L’Amérique ce fake news

En préambule et avant que l’on me fasse un procès en anti américanisme primaire j’aimerais éclaircir deux choses, d’une je suis un enfant des années soixante, élevé dans le mythe d’une Amérique triomphante. Mon héros enfant s’appelait John Wayne et pas une seconde durant toute la Guerre Froide je n’ai remis en question le conte de fée imposé par la Pax Americana sur la moitié du monde. De deux je me suis rendu sur place il y a une trentaine d’année, j’ai baigné comme nous tous dans la culture américaine et peut-être plus que nous tous puisque ma cinéphilie m’a entrainé à voir quantité de films américains, à en constater l’évolution funeste, à en admirer certain de ses plus grands auteurs. Mais aussi mes goûts littéraire qui ont longtemps été presque exclusivement américains. Comme tout le monde je suis fasciné par l’Amérique, ses paysages, sa folie, et même son histoire parce qu’elle n’est fabriqué que de violence et la violence fait de bonnes histoires. Les américains plus encore que n’importe qui l’ont compris depuis longtemps.

La violence fait de bonnes histoires parce qu’elle engage des passions, une geste, une cause, bonne ou mauvaise. Elle bouleverse, renverse et bâtit aussi. L’Amérique a bâti son histoire sur cette violence. Il y a eu d’abord la guerre d’indépendance, puis la guerre de sécession et tout du long, sporadique ou en continue, les guerres indiennes. Puis la guerre contre les espagnols à Cuba, la guerre au Mexique, aux Philippines, dans les Caraïbes, en Chine, etc… bientôt deux cent cinquante ans d’existence et guère plus de vingt ans de paix, et encore…. L’Amérique a un casque sur la tête et elle ne le quitte même pas pour dormir. Et tous les américains sont élevés, dressés, avec pour seul horizon cet imaginaire guerrier. Regardez comme Hollywood glorifie la guerre, comment les médias magnifient les militaires, le drapeau et leurs « sacrifices » comment les guerriers, soldats, espions et tueurs sont constamment représenté dans la culture pop américaine. Pourquoi imaginer qu’une organisation comme Daesh plus particulièrement maligne que tout le monde dans sa propagande ? Puisqu’ils ont adapté et copié la propagande américaine à leur cause avec force spectaculaire. Force violence, explosion, musique ronflante, message simple promettant toujours des absolus. Je ne m’intéresse pas à la propagande de Daesh mais j’ai baigné dans celle américaine, et combien de fois j’ai pu entendre que l’Amérique défendait la liberté dans le monde, la démocratie, la justice ou que Dieu était avec elle ? Et cette propagande et tellement rentré dans les mœurs du monde et dans l’ADN des américains eux-mêmes qu’ils le répètent sans le moindre recul, sans le moindre doute qui au Pentagone, à la Maison Blanche, à la CIA et bien entendu dans les médias, américains ou européens. Car nous avons pris le pli de la colporter, particulièrement en France où l’intransigeance d’un De Gaulle n’a connu d’équivalence que la compromission de ses successeurs. Et tout le monde, en Europe, en Amérique même, et maintenant dans le monde a pour ambition de devenir cet américain des publicités et des films, cet américain qui n’existe pas d’un pays qui n’est en réalité bâtit que sur du vent, de l’esbroufe, un mensonge.

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Le rêve américain ou l’opium des consommateurs.

Le terme a été inventé en 1931 par l’écrivain et historien James Tuslow Adams et définissait l’accès aux libertés fondamentales et à l’ascension sociale par le mérite. L’Amérique éternelle terre d’opportunités infatigables offrira gloire et fortune à tous ceux qui mettront les mains dans le cambouis. Promis juré. Le culte protestant du travail et du mérite, de la sueur et du droit que doit conférer la richesse. Car si j’ai de l’argent c’est que j’ai réussi et si j’ai réussi c’est donc que Dieu est avec moi, que je suis un exemple à suivre. Et qu’importe au fond les moyens. L’Amérique admire à égalité ses voyous et ses génies, et transforme tous ses bandits en légende, de Billy The Kid à Henry Ford. Et elle en est à croire tellement à sa propre mystification qu’elle en vient à confondre un personnage de télé réalité avec un homme d’état, qui s’appuiera tout au long de sa campagne sur l’affection que les américains portent aux voyous, aux démagogues, aux caractères violents. Donald Trump ne communique pas, il balance des punch lines plus ou moins médiocres et qui révèlent essentiellement son infantilisme. Mais l’essentiel c’est qu’il marque les esprits. Cinq ans d’outrances et de menaces ? A voir puisqu’il n’est là après tout que pour la galerie d’un état profond qui a totalement perverti ce droit au bonheur légitimé par la constitution de 1776 pour en faire ce fameux rêve américain, un songe creux dont personne ne semble réaliser qu’un rêve, par définition, c’est dans la tête et seulement dans la tête.

C’est au fond Sigmund Freud et ses découvertes qui a empoisonné ce droit au bonheur pour le transformer en en droit du consommateur. Ou du moins son neveu Edward Bernays, publiciste austro-américain et rien de moins que père de la propagande moderne. En s’appuyant sur les recherches de son oncle il fera fumer les femmes, renversera des gouvernements, fera élire des présidents, adopter des politiques et à vrai dire bouleversera totalement la société américaine à son insu. Le père de l’ingénierie du consentement, l’inspirateur de Goebbels qui le citera au cours d’une interview. Au reste si on compare la mise en scène d’un rassemblement nazi et d’un rassemblement militaire américain, il n’y a guère de différence que dans les salut et les drapeaux, et je parle ici non pas seulement d’image mais même d’idéologie. L’Allemagne d’Hitler défendait le Lebensraum, l’espace vital, celle de Théodore Roosevelt défendra le Destin Manifeste. Mais peut-être est-ce les racines allemandes de nombreux américains puisque ce concept de lebenstraum est antérieur à l’Allemagne d’Hitler. Les nazi exaltaient la jeunesse, la force, le déterminisme, l’Amérique a exactement les mêmes valeurs Et quand Hitler enivrait les foules de ses discours de haine il n’y mélangeait pas moins le même cocktail de menaces et d’exaltation, d’appel à la liberté, à la force et au courage et du droit des allemands à gouverner le monde, qu’un président américain moyen en exercice. Bien entendu le motif de haine n’est plus le juif puisque le juif par la grâce d’Hitler est devenu un intouchable un saint, dans la fiction américaine. Il a été communiste, il est musulman, il menace ou menaçait la liberté et la sécurité du monde et pour votre bien nous allons dépenser 657 milliards de budget militaire dont une bonne part aujourd’hui au-dessus de vos têtes, invisible, inconnu et foutrement dangereux, on y compte bien.

Pour autant c’est bien la monstruosité du régime nazi qui a fait paniquer les dirigeants américains, de la Maison Blanche à Goldman Sach. Paniquer devant l’irrationalité des foules qu’il faudrait désormais veiller à canaliser, discipliner, en un mot contrôler, par la marchandise, reliant la dites marchandise à des valeurs « positives » l’expression du moi comme forme de bonheur, seule liberté, j’ai donc je suis, je suis donc j’ai droit, et pour avoir il faut que je travaille et me conforme. Et pourquoi pas me conformer puisque je peux acheter ce que je veux, puisqu’il y a du travail si on retrousse les manches, puisqu’après tout, tout le monde le fait. C’est l’Amérique des années 50, la même qui depuis 1865 fait comme si les noirs n’existaient pas que l’Amérique était uniformément blanche, et peut-être la même au fond aujourd’hui si on regarde ce qui s’est produit à Charlottesville, Compton, Watts, Baltimore, dans les années 60, à la Nouvelle Orléans pendant Katrina, dans toute l’Amérique après Rodney King. Ces noirs indociles, incompréhensibles, qui n’obéissent pas à l’injonction implicite du rêve américain ou le droit au bonheur devient un devoir exclusivement circonscrit à certaines valeurs impulsives comme se reproduire, fonder une famille, avoir de l’argent, manger, manger à satiété et au-delà… où implicitement on ne parle plus jamais de citoyen mais de consommateur. Et où donc forcément une population composant 40% des prisons américaines, où l’espérance de vie est dans certain quartier moitié moins importante que dans un quartier blanc, où le crack, introduit sciemment par une administration dévoyée, a ravagé une génération au complet de l’ouest à l’est, ne peut se sentir concerné. Ni même par l’existence supposé de ce rêve, ni par son accès. Obama me direz-vous ? De la poudre aux yeux pour les bobos.

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Le mensonge du melting pot.

La première et seul fois où j’ai débarqué à Chicago, je logeais chez des amis à mes parents, blancs tout comme moi. Leur rue était bien délimitée, d’un côté des maisons coquettes occupées par des blancs, de l’autre des  maisons moisies occupées par des noirs, c’était dans les années 80. Les Wasp n’ont jamais supportés, par principe, tout ceux arrivé après eux. Comme le raconte Gang of New York et tout le récit de la formation des mafias et autres gangs d’Amérique, la même histoire se répète. Celle d’une vague de migrants contre une autre, précipitées par le puritanisme et le rejet des premiers arrivants qui après avoir massacré les premiers occupants comptaient bien garder leur royaume rien que pour eux. Les italiens furent également les nègres de l’Amérique, tout comme les chinois, les irlandais, les juifs d’Europe de l’est. Et à chaque fois l’Amérique Wasp réagit à cette nouvelle vague d’arrivant par la répression et la violence. Les premières lois sur la prohibition de l’opium, en 1887 à San Francisco visait la communauté chinoise. Allemand et japonais furent systématiquement interné pendant les deux secondes guerres mondiales, et le maccarthysme, cette usine à fantasme inventés par Hoover, visait notamment les étrangers. Les étrangers et globalement tous ceux que John Edgard le travelo considérait comme déviant, juif, noir, homosexuel… Mais les noirs ont ajouté à ce supplément d’âme pour des protestants qui est la culpabilité. En rompant les chaines de l’esclavage l’Amérique Wasp ne pouvait faire face à ces millions d’individus importés, maltraités, battus, castrés, pendus, vendus comme du mobilier pour bâtir cet empire naissant. Alors elle les a ignorés, et quand les noirs se sont soulevés elle a tué ses leaders. Aujourd’hui l’Amérique Wasp leur a accordé Barack Obama, les droits civiques, des montagnes d’or pour capter l’industrie du divertissement de Sammy Davis Junior en passant par Tupac, Will Smith ou Prince. Et l’espérance de vie d’un noir est pourtant 7% inférieure à celle d’un blanc en 2018 tandis que 50% des jeunes noirs pensent qu’ils ne dépasseront pas 35 ans. C’est la fabrique à consentement, le rêve américain. Celui qui consiste à faire croire et se faire croire que les choses ont changé dans les têtes parce que qu’Obama a eu le prix Nobel.

Ce rêve, comme tous les rêves, se tisse de légendes. Tout est transformé, magnifié, de tout il faut tirer une gloire, de rien il ne faut prendre de leçon, il ne faut comprendre, accepter, voir, comme ces camés, ces alcooliques qui refusent d’admettre leur addiction ; Comme des enfants effrayés par le noir et qui s’inventent un ami imaginaire. Pour l’Amérique ce sera Ronald Reagan, Donald et Mickey, Walt Disney, William Randolph Hearst ou Bonnie and Clyde. Et quand les choses finissent par la dépasser que sa volonté de diriger le monde rejoint son incompétence à le faire, elle se fabrique des supers ennemis, la drogue, les noirs, le communisme, Ben Laden, l’Islam, le terrorisme. Des supers ennemis pour des combats perdus d’avance parce qu’on ne l’emporte jamais sur les chimères. Des catalyseurs en réalité sur lequel l’Amérique marchande compte pour conserver son pouvoir. Car après tout comme le dit l’écrivain noir américain James Baldwin, blanc ça n’existe pas, blanc c’est seulement le symbole du pouvoir. Il n’y a pas de pouvoir blanc pour le redneck de l’Alabama, il n’y a en réalité que Wall Street.

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La fabrique à mensonge.

Tout le monde connait cette statue, en réalité immonde de gigantisme pompier, elle termine le film de Stone, JFK, celle d’Abraham Lincoln, avec sa barbe de pasteur méthodiste qui regarde droit vers le Monument Washington, ses mains gigantesques posées sur ses cuisses comme un bon père invitant les petits sur ses genoux. Cette statue comme le mythe entourant tant la guerre de sécession que la personne de Lincoln a fait croire à une Amérique abolitionniste contre une Amérique raciste, une Amérique du progrès, celle qui a voté Obama dans l’imaginaire européen et français contre une Amérique attardée et forcément d’extrême-droite du sud blanc. Le fameux redneck dont le monde entier se moque grâce à la vision complaisante et méprisante qu’en donne la bourgeoisie américaine. Celle du sud rural, de la Bible Belt, la majorité mugissante des mall et des show d’Oprah Winfrey, de la malbouffe et du patriotisme primitif, de Trump. Mythe qui a d’autant rejailli sur Lincoln lui-même qu’il a été assassiné lui conférant l’indispensable aura des martyrs. Oubliant dans la foulée que Lincoln n’était initialement pas pour l’abolition de l’esclavage, que le gros des troupes qui se battait dans le sud ne le faisait certainement pas pour le maintien de l’esclavage vu que la plus part étaient à la limite eux-mêmes de l’esclavage, paysans pauvres qui craignaient pour leurs emplois, leur existence même au rebus de la société de l’époque. Et qu’enfin la politique d’une acre et une mule pour tous les noirs qui se rangeraient au côté de l’Union n’avait en réalité que pour but de priver le sud de main d’œuvre gratuite et de pousser à la révolte cette main d’œuvre. Une tactique de déstabilisation plus qu’une mesure humaniste. Mais bien entendu il en est ainsi de tous les pays. La France perdure sur ce mythe du « pays des droits de l’homme » en dépit de la guerre d’Algérie et d’Indochine, de l’empire coloniale, du massacre des vendéens, de la France Afrique, ou de la collaboration. Sauf qu’aucun pays n’a entièrement bâti sa légende sur une suite ininterrompue de mensonge, à l’exception de l’Amérique.

Quelques exemples. Toute la carrière de Hoover va démarrer et s’enrichir en mythe dès les années 20/30 tant avec la mort de bandit célèbre comme John Dillinger ou Bonnie and Clyde ou l’arrestation du parrain de Chicago Al Capone. Alors que le FBI n’a jamais eu aucun rapport avec ces morts ou l’arrestation de Capone, que Hoover refusa personnellement la candidature d’Eliott Ness, que les seuls qui n’agirent jamais contre la mafia furent des juristes et des policiers indépendants du FBI, qu’il faudra attendre Bobby Kennedy pour que le FBI enquête enfin sur une Cosa Nostra dont Hoover nia l’existence jusqu’à la réunion d’Appalaches en 57. Edison passe pour être l’inventeur de l’électricité et Westinghouse de l’air conditionnée alors que l’un et l’autre doivent leur fortune à un inventeur fou et polonais, Nicolas Tesla, qui ne tira jamais le moindre bénéfice véritable de ses pas moins 300 inventions. Sorte de Léonard de Vinci autiste de la technologie, l’art en moins, Tesla est devenu au fil du temps le mythe des geeks et des conspirationnistes qui lui prêtent la paternité de projet grandiose et mégalomane comme le projet Haarp ou ce laser ultra puissant que construit l’armée et qui aurait la capacité de détruite un satellite depuis la terre. John Wayne a bâti la totalité de sa carrière sur le patriotisme, l’héroïsme américain, la patrie des braves, la gloire de la politique américaine d’Alamo aux Bérets Verts. Tellement symbolique, incarnant tellement bien cette figure masculine et paternelle, sorte de Monument Valley à lui seul que Staline tenta de le faire assassiner pas moins de trois fois. Alors que Wayne a soigneusement évité de s’engager dans les forces armées en 41 pour ne pas handicaper sa carrière, ce que lui reprochera toujours John Ford. Et ainsi d’incarner toutes les figures héroïques laissées vacantes par ses collègues masculins partis distraire les troupes ou se battre, au point de devenir la figure de référence. Comme Reagan est devenue une référence en incarnant l’American Way of Life dans les publicités General Electric. Ce paternaliste connard qui faisait la morale aux « indiens » et que l’Amérique a dispensé de grandir. Comme elle-même s’est dispensé de le faire. Wayne mourra symboliquement dans le Dernier des Géants et dans True Grit en héros vieillissant et insoumis, joyeusement alcoolique comme il sied à tout bon mâle américain. Il n’aura jamais de compte à rendre aux « indiens » du massacre de Sand Creek ou de Wounded Knee, ni aux deux millions de morts vietnamiens ni aux mexicains qui crèvent dans les maquiladoras à la frontière de l’Alena et des Etats-Unis, d’Alamo, Texas. Cette même bataille présentée par Wayne comme formule ultime de la bravoure américaine, alors qu’Alamo, historiquement, est surtout le témoignage de leur rapine, d’une colonie implantée de force en territoire mexicain et chassée par la force avant que cette portion du Mexique ne devienne Texas.

Car c’est là toute l’habileté des américains, et c’est sans doute la première, leur art consommé du marketing, de transformer un échec, une disgrâce, une injustice américaine en conte de fée moral et magnifique. Combien de films américains pour pleurnicher sur le « terrible-traumatisme-de-la-guerre-du-Vietnam » comme si celle de Corée avait été une partie de plaisir pour ses vétérans. Combien de film en échange pour parler des millions de victimes vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes ? Et quand elle en parle c’est pour dénoncer les charniers de Pol Pot et glorifier l’indéfectible amitié entre un journaliste américain et son guide cambodgien. Le mythe colonial revisité. Comme si l’héroïsme d’un personnage de fiction ou de deux êtres d’exception pouvait racheter le fait que Pol Pot est le résultat objectif de la guerre du Vietnam et de la colonisation à l’américaine. Et ainsi il en est de toute les guerres modernes de l’Amérique hollywoodienne, la seule finalement que reconnait le public et fini par assimiler à des réalités historiques, comme le D Day, le débarquement en Normandie. Dans l’imaginaire français et européen c’est l’annonciation, le 6 juin 44, le jour où les braves sont venus bravement se faire massacrer pour nous sauver du joug nazi. Mythe qui a tellement perduré que l’Amérique elle-même le ressort à heure dite selon les besoin de son calendrier militaire. Et comme il n’y a rien de mieux qu’un film pour souligner les actes de bravoures, des années 50 à Spielberg et Eastwood, des kilomètres de pellicules sur ce seul sujet, tous soulignant la bravoure, l’héroïsme, le courage, qu’il fallait ou qu’il faut pour aller au feu, se battre pour une cause auquel on croit ou pour laquelle on est obligé. La Pax Americana ne se contente pas de faire la propagande de son pays, elle fait propagande d’un mode de pensée. Et dans ce marasme de virilité et d’honneur, de fantasme de courage, et de bravoure de fiction, un seul réalisateur ne parlera jamais de la guerre tant du point de vue de sa crasse qu’autrement que du seul « trauma » du soldat américain, Sam Peckinpah avec Croix de Fer. Dans la foulée donc, oublier les 50 millions de morts russes, Stalingrad, Moscou, Leningrad. Oublier la famine à l’est, oublier Staline qui du bout de son long fusil obligea son peuple à se battre jusqu’à la mort. Oublier que tactiquement juin 44 n’aurait jamais été possible sans l’ouverture d’un deuxième front et surtout la ténacité des seuls russes. Oublier surtout, et c’est le plus important, que Ford inspira Hitler, que IBM fourni les fiches perforées et les méthodes de calculs qui organisèrent les camps, que les pétroliers américains fournirent l’Allemagne nazi en carburant de substitution, et les financiers en fond sans qu’aucun ne soit jamais traduit à Nuremberg. Oublier que le cinéaste favori d’Hitler était Walt Disney et le maitre à penser de Goebbels un publicitaire américain qui fabriqua la psyché américaine de l’après-guerre. Oublier que Klaus Barbie fut exfiltré et protégé avec l’aide de la CIA comme Wernher Von Braun ancien SS et père du programme Appolo et du V2. Oublier que le débarquement en Sicile n’aurait jamais été possible sans les accords que l’armée avait pris avec Cosa Nostra aux Etats Unis à travers Lucky Luciano et que c’est sur cette même mafia que l’Amérique se reposa longtemps pour faire régner son ordre dans l’Italie de l’après-guerre. Oublier enfin que le père de JFK n’était pas seulement un ancien comptable de la mafia, mais également un partisan d’Hitler ce qui lui valut des ennuis avec Roosevelt, ou que Auschwitz ne fut pas bombardé, alors qu’on savait ce qui s’y passait parce que l’on estimait que l’objectif n’était pas prioritaire. Et ainsi à l’identique de toute leur guerre.

L’Irak implose, plus de neuf millions de morts rien qu’avec l’embargo ? L’Amérique oscarise American Sniper et en fait des tonnes sur les traumas de leurs vétérans que par ailleurs elle abandonne dans ses rues. La plus grande densité d’enfants handicapés au monde dans le seul Vietnam, 6 millions de tonnes de bombes balancées pendant dix ans, dont 300.000 sur la seule Plaine des Jarres au Laos, et de Stanley Kubrick à Oliver Stone une longue litanie de pleurnicheries sur la guerre ou la machine à tuer américaine.  Les cent mille morts des guerres des cartels, la surconsommation de drogue aux Etats-Unis, les centaines de milliers de morts de la guerre à la drogue et les millions de prisonniers, si possible noirs ou latinos, enfermés pour dix ans et deux grammes de coke ? Tous traduit en image pour soit souligner le caractère impitoyable des trafiquants soit vanter leur modèle de réussite comme parallèle au mythe du self made man si cher à l’Amérique. Car l’Amérique au fond est elle-même fascinée par les voyous, les rebelles ; c’est l’expression de l’envie, et tout en même temps du dégoût qu’incarne la non-conformité aux yeux du protestant. Nullement celle de l’esprit pionnier comme le colportent ses suiveurs. Du reste si on examine l’Amérique de ce seul point de vue, du pionnier, comme disait un chef natif, il s’agissait plutôt d’une bande de foutus pillards que de pionniers.

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La contamination du monde

 Cette mystification d’elle-même, l’Amérique ne s’est pas contenté de la prolonger auprès de tous ces alliés. Ce n’est ni par hasard que tous les GI avaient des paquets de cigarettes, du soda et des chewing-gums à offrir, se transformant le temps d’une libération en VRP de l’Amérique marchande. Ni pour le seule mythe d’une Amérique triomphante que toute la culture européenne est désormais teintée de culture américaine. Il fallait, pour l’état profond qui a fait l’Amérique, son rêve, sa chimère et s’est enrichi sur le dos du monde entier, pour les bankster de Wall Street, les successeurs des empires coloniaux français, allemands, anglais, les maitres de forge du XXème et XXIème siècle du capitalisme financier, établir des ponts idéologiques, des modes de pensées commun et notamment l’art consommé de la mystification, de la propagande, du fake news. Ce phénomène s’est amplifié en Europe avec les tenants de la nouvelle économie dans les années 90. Avec les révolutions oranges, roses, bleues, que sais je. Les chefs d’états ont assumé leur seul rôle de showman glamour, affichette pour dépliant de politique d’entreprise, représentant légale de la firme république, du consortium national, avec Tony Blair, Sarkozy, Berlusconi et aujourd’hui notre petit tyran local, Macron 1er. Et dans une même démarche qu’aux Etats Unis tous les états d’y aller de leur mystification nationale. Ici le pays des droits de l’homme donc mais également la France résistante, le martyr juif qui par un effet pervers devient le roman français par lequel ce pays se fait systématiquement plus philosémite qu’un rabbin sioniste Ashkénaze chaque fois qu’il se sent plus antisémite qu’un antidreyfusard.  Et enfin le patronat, l’entreprise, glorifié, défendue avec l’éternel antienne qu’ici on n’aime pas les riches, que les français sont jaloux de la réussite, alors que comme partout ailleurs on a d’yeux et d’oreilles que pour les célébrités d’où qu’elles viennent et quelques soit les raisons de leur célébrité, gros nichon et tête creuse ou talent pour pousser un ballon. Dans le même pays où on s’est empeigné pour des vers où des centaines de milliers de badauds pleurèrent à l’enterrement de Victor Hugo…

L’Amérique, disait Oscar Wilde, est ce pays qui est passé de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation. Je crois surtout que l’Amérique a toujours refusé de grandir, d’admettre, de se regarder en face et se dire que son projet, aussi formidable était-il reposait sur un fabuleux mensonge, que la terre sous les pieds des américains était à eux dès lors qu’ils y avaient installé leur cabane en rondin. Qu’il s’agissait d’une terre vierge et que tout y était possible. Le péché originel du mensonge américain se trouve là, et comme chacun de ses mensonges l’Amérique a tenté le glisser sous le tapis. En le magnifiant avec la fête de Thanksgiving, par la propagande véhiculé par le cinéma, qu’il soit réactionnaire ou progressiste, par surtout le massacre, la négation des cultures natives, leur globalisation (les « indiens ») et aujourd’hui la mise au ban de la société, comme l’Amérique met au ban tous ceux et celles qui ne se conforment à sa propre mystification, qu’il s’agisse des pauvres, des vétérans, et de tout étranger victime de sa politique et donc de facto susceptible de discuter non pas de la dites politique mais du goût du soda qu’essaye de faire avaler l’Amérique au monde entier. Qui peut décemment croire qu’une nation qui s’arme à hauteur de 657 milliards et arme le monde à 80% a autre chose que des intentions belliqueuses, la paranoïa redoutable et la gâchette facile ?

L’inconvénient majeur de cette mystification sur elle-même comme sur le monde s’est qu’elle s’est prorogé par la marchandise. L’Amérique s’est gavé de sucre, d’objet de confort, de fabrique d’inutile, de bouffe facile et pas cher, pour oublier le vide objectif qui berce l’existence d’un américain moyen et que traduit l’appétit gargantuesque des mêmes américains pour les drogues, de l’alcool aux métamphétamines. Que la marchandise comme cette sanctification protestante du travail et de la réussite financière, de la productivité et du productivisme, et qui rejoint l’élan confucéen de la Chine pour cette même réussite, ce même respect de la conformité, a totalement contaminé le monde et est en train de le conduire à sa perte, si ce n’est pas déjà trop tard. C’est la folie du crédit d’une Amérique consommatrice qui a déclenché la crise de 2008, c’est la philosophie du mérite qui pousse les étudiants américains à ouvrir des crédits faute de bourse et qui va prochainement nous faucher lors d’une nouvelle crise économique. C’est ce productivisme effréné, le pied à fond sur la pédale d’accélération qui envoie les ours polaire aux poubelles de l’histoire. Et la seule chose que retiennent désormais les états de la fonte polaire c’est qu’ils vont pouvoir encore plus jouer les termites et exploiter encore, dix, vingt, trente ans les dernières réserves d’un songe. Pas le nôtre, pas celui de monsieur tout le monde qui espère tout au plus manger à sa faim et sourire une fois dans sa journée, non le rêve de l’Amérique des années 50, comment elle voyait déjà le futur. A coup de conquête spatiale, de super technologie, de ville formidable. Il lui faut son rêve à cette Amérique là, absolument, envers et contre tout, et le monde doit le lui donner, sans quoi ça signifiera qu’elle s’est trompé de bout en bout, que tout ce qu’elle s’est raconté pendant trois cent ans n’était qu’un vaste mensonge. Et c’est insupportable. Alors tant pis si les métaux rares commencent à manquer, tant pis si les réserves de pétroles et d’eau commence à engager des guerres et des déplacements de population, que les terres arables se font de plus en plus rares, peu importe du moment que le monde, le présent et l’avenir se conforme au rêve américain.

On compare souvent la Pax Americana et la civilisation américaine à la paix romaine, à l’empire qui dirigea la moitié du monde quand l’Amérique n’en faisait pas encore partie. On a tort. La chute de l’empire romain n’entraina pas la chute du monde, j’ai bien peur que cela ne soit pas le cas quand le rêve américain implosera comme une bulle de savon.

 

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