Je suis abstentionniste et je t’emmerde.

Comme à chaque élection depuis que le parti de la magouille et des petits arrangements avec la vérité menace ce régime oligarchique qui nous gouverne depuis 40 ans. Comme à chaque fois que la famille Le Pen menace de prendre le pouvoir avec ses financements occultes (Poutine, emplois fictifs et kit de campagne surfacturé) et ses bras cassés admirateurs de Pétain ou d’Hitler. Comme à la moindre occasion où ces petits oligarques flattent les bas instincts d’un peuple en mode larbin, on nous la refait. Si le diable parvient à l’Elysée se sera la faute aux abstentionnistes, ce pourquoi il faut voter utile pour « faire barrage au Front National ». Et l’ensemble des médias, soutenus par une cohorte d’experts en tout sauf en humilité, de tenter de culpabiliser ceux qui se refusent à aller aux urnes. Si le fascisme s’installe en France, ce sera la faute aux affreux qui ont refusé de faire leur devoir citoyens. Et là, dans l’entre-deux tours d’une campagne de scandales sur fond de corruption, c’est open bar. D’autant que le fascisme est en effet à nos portes, dans l’indifférence la plus complète, une acceptation quasi consensuelle d’un peuple aux ordres. Et tant pis si en réalité les abstentionnistes sont les véritables gagnants de cette élection, et si 40% des électeurs de l’oligarchie Le Pen ne votent en leur faveur que faute d’avoir un vote blanc comptant pour autre chose que du beurre. Tant pis si en réalité nous ne vivons pas dans une démocratie, mais son simulacre.

Le vote utile le plus inutile du monde

Un simulacre qui m’autorise immédiatement à délivrer publiquement mes opinions sans pour autant que celles-ci, que ce soit par mon vote ou une quelconque autre manière influent sur la politique de mon pays qui est de toute manière aux ordres. Comme nous la fait remarquer Sarkozy avec le traité de Lisbonne, en réalité mon opinion, la tienne, la nôtre, ils s’en passent quand leurs donneurs d’ordre les sifflent.

Ce n’est d’ailleurs ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron que la France s’apprête à élire, mais, dans un cas comme dans l’autre, Pierre Gattaz et le CAC40. Pour autant depuis 2002, depuis que le père avait déjà démontré qu’aucun vote utile ou non pouvait dissuader un peuple de trouillard de s’en remettre à un père fouettard, on nous explique que voter pour un politicien corrompu ou un commis de banque était donc « utile ». Mais utile pour qui exactement ?

S’il s’agit de lutter contre les idées aberrantes de la ploutocratie Le Pen, je ne vois pas bien où est l’usage. Les Républicains font campagne à la place du FN depuis l’investiture du catastrophique Sarkozy, et le PS a mis tout en place en terme d’arsenal juridique pour que le pays bascule dans la dictature sans que ça fâche. Demain les Le Pen pourront mettre en fonction leur politique d’apartheid, dit de préférence nationale, et museler toute opinion contraire. Toutes les mesures sont déjà là, légiférées, inscrites au journal officiel dans le cadre de l’état d’urgence et de la loi sur le renseignement. D’ailleurs, ce vote « utile » l’est tellement que si les Le Pen n‘ont pas encore pris le pouvoir, dans la tête d’une majorité de paumés, c’est fait. Sept millions de perdants qui croient qu’ils vont changer leur pathétique destin en élisant un clan de bourgeois extrémistes fous d’argent et de pouvoir. C’est, du reste, assez pitoyable de se dire que ce pays à donné un maximum de voix à deux politiciens jusqu’au cou dans les magouilles. Un peuple complice avec ses voleurs, ceux-là même qui lui font les poches, c’est pour ma part un sommet de misère intellectuelle, la démonstration d’une immaturité affligeante (notamment vis-à-vis de la presse) et la preuve qu’en dépit des bavardages et débats incessants autour du seul sujet de la politique, les Français ont une conscience politique Carambar, volatile, versatile, creuse, comme leurs opinions. Bref au lieu de parler de vote utile, on serait bien indiqué de penser plutôt à gouverner, tout simplement, ou à s’en aller.

Voter n’est  ni un droit, ni un devoir, c’est un privilège.

34% de jeunes votent donc pour un parti de vieux, avec des vieilles idées qui datent des années 30 et 50. C’est pour moi la démonstration qu’une part significative de la jeunesse Hanouna et télé-crochet vit sans passé et ne s’envisage aucun avenir. Avec l’argument consommateur N°1 « on-les-a-jamais-essayé-ça-peut-pas-être-pire ». 34% des jeunes ignorent donc qu’un droit est relatif à celui qui gouverne et non un état naturel. Comme l’est la notion de devoir avant qu’elle ne bascule dans l’obligation. Et s’il vous plait passez-moi le couplet sur ces pays où on se bat pour avoir ce droit surtout quand on sait que l’ensemble des dictateurs africains ont fini de légitimer leur pouvoir par le vote, qu’Assad a obtenu un suffrage écrasant au beau milieu d’un carnage et que Patrick Balkany est toujours maire de Levallois. Si la démocratie telle que nous la connaissons se distinguait par le droit de vote et si celui-ci n‘avait d’autre usage que d’entériner un système, il y a longtemps que nos gouvernants l’auraient supprimé. Au reste, si le très conservateur Monsieur Thiers a milité pour la république qu’il abhorrait, c’est uniquement parce qu’un roi est plus fragile qu’une urne. Un roi ça se décapite alors qu’une opinion ça se fabrique. Et en termes de fabrication d’opinion notre époque est passée reine. Monsieur Macron se présente sans programme et le revendique et les deux tiers des électeurs de la famille Le Pen n’ont sans doute pas lu une seule ligne de leur programme, à la notable différence d’un abstentionniste comme moi. Je peux même citer une phrase qui a marqué le cinéphile que je suis « le cinéma français est le seul à pouvoir faire concurrence au cinéma américain ». On ne pourrait pas être moins en phase avec la réalité, je crains hélas que Franck Lapersonne soit aussi peu connu des exécutifs de Sony ou Universal, qu’il ferait un piètre personnage de chez Marvel…

L’abstention, une démarche politique et citoyenne.

Quand on lit les débats de comptoir sur les réseaux sociaux, le moins que l’on puisse dire c’est que la première chose qui frappe ce n’est pas la conscience politique des uns et des autres. Ni plus la lucidité en termes de fabrication d’opinion et d’image. Pasqua, par exemple, expliquait un jour que la meilleure méthode pour couvrir un scandale, était d’ouvrir un contre-feu, une affaire dans l’affaire, qui semble si alambiquée que l’affaire de départ paraisse moindre. Fillon et son « cabinet noir » (brrrr !) nous en a fait une brillante démonstration et un peu plus de 19% des électeurs sont tombés dans le panneau, soumis à cette idée mafieuse qu’on ne peut gouverner sans être corrompu.

Personnellement je suis politisé depuis que je suis enfant. A cinq ans je me plantais devant les débats de l’assemblée pour tenter de comprendre ce qui s’y jouait et me déclarais gaulliste, comme papa et maman. Et toute ma vie je me suis intéressé à des questions politiques ou à l’histoire de mouvement, comme notamment le très prolifique et influant courant anarchiste. Si influant même, que capitalistes et communistes, deux versants d’une même église, ont tout fait pour le détruire, le ridiculiser, le réduire à rien, et massacrer ou interner ses militants. Je recommande à ce sujet l’excellent documentaire « Ni Dieu ni Maitre » en deux parties qu’a produit Arte. Et en termes de fabrication d’opinion et d’image, je suis parfaitement placé pour savoir de quoi on parle. Pas seulement parce que j’ai travaillé dans la pub que j’écris des fictions, que raconter une histoire c’est déjà mentir, manipuler ses lecteurs afin de susciter des émotions, provoquer une réflexion.

Le terme même de « communication politique » défini en soi qu’on ne s’arrêtera ici qu’aux émotions. Que la réflexion autour du projet politique sera occultée de tout débat. Tous les candidats parlent au « nom des Français ». Comme si nous avions tous déjà réfléchi au projet de société que nous proposait le candidat au trône. Comme si le candidat au trône et une cohorte de Rosa Luxembourg, Charles Maurras, Péguy, Hugo avaient harangué et discuté et disputé durant des heures de débats avec des foules compactes et enfiévrées de questions politiques… Comme si qui que ce soit achetait les livres des politiques, lisait leur programme, et ne se contentait pas plus simplement d’aller voter comme on rote.

A titre personnel je vis au crochet d’une société que je récuse, qui me criminalise parce que je préfère le cannabis à l’alcool. Ne trouve pas d’emploi, obligé auprès d’un organisme parfaitement arbitraire et incompétente comme Pole Emploi. Doublé du fait que j’ai 53 ans, fait sept métiers, jobs d’été not include, et que je n’ai pas de réseau dans les professions qui m’intéressent. Ceci explique peut-être le fond de ma colère contre ce pays et son peuple.

Pourtant, à titre citoyen, les résultats des élections m’ont moins mis le mord parce que la famille Le Pen serait au deuxième tour, je m’y attendais comme tout le monde, que parce que Fillon (rend l’argent, maintenant) avait fait plus que Mélenchon. Non pas que j’ai la plus petite affection pour aucun des candidats au trône, que l’idée que mes voisins avaient peut-être préféré un politicien ouvertement vénale et corrompu, à un autre sans casserole financière m’a proprement scandalisé. Même si c’est essentiellement, en réalité, par défiance vis-à-vis des médias, de ce qu’il est convenu d’appeler la médiacratie. Surtout, devrais-je dire.

Parce que ce n’est pas de la citoyenneté que d’aller voter en réaction d’une opinion formatée par d’autres. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des gens qui sont mis en examen. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des individus sans programme, et encore moins budgétisé, comme celui de la famille Le Pen et de leurs réseaux. Ce n’est pas de la citoyenneté que d’appeler à voter en espérant se faire une place au chaud. Ce n’est pas de la citoyenneté de ne pas réaliser que ceci est une pièce de théâtre sur jouée entre des comédiens surpayés, et dont nous connaissons tous la fin. Ce n’est pas de la citoyenneté que de vouloir d’une oligarchie familiale en remplace une autre à la tête du pays. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter par dépit, « utile »  parce que goût Carambar y’avait plus. Ce n’est simplement pas, plus, de la citoyenneté que de voter. Point à la ligne.

Et je revendique, au contraire, être un peu plus « citoyen » que mes compatriotes électeurs, ces gens qui ont eu la malencontreuse idée de naitre dans un pays qu’ils ne méritent pas. Non mon ami électeur, tu ne mérites ni la fronde d’un Cyrano, ni les propos de Proudhon, ni les Lumières au nom duquel tu me brames ton droit de vote, ni le génie de Diderot, ni le talent de tes rois et figures politiques, ton histoire fabuleuse, ni tous tes héros mort, justement, pour que tu puisses librement bêler devant l’urne. D’ailleurs tu ne bêles même plus, tu dis que c’est tous les autres qui bêlent. Tu urines dans l’urne. Tu pisses tes petites rancœurs bilieuses que t’inspires le désastre de ta vie. Tu pisses dans l’urne. Et tu as remarqué, ça fait le même effet que sur un violon.

S’abstenir c’est voter.

D’ailleurs en admettant même que je souscrive à la notion de gouvernement, ce qui n’est pas le cas, ou de président, ce qui l’est encore moins, pour qui, le citoyen que je suis, aurait-il bien pu voter ? Pas un seul candidat ne rejoint mes opinions qu’il s’agit d’écologie, de légalisation, de politique extérieure ou intérieur. Pas un. Pas un ne propose de projet qui tienne en compte la biodiversité de notre pays. Pas un seul qui ne retient de la rue qu’un discours populiste à base de yaka fokon. Pas un candidat ne s’intéresse aux nouvelles technologies, qu’il s’agit d’intelligence artificielle ou de biotechnologie, de recyclage, d’énergie renouvelable à part pour se pogner sur le nucléaire. Pas un politique pour ne citer à un moment ou à un autre De Gaulle.

Vous nous fatiguez avec le Général, laissez-le dans sa tombe et sa constitution avec. Il l’a fabriqué à sa main, pour les enjeux de son époque. Il n’imaginait même pas une alliance autre qu’Atlantique et occidental, et encore moins la fin du bloc communiste. Il a laissé un héritage mi mafieux mi droit dans ses bottes qui a été dévoyé par de minuscules politiciens sans envergure. Pas un politique pour ne pas parler emploi au lieu de travail, d’occupation payée, plutôt que de compétence, de méthode et d’engagement réciproque. Pas un seul pour proposer de remettre à leur place les milliardaires qui tiennent ce pays. Ni plus pour mettre un frein à la corruption et aux hauts privilèges que s’arrogent ces mêmes politiques. Pas un qui ait le plus petit projet culturel. Pas un seul pour se soucier de la casse sociale qui avait lieu chez Whirpool à Amiens pendant leur sauterie électorale. Pas un seul pour proposer des solutions pratiques, budgétisées et concrètes pour les sans abris, les 120 milliards que coûte socialement l’alcool en France, où soulager les hôpitaux publics. Pas un qui est foutu de s’intéresser réellement à ce qui se passe dans les DOM. Pendant que la Guyane gueulait, Emmanuel Macron rêvait d’île. Pas un qui n’a jamais été salarié plus de quatre ans dans toute sa vie, qui ne soit sorti de Dauphine, l’Ena, ou Science Po et pour l’essentiel, pour les « gros » candidats qui ne sorte pas du même milieu privilégié. Pas un qui n’a la moindre expérience de vie autre que l’entre-soi, le calfeutrage des salons chics et des secrets d’alcôve. Pas un qui ne sache ce que ça signifie dans sa chair d’être exilé, à la rue, ou simplement d’avoir faim. Pas un seul.

Alors, sur quoi je puis m’identifier pour voter en tant que citoyen et non consommateur? Si les Le Pen sont élus j’ai l’intime conviction que ce pays va sombrer dans le chaos et pour de bon. Si Macron est élu, que ce chaos aura lieu, mais délayé dans le temps. Quoiqu’il en soit ce sera radical. Je suis donc convaincu en tant qu’homme et citoyen qu’il faut l’être, radical, avant que le régime en devenir nous précipite vers la guerre civile. Que ne pas voter du tout est un devoir citoyen en la circonstance, que c’est le seul moyen, sans violence et avec conscience, une réelle conscience politique, de montrer que nous sommes des Français et pas des touristes.

 

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Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue