Ma petite entreprise 3.

Claude c’était le fricain comme aime les blancs. Sapé, cool, souriant, avec des dreads, beau mec, du genre avec ce gars quand il te vends t’as l’impression que c’est par amitié. C’était facile de comprendre comme il avait fait pour s’introduire dans ce milieu, M’sieur Passe-Partout. Et il était comme ça avec tout le monde. Le mec facile à vivre quoi. Melvine nous a présenté, on lui a acheté des taz et de la C. pour l’appâter, une semaine plus tard on revenait à la charge mais sans intermédiaire et avec une proposition. Au premier voyage j’avais tâté le terrain de la coke, il me l’a joué expert, est-ce qu’on cherchait de la pharma ou de la végé, de la cocaïne de synthèse ou produite à partir de feuille de coca. Je savais bien qu’il y avait des différences mais je savais pas lesquels, et franchement j’en avais rien à battre, Je lui ai juste répondu que s’il en avait de la bonne il y avait du biz à se faire avec mes contacts de Lyon. S’il était branché avec les boites de nuit, les raves et les DJ, il devait débiter du gramme à la semaine, j’étais curieux de savoir ce que valait sa came, j’avais acheté un kit de pureté à Samir, et j’ai pas été déçu, tout juste moyenne gamme, et ça devait passer pour de la bombe atomique dans ce monde là. La propale était toute trouvée. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu.

 

–       Une coke comme ça personne n’en touche, comment vous avez fait ?

–       On a nos plans, j’ai fait mystérieusement.

Ouais, Claude c’est le négro comme les aime les bobos blancs, tu peux l’inviter et parler du dernier film à la mode, il aura de la conversation. même s’il est venu te vendre sa merde. Mais dans la vraie vie, dans le business, il a le regard calculatrice et dès que t’abordes la question blé c’est un banquier.

–       Non, non, ça marche pas comme ça les mecs. Je vous connais pas, vous débarquez de nulle part avec la C. à Escobar vous me dites que vous voulez vendre en gros… la confiance les gars, la confiance, comment je peux avoir confiance si vous faites les mystérieux, comment je peux savoir que vous l’avez pas piqué cette coke ?

–       Tu peux pas et t’as pas besoin, d’ailleurs ça change quoi d’où elle vient.

–       Ca change que si vous vendez de la coke qui n’est pas à vous ça va pas vous porter bonheur, et moi non plus si je marche dans la combine.

–       On l’a pas piqué, on l’a trouvé, a fait Driss.

–       Vous avez trouvé de la coke ? Qu’est-ce que tu me charries ?

–       C’est à cause de moi, j’ai improvisé, dans le train j’ai ouvert le mauvais sac en croyant que c’était le mien.

–       Et alors tu t’es dit normal je vais garder ça pour moi… Il a ironisé.

–       Nan, ça s’est pas passé comme ça, on est sorti les derniers du train, le sac était toujours là, personne l’avait prit.

–       Combien ?

–       Combien de quoi ?

–       Combien y’avait de C. Combien vous avez à vendre ?

–       Deux kilos.

–       Donc vous avez piqué deux kilos, c’est bien ce que je dis.

–       On les a pas piqué il te dit, on l’a trouvé.

–       Ouais, et le mec qui l’a perdu il va pas cherché où elle est passé, hop deux kilos dans l’os et le mec il prend ça détendu hein ?

Commençait à me gonfler le nègre idéal.

–       Mais putain tu nous fait quoi ? Tu veux quoi à la fin ? Ca t’intéresse ou pas ? Si ça t’intéresse pas mecs, pas de soucis on remballe.

–       Tututut, d’abord tu me parles mieux que ça, t’es chez moi ici et je suis pas ton pote de lycée, ensuite j’ai jamais dit que ça m’intéressait pas, je dis juste que je vais prendre des risques et que je veux savoir lesquels. C’est dans quel train que vous avez trouvé cette poudre ?

–       Dans le Thalys…

–       En allant à Dam ?

–       Ouais, enfin en n’en revenant. On a vu la douane volante, c’est peut-être pour ça que le mec a pas prit le sac.

–       Ouais… peut-être, bon écoutez, je vais voir qui ça peut intéresser deux kilos, vous en voulez combien ?

–       Vu la qualité cinquante mille pièce.

–       Tu rêves, je connais personne qui la touche plus de trente cinq mille.

–       Ouais, mais tu l’as dit toi-même, t’as jamais vu personne avec de la C. de cette qualité. Avec ça tu peux faire facile cinq coupes par kilo sans que ça se remarque, de deux t’en fais dix, c’est rentable, c’est un investissement.

Il a réfléchi.

–       Vous assurez la livraison ?

–       S’il le faut ouais, j’ai répondu, sans réfléchir moi par contre.

–       Okay… je vais voir, mais à ce prix là, je vous promets rien.

Tu sais à quoi tu reconnais un baltringue qui se lance dans les affaires ? Il a pas encore vendu son idée qu’il sable déjà le champagne parce que son banquier lui a dit qu’il réfléchirait. On est sorti de là comme deux gosses à un goûté d’anniversaire, excités comme des pucelles à un concert de Justin Bieber. On allait se faire un max de thune, on allait être riche ! Terminé les galères. Tu parles, un homme qui a de l’argent n’est pas un homme riche, c’est un homme préoccupé. Mon père par exemple. Presque un treizième mois au PMU et il pensait plus qu’à ça, la martingale, la galette royale, même ma mère commençait à s’inquiéter, il avait acheté pour cinquante euros de billets de loto ! Pour rien ! Cinquante boules pour du putain de papier, cinquante boules claqué à cause d’un seul putain de mot magique, l’espoir. Franchement et après ça on traite les dealers et les trafiquants  de salaud, mais nous au moins on joue pas avec ce mot magique, les gens savent ce qu’ils achètent et ils en ont pour leur fric. L’espoir, ce sentiment déplacé, irrationnel et qui nous fait courir comme des cons. C’est ça que j’avais fait naitre dans le crâne de mon père en montrant mes tickets gagnants. L’espoir de devenir riche. Et crois moi j’étais pas fier. Ma mère savait pas que ça venait de moi et comme mon père n’avait jamais été spécialement joueur, elle se demandait ce qu’il avait, s’il avait des problèmes d’argent par exemple. Elle est intuitive ma mère, et elle avait aussi raison. J’avais mit la graine dans la tête d’un gars qui avait des problèmes dont il ne nous avait pas parlé, jusqu’au jour où je l’ai trouvé dans ma piaule à fouiller sous le plume.

–       Pa’ ? tu fais quoi ?

–       Je cherche ton shit.

Mes parents et moi on a une bonne relation, j’avais jamais eu de raison de leur cacher que je fumais depuis que j’avais treize ans. Bon, je leur ai annoncé quand j’en avais quinze, mais quand même. Et comme c’est des parents pas con, ils m’ont juste dit de faire gaffe, que si je tombais accro que fallait surtout pas que j’hésite à aller voir quelqu’un. Il y a des gens qui diraient que c’est des irresponsables je sais pas quoi, mais crois pas qu’ils ont pas crisé quand j’ai raté mes deux bacs, qu’ils ont pas prit le mord quand y me voyait me défoncer dans ma piaule au lieu d’étudier. Une vraie smala même, mais juste ils savent qu’il y a des choses, comme le fait de grandir, contre lequel on peut pas lutter. Je faisais mes choix et ils n’allaient rien n’y changer. On n’empêche jamais personne de se casser la gueule mais on peut prévenir. Mes darons étaient dans la prévention.

–       Depuis quand tu fumes ?

–       Depuis tout de suite, allez vas-y il est où ?

Je le rangeais dans une boite à fume dans le tiroir de ma table de nuit, j’ai sorti le matos et je lui ai demandé si ça allait. Mon daron c’est plutôt le sportif tu vois, de temps à autre il fume bien une clope ou deux, quand il y a des soirées par exemple, mais sinon c’est le foot le samedi, le tennis le dimanche, un peu de jogging le matin pour décrasser. Sur le moment il n’a pas répondu, il me regardait faire le joint avec ce qui me restait d’un gros dix que le mec s’était auto carotte tout seul, il m’avait vendu un vingt pour un dix.

–       J’ai fait une connerie, il a fini par avouer.

–       Qu’est-ce que t’as fait ?

–       J’ai hypothéqué la maison de maman.

Ma mère avait hérité d’une petite maison à Quiberon de sa grand-mère, on y allait de temps en temps en été, elle y tenait beaucoup parce que c’est là-bas qu’elle avait été en partie élevée.

–       Comment ça tu l’as hypothéqué ? Maman t’as laissé faire ?

–       J’ai imité sa signature.

J’en croyais pas mes oreilles.

–       Mais pourquoi t’as fait ça ?

–       J’ai des emmerdes fils.

–       Graves ?

–       On a plus un rond. J’avais fait quelques placements pour toi, pour nos vieux jours, je me suis fait rincer en 2008. J’ai prit un crédit derrière pour nous en sortir, ça m’a mit un peu plus dedans. Les affaires sont pas bonnes en ce moment.

–       Tu dois combien ?

–       Quatre vingt cinq mille

Whâ putain, ah ouais là on était mal !

–       C’est pour ça que tu joues ?

–       Je me suis dit que si tu gagnais je pouvais gagner aussi.

–       J’ai pas gagné au loto, je lui ai fait remarqué.

–       Moi non plus… mais peut-être qu’on pourrait remettre ça pour le quarté.

–       Papa…

–       Bah quoi on sait jamais.

–       Si on sait, j’ai eu du bol c’est tout, la chance ça va ça vient.

Mais il écoutait pas, il était dans le déni comme disent les psys

–       On sait jamais, l’autre jour j’ai vu, un gars a gagné cent mille euros au PMU, parait que c’était un record.

–       Lui aussi il a eu du bol papa ! C’est qu’un jeu, on gagne pas toujours à un jeu.

–        La vie est un jeu fiston, si t’y crois pas t’as rien.

C’était le raisonnement d’un mec qui veut rien savoir, le raisonnement d’un accro, même s’il n’avait pas tort, et même si au fond j’avais raisonné pareil avec la coke. Finalement après le joint je me suis laissé prendre, et on est allé jouer, on a perdu.

 

Quatre-vingt mille euros, la maison hypothéquée, comment on allait faire ? Même en imaginant qu’on touche le pactole, comment j’allais faire pour éponger ses dettes sans qu’il pose des questions ? C’était pas juste une question en l’air, on avait quand même huit kilos, ça ferait beaucoup plus que quatre vingt mille au final. Fallait que je monte un plan, que je trouve une solution, pour blanchir le fric, et le dépenser sans que ça gêne. Mais avant ça fallait vendre, et il n’était plus question de grammes. Et puis finalement on a reçu un coup de fil de Claude vers le début juillet, il avait de bonnes nouvelles pour nous.

–       Pas une mais deux bonnes nouvelles et vous pouvez me baiser les doigts parce que je vous ai bien vendu.

–       Tu nous as bien vendu ? Comment ça tu nous as vendu ? Rétorqua Driss immédiatement sur la défensive. A qui t’as parlé de nous ?

–       Oh, la, la, calme petit frère, j’ai parlé de vous à personne, c’est une expression pour dire que je vous ai bien vendu votre produit.

Driss m’avait confié qu’il ne l’aimait pas beaucoup ce Claude, trop mariole pour lui, J’espérais juste que ça n’allait pas faire d’histoire, parce que j’en avais rien à foutre qu’il soit mariole ou pas du moment qu’il nous vendait notre produit. Dans les affaires c’est comme ça, t’es pas là pour te faire des amis mais des bénéfices, les gens ont parfois du mal à capter ça, surtout chez nous, en France.

–       Alors vas-y raconte, j’ai fait pour couper court.

Il m’a regardé triomphal et il a annoncé.

–       Non seulement je vous ai trouvé un acheteur à 45 le kilos mais en plus il vous prend vos deux kilos d’un coup.

–       Quarante cinq ? A fait Driss, on avait dit cinquante !

–       Oui, et si tu veux, on peut aussi annuler tout, je suis sûr que mon gars trouvera moins cher plus facilement.

–       Alors pourquoi il nous achète à nous ? J’ai demandé.

–       Parce que je suis un bon vendeur, d’ailleurs à ce propos je veux 30% sur les bénéfices.

J’avais pas mon bac peut-être mais je savais compter, ça nous laissait à nous environs trente mille euros par personne. Hors de question, et cette fois j’ai été très clair.

–       Viens Driss, ce mec ce fout de notre gueule.

Il a pas cherché, on s’est levé comme un seule homme et on a prit la direction de la sortie.

–       Hey les gars où vous allez !? Allé quoi, on fait du biz quoi, on peut négocier non !?

J’avais la main sur la poignet de porte, ce type avait rien dans le froc, rien pour faire pression et il réclamait 30% mais il avait peut-être notre ticket de sortie à ma famille et à moi.

–       5%, j’ai fait.

–       Allé… quinze, hey mon cul est sur la ligne si jamais il y a un problème.

–       Huit, et je monterais pas plus, c’est notre dope.

–       Ouais enfin techniquement…

–       Six, a coupé Driss, six pourcent et pas un rond de plus.

Il avait compris. Ce mec c’était de la frime, il avait peut-être les contacts mais c’était un clown qui essayait juste de gratter.

–       Mec vous avez besoin de moi, vous oubliez pas ?

–       T’es pas le seul vendeur sur Paname, j’ai fait remarqué, et cette dope va se vendre facile.

–       Pas au prix que vous demandez.

–       Tu veux parier ?

Finalement on s’est mit d’accord sur neuf et on se chargeait nous même de la livraison, mais il y avait un bémol, et un gros.

–       Où ça que t’as dit !? Hurlais-je presque.

–       Bah ouais, et il veut ça pour avant le carnaval.

–       Le carnaval ? Quel carnaval ? A demandé Driss avec une tête de six kilomètres.

–       Notting Hill cette question ! Tous les ans y’a des grosses sessions pendant le carnaval, mon gars est agent pour quelques DJ, tout le Londres branché va faire la fête, faut du carburant. Même moi je vais y aller là-bas, mais je livre pas, j’ai un gus sur place qui me fourni.

Je me suis foutu de sa gueule.

–       Toi t’es juste Hughy les Bons Tuyaux c’est ça ?

–       Me manque pas de respect petit tu veux, moi je suis un ambianceur, je mets les gens bien et je m’arrange pour qu’ils aient ce qu’ils désirent, okay ?

–       Okay, okay…

C’était peut-être un clown mais je savais qu’il y avait des limites. Il y avait un truc chez lui, on sentait, ça pouvait quand même partir en sucette si on dépassait les bornes.

–       C’est un zaïrois, m’a fait Driss plus tard, j’aime pas les zaïrois, on peut pas leur faire confiance.

–       C’est quoi ton délire nationaliste là ? On fait du biz mec.

–       T’es malade frère ! On fait rien du tout, hors de question que j’aille à Londres avec deux kilos.

–       Je vais trouver une solution, je suis sûr qu’il y a un moyen.

–       Tu veux te faire gauler à la frontière ou quoi ?

–       Personne va se faire gauler, arrête de tout le temps flipper.

–       Je flippe pas, j’y vais pas c’est tout ! Tu veux te foutre dans la merde, fais le sans moi.

Techniquement cette dope n’était ni à lui ni à moi, techniquement on avait vendu deux cent grammes sur huit kilos et on n’allait pas la garder éternellement. J’ai peut-être pris un risque en piquant cette dope à un mort mais je suis pas assez con pour pas croire que le propriétaire ne va pas la chercher tôt ou tard. Moins de temps elle restera dans cette cave, mieux ça sera. Alors techniquement oui, lui ou moi on peut en disposer comme on veut sans impliquer l’autre. Mais on est pote et ça marche jamais comme ça quand deux potes font la même connerie.

–       Frère, j’ai besoin de ce fric on est dans la merde.

–       Qui ça ?

Je lui ai expliqué pour mon père. Il a fait la tronche. Il les connaissait mes darons, même que ma mère le kiffait grave surtout qu’il l’avait le bac lui, cet enfoiré. La famille c’était tout pour un mec comme lui. Du coup ça l’obligeait, et il aimait pas ça.

–       Quatre vingt mille boules ? Non ? T’es sérieux là ?

J’ai haussé les épaules, qu’est-ce que tu voulais que je réponde ?

–       La merde frère, la merde.

–       Tu l’as dit.

Il a prit un air à la fois songeur et renfrogné.

–       Putain mais on peut pas aller en Angleterre avec deux kiles sur nous quand même ! On va faire comment ?

Je notais au passage que du coup je n’étais plus tout seul, « on » n’est pas forcément qu’un con.

–       Je vais réfléchir, je lui ai promit. Je suis sûr qu’il y a une soluce, il y a toujours une solution.

Sinon il n’y a pas de problème.

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