La nuit du chien 10.

Kate était sur le parking dans une doudoune un peu exagéré même pour la fraicheur de la nuit, il senti immédiatement que quelque chose n’allait pas, que quelque chose avait changé, quand il reconnu la voiture derrière elle.

–       C’est celle d’Olson non ? Tu lui as piqué ?

–       Je me casse chez mon père, pas question que j’aille à El Paso.

Corey senti comme un trou géant se faire en lui.

–       Ton père ? Mais tu ne l’as pas vu depuis combien de temps ?

–       Deux ans mais on s’en fiche, même s’il est toujours aussi fou il sera contant de me voir.

–       Euh…

Quelqu’un allait immédiatement contrarier ce projet et il venait de sauter de la voiture de sa mère. Olson marchait sur eux en gueulant.

–       Espèce de petite voleuse ! Où est-ce que tu croyais aller comme ça en douce ?

Elle posa précipitamment un baisé furtif sur sa joue et tenta de s’enfuir vers sa voiture quand Olson la saisi par la taille et la souleva de terre. Kate était furieuse, elle se débattait et hurlait comme une furie sous le regard goguenard des camionneurs.

–       LÂCHE-MOI ! LÂCHE-MOI CONNNNNNNAAAAAAAARD !

–       Pas question ! Terminé ma petite, à partir de maintenant tu es consigné dans ta chambre.

–       Fais ce qu’elle te dit, gronda une voix dans le dos d’Olson.

Plus surpris qu’on ose se mettre en travers de son chemin que sentant une quelconque menace, il reposa la jeune fille à terre, sans lui lâcher le poignet pour autant, et se retourna. L’étranger se tenait juste derrière eux, bras ballant.

–       C’est ma belle-fille, je fais ce que je veux, elle m’a volé ma voiture, ne vous mêlez pas de ça !

–       Lâche-la c’est tout et fout lui la paix.

Kate et Corey regardaient l’étranger avec des étoiles dans les yeux, Olson secoua la tête de défit.

–       Ou sinon quoi ?

L’étranger ne répondit pas, se contenant de fixer Olson.

–       Foutez le camp vous entendez ?

L’étranger posa un regard sur la main qui tenait toujours Kate.

–       Quand tu l’auras lâché.

–       Donnes moi les clefs, ordonna Olson.

–       Lâches-moi !

–       Donnes ces clefs ou je porte plainte !

Kate jeta un regard de désespoir à Corey.

–       Fichez-lui la paix bon Dieu ! Tenta bravement le jeune homme.

–       Toi le petit con ferme ta gueule c’est compris, rétorqua un Olson de plus en plus excédé.

Lachant un regard misérable à son ami elle obéit.

–       Arrête de t’exciter et de jouer les hommes, lâche-la, grommela l’étranger toujours sans faire le moindre signe de menace.

Olson se retourna exaspéré.

–       Tu cherches vraiment les emmerdes toi hein ?

Pas de réponse.

–       Maintenant toi tu viens ! ordonna-t-il en tirant sur le bras de Kate.

–       Vas te faire foutre !

–       Lâche là.

Cette fois s’en était trop pour le chief manager.

–       Ah ouais, et qu’est-ce que tu dis de ça ! Aboya-t-il en flanquant son poing dans la figure de l’étranger.

Mais s’il espérait quelque chose de son agression, il en fut pour ces frais. L’autre ne broncha pas, continuant de fixer Olson comme si rien ne venait de se produire. Un peu décontenancé, il essaya de donner le change.

–       C’est quoi ton problème mon pote tu veux…

L’étranger lui cracha un jet de sang et de salive sur sa chemise repassée.  Olson était au scandale, Kate morte de rire, et Carnaval venait de se trouver un nouveau compagnon de route. Quand l’altercation fut interrompue par le hululement d’une sirène de police. Fred Bayonne et sa démarche chaloupée de cowboy cheap, pouce dans la ceinture et air assuré du représentant de l’ordre en mission.

–       Qu’est-ce qui se passe ici, on a des problèmes Monsieur Olson ? Demanda-t-il comme s’il s’apprêtait à résoudre un crime particulièrement affreux.

L’intéressé retrouva instantanément cette superbe qu’il venait de promptement perdre.

–       Oui Bayonne, figurez vous que ma belle-fille a essayé de voler ma voiture pour fuguer, et ce type…

–       Quel type ? Et pourquoi vous avez du sang sur votre chemise ?

Olson se retourna brusquement, l’étranger avait disparu. En un clin d’œil et sans que personne ne le remarque, pas même Corey qui pourtant venait de se trouver un nouveau héros, et celui-là bien réel.

–       Euh…

–       Quelqu’un a été blessé ?

L’occasion était trop bonne pour que la jeune file n’en profité pas. Expliquant ce qui venait de se passer en appuyant sur le fait qu’Olson avait gratuitement frappé un homme qui ne l’avait même pas provoqué. Bayonne n’eut pas l’air d’en croire ses oreilles.

–       Il vous a craché dessus ?

–       Oui… euh… et bien vous feriez mieux de partir à sa recherche, de toute évidence il craint la police plus qu’un coup de poing.

Mais s’il pensait pouvoir dicter sa conduite à un ancien employé qu’il avait lui-même licencié, il pouvait toujours rêver. Fred n’allait pas courir après l’homme invisible, il avait bien mieux à faire, comme par exemple demander à Kate où elle croyait aller comme ça avec une voiture volée. C’est qu’il la trouvait bien mignonne, bien à son goût, et lui aussi l’aurait volontiers couché dans l’herbe en dépit qu’elle n’avait pas encore dix-huit ans et lui près de quarante. Kate se montra égale à elle-même en l’envoyant rebondir, et Corey également en plaidant la cause de l’élu de son cœur, insistant sur l’agression qu’Olson venait de commettre. Quand la voix d’une des serveuses retenti.

–       Corey, le chef me fait dire que si tu rentres pas tout de suite c’est plus la peine de venir travailler.

–       Allez vas-y petit, crois moi ça vaut pas le coup de se faire virer pour des affaires qui te regardes pas, le paternalisa Fred.

Ce qui était sans doute trop à supporter pour un adolescent qui en endurait déjà beaucoup.

–       Ferme ta gueule flic ! Et toi mêle toi de ce qui te regarde !

Naturellement ce qu’il ne fallait surtout pas dire à un adjoint que personne ne respectait.

–       Dis donc, sur un autre ton tu veux bien !

–       Je t’encules !

–       De quoi !?

Exactement le mot qui ne fallait pas employer. Fred était de cet espèce d’homme pour qui tout ce qui se rapportait à la sodomie de près ou de loin, figuratif ou non, avait une relation avec l’homosexualité et donc était logiquement une remise en cause de sa propre orthodoxie sexuelle. Une de ses partenaires lui aurait demandé de la pratiquer sur elle qu’il se serait personnellement senti insulté dans sa virilité. Mais puisque la plus part du temps sa partenaire c’était sa main disons que son interprétation de l’homosexualité souffrait le plus souvent d’une certaine élasticité devant les figures obligées du porno contemporain. Cependant pas à l’instant et certainement pas à l’endroit de quelqu’un sur qui il aurait forcément le dessus. Il voulu d’abord l’embarquer de force pour insulte, mais esquivant sa main et prenant la direction des cuisines, il fut trop contant de pouvoir se jeter sur lui, le plaquer au sol et le menotter sous les hurlements furieux de Kate et les protestations de la serveuse. La dernière chose que l’entendit dire Corey avant d’être jeté dans la voiture fut « qui va faire la plonge maintenant !? »

 

Corey était assis en face d’Enrique qui le fixait comme un crotale devant sa proie. Le mexicain était à peu près aussi furieux que Corey l’avait été quand on l’avait embarqué. Il était furieux après le dealer qui n’avait visiblement pas compris le message. Furieux contre les autres qui ne s’étaient pas encore pointé pour voir ce qui se passait. Furieux pour commencer contre les gringos en général, ces salopards de racistes, et ce petit connard maigrichon en face de lui, lui donnait envie de le démolir pour l’exemple. Le jeune homme était recroquevillé sur lui, à même le sol, essayant d’oublier les yeux du type face à lui. Que Kate avait failli partir sans lui, en se disant qu’il aurait adoré avoir l’assurance et la maitrise de ce drôle de type face à Olson, et lui face à ce connard de Bayonne. Quand le shérif se pointa devant la cage.

–       Corey ? Qu’est-ce que tu fiches ici ?

–       Demandez à votre adjoint, bougonna l’intéressé.

–       Il est parti diner, explique moi tu veux.

Dès que le shérif s’était pointé, Enrique s’était renfrogné sur sa couche comme un chat grincheux. Les misères de ce gamin ne l’intéressaient pas mais il écoutait tout de même d’une oreille. Corey raconta donc ce qui s’était passé sur le parking, incluant l’incident et le type qu’avait frappé le beau-père, et insistant sur le fait que Bayonne n’avait aucune raison de l’arrêter.

–       Le shérif adjoint si tu veux bien Corey, pas Bayonne.

–       Vous m’appelez bien par mon prénom pourquoi je pourrais pas l’appeler par son nom ?

Parker allait lui répondre quand la voix d’Enrique se leva.

–       Eh bin dites donc c’est une manie on dirait chez vous d’arrêter les mauvaises personnes…

–       Mêlez vous de ce qui vous regarde.

–       Hey petit, continua pourtant Enrique, tu as vu, il ne t’a même pas demandé où était passé ton fantôme

–       C’était pas un fantôme.

–       Ouais justement…

Enrique jeta un regard triomphal au shérif comme s’il avait mis à jour une vérité universelle.

–       J’allais justement lui poser la question avant que vous la rameniez, maintenant fermez là.

Enrique esquissa un sourire avant de se retourner sur son lit.

–       Alors c’est quoi cette histoire ? D’où il sortait ce type.

–       Je sais pas, une minute avant il était là, et dès que Bayo… l’adjoint s’est pointé, pffiut ! Plus là.

–       Tu pourrais me le décrire ?

La description succincte lui rappela ce type qu’il avait vu cette après-midi en allant chez le juge.

–       Et il a juste craché sur Monsieur Olson, il ne s’est pas défendu ?

–       Non, mais clair qu’il avait pas peur de lui.

Oui, ça lui semblait clair également, et il n’aimait pas beaucoup ça. Qu’est-ce ça cachait, et pourquoi Fred n’était pas parti à sa recherche plutôt que de perdre son temps avec le garçon ? Il allait falloir tirer les choses au clair. L’intéressé revint de sa pause diné une demi-heure plus tard, et comme il était de permanence pour la nuit, autant dire qu’il n’allait pas tarder à dormir à son bureau.  Mais pas avant que Parker ne le passe à la question et lui demande des comptes.

–       Donc si je vous suis bien, vous êtes intervenu dans un différent familial, ce qui vous a valu d’être insulté par le jeune Jefferson, mais pour quel raison exactement puisque vous n’avez pas vu l’inconnu, c’est ça qui m’échappe.

–       Bah vous savez ce que c’est l’instinct du policier, j’ai senti que quelque chose n’allait pas et je suis allé voir.

Parker leva les yeux au ciel.

–       Appelez donc le père de ce gamin et dites lui de venir chercher son fils.

–       J’espère que vous allez pas laisser passer ça et transmettre mon PV au juge, insista tout de même l’adjoint alors qu’il sortait de son bureau.

Parker marqua une seconde d’hésitation comme s’il comptait répondre avant de renoncer et de le laisser seul. Le père de Corey débarqua peu après. Il s’était rasé, portait une chemise propre, ça faisait un moment que personne ne l’avait vu comme ça.

–       Qu’est-ce qui s’est passé ? Corey s’est battu ? Demanda-t-il d’entrée, visiblement inquiet.

–       Non ne vous inquiétez pas mais la prochaine fois dites lui de retenir sa langue.

Il laissa repartir Corey en lui répétant son conseil et en lui promettant qu’il serait moins coulant la prochaine fois. Après quoi il prit le procès-verbal et en fit une boulette de papier. Les deux hommes retournèrent chez eux en silence. Le premier ne voulait pas accabler le second, le second n’avait rien à dire ni à son père ni aux autres adultes. Puis, alors qu’ils se rapprochaient de la maison, son père tenta bravement de lui demander ce qu’il pensait lui de tout ça, le départ de maman, le divorce dont-il n’avait du reste pas encore reçu les papiers un an après son départ.

–       Rien, répondit laconiquement Corey en passant la porte et en allant s’enfermer dans sa chambre.

–       Tu sais fils, on pourra pas continuer comme ça éternellement à s’ignorer, déclara son père à la porte close.

Pour toute réponse, Du Hast, Rammstein, à fond.

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