République Bananière de France

François Fillon, qui n’a jamais travaillé de sa vie, et pourtant futur candidat pôle emploi, l’a sans doute parfaitement compris, il est fini. Grillé, foutu, caramélisé, et pas seulement pour les élections, son avenir politique tout entier. C’est à mon avis la seule raison psychologique décente pour expliquer son obstination. Le baroud d’honneur au lieu du déshonneur qui de toute manière l’a déjà éclaboussé jusqu’à ses fameux sourcils. Il peut toujours sans doute compter sur des électeurs à la larme facile, quelques âmes caniches, vieilles dames patronnesses qui voteront pour lui juste pour le beau geste, pour avoir voulu participer jusqu’au bout comme un candidat olympique sans avenir, rendant ses belles-lettres à la maxime de Pierre de Coubertin. Mais en l’état, aussi émouvante soit cette posture d’obstination à sa propre destruction, non seulement, elle ne nourrit qu’un peu plus la candidature de ses opposants, mais surtout, elle risque d’être totalement préjudiciable à l’avenir de sa formation, déjà violemment mis à mal par la mafia des Hautes Seines. Et j’emploie ce terme à dessin. Car tout dans la structure de cooptation mise en place par le noyau dur des Républicains sur le département correspond à la définition d’une mafia, selon celle qu’en donne Jean-François Gayraud dans son ouvrage de référence « le Monde des Mafias, géopolitique du crime organisé ». « Une mafia est une société secrète et fraternelle à caractère criminel, permanente et hiérarchisée, fondée sur l’obéissance, à recrutement ethnique, contrôlant un territoire, dominant les autres espèces criminelles et s’adossant à une mythologie ». Si l’entreprise n’est pas plus secrète dans son existence que Cosa Nostra, et si la vocation n’est probablement pas seulement criminelle (enrichissement personnel et corruption) mais également électoraliste, le caractère permanent et hiérarchisé de ce clan n’est plus hélas à démontrer. Quant à la fraternité, elle y est tout autant relative que dans la Camorra. Pour autant l’obéissance au chef est bien réelle jusqu’à ce que le chef soit mis en examen, à nouveau comme avec la Ndranghetta. Le recrutement se fait dans un même groupe social, à dominante blanche et masculine, le clan contrôle en effet un territoire, les Hautes Seines donc, et s’adosse sur la mythologie du gaullisme. On ne tue pas, on « tue » c’est une mafia en col blanc, tout dans le feutré. Après la volée de bois vert que réservent les élections à l’obstination de son « champion » le clan gardera sans doute la main mise sur son territoire beaucoup moins sur les adhérents et les sympathisants qui avaient déjà commencé à quitter le navire après la catastrophe Sarkozy.

 De son côté, et très exactement comme je le prévoyais, les egos de gauche n’ont pas trouvé de programme assez large pour faire place à deux. Et c’est parfaitement normal, quand il y a deux cadors dans une même pièce, il y en a forcément un de trop. L’un est une vieille diva sur le retour dont c’est probablement une des dernières sinon la dernière occasion de briller aux présidentielles. L’autre est un jeune requin comme sait en produire le PS, démagogique, consensuel et soumis au capital. Le premier est comme Fillon, mais pour d’autres raisons, dans le baroud d’honneur. Le second dans l’échauffement, il ne gagnera pas celle-ci, et il le sait sans doute comme les autres, puisque son parti est en miette, mais peu importe, il est dans une logique rentière de carrière. Comme tout animale politique français qui se respecte.

Les Français en effet ne votent pas pour des programmes ou des convictions qui sont de toute manière toujours sur jouées, ils votent pour une caste. Ils votent pour le maintien de cette caste au pouvoir, quoiqu’il en coûte à commencer par leur liberté. Les Français votent pour leur maintien en servitude, et ils appellent ça le suffrage universel.

 

La servitude ou la mort

Ce n’est pas la première fois que je remarque ce trait particulier d’un peuple qui s’imagine rebelle, se pense même culturellement exceptionnel (la fameuse exception culturelle française). Si exceptionnel que nous sommes tous de fins politologues, géopoliticiens, théoriciens et « intellectuels » capables de disserter sur tous les sujets, du conflit en Ukraine, au Coran en passant par le fauvisme sans pour autant jamais, une seule seconde remettre en question la caste dominante et sa cooptation de tous les pouvoirs. D’un point de vue ontologique, je trouve même ça assez fascinant pour un pays qui ne cesse de citer sa Révolution, ses Lumières. Je me demande par exemple ce qu’auraient pensé Diderot ou Beaumarchais, de ce texte lu sur Agoravox, défendant avec une vibrante indignation l’habituelle posture de cabale adoptée par Marine Le Pen. Ceci au nom de la fameuse liberté d’opinion. Fabuleux. J’ignore où sont enterrés ces augustes auteurs, mais ça doit faire des sauts périlleux dans les ossements, du cliquetis dans le caveau. Pour Marine Le Pen, en revanche, la liberté d’opinion est apparemment limitée à la sienne propre. Comme toujours, pleine d’elle-même et de la certitude qu’elle va faire d’une bouchée du jeune banquier, elle a récemment déclaré :   « Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un pouvoir politique aux abois demande d’utiliser les pouvoirs d’État pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus, des cabales d’État, de se garder de participer à de telles dérives. Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ces fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’État que nous voulons sera patriote. »

 

 On sait donc maintenant deux choses, Marine Le Pen se prend pour Vladimir Poutine avec un vagin et qu’un patriote dans son esprit est quelqu’un qui ne s’oppose pas à elle. Nonobstant, bien entendu que les fonctionnaires en question ne font rien de plus que le travail pour lequel ils sont payés, elle utilise rien de moins que la menace contre ceux qui osent actuellement se mettre en travers son chemin, à commencer par le Parlement européen. Et cela en les invitant implicitement à désobéir autant à la loi qu’à leur hiérarchie. Je me demande comment ça se passe en ce moment dans la tête des défenseurs réactionnaires de la liberté de parole réactionnaire. Mais je commence à mieux cerner ce qu’ils appellent un « Bisounours ». Un être tout mou qui défend ses chaînes et le droit de son tortionnaire à lui couper les couilles ? Ça doit être ça.

La peste ou le Medef.

Finalement dans cette logique de servitude, Pierre Gattaz présente, sur une idée de François Pinaud, Vincent Bolloré, Bernard Arnaud, Arnaud Lagardère et Xavier Niels, les élections 2017. Avec à la droite de ma gauche, un banquier et à la droite de ma droite, une héritière. Car ils sont de plus en plus, même à gauche ou ailleurs, à se dire qu’ils vont refaire avec Macron le coup qu’ils avaient fait au FN avec Chirac. Le fascisme libéral plutôt que le fascisme tout court. C’est un calcul. Mais non seulement, il cristallisera le FN dans sa posture favorite et facile d’éternel opposant, crieur de marché dégoisant au coin du vingt heure des vérités de comptoir. Mais encore faudra-t-il que le gendre idéal soit à la hauteur parce que contenu de l’état d’exaspération du pays, le fascisme tout court pourrait revenir en force façon batte de baseball et plus seulement sous la forme de discours de menace. Pendant que Marine Le Pen joue sur la même et sempiternelle corde du complot politique, comme son père avant elle et comme globalement l’extrême droite depuis Charles Maurras, on gonfle à loisir la réalité des émeutes au sujet de l’affaire Théo. Dix articles autour du sujet sur Agoravox, ce qui ne peut-être que le reflet d’une actualité télévisée en boucle. Et pourtant rien de comparable à 2005, pas même une poubelle brûlée de Vaux en Vélin à Vénissieux. La carte de la peur n’est même plus scénarisée par l’agenda des ambitions politiques, mais par les médias eux-mêmes, à savoir les milliardaires susnommés, le patronat. Est-ce à dire qu’ils ont déjà choisi leur candidate ? Le libéralisme pur et dur n’aime pas la concurrence et surtout pas celle d’un libéralisme xénophobe, comme on peut le voir actuellement aux Etats-Unis. Mais par nature le capitalisme a une morale élastique. À l’instar d’un Bernard Arnaud allant faire des courbettes au troll de la Maison Blanche, ne doutons pas une seconde que quelques yachts se tiendront à disposition des vacances de Marine Le Pen. C’est bien pour toutes ces raisons que je souhaite qu’ils l’élisent enfin leur championne, qu’on rigole.

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République bananière de France, pour un nouvel ordre des poches.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’élection de Marine Le Pen va être concomitante d’une redistribution des richesses. Que les épiciers et les turfistes se rassurent, ils vont pouvoir continuer d’engraisser la Française des Jeux. L’argent changera de poche, sans jamais passer par la leur. Simplement, les amis des Le Pen et associés remplaceront aux Hautes Seines, qui sait, ou ailleurs, les argentiers et les escrocs d’aujourd’hui. Cela a d’ailleurs déjà commencé. Et dans les bonnes combines, laissant espérer une continuation dans le changement, les Balkany, encore eux. Associés par un cousin d’Isabelle à Marc Etienne Lansade, maire frontiste de Cogolin (Var…) et proche de Marine Le Pen. Avec pour conséquence, la fracassante démission de dix membres de son équipe, écœurés par ses méthodes, déni de démocratie, intimidation et petits arrangements immobiliers. Même ambiance à Marseille ou devant les accusations d’autoritarismes, le maire du 7ème, Stéphane Ravier évoque le manque de patriotisme de ses opposants et d’absence de culture de parti. Une rhétorique idoine à celle de sa patronne, qu’il faudra donc accepter, et comme je le prédis, les chômeurs seront très vite anti-patriotiques s’ils n’acceptent le premier job chez Mc Do venu. Tout ce qui contrariera la politique de Marine Le Pen et associés sera qualifié d’anti-patriotique d’ailleurs. Que ceux qui rêvaient avec elle d’une justice qui ne soit plus aux ordres se rassurent, ce sera bien le cas. Seulement aux ordres stricts du patriotisme, et du patronat s’il met la main à la poche. Ainsi à Hayange ou Bézier, pour les mêmes raisons, les conseilles municipaux démissionnent dégouté par des méthodes strictement identiques à ceux d’en face, le petit truc autoritaire, pardon, patriote en plus. En tout 400 démissions en deux ans sur 1500 élus et qui dénote d’une certaine fébrilité dans l’ancrage tant espéré par l’entourage des Le Pen fille et nièce. C’est notamment pour cette raison que je souhaite sa victoire. Terminé, la posture du « mains propres et tête haute », car si les affaires se voient déjà, elles se verront d’autant plus. Terminé, l’alibi perpétuel du complot perpétuel, on saura désormais qu’il s’agit bien de rien de plus que de diversion. La question restant à quel prix nous le saurons. Si Marine Le Pen se prend effectivement pour Poutine in utero, Elise Lucet et autre lanceur d’alerte trop curieux peuvent par avance demander asile à Londres. Toujours, bien entendu, au nom du patriotisme. La question étant également qui sera désigné comme bouc-émissaire, en dehors des suspects habituels. Certains fonctionnaires occupés à faire leur travail apparemment et qui d’autre ? Ajoutons l’interprétation que chacun fera de « la préférence nationale » au quotidien. La discrimination à l’emploi et au logement que connaissent déjà la banlieue risque de vivre des moments d’autant exaltants que les associations de droit au logement ont assez peu de chance de passer l’examen de patriotisme. Sans compter bien entendu les tensions communautaires nées de ce que les mimiles de tous les bords voudront bien comprendre des ordres de la chef. Et donc implicitement terminé l’angélisme induit autour de la normalisation du Front National, ce que j’appel la xénophobie acceptable, le racisme décomplexé, festif, d’un bord ou d’un autre d’ailleurs, comme dans l’affaire Medhi Mektat ou dans chaque déclaration des Indigènes de la République. Bref, ce pays verra le Front National tel qu’en lui-même, un parti comme les autres, le désordre en plus. Et si Daech n’est pas complètement occupé ailleurs à défendre les bouts d’un Califat imaginaire, gageons qu’ils se feront un plaisir d’ajouter de l’huile sur le feu.

Alors de deux choses l’une, soit ce pays se soulèvera, et chassera enfin la caste qui le maintient dans cette servitude volontaire, soit il brûlera. Étant bien entendu que je ne souhaite pas que ça soit le cas. Une guerre civile en France serait, en plus du coût humain, tant une victoire pour l’islam radicale qu’une défaite pour les démocraties occidentales dans leur ensemble.

 

En attendant, parce qu’il n’y a pas de raisons qu’il n’y ait que les fonctionnaires qui soient emmerdés, et simplement pour que la justice soit la même pour tous, si vous voulez que l’immunité parlementaire de Marine Le Pen soit levé, et qu’elle réponde simplement à ses convocations comme n’importe lequel justiciable, c’est par ici : Contrairement à ce que semble penser les défenseurs de la liberté d’opinion réactionnaires, une démocratie n’est pas une maison de tolérance. Contrairement à ce que voudraient croire Madame Le Pen et tant d’autre, comme Maitre Collard, une élection ce n’est pas la trêve des confiseurs.

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