Marcel ou une histoire de chat 2.

Marcel est un chat de la SPA, un solide et fier chat roux et blanc. Quand je me suis rendu là-bas, tous les chats faisaient des démonstrations d’amour pour qu’on les sorte de là,  pas Marcel. Marcel était assis, il me regardait l’air de dire, ne compte pas sur moi pour te faire des mamours, je suis pas le chat tout le monde moi. En fait je me suis vite aperçu que le genre humain et Marcel c’était pas trop ça. D’ailleurs après un an à la SPA le petit père n’avait pas le moral, il pleurait des yeux avait le poil terne, quand à venir faire des câlin, ronronner, bof vu que les humains on leur donne de l’affection ils vous abandonnent quand même… J’ai eu toute sorte de chat dans ma vie, des psychos, des agressifs, des câlins, des snobs donc je m’en accommodais. Puis Tac, ma chatte que je croyais perdu a fait son retour. Marcel est un chat diplomate mais ferme. Ils ne se sont pas battus pour le territoire, il lui a fermement signifié qu’il était là et qu’il y restait. Comment ? Il s’est installé ostensiblement dans le panier de Tac qu’il avait royalement ignoré pendant les deux mois où elle avait été absente, non mais !  Finalement comme je voyais qu’ils se disputaient toujours, j’ai fini par leur parler du parcours de chacun. Non je ne crois pas que les mots qui sortent de ma bouche sont compris par des animaux, mais en effet que mon affection, ce que je dégage au moment où je leur parle avec conscience et comme si c’était des mômes en train de s’engueuler, leur fait saisir l’essentiel. Comme vous saisissez une situation sans en avoir forcément les clefs, où connaitre une langue. D’ailleurs peu de temps après ça, les deux faisaient la paix et pendant une semaine, derrière le canapé Tac racontait Dieu sait quoi à Marcel en minaudant, qui l’écoutait (je sais je les ai espionné).

Marcel disais-je est un chat fier, c’est aussi un chat scientifique et un fin observateur qui note tout dans le petit carnet dedans sa tête.  Il avait horreur d’être porté par exemple et me regardait toujours avec un air courroucé et poussait des soupirs exaspéré (oui Marcel est un chat qui soupire) quand je le faisais mais à force de bisous  il a commencé à trouver ça, disons, acceptable. Si je change leur litière, il sera obligatoirement là pour regarder le processus qui l’intrigue systématiquement, surtout la chasse d’eau (quelle invention !). Quand pour une raison ou une autre, généralement la propreté, je m’en prend à Tac, Marcel m’observe et me juge. Si j’ai été injuste ou trop énervé, Marcel me snobera. J’ai remarqué la première fois cette façon de se souvenir de tout comme un gosse à qui on fait une promesse un jour lors de l’épisode de l’arbre à chat. J’en avais trouvé un près des poubelles de l’immeuble, pas encore trop décati, je le montais chez moi et réalisais le plaisir immédiat de mes chats. Mais l’arbre en question était déjà fatigué, il n’a pas duré longtemps, un jour je l’ai jeté, et Marcel faisait la gueule. Mais j’avais promis que j’en achèterais un… ouais, ouais cause toujours, les humains vous dites plein de truc mais… Mais rien du tout, j’en ai acheté un et Marcel était si heureux qu’il est venu me faire un bisou, ce qui est rarissime.  Plus tard, ayant remarqué qu’il aimait bien les coins cachés, je trouvais dans la rue un panier fermé qui faisait sa joie immédiate mais qui s’avéra préjudiciable pour sa peau. La colle, le matériau, allez savoir, il a commencé à avoir des plaques et à se terrer dans son coin comme font les chats malades, et je lui expliquais que je l’emmènerais chez le véto…. Ouais, ouais les êtres humains vous dites ça… et je l’ai emmené chez le véto. Il aime pas plus ça que les autres chats, mais quoi, on le soigne, on fait attention à lui, à sa santé ? Finalement peut-être que cet être humain là est différent.

Au début Marcel essayait de me mordre les mollets parfois, me niaquait sans méchanceté mais sans raison. Mais avec le temps il s’est rendu compte que non seulement il était aimé mais pour ce qu’il était et pas comme doudou vivant. Le paroxysme de ce rapport s’est fait à l’occasion d’une rencontre avec ma voisine et son chat. Deux chats dans un couloir face à un autre. Vous savez comment ça se passe dans leur communauté ? C’est les filles qui décident. Donc on avait une Tac qui tenait l’étranger à distance en se postant fermement devant la porte et en le menaçant de loin, et un Marcel en mode « ouh là c’est pas mes oignons, je te laisse gérer Simone ». Marcel n’est pas du tout agressif mais faut pas trop le gonfler non plus. Car le chat, pas vraiment impressionné par Tac essaya même de rentrer dans l’appartement, et c’est là où j’ai vu un tout autre animal. Entre Robert de Niro « you talking to me » et Ted Bundy. La tête à l’oblique, les yeux vides, marchant sur le chat comme on marche sur Moscou. Touche pas à ma copine, rentre pas chez moi ou je te défonce, l’autre a parfaitement compris le message, et avant que ça vire au carnage on a écourté la rencontre. J’étais fier de mon petit gars vous n’avez pas idée. Je l’ai fait officiellement chevalier de la maison et sur le moment croyez-moi j’ai rarement vu un chat aussi gonflé d’orgueil. Comme tous les êtres vivants, humain y comprit, qui se sent aimé Marcel est devenu beau avec le temps. Son poil est éclatant et s’il pleure encore de temps à autre c’est donc parce que c’est un con de roux avec la peau sensible.  Et comme tous les êtres vivants qui sont aimés, il rend aujourd’hui l’affection que je lui porte. Si avant il faisait sa danse du ventre pour avoir quelque caresse depuis qu’il est chevalier de la maison, il demande plus, il s’installe d’autorité, me fait éventuellement un bisou et ronronne en somnolant sur mes genoux. En fait ce n’est pas moi qui l’ai adopté, c’est lui qui m’a adopté après une longue et minutieuse observation. Et le plus marrant c’est qu’on partage des trucs perso. Par exemple je pratique le bâton chez moi, ce qui effraie beaucoup Tac quand elle me voit faire des moulinets et des passes avec. Marcel observe l’air d’apprécier le spectacle, et si je le provoque avec le bâton il joue avec moi, attrape le bâton, le mordille…  Bref je suis sûr d’une chose, si je pratique j’aurais un spectateur, mon ninja roux. Aujourd’hui il n’y a qu’un sujet de discorde entre nous : la brosse. Il déteste ça. En plus c’est injustifié parce qu’il ne perd même plus ses poils comme du temps où il stressait, donc si je veux qu’il me fasse la gueule au moins deux heures, simple, je le brosse (enfin j’essaye). Mais il y a trois choses qui le passionnent et avec lequel me faire pardonner, le thon évidemment, les pâtes, cuites ou crues, mais de préférence cuites pour jouer avec pendant une heure (ça le rend dingue ça et les épluchures de légumes) et le cake. N’importe quel cake ou quatre quart, Marcel en veut ab-so-lu-ment.

J’ai toujours considéré les animaux pour ce qu’ils étaient, à savoir des individus à part entière avec des caractères spécifiques. C’est pas une surprise pour quelqu’un qui travaille avec eux mais quand je vois la légèreté avec laquelle nous les traitons, cette superficialité dans nos rapports avec eux, à les prendre le plus souvent pour des extensions mignonette de nous-même, je ne suis finalement pas plus étonné que ça de l’état de notre planète. L’humanité qui a pourtant quatre mille ans n’a jamais franchi sur le plan affectif l’état du jeune homme ou de la jeune femme qui se pense éternel et qui est persuadé qu’il aura toujours une autre chance. De fait nous traitons notre environnement et les animaux avec la légèreté du gamin trop gâté, celui qui a tellement de jouet qu’il se permet de tous les casser en pensant que ce n’est pas grave, il y en aura d’autre. J’ignore pourquoi Marcel a été abandonné, mais depuis trois ans que je l’ai, je l’ai déjà vu avoir des nostalgies. Quelque chose lui rappel son passé et il déprime un peu, se replie sur lui-même et pleure. Apparemment lui il l’aimait son ancien maitre mais pour une raison ou une autre il a cessé de flatter son égo ou alors celui-ci est mort. Je peux d’autant comparer les comportements que j’ai eu Tac petite et que sa façon d’être et de réagir ne ressemble en rien à celle de Marcel qui donc a un passé. Le test que je pratique c’est quand je l’appelais par son ancien nom (Mandarin) avant les oreilles bougeaient, éventuellement il m’accordait un regard désobligeant. Maintenant ça ne provoque pas la moindre réaction. Maintenant c’est un pacha avec sa meuf et il n’est pas né celui qui le délogera d’ici.

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