Apartheid français

Ce pays vit à deux vitesses, on le sait tous, et particulièrement depuis qu’un merdeux narcissique a volé démocratiquement le pouvoir au nom des gens de sa caste, respectant scrupuleusement l’esprit très XIXème du patronat français. Une justice à deux vitesses également. Une justice  des pauvres qui enferme à tour de bras (toutes les prisons françaises et les centres pour jeunes délinquants sont pleins à ras bord) dans un pays où on trouve légal et décent d’enfermer un gosse de treize ans. Et une justice des riches qui relaxe des délinquants jugés coupables, comme le sait si bien la très puissante et protégée Christine Lagarde. Au pays de l’abolition des privilèges ceux-ci ne se sont jamais si bien porté. Les français le savent, ils râlent, pleurnichent, en parlent… Ils sont très doués pour bavarder dans le vide et défiler sous des pancartes mais au fond ils s’en accommodent n’ayant visiblement jamais digéré d’avoir raccourci leur monarque. Ils sont en effet soumis au régime d’une constitution monarchique que s’était taillé sur mesure un homme qui se prenait pour Louis XIV, mais au moins il en avait la dimension puisqu’ils ont cessé d’avoir des chefs d’état à partir de Mitterrand. Pour les troquer par de médiocres affairistes plus préoccupés par leur enrichissement personnel et leur image dans la glace que par le destin de ce pays. Mais il faut reconnaitre que les français vivent dans une bulle.

Quand je dis les français, je parle des gens comme moi, bien que je ne le sois que sur papier. Des français blancs, nés dans une république qu’ils croient bienveillante, le plus souvent citadins, qui ne voient une vache que quand ils font l’effort de sortir de leurs murs et le plus souvent pour expliquer à l’autochtone que le coq ne doit pas chanter pendant leurs vacances. Ils vivent dans leurs villes séparés mentalement et physiquement d’une autre classe de citoyen, une sorte de sous prolétariat qui n’en n’est pas vraiment un mais qui est vécu et employé comme tel. Ces français-là, ce sous prolétariat fait la fortune de la police, le bonheur de la justice, et les réactionnaires leur doivent leur carrière. On pourrait en effet se demander où en serait Zemmour et De La Villiardière, le groupe Bouygues avec TF1, sans la jeunesse des quartiers. Sans compter tous les hommes politiques bien entendu qui ont prospéré sur « l’insécurité » en pointant d’abord du doigt les immigrés dans leur ensemble, la jeunesse des quartiers, puis les musulmans, le tout désormais assimilés à des terroristes potentiels ou avérés, le célèbre « ennemi de l’intérieur ».

Je me faisais cette réflexion ce soir en me promenant dans mon quartier. Samedi soir à Lyon, une ville étudiante, c’est deux jeunesses qui ne se croisent quasiment jamais qui s’amuse. Une en terrasse dans les étages, saoule, qui parle fort et sans prudence, probablement occupée à fumer le shit que leur ont vendu la jeunesse d’en bas, exclu de leur jeu, de leur confort, de leur avenir, de leur pays. Ceux-là, la « fête » ils la font tous les soirs ou presque, dans la rue, et toujours aux mêmes endroits. Ils vendent la matière première des fêtes des étages au-dessus, s’achètent kebab et pizza, boissons gazeuses et parfois du whisky ou de la vodka de marque. Ils adorent les marques, en porter et dépenser des fortunes pour un blouson ou un jean, ils font donc également le bonheur des milliardaires qui tiennent ce pays en coupe réglée. C’est à peu près leur quotidien. Discuter avec les potes, fumer, vendre, se saouler, jouer au foot et draguer. Ils vont faire ça également dans la journée éventuellement mais pas dans mon quartier. Dans mon quartier ils s’envisagent encore plus ou moins un avenir, ils ont parfois le bac, des parents mais pas tous, et vivent, ou du moins essayent de vivre légalement des seuls jobs que l’autre France ne leur proposera jamais, intérimaire, généralement pour la manutention, déchargement des quais, les préparations en magasin ou en entreprise. Rien d’autres. Bien entendu certain ont des casiers et tous, absolument tous sont à la merci constante de la police qui ne manque jamais de leur rappeler qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière, la preuve ils n’ont pas la même couleur de peau. Pas de misérabilisme ici, c’est un fait, ces français-là n’ont aucun avenir. Pas plus qu’en n’ont les gamins des zones rurales qui font très exactement la même chose qu’eux, galérer pour trouver un petit boulot et se défoncer le soir, tous les soirs. Une jeunesse qui s’ennuie, et, dans le cas de mes citadins, dont la seule perspective d’emploi stable est d’aller à Marseille, se faire embaucher à la journée comme dealer dans un quartier. Voilà leur avenir, voilà comment la France les envisage, manutentionnaire-vendeur de shit et rien d’autre. Ils achètent un 25 à 80 euros. Se font cent, deux cent euros de bénéfices, ils ne sont que distributeur, le plus gros de l’argent va au grossiste et au semi grossiste. A Marseille on leur fixe des objectifs, mille euros de défonce, mille euros de bénéfice et tu touches cinq cent, mille deux, pour une journée ou deux de travail. Bien entendu c’est à risque. Le monde de la délinquance est un monde où tout le monde essaye de baiser son prochain. On se fait avoir sur la quantité et nous voilà en dette, on peut se retrouver au milieu d’une fusillade, à Marseille c’est sans limite. Et si je le sais c’est parce que je les ai écouté en parler de la même manière qu’ils parleraient d’aller se faire embaucher sur un chantier ou dans un supermarché.

C’est d’ailleurs l’extraordinaire paradoxe de ce pays fort d’une classe dirigeante corrompue, sa prohibition sur les drogues, mis en place depuis 47 ans, ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. 47 ans d’une loi d’exception qui n’a strictement servi à rien de plus qu’à trouver un prétexte pour enfermer la jeunesse de ce pays et plus particulièrement la jeunesse du sous prolétariat des villes et des champs. Et de ce point de vue-là, la justice française est en pleine forme puisqu’on arrête et on enferme en masse aussi bien petit dealer que consommateur, les chiffres de la justice le démontrent.  Le plus cocasse là-dedans étant que naturellement non seulement la France est la plus grosse consommatrice d’anxiolytique d’Europe mais également de cannabis, la drogue qui rend fou. Je ne vais pas, à l’instar de la classe politique, revenir sur ce serpent de mer français, je sais parfaitement que de ce point de vue, il n’y a plus que la classe politique et la bourgeoisie qui tient ce pays pour s’intéresser à la question de la prohibition. On fait donc à la française, en douce, tout le monde, flic y comprit, et on laisse la mafia corso marseillaise s’enrichir avec l’aval des gouvernements qui se succèdent. Plus personne n’est dupe en réalité. On habille le débats moral avec l’argument sanitaire, on agite la menace d’une maladie mentale rare (oui la schizophrénie est une pathologie rare) et on permet au roi du Maroc et à d’autres de toucher leur dime sur l’or vert du Rif et de se la dorer à Marbella. On permet dans la foulée que des produits frelatés, du shit « Harry Potter » comme disent mes dealers en rigolant, de tomber entre les mains des gamins avec les risques sanitaires et psychiatriques afférant. Je rappelle tout de même qu’aujourd’hui le premier pétard c’est à partir de 12 ans…

Mais revenons à cette sous classe de la société française. Donc pas la jeunesse protégée et blanche des villes mais celle qui subit l’apartheid à la française. Celui qu’on ne nomme pas, pire sur lequel des petits ambitieux comme Valls ont essayé de se faire du beurre. Lui aussi a dénoncé l’apartheid qui sévit dans ce pays, il essayait de se faire bien voir, la France blanche, celle qui a aboli les privilèges de l’aristocratie pour se les arroger, la bourgeoise, s’est emporté. L’apartheid ça n’existe pas en France, tout le monde a ses chances. Excepté pour trouver un appartement, un travail, poursuivre des études dans des conditions descentes, pour ne pas se faire harceler par la police, mais c’est interdit de le dire. C’est interdit parce que non seulement la France n’a jamais supporté la perte de son empire, ni plus que des gens pas de chez nous osent revendiquer leur droit dans un pays qu’ils ont construit et qu’ils enrichissent, clandestins y compris. Oui, même sans papier si on est embauché on cotise. Mais pour un Zemmour « on ne vit plus comme des français » c’est-à-dire comme dans les années 50 quand le bicot ne la ramenait pas. On est obligé de faire avec… et pour ces français là il est bien plus supportable de se faire rouler dans la farine continuellement par leur gouvernement que l’idée qu’un jeune des quartiers ait les mêmes droits qu’eux, ce qu’ils n’ont en réalité qu’en théorie. D’ailleurs c’est amusant de voir comment le racisme des réactionnaires se focalise sur cet apartheid là, mais pas une seconde sur celle qui touche les gamins des campagnes. Parce qu’en réalité ce pays a étendu son sectarisme autant aux gamins des quartiers qu’à ceux des champs au point où on ne parlera jamais d’eux.  Ce pays n’aime sa jeunesse que lorsqu’elle pense comme un vieux, veut devenir médecin ou avocat ou quand il s’agit de les enrôler dans une armée qui ne sait en réalité pas quoi faire d’eux. Car notre jouvenceau narcissique qui a des idées de vieux veut remettre le service militaire obligatoire, et 74% des français seraient d’accord, selon les sondages… A croire que ce pays adore les uniformes, avec un flic pour 265 habitants la France est bien le pays le plus fliqué d’Europe. Personnellement j’ai fait mon service, j’en parle , et à part se biturer, fumer du shit, ce qu’ils savent déjà parfaitement faire, et servir de petite main corvéable à souhait pour les professionnels je n’ai jamais vu l’intérêt de ce service. Mais la France puise ses idées dans les années 50 et 60, c’est la nostalgie d’un pays de vieux qui refuse d’évoluer.

L’apartheid français est à l’image de sa mentalité, on n’en parle pas, on a interdiction d’en parler, elle n’existe nulle part dans le cadre de la loi et partout dans le cadre du quotidien. Il est interdit de dire que la jeunesse hors des villes n’a pas la moindre chance de trouver autre chose qu’un petit boulot, si elle en trouve, que rien n’est prévu pour eux, ni structure ni encadrement. Tandis qu’apeuré, ce même pays offrira des bibliothèques et des centres sportifs dans les quartiers en espérant que ça les endorme. Créant de fait une différenciation entre deux sous classes de la jeunesse. On ne s’étonne dès lors guère du succès de la ploutocratie Le Pen dans les zones rurales et auprès des jeunes. Diviser pour mieux régner sur un asile de vieux est le crédo de tout bon politicien français. Comme il est interdit de dire qu’en s’appelant Mohammed ou Ada on aura toutes les peines du monde à se faire embaucher, et aucune si on ajoute qu’on vient d’un quartier « à problème » et encore moins de pouvoir louer un logement ailleurs que dans le dit quartier. Et parfaitement illusoire de se dire qu’on passera la journée sans se faire contrôler au moins une fois si on a l’imprudence de trainer dans les quartiers des français blancs. La France continue de croire à sa mythologie de l’égalité pour tous, dans un même pays où les représentants de la nation, les députés, viennent quasiment tous de la classe dominante avec une majorité de quadra et plus, beaucoup plus, comme c’est le cas au sénat, notre asile de vieux de luxe à nous. C’est interdit parce que ce pays déteste se remettre en question. Déteste l’idée qu’il n’est plus qu’un reflet peu reluisant d’une gloire passée.

Se remettre en question ça serait en effet admettre le grand mensonge de la libération avec sa résistance de la dernière heure qu’on a voulu faire passer pour une résistance de la première. Avec son patronat unilatéralement collaborateur et son antisémitisme qui a permis l’arrivée au pouvoir d’un vieillard narcissique. Ca serait également admettre que  la décolonisation a été une trahison pour pas mal de français, ajouté au mépris le plus complet qu’on a accordé aux hmongs et aux harkis puisque bien entendu ils n’étaient pas de chez nous. Ca serait admettre que la France a soigneusement tenu éloigné son immigration loin de toute force politique, de toute représentativité, de toute forme d’assimilation, préférant agir avec elle comme elle l’avait fait dans ses colonies. Avec paternalisme, absolument certaine de sa supériorité, essayant de nier complètement leur identité, leur spécificité. L’empire réduit à son propre territoire colonisera donc ses banlieues avec la même démarche qu’il a colonisé l’Afrique ou le Vietnam. Et aujourd’hui, comprenant son échec le plus total dans le domaine, ce pays accuse ses colonisés de ne pas vouloir s’intégrer. Ce qui est très pratique pour les exclure un peu plus, vu que c’est de leur faute…et Daesh qui a parfaitement compris sur quel ressentiment jouer ici, l’a utilisé pour diviser un peu plus cette société d’apartheid. Un apartheid dirigé autant vers la jeunesse des classes populaires que vers son immigration.

L’ennui avec ce sectarisme sociétal qui refuse de dire son nom, cette hypocrisie complète dans laquelle vit la société française c’est qu’à terme ça produit ce qui s’est passé le 13 novembre 2015. Pendant que la classe dominante à travers ses locuteurs certifiés « moi j’viens d’la banlieue moi » mais très grassement payés, nient l’identité voir même l’existence (je pense ici aux gamins de la cambrousse) de toute une jeunesse, un fossé est en train de se creuser de plus en plus profondément au sein même de cette société vieille et nostalgique de son passée. Une jeunesse populaire qui sait qu’elle ne sera jamais acceptée par la caste, sera refoulée vers les classes moyennes à titre d’épouvantail, commence elle à cesser de vouloir à faire quoi que ce soit avec cette société. Et deux mondes passent l’un à côté de l’autre sans jamais se voir que dans le ressenti. Je parle avec les gamins de mon quartier mais il est clair que dans la tête de quelques porteurs de barbe je suis l’ennemi, « Jean-Pierre » le Françoy. Ils pensent comme des colonisés qui voudraient s’affranchir de l’autorité paternaliste que je suis censé représenter, parfaitement soumis comme on attend qu’ils demeurent, mais ça il n’y a qu’eux et la réaction qui refusent de l’admettre. L’ennui c’est que la France est truffée de responsables racistes et/ou réactionnaires, de Boutledja la passionaria salafiste des Indigènes de la République à Narcisse 1er Roi des Banquiers, en passant par Marine Le Pen. Ca blague sur les comoriens qui se noient au large de Mayotte, ça parle de zone de non droit sans y avoir jamais mis les pieds, ça accuse telle couleur de peau, telle origine national d’être la faute de tous ses malheurs. Ca organise des camps d’été « interdit au blanc » dans le plus grand des calmes, parce que finalement la France s’accommode parfaitement de ce racisme ambiant, ce pays n’a jamais été pour le mélange des cultures surtout qu’il estime la sienne supérieure en tout point. L’ennui, surtout, c’est que dans le climat délétère qu’est en train de créer le merdeux de l’Elysée cette faille dans la société française va s’agrandir un peu plus chaque jour, et qu’à terme ça s’appelle la guerre civile.

 

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Déchéance d’une nation

Quand je vivais à Paris j’avais un voisin, un vieux marocain et sa femme. Il m’invitait à boire le café, avait gardé un double de mes clefs en cas où j’aurais oublié ou perdu les miennes, et de temps à autre on causait de la pluie et du beau temps. Des relations de bon voisinage en somme. Aujourd’hui mes voisins sont français on se croise parfois et il m’est même arrivé de leur demander un service. Mais jamais ils ne m’inviteront à boire un café, ne me disent jamais bonjour quand on se croise dans la rue, ils se méfient. Ils n’ont aucune raison de le faire, mais c’est comme ça, c’est dans leur nature, leur culture, l’autre est louche quoiqu’il arrive. Ce n’est pas la première fois que je fais ce constat. J’ai fait la manche en Angleterre, j’ai été nourri, on m’a donné de l’argent (environs 60 livres) et des cigarettes. Ici ne serait-ce que demander l’heure est une galère. Les français sont un peuple méfiant, conservateur, absolument plus curieux de l’autre, orgueilleux au-delà du raisonnable, et qui, quand on leur explique que leur pays va mal vous répondent que si vous n’êtes pas content vous n’avez qu’à vivre ailleurs. Soit, c’est les plus gênés qui s’en vont et je me ferais un plaisir de leur être gré dès que mes moyens ou une occasion me le permettront.Comprenez bien j’étouffe dans votre pays. Je dis bien votre pays parce que par ma naissance je peux demander la double nationalité, et j’ai hâte de la demander. Hâte de m’offrir un choix que les français n’auront bientôt plus, celui de la liberté.

 

J’ai 51 ans et j’ai vu comment ce pays a évolué. Il n’a pas toujours été comme ça. Je me souviens d’un pays où la politesse « vieille France » était purement exquise, où les gens, pour autant qu’ils voyageaient peu, étaient curieux des autres, où la culture bouillonnait assez pour réunir des millions de spectateurs devant Apostrophe, les émissions de Chancel, Droit de Réponse ou Téléchat, etc et rameuter le banc et l’arrière banc de sa société incivile à travers HaraKiri, puis Charlie avant qu’il vire réactionnaire de gauche et enfin martyr bien commode de la droite réac. J’ai vu aussi un pays qui avait du mal avec son immigration qui tant qu’elle se tenait tranquille et silencieuse, ne l’observait pas, l’ignorait. Puis il y a eu la Marche des Beurs, que Mitterrand s’est empressé de manipuler pour en faire SOS Racisme, tout en veillant à faire grossir la voix de l’extrême droite à seul fin de court-circuiter les gêneurs. C’était les années 80 et dès cette époque là les français ont voulu devenir des américains ordinaires.   C’est dans ces mêmes années que nos médias sont passés entre les mains des holdings, que les premières lois hygiénistes contre le tabac, l’alcool, sont apparues, qu’on a commencé à se dresser les uns contre les autres pour un mot, une idée, parce qu’elle n’était plus « politiquement correcte » et que les tensions entre les communautés ont commencé. Dans les mêmes années 80 que l’on tressait des lauriers à Djian, pâle imitateur de la littérature américaine moderne. Et dans la décennie suivante ce phénomène a littéralement explosé. Pire, il a atteint l’état lui-même. Qu’on les apprécie ou non De Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand étaient d’authentiques hommes d’état. Beaucoup plus intéressés par laisser leur nom dans l’histoire de leur nation que par la seule perspective de gagner une élection. Une main dans notre poche, on peut même y inclure Chirac là dedans, ne serait-ce que par son refus de participer à une guerre criminelle fomentée par des voyous. Et puis nos hommes d’état sont devenus des hommes politiques. Des intérêts de leur nation ils sont passés aux intérêts de leur minuscule carrière. Ils ont gouverné à coups de slogan et pour le compte exclusif de leurs donateurs de campagne, le Medef, le CAC40. Des gestionnaires naviguant à vue à coups de sondages. Des gestionnaires totalement déconnectés du monde réel, vivant en cercle fermé, repliés sur eux-mêmes et s’arrogeant privilèges sur privilèges comme au meilleur temps de la monarchie. Une caste. Un entre soit de politiques, d’artistes d’intellectuels, de journalistesde leurs amis qui jouent depuis 40 ans aux chaises musicales dans un pays où le cumule des mandats concerne aussi bien politiques que vedettes. Et les français ont laissé faire en étant intimement persuadés que c’était ça être moderne, mondialisé…

 

Selon les Cassandres zélotes et scabreux de ce pays la faute à 68. La génération 68 a pris le pouvoir et elle a renversé les vraies valeurs de la vraie France de souche. Ça doit pas être complètement faux et si vous voulez mon avis c’est pas plus mal. Cette génération a fait rentrer la France dans le monde, la modernisée, dépoussiérée, bref la vraie France de la vraie valeur de souche c’est pas plus vers 1950 qu’après ou pendant 68. La réalité c’est que ce pays s’est laissé séduire par les sirènes de la globalisation à l’américaine, libéralisme économique et démocratie arrangés main dans la main. Et pas seulement la génération 68, tous les français. Dans les années 80 on voulait tous devenir des américains ou des anglais avec les dents longues, greedis good, et dans les années 90 on a surfé sur la vague économique en causant éco-responsable et respect des communautés… Chacun la sienne, les tunisiens, les français, les musulmans, les chrétiens, les bobos, les marocains, les SDF, les quartiers, les sénégalais ou que sais-je. La si fameuse et si glorieuse civilisation catholique et française a tendu son cul à la civilisation anglo-saxonne et protestante et elle a aimé ça jusqu’au 11 Septembre.

 

A partir de là, à partir de cette guerre globale contre le terrorisme dans laquelle nous nous sommes tous laissés prendre à la traine d’une Amérique dévoyée, tout nous est revenu en pleine face à commencer par l’haleine fétide des locuteurs communautaristes d’une France qu’on croyait périmée et dont on pourrait résumer le message en mot d’enfant par « immigrés caca ». Le message se précisant à mesure des années à « musulmans caca ». Mais pour le moins en réalité c’est la même chose puisque ce relent nous vient du discours du FN qui depuis sa création n’a pas digéré la perte de l’Algérie française et de l’empire idoine. Et le discours est devenu d’autant plus sophistiqué, brassant d’autant plus large que non seulement l’héritière veut le pouvoir mais qu’il est repris de la droite à la gauche, à la fois érodée sur leur propre terrain, le social et l’économie et encalamitéedans un discours globalisant à base de conflit des civilisations, de libéralisme économique et d’interventions militaire de plus en plus fréquentes. Ajouté à ça une énième crise financière et l’âme française se resserre comme un zizi à la baignade. Vous me direz que l’inflation du discours réactionnaire a commencé avant l’attentat, je vous répondrais certes, mais celui-ci lui a donné une formidable chambre d’écho. Et une chambre d’écho d’autant plus puissante que si hier (comme aujourd’hui dans une certaine mesure) l’antisémitisme, à savoir une construction mentale, était le crédo de l’extrême droite, la phobie de l’Islam, du monde musulman en général, et par extension des maghrébins, repose non plus sur un raisonnement biaisé et ou malade mais une peur qui a toute raison d’être. Une peur qui touche tout le monde et qui est en train de confiner à la panique pure et simple. Etat d’urgence, déchéance de la nationalité, « ennemi de la Nation » et non terroriste inscrit dans la constitution, loi sur le renseignement… Comme si la menace ne concernait que les vrais français de souche nés de vrais parents français, blonds avec les oreilles bien dégagées. Comme si les 130 morts étaient tous de bons français bien blancs pure souche….

 

Depuis ce fameux et funeste vendredi 13 les Cassandres de la droite réac de se frotter les mains, les bourreaux ont exactement le profil de leurs ennemis séculaires : la jeunesse et la jeunesse des quartiers. La racaille comme ils disent. Ils nous avaient averti, braillent-ils en se tapant sur le ventre, le réel messieurs mesdames, le réel, car ce sont des experts en réalité. Et pourtant… Et pourtant dans les années 90 un film intitulé la Haine nous prévenait déjà, l’important c’est pas la chute c’est l’atterrissage… et pan Bataclan. La droite réac a détesté, on présentait mal les policiers et bien les haineux des quartiers. Et pourtant de NTM à Assassin tous nous disaient, la génération qui arrive, les petits, est pire que la nôtre. Et pourtant Fadela Amara avant qu’elle ne vende sa culotte pour un siège, fondait Ni Pute Ni Soumise et pas pour des nèfles. Et pourtant il y a eu les émeutes des années 80, 90, 2005…. Les français ont dormi, unanimement, et après avoir freiné des quatre fers sur toute les mesures qui aurait pu améliorer la situation, la droite réac et son corolaire du FN de beugler que fallait les écouter que eux ils savent, qu’ils incarnent la France à eux tout seuls, la vraie, de souche, la réelle…

 

Les français ont dormi et continuent de dormir parce que les supermarchés sont encore pleins et qu’on peut y aller avec sa petite auto. Plus vraiment les Trente Glorieuses mais encore comme un goût. Votant toutes les x années pour un moule, une caste de carriéristes politiques, en espérant que l’autre fera mieux que les prédécesseurs alors qu’il est évident que de droite à gauche ils suivent tous exactement la même politique, la même feuille de route, celle de l’Europe marchande, celle du CAC40, tout en veillant à dorloter leur électorat à coups de mesures rarement mises en application ou bien à la faveur d’un lobby. A coup d’artifices sociaux comme le Mariage pour Tous, de grands discours sur le thème de la République Laïque et Indivisible… du royaume de France. A coups d’effets de manche populistes et de petites phrases. Ils ont voté pour des lessives interchangeables et immédiatement ils pensent avoir trouvé la solution à tous leurs maux en la personne d’une autre lessive, d’autres yakafokon, parfaitement assujettis à une caste dans laquelle ils sont nés, et prétendant comme toujours connaître le peuple mieux que tout le monde. Parce que ne nous leurrons pas, ce n’est pas parce que le FN embauche des pieds nickelés issus de la société civile qu’il fait œuvre sociale ou que sa tête n’appartient pas à exactement la même bourgeoisie que celle des Copé, Sarkozy, Hollande et sa courge impériale. Le même système, le même cénacle, la même éducation à peu de choses près, les mêmes écoles, rallyes, lieux de vacances. Je le sais d’autant que j’ai été élevé dans ce milieu et que je suis à peu de choses près de leur génération.

 

Or les faits sont là, les français votent en réalité pour des individus qui, uniformément et quelque soit la couleur politique vivent dans un autre monde. Ils ne le font même pas exprès, c’est dans leur éducation, inscrit dans leur parcours. Ils se sont hissés soigneusement à l’abri des contraintes que connaissent leurs concitoyens, à l’abri de la société. La plupart n’ont même pas eu à gagner leur vie et n’ont même pas essayé. Et on ne devrait même plus se surprendre. Prenons un exemple au hasard, Madame la ministre du Nutella qui se vante sans vergogne de faire un excellent travail et même d’être indispensable, que déclare-t-elle quelques semaines après les attentats de Paris ? Que les français devraient arrêter de regarder le mauvais côté des choses qu’il y a plein de trucs qui vont bien en France. Pendant que les mêmes, toujours plus soumis à l’impôt regardent les évadés fiscaux multiplier leur fortune, que décident l’assemblée ? De voter une loi fiscale favorisant l’opacité dans ce domaine. Alors que le paysrejette par référendum une constitution, son sémillant nano président lui ressert tout chaud et sans lui demander son avis, c’est pour son bien. Tel député LR affirme que les lois anti tabac favorisent le djihadisme et Henri Guaino, diva outrée, de déclarer que les députés exercent dans des conditions épouvantables et qu’ils sont très mal payés… Et ne parlons pas des élucubrations des frontistes, entre l’invasion des djihadistes qui ne poussent pas dans le bocage et le Grand Remplacement on nage en plein fantasme paranoïaque. Un fantasme qui par ailleurs s’auto alimente de l’actualité. Bien entendu, et c’est la le pire peut-être, médias, intellectuels, auteurs, artistes, dans leur large majorité prennent le même pli, vivant et parlant d’un monde qui n‘existe que dans la lucarne de leur narcissisme. Zemmour se prend pour la France et vend des millions d’exemplaires en parlant d’un pays qui n’a jamais existé que dans la nostalgie de sa seule enfance. Yann Barthes est tout à fait certain de son impertinence. Finkielkraut radote sur l’incompatibilité de l’Islam avec la république, comme si ce même Islam était une génération spontanée, une nouveauté en France et qu’il fallait absolument s’en débarrasser. Le cinéma ne produit que des films ressemblant à ceux qui les réalisent, bourgeois, franco-français, complaisants. La littérature bégaye entre l’à peu près et le one man show multi tâches. Et ne parlons même pas des médias nationaux qui ‘hésitent plus à bidonner leurs reportages pour faire de l’audience.

 

Pour une raison qui m’échappe complètement non seulement les français semblent accepter sans hausser le ton toutes les mesures qu’on prend au nom de leur « sécurité » et de la « défense de la nation » mais ont l’air de croire qu’une lessive qui n’a jamais servi fera mieux que les lessives déjà utilisées. Si les américains votent la plupart du temps pour celui qui assure le mieux le show, confondant politique et entertainement, les français votent pour celui ou celle qui fait le plus sérieux, le plus monarque et leur idée d’un vote moderne, du renouveau en politique et d’aller chercher dans un remugle de fond de tiroir d’idées et de positions qui n’ont en réalité pas évoluées depuis les années 50, mieux, des idées et des concepts qui imaginent toujours la France au XXème siècle. Un petit exemple, une des obsessions du FN et de redonner à l’armée sa puissance et son prestige. Une des raisons invoquée parmi tous les périls qui menacent la France, le réarmement chinois… La France fantasmée des Le Pen et de leurs admirateurs compte-t-elle se mesurer à la première puissance économique et bientôt militaire du monde ? Pense-t-elle seulement qu’en allant faire les yeux doux à Poutine et en se faisant financer par lui elle aura une petite place à la table des grands ? Ah non c’est vrai, la France est déjà grande…. Historiquement membre du Conseil de Sécurité et France Afrique… Sauf que la France Afrique n’est plus que la prébende de Bolloré et de ses amis affairistes africains, que nous sommes plongés au milieu d’un système économique de captation qui n’hésite plus à déclencher une guerre, voir plusieurs, que le Moyen Orient et nos « amis » émirs sont en train de se déliter entre chaos et déficit économique. Et qu’en l’occurrence nos « amis » chinois ont un sens de la négociation guère plus accommodant que nos « partenaires » américains et qui se résume à « fait ce que je dis ou je t’écrase ».

 

Un jour je discutais avec un biterrois, un habitant de Bézier, des mesures de leur sémillant maire, fichage des administrés par appartenance religieuse, création d’une milice, réarmement de la police municipale, hommage aux héros de l’Algérie Française… Et de lui de me répondre que tout ça ne les concernait pas, qu’ils appelaient leur maire « Bobby » et que de toute façon ils avaient la tête dans le guidon à cause de l’endettement de la commune suite à l’incompétence des prédécesseurs. Et je crois que c’est bien ça le drame de ce pays, il manque totalement de maturité. Quand les lois sur le renseignement furent votées, à peine si ça chouina, manifestations faméliques au milieu de l’indifférence et bavardages creux dans le poste. La prolongation de l’état d’urgence ? Approuvée massivement, déchéance de la nationalité pour les suicidaires du califat ? Super idée, les sondages sont formels et infaillibles. D’ailleurs ils vont bientôt gouverner le temps d’antenne des politiques qu’un projet de loi propose de réformer « éthiquement ». Bientôt ce ne sera plus la seule représentation de chaque parti, mais la représentation par intention de vote. Pour être sûr que seuls les trois gros partis puissent tenir le crachoir en toute quiétude.Et quand le petit gros mal fagoté leur a braillé que son ennemi c’était la finance ils l’ont cru juste parce qu’ils n’en pouvaient plus de l’obsession du nano président pour l’argent. Les français sont immatures et ont la tête dans le guidon d’une économie et d’une société qui pensent-ils se délite sous leur pied. Calais est rempli de réfugiés, les rues de Paris et d’ailleurs de SDF et de roms, les quartiers nord de Marseille comme bien d’autres quartiers de France… et de Corse… sont une jungle où l’autorité de l’état n’a plus court et pendant ce temps les familles les plus riches de France voient leur capital augmenter de 25%…

 

Les stratèges de Daesh ont été formés au cuir des redoutables services de renseignements de Saddam Hussein. Ils n’agissent pas au hasard, jamais. De Merah aux attentats de Paris, l’expression de leur violence se repose sur un même état des lieux que l’extrême droite. Une jeunesse apatride et nihiliste issue de quartiers défavorisés. Leurs cibles symbolisent tout ce que déteste égalitairement l’extrême droite, les bobos, le sionisme, les juifs, la frivolité, et les musulmans « intégrés », la « sociale démocratie». Et leur stratégie militaire, leur méthode, obéit à la fois à la porosité de la société française en matière de trafic d’armes et de délinquance, à sa schizophrénie vis-à-vis de l’Islam, et l’art et la manière de frapper l’imagination. Leur but est moins d’imposer la terreur que la guerre. D’accélérer la déchéance d’un pays qu’ils considèrent à juste titre comme le ventre mou de l’Europe. Et qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, cette stratégie ne peut qu’arranger et favoriser l’extrême droite. Du reste, il suffit d’écouter leurs locuteurs périphériques, Zemmour, Levy, Finkielkraut ou Soral pour s’en convaincre, ils nous l’avaient dit que ça allait arriver, qu’il fallait arrêter de faire de l’angélisme et blablabla. Dans ce pays on peut apparemment faire carrière rien qu’en braillant qu’on est les premiers à avoir vu les cadavres dans la rivière. Et dans ce cadre on pourrait même être tenté de se dire que ce glorieux pays va être battu à son propre jeu par un ramassis de voyous et de tortionnaires fanatisés. Et si vous pensez qu’au cœur de l’extrême droite ne se trouve pas exactement le même genre d’individus, repensez encore. Très finement Arte a reprogrammé récemment l’un des chefs d’œuvre de Lang, M le maudit. Remplacez le psychopathe pédophile par des psychopathes entrainés à la guerre et aux combines et vous avez au sein de la population exactement le même processus que nous vivons actuellement. Or rappelons, ce n’est pas le maudit que dénonçait ici Lang mais la montée du nazisme, la fascisation de la société. Est-ce que je pense que le FN est composé des nazis en herbe ? Ben sûr que non. Leur cœur va d’ailleurs plutôt du côté de Pétain que d’Hitler. Mais il va de toute façon vers ce qu’on appel pudiquement des « régimes forts ». C’est-à-dire dans le contexte actuel, non pas drapeaux et oriflammes au son des bottes, mais des régimes tel que la Chine et la Russie, sans pour autant en avoir et d’aucune manière les moyens. Sur ce constat, la succession d’échecs prévisibles à la politique illusoire du FN trouvera tout naturellement son explication, son issue, dans l’immigration, les musulmans, la délinquance ordinaire, et pourquoi pas le manque de patriotisme des chômeurs….

 

Pourtant la Pompadour du ministère de l’écologie des lobbies n’a pas complètement tort, la France va encore plutôt bien. En dépit de l’état d’urgence et de la fatigue qui s’accumulentles fonctionnaires chargés de ces questions n’ont pas encore viré Tcheka. Le morale est assez bon pour que les gens soient motivés « à faire quelque chose » même s’ils ne savent pas exactement quoi. Nous sommes à la pointe dans certains domaines industriels, comme l’informatique, notre économie se tient la tête hors de l’eau cahincaha en dépit de l’incompétence et de la corruption de la classe dirigeante. Et malgré la somme ahurissante de taxes et d’insuffisances émanant du RSI, et autres comités Théodule, spécialités franco-françaises, on continue d’entreprendre, d’y croire, de vouloir se réaliser à travers un projet. Et comme je disais plus haut, les supermarchés sont pleins et la cohésion sociale encore assez forte pour que mon quartier socialement mixte soit paisible, n’en déplaise à nos Cassandre de la guerre civile en devenir. La France va plutôt bien parce que son histoire, sa civilisation, sa culture, est solide. Et qu’en dépit de ce qu’on veut bien nous dire, les gens ont un cerveau et des projets. Pour toutes ces raisons, et quelques autres, il est possible que la stratégie de délitement de Daesh soit un échec, que l’espoir que fonde le FN sur ce délitement pour être appelé au secours soit remisé à des fantasmes. Que l’immaturité politique de ce pays d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire finisse par se heurter à la reprise en main de la société civile. Mais en l’état ce pays se laisse lentement prendre, lentement enfermé dans un carcan de mesures répressives, de différenciation entre ses citoyens, et quand il n’entend plus se laisser faire, il se retourne, comme en Corse, contre l’ennemi désigné. Ce n’est plus l’absence de l’autorité de l’état qui pose problème, ce n’est plus la précarité sociale, ce n’est pas 40 ans de gabegie politique ni le morcellement d’une société, c’est les musulmans, unanimement.

 

L’important dans cette histoire ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage…