la nuit du chien 17.

Il reparti sur les chapeaux de roue, juste après avoir ordonné aux deux autres de reprendre leur patrouille. On ne pourrait rien faire de toute manière avant qu’il ne fasse jour. Quand il débarqua la fusillade s’était momentanément arrêtée, deux des adjoints planqués derrière un pick-up, l’un d’eux était blessé. Parker alla chercher son porte-voix dans le coffre quand un nouveau coup de feu éclata, une balle sifflant au-dessus de sa tête.

–       Monsieur Alvarez, cessez le feu, c’est le shérif !

–       Qu’est-ce qui me le prouve ? Gueula l’intéressé au bout d’un instant.

–       Je vais me mettre dans la lumière, ne tirez pas.

Il se mit devant sa voiture, main en l’air. Après un moment la porte s’ouvrit sur un monsieur Alvarez armé et visiblement inquiet.

–       On a été attaqué shérif, ils nous ont tiré dessus !

–       On a rien fait du tout ! protesta l’adjoint blessé, ce crétin nous a tiré dessus dès que la lumière s’est éteinte.

Alvarez n’en revenait pas.

–       Jones ?

Le shérif lui arracha le fusil des mains.

–       Vous avez tiré sur un de mes hommes ! Bordel qu’est-ce qui vous a pris !?

–       Mais… euh c’est à cause de la lumière, qu’est-ce qui s’est passé shérif ?

–       Rien, une panne, menti le shérif votre famille va bien ?

–       Euh… oui.

–       Alors rentrez vous coucher et calmez-vous, le courant sera rétabli demain.

Ils transportèrent le blessé jusqu’au bureau, après quoi Parker se fit engueuler par le médecin parce qu’il était débordé. Apparemment un autre incident s’était produit en ville. Olson s’était pris une balle dans les fesses.

–       Comment il a fait son compte ?

–       Qu’est-ce que j’en sais moi ! Demandez-lui ! aboya l Dalton avant de lui raccrocher au nez.

Parker sentait la migraine lui serrer lentement le front. Il prépara un café pendant que Jones examinait la blessure de son compagnon. Rien de grave apparemment, mais il saignait abondamment du bras, entaillé par une balle. Il appela la prison pour demander comment ça se passait.

–       R.A.S, répondit Carson.

–       Et les autres ils se sont calmés ?

–       Apparemment ils ont bien essayé encore un peu, mais Lee s’en ai chargé

–       Pas de blessé ?

–       Quelques bleus, mais rien de méchant.

–       Okay, je suis au bureau, s’il y a le moindre problème vous m’appelez.

–       Vous ne rentrez pas chez vous ?

–       Non, dit-il sèchement avant de raccrocher.

La nuit allait être longue il le sentait, il prendrait du repos quand les autres seraient entre les mains des marshals. Entra le père de Corey. Les yeux éteints, le visage grave.

–       Je veux voir mon fils, demanda-t-il sans préambule.

–       Euh… je ne crois pas que ça soit une bonne idée.

–       Je ne vous demande pas votre avis.

–       Il est à Hamon avec Kid.

–       On y va.

Il y avait dans son regard quelque chose qui n’appelait pas à la discussion.

–       Demain si vous voulez bien, j’ai…

Le pistolet apparu de nulle part, pointé vers le sol.

–       Maintenant !

Les uns et les autres échangèrent un regard, Jones glissant lentement sa main vers son fusil. Il pivota vers lui, cette fois l’arme était braquée.

–       Toi je te déconseilles, grommela-t-il entre ses dents.

Jones recula vivement.

–       Ecoutez Tim, votre fils a été…

Mais il n‘était pas là pour négocier.

–       On y va maintenant !

Parker secoua la tête en signe de rémission et dit aux autres de l’alerter s’il se passait quoique ce soit de neuf. Les corps étaient au sous-sol des pompes funèbres, il fallu d’abord sortir le croque-mort de chez lui, mais Parker n’accompagna pas le père de Corey. L’image du cadavre tel qu’il l’avait découvert était gravé dans son esprit et il ne savait même pas si un jour il pourrait l’oublier. La pièce sentait la mort et l’antiseptique, le corps était allongé dans un tiroir couvert d’un linceul.

–       Vous êtes vraiment sûr ? demanda le croque-mort en hésitant à tirer le linceul.

Il ne répondit pas, fixant l’étrange forme que dessinaient les restes de son fils et dont il devinait déjà l’horreur. Ce fut pire que ce qu’il ne s’y attendait. D’un coup, devant ce cadavre mutilé, ressurgissait ses vieux souvenirs du Liban. Les gravas, les cris, les ambulances, les membres arrachés, le sang. Des nappes, des océans de sang et de viande dispersée qui avaient été ses amis. D’un coup c’était comme si le camion sautait une seconde fois. Et ça tournait dans son crâne encore et encore, jusqu’à ce qu’il sorte en trombe, ignorant le shérif et fonçant jusqu’à sa voiture avant de démarrer sur les chapeaux de roue. Le croque-mort sorti à sa suite, un peu effaré.

–       Vous n’avez pas peur qu’il fasse une connerie ?

–       Il va les traquer, répondit Parker sans réfléchir.

–       Et s’il se fait tuer ?

Il regarda le croque-mort.

–       Qu’est-ce que j’y peux ? Dans l’état où il est personne ne peut l’arrêter. Et c’est pas moi qui irais le blâmer.

Le carrousel de violence ne s’arrêtait pas. Pied au plancher, les yeux stupéfiés, les doigts crispés sur le volant, raide, dur, il fonçait sans savoir où il allait, traversant la ville d’une traite, filant au travers les collines sous la canopée d’un ciel cosmique, avec des hurlements dans les oreilles, un cri qui ne voulait pas sortir de sa gorge, le cœur à cent à l’heure. Il se revoyait dans les décombres, le visage masqué de sang, errant, sourd, le monde au ralentit, surréaliste, à l’envers. Les charniers colombiens s’ouvraient sur des corps mutilés et nus, dans le ciel de l’Amazone, le mitrailleur de porte canardant sans discontinuer. Les pas dans la jungle, les murs criblés, déchiquetés de Beyrouth, les enfants qui jouaient à la guerre dans les décombres et le sang séché. La folie. Puis peu à peu, il reprit ses esprits, finissant par freiner en catastrophe dans le bas côté. Il transpirait et il avait froid tout en même temps. Regardant autour de lui, ne reconnaissant pas le paysage, surpris même. Il avait les mains qui tremblaient, il respira un bon coup, lentement, puis sorti son pistolet de la ceinture et le jeta sur le siège passager. Il savait ce qui lui restait à faire.

 

Le téléphone commença à sonner alors qu’il était encore sur la route vers Baker, d’abord au bureau, puis sur son portable, le maire en premier, bien entendu, puis ceux de la ville qui avait son numéro personnel, le pasteur, Anna, Diaz, qu’est-ce qui se passait pourquoi le courant avait disparu. Si bien qu’en arrivant sur place, le centre ville était envahi de monde, qui avec des torches électriques, qui à bord de leur véhicule, réclamant les même explications à qui mieux-mieux, beaucoup avaient des armes en dépit de l’interdiction. A tel point que le seul moyen d’obtenir un peu de calme consista pour un des adjoints à tirer en l’air en leur gueulant à tous de la fermer. Mais finalement c’est le maire qui prit la parole et calma la foule en racontant qu’il y avait eu un court-circuit et que tout serait en ordre demain. En privé par contre Hughsum se montra aussi inquiet que scandalisé sans que Parker n’arrive à déterminer lequel des deux sentiments l’emportait sur l’autre, et à vrai dire il n’en n’avait plus grand-chose à faire au moment où la première attaque se déroula. Ca se passa quelques minutes à peine après le rassemblement, alors qu’une partie était en train de regagner ses pénates. Des coups de feu du côté de la prison, puis une vague de flamme qui explosa contre les murs et que nul dans la rue n’ignora. Will avait commencé les hostilités. Fort d’une visée nocturne dirigé sur les collines, il avait aperçu près des arbres une grande silhouette qui se faufilait. Mais il n’avait pas eu l’occasion d’en voir plus. Le cocktail Molotov explosa à hauteur de la fenêtre du bureau, mettant le feu au volet et à la façade, crachant des flammèches sur sa salopette, l’obligeant à reculer tandis que les rafales commençaient à crépiter. Les balles comme des frelons traversaient la pièce, brisant les vitres et s’écrasant avec des sifflements furieux dans les murs. Carson et les autres à plat ventre, surpris, tétanisés, tandis que les mexicains exultaient dans leur cellule. Un autre cocktail s’écrasa sur la façade, suivi d’autres rafales. Impossible de répliquer, tir de suppression pensa l’étranger, ces types n’en n’étaient pas à leur premier assaut. Avant que d’autres tirs ne viennent du dehors. Mais cette fois ce n’étaient plus la prison qui était visée. Parker et une bande de citoyens armés engagés dans une fusillade avec des silhouettes dans la broussaille. Tout le monde ici avait déjà utilisé une arme, fusillé un ou deux coyotes, certains avaient même chassé dans le Big Bend, mais les animaux ne répliquent pas. Personne ne risque de se prendre une balle en retour, et personne dans la bande n’avait jamais été au feu. Pendant quelques minutes cela ressembla à une mauvaise farce avec tirs nourris et désordonné d’un côté ponctués de réponses, précises, destructrices, pneu, phares et soudain quelqu’un qui tombe en arrière, un projectile en pleine tête.

–       Eh les mecs ! Si vous me filez un fusil je pourrais vous aider, j’ai été dans l’armée ! Criait l’étranger par-dessus les coups de feu.

Mais personne n’écoutait. Carson rampait vers son arme, Will se roulait par terre pour éteindre les flammes, Lee tirait vers la fenêtre du bureau au jugé, et Bayonne était recroquevillé sous la table à gémir de terreur. Couché sur le talus derrière la portière de sa voiture, Parker répliquait avec son M16 du mieux qu’il pouvait, comme il avait appris quand il était cadet, par rafale de trois, en balayant toute la zone d’où étaient partit les coups de feu, quand, sur sa droite, il aperçu une silhouette se détendre depuis les épineux là-bas et une bouteille enflammée fondre sur la façade. Il fit pivoter l’arme en s’appuyant sur son chargeur et lâcha deux rafales courtes à la va vite. Il avait l’impression de l’avoir touché, la silhouette était brusquement parti en arrière, mais dans ce bordel, difficile à dire, deux projectiles hurlèrent au-dessus de son crâne en s’enfonçant dans la portière, il fallait qu’il bouge où il allait mourir. Il roula sur lui-même et passa derrière une voiture alors qu’une rafale constellait l’endroit où il se trouvait trente seconde auparavant. La vitre de la portière explosa, la poussière se souleva sous le choc des balles qui déchiraient le sol. Toujours rester en mouvement, en terrain ouvert ou fermé, il avait appris ça dans les cadets et ça venait de lui sauver la vie. Il répliqua aussi tôt d’une rafale de suppression. Le plomb volait dans tous les sens trouant la taule, déchiquetant l’écorce, soulevant la terre, arrachant mousse et morceau de chair, balle classique et balle traçante, comme un feu d’artifice à ras de terre, un déploiement de flammes blanches, de trainées rouges ou vertes dans un rugissement d’usine, de machines outil à découper la viande, la chaleur des flammes qui ronflaient contre la façade de la prison, l’odeur de la poudre, du sang, de la peur dansant dans un halot de poussière lunaire. Et puis d’un coup, on cessa de leur tirer dessus mais personne ou presque n’y fit attention parce que la peur appuyait sur la détente, et on continua de décharger dans le vide jusqu’à ce que quelqu’un crie d’arrêter. La façade brûlait toujours, à l’intérieur on était occupé à éteindre le bureau en proie aux flammes, de la fumée à en arracher les poumons, tout le monde toussait, les mexicains protestaient, ils ne voulaient pas mourir rôtis. Soudain les secours déboulèrent, Parker en tête. On éteignit l’incendie avec des extincteurs de voiture, est-ce qu’il y avait des blessés ? Oui Will avait prit une balle dans la cuisse,  Bayonne avait la joue fendue par une autre, il gisait par terre la tête dans son sang.

–       Il est mort ?

–       Non il s’est évanoui.

Publicités

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s