Reap, Cambodge.

 

Depuis que je suis tout petit je suis très intéressé par l’Asie, mais par un coup du sort, je n’ai jamais jusqu’ici réussi à y aller. J’ai visité trois continents, deux Amériques, et même un pays qui n’existe plus, l’Union Soviétique, mais pour une raison ou une autre, la seule destination qui m’a jamais réellement fasciné m’a toujours été interdite par le sort. Et pour être plus précis au sujet de cette destination-là, le temple d’Angkor git dans mes rêves depuis l’enfance. Au même titre que les aurores boréales, le bush Australien, Hong Kong, l’Indonésie, ou le delta du Mékong. J’avais l’impression qu’une partie de moi se trouvait là-bas depuis toujours. Je réalise sans surprise que c’est vrai.

Si je devais faire une rapide auto analyse de bazar, je dirais que la raison en est mon père. Il était toujours en Asie, en Inde plus exactement, qui ne me tente pas du tout. Grand voyageur, qui nous laissait moi et ma sœur en compagnie d’une mère névrosée. On ne s’aurait lui en vouloir totalement. Et dans l’acceptation où je tenais auprès de ma pauvre mère, déjà, le rôle de « psychologue », de confident, de petit fiancé, et parfois de fils, je peux penser que je me suis tenu jusqu’ici fidèle. M’interdisant inconsciemment l’Asie pour ne pas faire comme le pater, et trahir la mère, implicitement.

C’est possible.

Ou bien qu’il y a une part en moi de purement mystique, une poésie particulière jusque dans l’air et la lumière qui me parle et que je me suis interdit comme je  me suis interdit quantité de chose depuis un demi siècle, je ne sais pas, je découvre et je m’émerveille chaque jour un peu plus.

Et voilà maintenant qu’elle débarque…

 

La vie est amusante, et pleine de mystère dit-on. Même si en réfléchissant le mystère était éventé. Il y avait tout de même des chances que de provoquer de tels bouleversements en entraineraient d’autres pas moins bouleversants. Il était moins probable en revanche qu’ils fussent aussi positifs. Pas que je m’attendais à finir en prison, même si j’avais envisagé la question, je n’aurais jamais pensé que ça se dénouerais aussi magnifiquement pour une affaire finalement si parfaitement abjecte.

service de renseignement, fantasme et réalité

Régulièrement sur les sites sociaux, volontiers relayé par des fumistes comme Thierry Meyssan et autres « penseurs » du grand complot mondial, on peut lire des affirmations sur l’omnipotence et l’omniscience des services de renseignement. Plus particulièrement sur la CIA qui, par son histoire, a en effet largement démontré sa capacité à comploter, assassiner, renverser qui bon lui semble. Opération Ajax (Iran de Mossadegh) opération Mangouste (tentative d’assassinat contre Castro)n renversement du gouvernement d’Allende, Iran gate, etc. L’utilisation actuelle de drones, la surveillance satellite, les écoutes diverses, l’existence du programme Echelon – le tout relayé par le cinéma et les séries – ont même tendance à faire croire, comme aujourd’hui dans le cadre du Mali ou après la chute de Khadafi, que les services peuvent tout, quand ils le veulent, et que s’ils ne le veulent pas c’est par duplicité.

J’ai encore lu récemment que, disposant de tout le matériel de surveillance possible, on pouvait éliminer les bandes armées dans le désert quand ça nous chantait, et que si on ne le faisait pas c’était en réalité un plan contre l’Algérie en utilisant le Mali. Un genre de partie de billard très sophistiquée en somme, qui impliquerait autant nos partenaires africains qu’européens et américains. Cette théorie part de la mort du colonel Khadafi, dont le décès opportun aurait été en réalité le fruit d’une opération conjointe de la DGSE et de la CIA, avec le soutien des mercenaires djihadistes, avec lesquels on s’entendrait en réalité très bien.

Le renseignement, culture et opportunités

Pardonnez-moi, mais ceux qui tiennent ce genre de propos comme des certitudes ont en réalité une idée totalement fantasmé des services de renseignement. D’une part, ces services ne sont pas un genre d’être unique, agissant et réfléchissant selon un code universel. Il existe une culture des services de renseignement, comme il en existe des forces de l’ordre et des armées.

Si, par exemple, le Mossad n’a jamais caché le fait qu’il n’hésitait pas sur les assassinats politiques ou les enlèvements ciblés (comme celui d’Eichmann en 1960), la CIA est aujourd’hui soumise à une clause signée par le président Gerald Ford, interdisant l’assassinat politique.

On pourrait m’opposer que la CIA se passe d’autorisation. Le cas Ben Laden prouve le contraire. En 1997, l’occasion de l’éliminer s’est présentée, mais Bill Clinton, inquiet pour sa réélection, a refusé de signer l’autorisation, et le terroriste a pu se réfugier en Afghanistan avec les résultats qu’on connaît.

Il ne faut jamais se retirer de la tête que les responsables des services de renseignement sont avant tout des fonctionnaires et qu’ils dépendent totalement de la politique conduite par leur gouvernement. Et cette politique répond à des impératifs divers, parfois totalement opposés aux intérêts même de la sécurité d’un pays. Ce qui ne lasse pas d’agacer souvent les services de renseignement, comme la police et l’armée. On connaît tous ce cas du flic qui se révolte parce que tel criminel est relâché par la justice pour une raison ou une autre, le cas est exactement le même dans le renseignement.

Autre exemple, au Liban, pendant la guerre civile, la mode était aux enlèvements. La France, qui avait alors comme ministre de l’Intérieur le très roué Charles Pasqua, passa pourtant de nombreuses semaines à chercher des contacts au sein des factions, et à négocier. L’URSS fut bien plus radicale, elle fit enlever plusieurs responsables et les rendit dans plusieurs valises… Après quoi, plus aucun fonctionnaire russe ne fut jamais enlevé.

007 est un alcoolique

Parlons maintenant de la surveillance électronique. Fort des dégâts causés par la CIA dans les années 1960-1970, le président Carter voulu une réforme globale de la Compagnie. Terminé les agents de terrain, les espions infiltrés et autres opérations de terrain. On allait faire reposer l’ensemble du renseignement sur la surveillance électronique.

Le directeur de l’époque, issu de la Navy, Stansfield Turner, fut donc chargé de faire des coupes sombres dans le budget de la CIA, et supprima du terrain quantité d’agent (800 en tout, on appela ça le « Halloween Massacre »). Résultat : quand la révolution iranienne éclata et que la menace islamiste se précisa, la CIA se retrouva totalement démunie et le fut pendant dix ans. Car la surveillance électronique n’est pas un alpha et un oméga. On n’envoie pas un drone de 4 millions de dollars sur la tête de quelqu’un, sans avoir un minimum de certitude quant à sa localisation. Si on ne dispose pas d’unités capables de s’infiltrer profondément, ce qui n’est matériellement pas toujours possible, il faut disposer d’agent infiltrés.

Or, une opération d’infiltration peut prendre des années. On peut ainsi mentionner le cas de cet agent allemand chargé de surveiller la marine anglaise, quinze ans avant la guerre… Du reste, même en ayant tout ce qu’il faut (agents en place, localisation précise, matériel militaire), rien ne permet avec certitude d’assurer la réussite de l’opération. Comme ce fut le cas quand les Etats-Unis décidèrent d’éliminer une première fois Khadafi lors d’un raid aérien. Le dictateur s’en sorti avec des séquelles, mais il resta encore en place pendant de longues années. Même chose pour Arafat, cible autant des Israéliens que des services égyptiens, qui échappa à plus d’une quinzaine d’attentats divers. Et je ne parle même pas de Castro. L’opération Mangouste qui visait à l’assassiner, s’étala sur plus d’une vingtaine d’années, sans le moindre résultat.

Mais par-dessus tout, les tenants de ces théories complotistes, où tout fonctionne selon un plan précis et diabolique, oublient une donne essentielle du renseignement : l’humain. Kim Philby, qui intoxiqua les services de renseignement occidentaux pendant plus de vingt ans, depuis Washington et son poste de premier secrétaire au sein du MI6, s’était notamment laissé séduire par les théories communistes lors de ses études à Cambridge. Il était l’ami personnel de James Angleton, chargé de pourchasser les espions infiltrés au sein de la CIA. La découverte du pot au rose déclencha une crise de paranoïa complète chez Angleton. Une parano qui ne déstabilisa pas uniquement la CIA, mais également la SDECE, au point où on finira par gentiment s’en débarrasser. Il est vrai qu’Angleton soupçonna dès lors tout le monde d’être un agent soviétique, Kissinger y compris… Il est vrai également que c’est précisément en jouant sur la trahison de Philby, et la paranoïa généralisée que cela avait déclenché, que le KGB se fit un malin plaisir d’intoxiquer les services de renseignement occidentaux à l’aide de faux vrais transfuges.

Pendant plus de dix ans, il y eut ainsi au sein des services des pro–Golitsyne et des pro–Nossenko. Le premier expliquant que l’URSS envoyait de faux transfuges pour intoxiquer les services de l’Ouest, le second que le KGB n’avait rien à voir dans l’assassinat de Kennedy (comme on le pensait alors à la CIA…). A ce jour on ne sait toujours pas lequel des deux était ou non un faux transfuge. Ce n’est pas pour rien que l’on surnomme le renseignement le « Grand Jeu ».

Et puis, il y a tout le reste, toutes les raisons pour lesquelles un homme trahit son pays, ou ne fait simplement pas son travail. Quand on remit des rapports en arabe relatant une possible opération d’envergure sur le territoire américain en 2000, l’homme chargé de la traduction au FBI les jugea sans intérêts et refusa d’en faire cas auprès de ses supérieurs.

Pendant vingt ans environ, Ames et Hanssen, agents au sein de la CIA et du FBI, trahirent leur pays au profit des Russes par appât du gain. Ames, alcoolique invétéré, avait également un gros penchant pour le jeu. Car il existe toutes sortes de raisons pour trahir son pays. Elles sont même recensées par la DGSE dans le cadre du renseignement humain sous l’acronyme SANSOUCIS : Solitude, Argent, Nouveauté, Sexe, Orgueil, Utilité, Contrainte, Idéologie, Suffisance. Autant de points d’entrée pour convaincre un individu de travailler pour vous.

Dernier exemple de l’incurie possible des services : dans les années 1980, suite à la catastrophe de la libération des otages en Iran, le département d’Etat créa une unité ultra-secrète appelé ISA (Intelligence Support Activity) chargé de préparer le terrain pour les forces Delta. Tellement secrète qu’on la connait sous des noms différents (Grey Fox, Cemetary Wind…) et qu’il n’existe à l’heure actuelle pratiquement aucune documentation à son sujet. Pour autant, l’on sait que l’ISA fut envoyée au Liban pour tâter le terrain et qu’elle revint en avertissant que les Etats-Unis risquait très gros, qu’il était plus que probable qu’ils soient victimes d’attentats majeurs. Rapport que personne n’écouta. Le 23 octobre 1983, 241 marines et 55 parachutistes français trouvèrent la mort dans deux attentats à la voiture piégée quasi simultanés.

Le Nouveau chaos mondial

Revenons-en au cas du Mali et à la théorie fumeuse de Meyssan. Elle part du principe que la France aurait des complicités au sein de l’armée malienne, qui aurait provoqué un putsch à des fins de déstabilisation, provoquant ainsi l’arrivée obligatoire de la France, et au sein des factions, comme celle créée par Belmokthar qui a réussi un coup que ses amis du GIA n’ont pas réussi pendant toute la guerre civile algérienne. Tout cela dans le cadre de la très fumeuse guerre au terrorisme, le tout afin de créer un nouvel ordre mondial.

Cette théorie est très jolie sur papier, mais elle ne tient pas compte de plusieurs faits.

1. Le Printemps arabe a totalement pris de cours les pays occidentaux qui imaginaient les Ben Ali et Moubarak indéboulonnables, forts de l’aide des services américains. Tellement pris de cours qu’on se souvient avec quelle confusion le gouvernement français réagit en allant proposer les services de sa police en Tunisie. Tellement qu’en premier lieu tout le monde se félicita de cette « victoire de la démocratie », alors que les islamistes se tenaient au coin du bois et qu’actuellement leur majorité électorale crée de sérieux remous au sein de ces pays où apparemment rien n’est jamais aussi simple qu’il n’y parait.

2. Les factions comme Ansar Din ou le Mujao sont issues d’Aqmi, qui, après avoir été chassé du nord de l’Algérie, s’est rabattu sur le sud et la région désertique. Ces factions sont dissidentes les unes des autres, chacune poursuit des objectifs différents et est tenue par des chefs de guerre tous pressés d’obtenir une reconnaissance internationale leur assurant des financements. En gros, elles se tirent la bourre et les alliances d’hier peuvent totalement se retourner contre ceux qui les ont créées, en fonction des impératifs de chacun.

3. Le Printemps arabe ne s’est pas pointé en Algérie. On imagine bien qu’il aurait fait l’affaire de beaucoup de gens, à commencer par les Algériens eux-mêmes, mais il se trouve que le pays est verrouillé depuis les années 1990, qu’il a subitune saignée sans précédent (on parle de 100 000 morts). Ce qui d’ailleurs n’a pas empêché les Américains d’y installer des bases, ni les Français de signer des accords militaires avec le gouvernement algérien, une première depuis la guerre d’Algérie. Le pays est verrouillé certes, mais une Algérie sous contrôle militaire est toujours préférable pour nos intérêts énergétiques qu’un pays livré au chaos.

4. L’attentat revendiqué par Aqmi contre l’académie militaire de Cherchell à l’ouest d’Alger en août 2011 montre, s’il est nécessaire, que contrairement aux déclarations actuelles du gouvernement algérien, la situation n’est pas sous contrôle. D’ailleurs, si on se réfère à ce qui se passe actuellement en Libye, où l’on profiterait un max de la déstabilisation du pays, il faudrait en parler à la CNT qui a bien du mal à contrôler ce qui se déroule actuellement là-bas. Du reste, au lieu de se retrouver devant un gouvernement stabilisé avec qui faire des affaires, on doit tenir compte de tous les acteurs et de toutes les factions, ce qui n’a jamais facilité les négociations.

Enfin, la théorie d’un Meyssan repose sur le mensonge des armes de destructions massives… Or, il faut bien comprendre ici que la responsabilité revient essentiellement à un ingénieur irakien, soucieux de débarrasser son pays de Hussein et qui intoxiqua sciemment le MI6 avec de faux renseignements. Cet homme, qui parle aujourd’hui librement, a parfaitement réussi son coup, d’autant mieux que cette information livrée avec des pincettes par les services anglais à la CIA rejoignait les ambitions personnelles de Bush et de ses amis. En gros, comme lors de l’incident du golfe du Tonkin, où les marines américains ont réellement cru à une attaque des Nord-Vietnamiens, l’occasion a fait le larron. On a utilisé une information non vérifiée et prêtant à caution pour en faire une vérité. Rien donc à voir avec le fameux incendie du Reischtag où tout avait été préparé par Hitler et ses amis.

A qui profite le crime ?

Il est totalement de l’intérêt des services de renseignement du monde entier de faire croire à leur omnipotence. Aucune chance qu’un jour le directeur de la CIA1 vous raconte par le menu par quel coup de bol insensé ils ont réussi telle ou telle opération. D’une part pour la bonne et simple raison que ça écornerait quelque peu l’image effrayante qu’ils veulent entretenir vis-à-vis des services concurrents, mais surtout parce que si on réalisait réellement combien les services de renseignement peuvent se montrer totalement incompétents, d’une bêtise affligeante et d’une négligence criminelle on aurait vraiment des raisons d’avoir peur.

L’exemple d’un Merah revenant du Pakistan, fiché par les services comme personne à risque depuis près de cinq ans et embrouillant un agent de la DCRI avec une histoire à dormir debout de mariage en est une parfaite illustration. Si l’on admet qu’en plus les services se méprisent mutuellement (FBI vs CIA, RG vs DST, Police nationale vs DST, DGSE) quitte à se faire mutuellement des coups de pute, l’on peut même raisonnablement se dire que leurs nombreuses réussites tiennent parfois du miracle, sinon du hasard.

Bien entendu, je sais bien que tout ça n’empêchera personne de continuer de croire aux fumisteries du réseau Voltaire. L’être humain est déraisonnable et l’idée qu’il y a forcément un plan quelque part sous-entend qu’il y a forcément un moyen de contraindre l’histoire. Mais si l’on est capable d’imaginer que derrière telle action se tiennent un service de renseignement et un coup monté sur des dizaines d’années, il n’est pas interdit de se demander si derrière telle affirmation nébuleuse il n’y a pas une intention malveillante.

Que la raison soit idéologique, personnelle, financière ou par pure vanité de vouloir se faire inviter sur les plateaux de télé en se faisant passer pour un intellectuel. Les Soral, Meyssan et autres tenants d’un complot mondial ont trouvé là un moyen simple de faire croire qu’ils étaient des esprits libres et lucides, contre le monde entier, capables, par des informations à la disposition de tous, de déceler des vérités connus d’eux seuls et de leurs suivants.

Ils n’ont pas besoin de prouver par a + b leurs dires, il leur suffit de faire des affirmations en s’appuyant sur la méfiance naturelle qu’engendrent l’inconnu et le secret. Cela n’aurait aucune importance si ces gens-là ne représentaient qu’eux-mêmes. Ni Soral ni Meyssan n’ont le bagage intellectuel suffisant pour soutenir leur thèse au-delà de leur sphère restreinte. Seulement, comme le savent juifs, francs maçons ou musulmans, l’entretien permanent de ces nébuleux complots provoquent des vocations qui ne sont pas, elles, sans conséquence. Alors, avant de se méfier systématiquement des services de renseignement et de croire qu’il y a un espion derrière chaque évènement, défions-nous des prophètes en papier dont la gloire ne repose que sur la crédulité.