Ma petite entreprise 7.

Il y avait des mômes d’un peu tous les âges, jusqu’à onze ans ou environs, chacun avec son délire à lui, sa vitesse de déplacement à lui, comme des électrons s’excitant autour du même atome et tant pis pour les collisions, les mini drames, une mère se levait, allait gronder le gamin qui avait buté la tête du petit avec son ballon, et le manège repartait de plus belle. Samia savait marcher et sa personnalité de petit général s’imposait sans mal sur les autres gosses. Je la regardais de loin qui expliquait à un petit garçon comment il devait jouer avec ses poupées, une petite en couche à côté d’elle qui mordillait distraitement une petite voiture trouvé dans le sable. On la sentait investie, responsable, le genre qui conduirait le groupe de survivants après l’apocalypse. Autour de nous les mères de famille causaient entre elles, certaines nous mataient en se demandant sûrement pourquoi je gardais mon masque de Mickey sur la tête. Aucune d’entres elles n’avaient l’air de faire réellement attention à ce qui se passait sur l’ère de jeu, on les sentait plus blasées que fatiguées, se levant de temps à autre pour gérer des conflits que le plus souvent elles réglaient à la voix. C’était leur monde, leur jungle et ce n’était clairement pas la nôtre. De temps à autre on se relayait pour faire faire un tour de landau ou de poussette histoire que les deux frères se mettent pas en duo pour nous exploser les oreilles. Et comme mon pote avait les chocottes de porter Amin, à moi de me fader non seulement le biberon mais le changement de couche à la sauvage.

–       Bah elle est où ?

–       De quoi ?

–       Samia elle est où ?

Pile poil au moment où j’avais du caca de lait devant mon nez et que je m’apprêtais à désamorcer la bombe qui se tortillait en gloussant. Je me retournais, les yeux en mode radar de combat mais rien, pas de Samia.

–       Putain mais elle était là y’a cinq minutes !

–       Putain faut qu’on la retrouve !

–       Vas-y cherche là je m’occupe des deux autres !

La panique complète. T’as déjà vu des suricates en train de surveiller l’horizon à la recherche du prédateur ? C’est à peu près la tête que j’avais en changeant Amin, pendant que mon pote, complètement flippé se mettait à courir dans tous les sens en gueulant le nom de la gamine. Ce qu’il y a de bien avec ce genre d’endroit, encerclé de mère de famille pour la plus part africaine, c’est que ton problème devient le problème de tout le monde. D’un coup en meute, les mères se mettent d’abord en rapport avec leur progéniture, histoire d’être bien sûr que tout le cheptel est là, et puis dans la foulée passent en mode détective te demander comment était sapée la gamine, où est-ce que tu l’as vu pour la dernière fois, quel rapport familial tu entretiens avec elle, etc, le tout pendant que tu fais le suricate, les deux mains dans la couche pleine de merde, qu’Amin se tortille sur le banc en gloussant. T’es à ce moment là dans le même niveau de stress que doit ressentir un gars au milieu d’un champs de bataille, limite tu sais déjà que les prochaines semaines tu vas les passer avec un syndrome post traumatique qui sera plus ou moins grave si on retrouve ou non la gamine. D’un autre côté si on ne la retrouvait pas ça serait sûrement bref, vu que son père nous découperait probablement en rondelles de notre vivant, et avec un couteau à beurre pour que ça dure plus longtemps. Et puis soudain tu la vois, tout au bout de la résidence qui dodeline pépère sur ses deux jambes, une de ses poupées dans la main, droit sur la route… Et là t’es plus du toi-même, tu hurles, tu bondis, t’es un singe sous amphet mais ton pote est exactement dans l’autre sens et le temps qu’il se ramène, la gamine aura été écrasée cinq fois par cinq poids lourds différents, du moins c’est ce que tu dis en l’apercevant du coin de l’œil qui se ramène à toute blinde. Les mères de famille ont compris, elles hurlent, certaines partent même au trot, mais tu sais, intimement, que si toi tu la rattrapes pas, elle va mourir d’une horrible façon. Et là t’en à plus rien à foutre de la couche, des deux autres, de rien, t’es un putain de Bip Bip et le coyote peut toujours rêver. J’ai sauté par-dessus le banc je ne sais même pas comment et j’ai cavalé si vite que je suis certain que ce jour là j’ai battu je ne sais quel record mondial. Mais pas assez vite, pas assez vite pour ne pas entendre les femmes hurler en chœur, pour ne pas voir la petite descendre du trottoir et aller droit sur la route. Franchement je ne sais pas qui m’a prit, je ne savais même pas si j’étais à la bonne distance pour faire ça, si c’était une sorte de sursaut de désespoir à l’idée que j’allais mourir dans d’atroces souffrances ou si j’ai vraiment penser que j’allais lui sauver la vie, mais j’ai bondit. Pas comme un fauve sautant sur sa proie, pas comme un plongeur se jetant gracieusement dans l’eau, non comme un rugbyman rattrapant une balle à la volée. Droit devant, ras du sol, bourrin, percutant la môme alors que le bus freinait pour nous éviter. Il ne nous a pas évités. Du moins moi.  J’ai rebondi contre le bus, la gamine contre moi et j’ai atterri dans le pare-brise arrière d’une Twingo. Sur le moment j’ai pas eu mal, mon pote m’a aidé à sortir, la gamine pleurait, terrorisée, on l’a examiné mais elle avait rien, et puis la municipale s’est pointé parce que le chauffeur les avait appelé. Tout le monde descend, terminé pour lui, va falloir attendre toute la smala et faire son rapport à ses boss. Les flics veulent savoir ce qui s’est passé, t’as quatre mamans africaines pour leur fait leur rapport pendant que j’explique au chef, et comme tout le monde était au première loge, c’est vite le dawa. Là t’as le jeune poulet de service qui est un peu brusque avec une des mamans, et hop la sénégalitude banlieusarde de ton pote qui part en vrille, faut pas parler comme ça à la dame où ça va tomber, j’essaye d’intervenir, le chef me touche l’épaule, je hurle, je manque de m’affaisser, mon pote me rattrape, et les pompiers qui n’arrivent pas. Et ils n’arriveront jamais et je ne saurais jamais pourquoi. Ce que je savais à ce moment c’est que d’un coup j’avais super mal sur tout le côté droit, que je sentais plus ma main et que je commençais à méchamment flipper. Les flics une fois prit la déposition de chacun, et voyant que les pompiers ne se pointaient pas, ont voulu nous emmener mais pan ! Voilà qu’on les sonnait pour une urgence, un accident grave ailleurs. Autant te dire qu’à ce stade les mamans étaient au scandale, le chauffeur de bus était à deux doigts de se faire lyncher et qu’absolument toute la cité avait rameuté pour voir ce qui se passait et conséquemment se mêler de ma santé en me traitant de héros. Si tu n’as jamais vécu en banlieue tu peux pas comprendre ce que c’est quand le quartier s’en mêle. Il y a ceux qui connaissent Samia et sa famille, il y a ceux qui l’ont vu un jour dans leur vie et ça devient leur petite nièce ou leur sœur, il y a ceux qui ont assisté à la scène et surtout il y a tous les autres, tous ceux qui n’ont rien vu, ne savent rien, mais qui veulent dire aux autres ce qu’il faut faire. Et moi et la petite au milieu, la petite qui a peur encore mais surtout de tout ce monde. Ses frères ? Entre les mains des mamans, le premier qui ose y toucher est mort. Heureusement que Driss était là, il n’a pas demandé qu’on nous amène à l’hosto moi et la petite, il a passé ses instructions, et c’était clairement pas une négociation. Bref nous voilà aux urgences mais on n’est pas seul, deux voitures nous accompagnent, un vrai cortège. Sur le moment les infirmières à l’accueil nous ont regardés d’un drôle d’air. Faut les comprendre, douze personnes au scandale qui leur parlent en même temps, et puis Driss qui se met à gueuler comme un général pour se faire entendre. Ca a pas tardé cette fois, surtout quand il a expliqué pour la petite. Elle n’avait apparemment rien, ni mal, mais bon elle et moi on avait été renversé hein !… enfin surtout elle parce que moi on m’a laissé moisir dans un coin avec d’autres éclopés. Elle n’avait en effet rien, les radios étaient formelles, mais moi je poireautais, une heure, deux heures, sans radio, rien, avec mon épaule qui enflait, je pouvais même plus bouger le bras. Mais bon, c’est pas comme si j’étais seul non plus. D’abord Driss qui commence à interpeller l’interne de service, puis un gars du quartier qui se pointe et s’en mêle, ça commence à faire du scandale, ils nous menacent des flics, qu’ils ne sont pas obligé de m’accepter, etc mais t’as jamais entendu une maman africaine piquer une colère.

–       Et toi, arrête de faire l’important dans ta blouse blanche, il a sauvé une petite fille, tu respectes pas ça ! Hé tu es pire que maladie toi là ! Iiiiih !

–       Eh oh ça va, hein, il n’y a pas que monsieur qui attendent et nous avons d’autres patients.

–       Iiiiih ! Hé ? Mais qu’est-ce que tu me racontes espèces de babouin tu rentres et tu sors du bureau là, tu fais du vent avec ta blouse, va faire ton travail espèce de feignant !

Le tout beuglé par une femme d’environs cent dix kilos avec des mains comme des battoirs qu’elle agite au nez de l’interne. Finalement un autre médecin s’est pointé, un plus vieux qui a commencé par m’examiner au lieu de bavasser. Ca a calmé le jeu vite fait parce qu’il a ordonné à l’autre de me descendre à la radio. Résultat des courses ? Une épaule déboitée et une clavicule cassée mais franchement c’était moins grave que si la petite avait croisé le bus. D’ailleurs, le chauffeur me l’a dit il avait commencé à freiner en me voyant sauter, il croyait que je voulais me tuer, il n’avait même pas vu la petite

 

Finalement c’est Driss et sa sœur qui se sont occupé de la marmaille le reste du weekend, moi j’étais à l’hosto et je m’emmerdais en me demandant comment Tonton allait prendre ça, qu’on ait laissé sa fille se barrer. Certes j’avais sauvé les meubles mais on aurait été plus attentifs ça ne serait jamais arrivé. Il est arrivé le dimanche soir, avec sa gueule lugubre et ses yeux de dingue. Sur le moment j’ai cru qu’il allait se jeter sur moi et me déchiqueter avec ses mains.

–       Je te jure qu’on a fait attention Tonton je…

–       Tu sais ce que Samia voulait faire ? Il m’a coupé.

–       Euh non…

–       Apprendre à Leïla a traverser.

–       Oh putain !

Leïla tu t’en doutes c’était la poupée, elle avait juste voulu imiter ses parents.

–       C’est comme ça les mômes, il a ajouté, des fois je me dis que faudrait les attacher.

Je savais pas si c’était de l’humour ou sa vision de l’éducation, j’ai pas su quoi répondre. Il m’a fait signe vers mon épaule, m’a demandé si ça allait, je lui ai répété ce que le médecin m’avait dit, j’étais jeune, j’avais bien encaissé le choc, je remettrais vite.

–       Merci, tu lui as sauvé la vie, si t’as besoin d’un service, n’importe lequel, appel moi.

Et il est parti comme il était venu. Qu’est-ce que je pouvais lui répondre ? C’était vrai mais c’est pas non plus comme si j’attendais une médaille, j’étais juste heureux que tout ça se termine bien. Ce que je n’avais pas compris c’est qu’en gros maintenant on avait un chien de garde à disposition.

 

On a laissé les affaires en suspens pendant un mois le temps que je me rétablisse. Usman piaffait depuis une semaine il voulait qu’on commence à lui placer ses kilos, trois pour débuter. Nono avait fait savoir qu’il voulait nous voir, on avait ouvert une vanne on ne s’en rendait même pas compte. Tout d’un coup c’était comme si on était Escobar mais sans les moyens ni les hommes. D’ailleurs on voulait personne, strictly personnal comme disent les britts. Alors on est reparti en Angleterre, sans besoin de monter un bateau cette fois. Mais avant Claude voulait qu’on lui vende un kilo de pure. Evidemment pas au prix qu’on demandait.

–       Eh les mecs, je vous fais cadeau de mon pourcentage sur le prochain deal que vous faites avec Nono, faites moi une fleur.

Il ne voulait pas seulement la toucher moins cher qu’on l’avait vendu au gros, il voulait même qu’on lui vende cinq milles en dessous du prix commun.

–       Qu’est-ce que tu me racontes une fleur, la dernière fois on a failli se faire enculer à cause de tes arrangements !

–       Ouais mais le mot important là dedans c’est failli, non ? Tu m’as bien dit que t’avais des copains teufeurs, ils ont dû être vachement contant non ? Il nous a lancé avec un sourire genre on est copain.

Avec Driss on s’est regardé, c’était quoi cette question à la con ?

–       De quoi tu te mêles de nos affaires cousins ? Lui a lancé durement Driss.

–       Du calme, du calme, je me mêle pas, mais vous vous êtes arrangé non ? Alors il est où le blème ?

–       Y’a pas de blème, c’est toi qui en fait, on te la vend au prix qu’on l’a vendu à Nono, point à la ligne.

–       Ecoutez les mecs, voilà ce que je vous propose, j’avance vingt cinq milles, vous me filez un kile, et je vous donne quinze pourcents sur mes bénefs, c’est fair non ?

Claude c’était le genre de blackos tellement branché qu’il mettait des mots d’anglais dans ses phrases pour faire genre il passait ses vacances à Miami. Qu’est-ce que je savais ce qu’il allait se faire comme bénéfice moi ? Quinze pourcent de je ne sais pas quoi c’est pas quinze pourcent c’est je ne sais pas quoi.

–       Non, non, t’allonges trente cinq, et avec les bénefs tu nous payes la différence.

–       T’as tort mon gars, quinze pourcent de mon bénef ça va faire gros avec ta came, je vais la couper quatre fois, tu vois ?

Ca lui faisait quatre kilos à environs trente, trente cinq mille. En effet on perdrait de l’argent mais je préférais perdre dix mille plutôt qu’il nous l’achète à son prix. Et puis surtout j’avais quoi comme garanti encore une fois qu’il n’allait pas nous carotter ? Je n’avais pas confiance en lui, il avait fait ses arrangements sans nous en parler, il posait des questions.

–       Trente cinq mille d’avance.

–       Trente.

On a fini par couper la poire en deux à trente trois. On aurait l’argent dans deux jours.

 

Quand t’écoutes les journalistes économiques à la télé, le mot qui revient souvent c’est confiance. La confiance des marchés, si elle n’est pas là les cours s’effondrent, eh bien dans ma partie c’est la même. Tout repose sur la confiance parce que donc c’est un marché comme un autre n’en déplaise à la loi. Mais la confiance n’exclue pas la prudence. Raison pour laquelle la règle d’or des trafiquants, selon Youtube et internet, était que l’argent et la drogue ne devaient jamais se retrouver au même endroit en même temps. En aucune manière les échanges avaient lieu comme dans les films ou tu peux être sûr de te faire carotter un jour. Nono avait été un peu l’exception à la règle en somme mais on n’avait pas vraiment eu le choix. Avec les autres on avait toujours procédé par étape, ils payaient d’abord on les livrait ensuite. L’un ou l’autre vu qu’on y allait en tacos et que dans ces cas tu t’évites tous les contrôles au faciès de la terre. On lui donnait une adresse pas trop loin de l’endroit de la livraison et le tour était joué. Samir nous avait donné les clefs d’une boite aux lettres, quand c’était fait on le bipait. Claude c’était une bagnole, il a envoyé la marque et l’immatriculation à Driss par SMS alors qu’il était en route. La bagnole était garée sur un parking d’immeuble qu’on pouvait rejoindre sans passer par le hall. Alors voilà mon Driss tout peinard qui fait le tour et entre sur ce parking. La voiture était ouverte, il avait juste à déposer le paquet sous le siège conducteur et repartir, sauf que sur le parking il y avait des poulets en train de faire Dieu sait quoi, et voilà qu’il se retrouve nez à nez avec eux. Les flics c’est comme les clebs, si tu leur montre que tu as peur, que t’es pas à l’aise, tu peux être sûr qu’ils vont mordre. Sauf si t’es un noir d’un mètre quatre-vingt dix, là c’est eux qui ont peur, instinctivement, grégairement, et quoi que tu fasses ils te feront chier, à croire que c’était génétique, comme disait Driss. Une espèce de mutation qui s’exerçait au port de l’uniforme. Driss et les flics ont échangé un regard, et à l’instant même il a su que s’il ne repartait pas vite il n’allait jamais repartir. Et il a fait l’erreur que font tous les enfants devant les clebs sans laisse, il s’est mis à courir. Franchement je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place parce que je ne sais pas ce que c’est que d’être noir en France. Jeune je sais, c’est un peu pareil, c’est les premiers qu’on emmerde, mais noir apparemment c’est comme arabe c’est forcément la couleur du crime. Les flics se sont mis à courir après lui en gueulant, Driss a tracé jusqu’au métro et comme il était pressé, il n’a pas acheté de ticket. Paf ! Cent mètres plus loin les contrôleurs.  Et évidemment il n’avait pas emporté ses papiers avec lui. Impossible de revenir en arrière parce que les poulets sont descendus eux aussi, alors il a foncé dans le tas… Et la course poursuite a repris, cette fois avec les contrôleurs en plus.

–       Je te jure frère j’ai jamais couru aussi vite de ma vie et je savais même pas où j’allais, dès que j’ai vu une rame je suis monté dedans, et putain que la sonnette dure deux heures et ces putains de ‘leurs qui se pointent sur le quai !

–       Y t’avaient vu monter ?

–       Je sais pas frère, j’étais planqué, je les ai vu passer, shab y’en a un qui est rentré mais le trom est reparti et il est sorti.

–       Les gens y disaient quoi ?

–       Rien ils me regardaient louche.

–       Finalement t’as fait quoi ?

–       Je suis descendu au premier arrêt, gare de Lyon.

Et là, des flics partout, des militaires, la BAC, pour qui c’était, Driss n’a pas calculé, tout ce qu’il savait c’était les flics la station d’avant et sa parano à fond les ballons. Alors il est rentré dans les chiottes d’une brasserie et il s’est débarrassé. Ca été la meilleure idée qu’il a eu parce qu’il avait pas fait cinquante mètres que la BAC l’aplatissait par terre comme s’il avait été un putain de Ben Laden. Merci les caméras, délit de fuite, transport sans ticket, et d’abord pourquoi qu’il s’était enfui ? Bref il a passé dix heures en garde à vue et il s’est prit une amende. Mais la confiance… La confiance s’en était allé des deux côtés. Moi pendant que Driss était au trou je n’étais au courant de rien et Claude de me téléphoner en mode vénère qu’il n’avait pas ce qu’il avait demandé. J’ai essayé d’appeler mon pote qui évidemment avait coupé son fil et je me suis rongé les sangs pendant deux bonnes heures à me demander ce que je devais faire. Si Driss s’était fait gaulé avec la dope il était bon, est-ce qu’il craquerait ou pas ? Non, je savais que mon pote ne dirait rien à part des bobards. Pratiquement depuis qu’il était môme les flics le faisaient chier. C’est pas qu’il les détestait tout spécialement mais question bavardage autant qu’ils s’essayent avec une huitre. Mais qui sait ce que les flics savaient déjà ou non. ? S’ils étaient tombé sur lui c’est que quelqu’un l’avait balancé, qui ? Claude ? Melvine qui aurait voulu se venger ? Tu sais dans ces moments là tu ne raisonne plus droit, t’es en mode parano, tu le sais et tu veux te calmer, mais plus tu trouves de raisons de ne pas flipper, plus t’en trouves autant pour le faire. J’ai pensé à tout, à déménager la coke, à me barrer au Brésil, à vider mon compte et prendre le premier train pour Marseille, le tout en shouffant la rue au cas où je serais Mesrine et que les flics quadrilleraient le quartier. Au bout de deux heures, vu que je voyais toujours pas les poulets mon taux de parano est redescendu à la normale et heureusement je m’étais pas mit à tout déménager. J’ai juste attendu d’avoir des nouvelles en me disant qu’avec un peu de chance il s’était débarrassé de la coke à temps. Claude a rappelé, il était toujours vénère, on avait jusqu’à demain pour le livrer où il allait nous enculer sévère. C’est là où tu te poses des questions sur les choix que tu as fait. Le stress, le danger, la possibilité soit de finir en taule soit de se faire défoncer, ça relativise l’intérêt. Même pour sauver le cul de mon daron. Mais qu’est-ce que je pouvais faire maintenant ? J’avais mit le doigt dans un engrenage et je ne pouvais simplement pas le retirer au risque de me faire arracher le bras. Je suis sorti faire un tour histoire de penser à autre chose. Mais comme je ruminais quand même j’ai préféré retourner à la maison, me fumer quelques bonnes douilles et jouer à la Play jusqu’à ce que je tombe. Driss a fini par appeler au milieu de la nuit. Le lendemain matin, à la première heure, on était de retour dans les chiottes du Train Bleu, et la coke était toujours là, dans le faux plafond. Cette fois c’est moi qui ai fixé le rendez-vous de la livraison. Ce que foutaient les flics quand Driss s’était pointé, on n’en savait rien mais si c’était à cause de Claude à lui de prendre les risques cette fois. Évidemment il n’était pas jouasse mais qu’est-ce que j’en avais à faire ?

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