N93TM

Les seuls sentiments que l’homme ait jamais réussi à inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision.

Vidocq.

Je ne vais pas te mentir. J’aime ça. J’aime ça quand je t’entends gueuler parce que je te tire par les cheveux, ou que je t’arrache les bras jusqu’entre les omoplates. Je m’éclate quand t’es à plusieurs et que tu veux faire le malin, qu’on peut bien sentir le tonfa siffler dans tes côtes, et les os craquer. Je kiffe quand tu m’as donné une raison. Te coller bien plat par terre, te faire bouffer le trottoir. Et d’ailleurs même si tu ne m’en donne pas, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi, je suis assermenté. Toi t’es qu’un pauvre connard sur qui je peux faire pleuvoir la merde si ça me chante parce qu’on me paye pour ça et rien d’autre. Et j’adore ce job.  Et en plus si je trouve du chichon dans tes poches, je peux me faire du gras. Si c’est pas lier l’utile à l’agréable ça je vois pas ce que c’est. Ouais, no surprise, je me fais du beurre sur ta gueule citoyen, et qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Qu’est-ce que j’en ai foutre de ces bidons qui jouent les durs en bas des tours ? De tous ces petits trous du cul qui nous emmerde la vie en se prenant pour Scarface ? Qu’est-ce que j’en ai à branler de ta gueule pépé avec ta bourgeoise qui me tape un scandale parce que je pisse dehors avec mon brassard ? Qu’est-ce que tu veux que ça me foute trou du cul que t’ais fêté le mariage de ta cousine ? Ou même que t’existe, que t’as des droits tout ça. Bande de connards ici, la loi c’est moi !

Alors allez-vous faire enculer.

Allez vous faire enculer les branleurs qui tiennent les murs et se prennent pour des gens, on devrait tous vous cramer ! Allez vous faire enculer les petits pédés sapé ethnique, piercing, tatouages, bobo mes burnes qui achetez du shit coupé à la colle en causant éco responsable ! On devrait vous envoyer faire les putes pour les macros qui tiennent ce business, ça vous apprendrait la vie ! Allez vous faire enculer les vieux qui nous appelez parce que votre voisin fait du bruit, nous c’est la BAC, pas silence on dort. Et surtout gueule pas parce que je te colle une prune, ça va me saouler. Allez vous faire enculer tous les négros, les bougnoules qui nous cassez les couilles avec vos droits et nos devoirs, votre Islam mes burnes, mais qui fument le pétard dans le train genre on est chez nous partout. Une balle dans le crâne ouais, ça calmerait les autres ! Allez vous faire enculer la Ferro, les gendarmes, les bleus, l’IGS, nos soit disant collègues. La moitié de ces fils de pute ne trouverait pas le chemin de leur bite sans un plan. On a n’a pas besoin d’eux pour mettre les cons au pas. Allez vous faire enculer les juges et les avocats qui nous refoutez systématiquement la racaille dans la rue parce que les taules sont pleines à ras bord. Qu’est-ce que ça peut bien me foutre moi qu’ils soient à 15 dans 9 m² ? On a qu’à agrandir les cages. Comme en Thaïlande, au Mexique. Comme ça on pourra en mettre plus. Va te faire enculer monsieur le ministre qui nous donne plus d’ordres que de moyens, un jour ça va te péter à la gueule et tes bandits on va te les traiter à l’ancienne. Allez vous faire enculer les gens qui se plaignent parce qu’on aplatit un connard, brutalité policière putain de ta mère ! Tu veux quoi petit citoyen ? Que je lui récite un poème ? Et alors c’est un bicot tocard ? Tu lis pas les statistiques ? Tous les flics sont racistes, c’est prouvé. Allez-vous faire enculer les citoyens, tous ces français qui veulent plus de sécurité et moins d’arabe mais qui gueuleront dès qu’on aura éclaté le crâne d’un dealer. Vas te faire enculer la France.

Moi je chante jamais la Marseillaise. Pas question. Je sais pas c’est la France de qui mais c’est pas la mienne. Qu’ils la gardent leur Révolution, leur liberté égalité mes noix, leur Droit de l’Homme. Tout ça c’est des foutaises. Une légende urbaine. La démocratie ? A quoi ça sert ? Les gens sont des veaux. Et on laisse à des veaux le droit de choisir leur chef. Le chef des veaux. C’est ça qui nous gouverne. J’ai des collègues qui n’aiment pas ça que je ne chante pas leur connerie d’hymne. J’ai même reçu des avertissements à cause de ça, mais je m’en branle. Je l’ai assez chanté pour mille ans de toute façon

3 ans. 6ème RPIMA, mon con ! Spécialisé tireur d’élite, brevet commando, ma couille ! Et ailes d’argents. Je les portes toujours, sous mon blouson. Un porte-bonheur. Avec le Sig Sauer, la gazeuse, une paire de menottes, deux chargeurs supplémentaire, et ma botte secrète… De temps à autre je prends un tonfa aussi. C’est bien quand tu veux faire un Auswitch.

Dimitri regarde sa montre qu’il a pas au poignet et me demande comme s’il proposait de s’en jeter un :

–          On s’fait un petit Auswitch avant de partir ?

Je souris.

–          T’es gourmant aujourd’hui…

J’attrape nos tonfas entre les sièges.

–          Avec un peu de chance un de ces enculés on ramassé… j’ai besoin de fraiche, ma femme veut de nouveaux rideaux.

–          Encore ?

–          Tu parles, on change de salon tous les mois avec elle. Et encore elle sait même pas que Marie Claire existe…

On s’approche des tours, le brassard bien visible, il y a une bande de branlos dans le hall, grande surprise ! Survet Tachini, pochette Vuitton, casquette Nike ou Adidas avec des « wallah » et des « sur le Coran » « sur la Mecque » plein la bouche. Rien qu’avec ce qu’ils portent, tout leur attirail made in Vintimille, on pourrait les coffrer pour trois ans ! Et je parle pas de ce qu’ils se mettent dans les poumons !

–          Eh les connards les murs tiennent tout seul, c’est pour ça qui sont fait, décollez votre cul et amenez-vous ici.

–          Qu’est-ce qu’on a fait m’sieur ?

–          J’aimes pas ta gueule négro, ça te vas ?

–          Eh mais comment vous parlez m’sieur ! Eh ça se fait pas de traiter les gens comme ça !

Je me tourne vers Dimitri hilare.

–          Eh Dim, on a des clients !

Ensuite ça va très vite, on rentre dans le tas, on tabasse tout ce qui bouge, zone rouge de préférence, on les enferme dans leur hall, et on fait cracher la gazeuse. C’est ça un Auswitch. Parfois, avec ça si on est assez rapide on peut trouver des papiers, et porter plainte, juste pour leur péter les couilles. Mais c’est surtout les dealers qui nous branches, les vrais, pas juste des moules couilles sur la boite au lettre, on peut se faire dans les 300 boules rien qu’en leur faisant les poches. Vas-y qu’ils portent plaintes ces tartes. On combine avec leurs grands frères. En général vaut mieux être trois ou quatre, c’est plus pratique. Mais avec Dimitri on se défend bien. Dimitri était dans la Légion avant d’immigrer chez nous. Pour un mec de près de deux mètres il est drôlement agile. Moi c’est à la frappe que je me défends. Vice champion de boxe d’Île de France de la police, catégorie moyen lourd, s’il vous plait.

Mais faut pas croire on fait pas ça seulement pour les rideaux de madame, on fait ça surtout pour le fun. Pour arrondir les fins de mois et mettre de la graisse dans les nouilles y’a mieux.

Déjà y’a les extras. Les trucs qu’on fait pour les officiels, les soirées, quand un gros se pointe, politique, show biz… 100 boules de l’heure sur la caisse grise comme on dit, celle du syndicat, le patron prend 20% on se partage le reste, c’est pas chien. Et puis surtout y’a le gibier. C’est ce que c’est jalouse le voyous, ca balance sec si tu y mets le ton. Si tu sais amadouer l’imbécile, il va te balancer un ou deux collègues vite fait, et hop on se le fait à la Marseillaise. C’est comment à la Marseillaise ? Bah c’est comme là-bas cousin, à l’envers et à l’endroit.

Le collègue on le saute pas, enfin pas tout de suite. Lui on s’en fout tu vois, ce qu’on veut qu’on nous balance d’abord c’est où il entrepose. Cave, box, hangar, bagnole, came, télé tombée du cametard, arme, peu importe la spécialité, on est pas bégueule.

Après, pillage. C’est Kevin et Anto qui s’en occupent. Ils ont la méthode, des spécialistes, c’est ce qu’ils faisaient déjà avant d’entrer dans la police, voleurs. Un jour, à 16 ans, ils ont arraché une Ferrari à un gus, leur coup d’éclat.

–          Putain il voulait pas lâcher l’mec, je lui ai mit dix patates dans la tête, il lâchait rien, j’lai tiré, y s’accrochait comme une moule ! L’a fallu que j’y aille à coup de pied !

C’est Kevin qui raconte mais je sais qu’Anto tapait aussi. Et j’imagine la gueule du type avec ces deux énervés sur le dos entrain de lui mettre l’avoine de sa vie. Je l’imagine mais ça dure pas, c’est très rapide, très violent, je sais je l’ai vu faire. On peut pas savoir ce que le mec se dit, juste qu’il se retrouve sur le macadam, sonné, saignant de la bouche en train de se demander pourquoi lui. C’est presque bon à voir. Maintenant il sait. Il sait pourquoi des mecs comme nous il en faut. Pourquoi il a besoin de nous. Et la prochaine fois qu’il nous verra entrain de serrer des scooters, bin y mouftera pas le citoyen, parce qu’il sait. Il sait ce que ça fait de se faire taper, et peut-être même que ça lui fera plaisir.

–          Vous en avez fait quoi ?

–          On l’a vendu.

–          Combien ?

–          1500, répond Anto’ on voulait s’acheter des scooters.

–          Ah putain c’est tout ! je rigole

–          Bah ouais ! T’imagine la maille qu’on aurait pu s’faire à l’époque si on avait su ? rigole Kevin en retour.

–          Ah on était des couilles qu’est-ce tu veux… D’après toi il en prendrait combien maintenant Untel ? il demande à Dim.

Dim hausse les épaules.

–          Dans les sept. Peut-être dix, répond-t-il en roulant sur le r avec son accent polonais.

–          Putain j’aurais pu en faire des trucs avec dix en ce temps-là, rêva Kevin.

–          T’aurais pu te payer du placard ouais, répond Anto, t’aurais acheté du shit et des putes comme un Scarface et on aurait fini par se faire serrer.

Kevin ricane, c’était bien possible oui. Heureusement à 17 ans il est devenu papa. C’est ça qui l’a emmené chez les flics, sa régulière. Elle voulait qu’il fasse un travail sérieux, fini les magouilles. Elle sait faire avec ses couilles, c’est pour ça qu’il l’écoute. Il a une petite fille de huit ans aujourd’hui et un second en route.

On est dans le bureau, les pieds sur la table, on cause, on mangeaille et on boit du café. Un peu la pause.

On attend.

On peaufine.

Une Marseillaise c’est une science.

Le pigeon dévalisé, faut jamais le pécher soi. Jamais. Faut qu’il se demande d’abord. Qu’il se ronge. Si y s’embrouille avec ses potes, si ca fait du buzz comme y disent les connards à la tévé, c’est encore mieux. Y balance sans savoir, suffit de filocher sa panique, il embrouille, avec un peu de bol y’a une paire de Montana qui vont monter aux bataillons et ca va se fumer dans la bonne ambiance. Nous on s’en branle, drame de la banlieue tout ça, mes regrets aux familles ta mère. Et puis après on le balance à des collègues, anonyme.  Dès qu’ils le sautent, on le convoque chez nous, un retapissage soit disant, l’histoire d’une heure, et là on le pause. Un gars invite l’escorte à boire un café, remplir de la paperasse, et le gars attends. Un quart d’heure, vingt minutes… Dim agite son poignet et la montre qui ne s’y trouve toujours  pas.

–          C’est l’heure, y nous fait.

Il se lève, prend l’AK47 dans le plastique et passe dans la pièce à côté avec ses deux mètres au garrot de polonais des mines.

–          Qu’est-ce qui fout là çui-là ?

Surprise, ni Mouloud ni Mamadou, c’est Viko, le Rom trop gentil. Un pro du billet de retour, le champion des raccompagnements à la frontière. Viko le dur à cuir mon gars, des poulets dans notre genre ça lui rappelle à peine le pays, y voit immédiatement où le grand veut en venir avec sa Kalach’, y sait, il a l’œil du voleur le Rom gentil avec ses doigts plein de bagouzes chromées or. Viko importe des guns tu vois. Un petit réseau rien qu’à lui. Fait vivre la famille, les cousins. Il travaille sûrement pour un gros de là-bas mais on s’en branle. Nous ce qu’on veut c’est son stock, et son slip s’il fait chier. Et il le sait. Mais c’est un mariole hein, il en a vu d’autres, et puis crève, il préféra te vendre ses mômes que son stock. Pauvre mange dalle qui vend des kalach’ à 300 boules pièce et des RPG à 1500 roquettes comprises. De la came russe, tchèque, chinoise. On savait tous d’où ca venait de toute façon, et c’était pas de Roumanie. Souvenir du Kosovo, Bon Baiser à Sebrenijca, Dr Slobodan t’encule à Sarajevo… Sans compter ce qui sortait d’Ukraine, de Russie, on attend avec impatience les souvenirs du Printemps Melon.

Dim lui fait ses yeux de tarés des steppes et lui dit un truc en polsky. Mais le mec fait celui qui capte pas le numéro, ou bien c’est que vraiment il a jamais vu un film avec un méchant russe du KGB et une pince coupante. Enfin bon, Dim pose son bidule sur le bureau, et hop il fait l’impulsif. Vlan une baffe dans la gueule. Pleine poire. Bien entendu, le gus qui en a vu d’autres, se met à gueuler on sait pas trop quoi, Dim le renverse lui et sa chaise et lui coince le cou sous son genoux façon UFC.

–          Bon connard, il lui dit en francais, toi pas emmerder moi avec traducteur d’accord ? Toi comprendre ?

–          Y se passe quoi ? fait Anto en entrant avec deux RPG et un rack de roquettes.

–          Y se passe que ce cette sous-race m’emmerde la slavitude si tu veux savoir.

–          Pourquoi ?

–          Parce que y’en a partout de ces cafards !

–          Allons, allons, soit pas négatif comme ca. Il y en a des bons parfois. Des partageurs, je fait en entrant à mon tour avec Kevin et une partie du stock. C’est qui d’abord ?

–          Aucune idée.

Il lui donne une petite tape sur le crâne.

–          T’es qui toi d’abord ?

Le gars lui jette des coups d’œil de fou, il a envie d’exploser ses menottes et de le tuer mais faudrait respirer pour ca. Dim le soulève d’un coup, tout entier, comme si ca pesait que dalle, et le remet droit.

–          Deuxième chance, t’es qui toi ?

–          Quoi toi vouloir !? abois le Viko.

–          Oh t’as vu, il parle comme toi tout à l’heure, fait Kevin extasié, t’as vraiment le don des langues mon Dim.

–          Qu’est-ce tu veux ils parlent tous pareil ces cafards.

Et hop, rebaffe.

–          C’est pas ça la réponse coco, ton nom !?

Le gars se rebiffe.

–          Toi vouloirs Kalach’ ? Moi faire bon prix !

Le Dim le rerebaffe.

–          Toujours pas toto, ton nom !?

Le mec se rerebiffe…

–          Toi va te faire enculer !

–          Ouh là ! je fais, sujet sensible.

–          Eh, eh, fait Anton en sortant le tonfa.

Là le gars commence à se demander en général. On sourit, on dit rien, c’est moi qui prend le relais.

–          Allez les gars, soyez cool, voyez pas qui se croit au pays ? On va lui faire peur.

–          Mais je veux pas lui faire peur moi, je veux qu’il me dise son nom, Kevin, passes moi la graisse tu veux.

Kevin prend une boite de graisse d’arme dans le tiroir et lui lance. Je me penche vers le mec, je lui fais :

–          Moi je serais toi, je lui dirais, quand il commence à avoir une mauvaise idée dans la tête… c’est un polack tu comprends, l’alcool, tout ca, tu vois…

C’est le moment que je préfère, quand ca devient marrant. Quand 80% des mecs reculent sur leur chaise et tombe. Il est pas tombé parce que Dim la retenue par la jambe, avec son gros sourire de golgoth gentil-tu-vas-voir-ca-va-aller-tout-seul.

–          Viko Romanescu ! il a beuglé ! Romanescu ! Viko ! Viko ! Vrai nom ! Juré ! Oui !

Là il était en panique. Plus rien à foutre du stock, on pouvait le prendre et le vendre pour nous, il voulait bien même nous payer pour ça si on voulait. Dim m’a regardé, ravis, comme s’il venait de faire une bonne farce.

–          Bin tu vois quand tu veux gros ! je lui ai fait doucement..

–          Bon maintenant toi et nous on va bosser ensemble d’accord ? lui annonce Dim.

Il le regarde à la fois stupéfait et effrayé, qui passe la boite de graisse à Anto. Anto l’ouvre en se marrant, les yeux dans les yeux. Le mec transpire maintenant, mais il a quand même le courage de dire que non, non pas travailler avec police, Viko jamais travailler avec police ! Verboten !

–          Verboten ? Voilà qui nous cause le Germain, dis donc ! nous fait Dim en rigolant.

–          Verboten par qui tonton ? fait Kevin comme s’il s’attendait à ce qu’il se raconte.

–          On s’en branle ! a râler Anto en graissant le tonfa.

–          Là-dessus il a par tort, je fais remarquer à Viko, on s’en branle.

D’un coup Dim se jette sur lui et le retourne sur le ventre. Il lui souffle à l’oreille.

–          On s’en branle complet ! Et t’sais pourquoi Roumainmescouilles ? Parce que maintenant t’es nôtre pute à nous, tu panes ? et on va t’enculer.

Il lui arrache le bène d’un coup, le slip itou, le mec se bagarre, son petit cul tout bien tendu, y brâme, y cause toutes les langues, y se cabre, Dim lui plaque le crâne par terre, Anto s’approche en faisant siffler le tonfa.

–          Oh, oh, oh, ca va sentir le cul de Romano cramé ! fait Kevin en se marrant.

Je me penche et je lui dis à l’oreille.

–          C’est pas toi qui décide connard, tu vas bosser pour nous, tu comprends ?

Le gars évidemment y supplie là, y veut plus jouer les gros durs à bagouze, mais bon Anto il écoute plus, et le mec se met à beugler.

–          Tu la sens ? Tu la sens bien ? je lui fais, t’aimes ?

Il hurle de plus belle.

–          Profite bien mon gars, on veut que tu te souviennes. Tu bosses pour nous, t’essayes de nous niquer, tu causes à tes cousins, t’oublies de raquer, on vient et on fera la même avec ta femme, ta sœur, tes gosses, ta grand-mère, et tu regarderas.

Dim il appel ca marquer le bétail. C’est sûr qu’après ca le mec il marche le cul de travers mais il file droit. Mais on le fait pas à toutes les Marseillaise hein, juste pour nos potes. Les melons, les négros, les roms. Parfois on les tabasse en plus. Mais pas de trace hein, sauf le boule, mais y dira pas. Pas le gnoule, ni le singe ou le roumain. Le mariage pédé chez eux c’est haram. On s’encule entre pote dans les douches mais sinon c’est peine de mort. Chez les corses c’est pareil, sauf que eux on peut pas faire ca ou alors faut vraiment une bonne raison, faut connaitre ses limites quand même.

On est pas gourmant, on est sévère, mais juste.  On prend que 30%. 5 pour le syndicat du crime, 10 pour le boss et le reste on se le partage entre nous en plus du matos. On a un fourgue pour ca, un sympathisant, J. qu’on l’appelle. Il est  pas spécialisé, il bricole un peu de cana à droite gauche, mais il a un gros relationnel, comme qui dirait.

–          Jacques-Henry Lanssac, où est le matériel ?

Une tête, des pelures, la complète du Versaillais sur mesure. Le mocassin british, la veste de chasse molletonnée vert forêt, revers rouge, les cheveux claqués en arrière, la mèche impliable. La chemise rayée bleu blanc, le jean avec le plis, la petite serviette croute de cuir, manquait plus que la Fleurs de Lys et le chapelet. Un courtier à ce qui parait. Un déceleur de bonnes affaires. Il trouvait un produit, cherchait un acheteur, et vis versa. Flingues, matière première, ce qui paye et ce qui peut passer par les filières légales. Lanssac connait du monde lui aussi, du vernis coquet. Ca se voit tout de suite. Il ouvre une caisse, deux, examine un RPG.

–          Russe ?

–          Chinois.

–          C’est bon je prends.

–          Et là on a quoi ?

Il pousse un couvercle, écarte un emballage, papier huilé, AK47, état neuf, jamais servit, quarante chargeurs par caisses, 20 fusils.  Il en soulève un autre.

–          Les Vz je les prends pas.

–          Pourquoi ?

–          Parce que là où je vais les envoyer ils ne vont pas me les acheter.

–          Ah ouais ? c’est des bonnes armes pourtant, fait Dim qui s’y connait comme moi.

–          Oh oui, des outils tout à fait correct, je soustrais, cependant nous sommes ici devant un phénomène bien connu de la médecine.

–          La médecine ?

–          Oui, il a fait en continuant de visiter le stock, c’est comme avec les médicaments génériques, vous savez bien, les gens préfèrent l’original, même si la copie est parfaite en tout point. Ah je vois que vous avez des 61 par contre, ceux-là peuvent m’intéresser.

Il a sorti un pistolet-mitrailleur sans chargeur et il l’a armé dans le vide pour tester la glissière.

–          Ce n’est pas fort précis mais dans un combat urbain c’est parfois tout à fait appréciable.

–          Vous les expédiez où ? a demandé Kevin.

Il l’a regardé deux secondes comme si le chien avait pété et puis il a demandé si on avait du mortier. Non on n’avait pas, mais on avait de la Minimi. Des occases. Il a pris quand même.

La caisse grise, elle rentre et elle sort par les comptes de l’APN, Alliance, on s’en sert pour les coups d’achats, les tontons, quand on a besoin de métal pas orthodoxe, qu’on monte un coup. Mais on se fait plaisir avec aussi. On s’est payé un comptoir dans la salle de repos, avec un canapé Ikéa et le grand écran, vu qu’on traine plus à notre boulot que chez bobonne. Et on s’est acheté une fusée aussi. Audi TT, immatriculé presque poulet N93TM, mais enregistré à la Pref s’il te plais, la plaque perso. C’est le big boss qui l’a offert au commissaire pour l’anniversaire de la brigade. La plaque hein, faut pas déconner non plus.

On est descendu une fois en Espagne avec. On a dit que c’était pour sauter une équipe GF mais en fait on s’est payé un week-end mazette à Barcelone. Pute et coke, tu vois le trip. Pourquoi on s’emmerderait la vie. Notre boulot après tout c’est de faire plaisir aux statistiques, pas autre chose.

Publicités

Une réflexion sur “N93TM

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s