Trainspotting 2, les fantômes du passé

Les suites c’est dangereux, c’est ce que l’on se dit. Surtout après un si gros succès, surtout des années plus tard comme ces vieux groupes de rock qui se reforment pour l’argent et un peu de gloire pas cher. De la part d’un écrivain, d’un cinéaste, on se dit forcément que ça sent le coup, le réchauffé, une manière de jouer à la fois sur une vague de nostalgie et de relancer une carrière qui enchaine les échecs et les semi réussites. Le dernier film à succès de Danny Boyle date tout de même de 2008 avec Smuldog Millionaire, là où Trainspotting l’avait envoyé à Hollywood. Excepté que Boyle parlait de faire une suite dès 2009, qu’il voulait attendre que les acteurs vieillissent pour s’y mettre. Cette idée l’a poursuivi jusqu’à ce qui se mettent d’accord sur les plannings de chacun en 2015. Le film s’inspire de Porno, le roman Irwin Welsh qui est lui-même la suite de Trainspotting et qu’il avait fait paraitre en 2002. Pas de coup commercial ici, juste l’envie d’explorer le destin des quatre amis, Mark « Rent Boy »  Renton, Francis Begbie, Simon « Sick Boy » Williamson et Danny « Spud » Murphy.

 

Que s’est-il passé depuis ces années, depuis que Renton a volé ses amis, à quoi ça ressemble la vie quand on a passé sa jeunesse et même au-delà à se camer et à fuir. Un vieux drogué c’est possible ? Spud est un vieux junkie, invariable à lui-même, innocent, gentil, la tête toujours pleine de rêve et qui entre temps a eu un fils. Spud tout le monde l’aime bien mais c’est un cas désespéré alors quand Renton le retrouve, il est en train de se suicider. Puis il y a Sick Boy qui a végété dans son trou depuis que son copain est parti, reprenant le pub de son père et rêvant de se faire de l’argent avec l’ouverture d’un salon de massage. Sick Boy, vieux jeune le nez dans la coke, toujours cynique, un peu amer. Les retrouvailles avec Renton se feront dans la douleur et aussi dans la joie. Enfin Begbie, le psychopathe de la bande, lui aussi père de famille et en prison mais pas pour longtemps, Begbie s’évade alors que son ennemi mortel, Mark Renton revient. Et pourquoi revient-il ? parce que sa femme veut divorcer, qu’il a eu un incident coronarien, perdu son boulot. Parce qu’il ne lui reste rien que sa jeunesse et ses vieux potes.

 

Si le premier Trainspotting était le portrait d’une jeunesse perdue d’une Ecosse ravagée par la récession et le thatchérisme mais également d’une génération à qui on ne propose rien sinon de devenir de fringuant consommateur, sa suite est logiquement celui de la maturité. Tant dans la mise en scène que dans le constat que les uns et les autres font après avoir passé leur vie à fuir. C’est l’écho du premier film avec la patine d’années de désillusion. Ainsi d’un plan à une réplique, Trainspotting 2 oscille constamment entre deux époques, le passé se superposant au présent comme une ombre, un écho lointain mais encore vif d’hommes qui n’ont pas encore complètement renoncé ni grandi. La tirade du premier Trainspotting, celle qui ouvrait le film, est reprise et reformulée à l’aune de l’expérience d’un Renton revenu de ses choix, lui donnant cette fois non pas l’accent no future qui la caractérisait mais celle au contraire d’un avenir que l’on se construit. C’est la tirade d’un homme qui sait ce qu’il en coute de se précipiter dans des ornières mais animé de la même énergie juvénile que par le passé. Les cadrages filmant la chambre d’enfant de Renton reprennent comme un calque ceux de son époque junkie, et d’ailleurs avec eux tous, la came n’est jamais loin. Mais le film ne se contente pas de jouer sur les seules nostalgies. Il ne s’agit pas d’offrir aux spectateurs un de ses doudous régressifs comme aime en produire Hollywood à force de remakes et de suites inutiles. Il ne se contente pas d’être le touriste de sa propre jeunesse, comme le dit une des personnages, il s’agit d’une véritable réflexion sur le temps qui passe, sur la différence entre les générations, sur le constat de choix que certain n’eurent pas, comme avec Begbie et sa famille, et même sur le changement de paysage d’une Ecosse européanisée. Et comme une équation en équilibre avec l’histoire du premier Trainspotting c’est à nouveau une femme qui va être le contrepoids de ces messieurs en mode adolescent attardé. Une femme qui indirectement ou directement va apporter une réponse à leur histoire. Car bien entendu si le premier film était en soi un passage d’un âge à un autre, l’âge vécu comme une trahison, le second est également un film de passage et de trahison. Temps pour des adolescents attardés de réaliser leur valeur et d’examiner leurs options. Temps du pardon et en quelque sorte de la rédemption pour Spud, du constat pour Begbie, celui que la vie ne lui a jamais laissé le choix ni de sa colère ni de sa vie en générale. Moment dans la vie où les uns et les autres apprennent à pardonner, à relativiser et même à aimer ce qu’ils avaient appris à détester, et Renton de retourner vivre chez son père, dans sa chambre de môme vécu un peu comme un paradis perdu.

 

Il faut bien avoir soixante ans comme Danny Boyle et quelques films au compteur pour discuter avec cette finesse de la vieillesse, tant au travers des dialogues que de la manière de filmer en renvoyant les deux films dos à dos comme un effet miroir d’une adolescence qui refuse de mourir. Savoir reprendre ses propres codes  visuels et narratifs et les réécrire de sorte d’y laisser s’inscrire le temps qui passe sans jamais réellement passer car après tout quel que soit notre âge, notre expérience, nous restons fondamentalement les mêmes de l’enfance à la mort. Répétant les mêmes erreurs et de très rares fois apprenant de ces mêmes erreurs. Comme si notre vie n’était pas finalement qu’un perpétuel remake. Une suite donc loin d’être inutile, offrant l’occasion au réalisateur comme aux acteurs d’examiner l’effet de l’âge sur nos rêves et nos choix, d’une jeunesse comme pacifiée mais pas tout à fait, brûlant encore dans le cœur de ces quatre amis moins à la façon d’un dernier sursaut qu’une acceptation de sa condition, de qui l’on est. Ils n’ont pas forcément grandi mais ils apprennent à faire avec. Ce qui est peut-être le seul loisir que nous offre la maturité, apprendre à faire avec.

 

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