L’atterrissage sera plus dur que la chute

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres, n’est pas victime, il est complice » George Orwell.

 

Nous vivons des moments fabuleux dans ce pays quand même. Alors que c’était plié, reparti pour le petit manège avec notre ami Sarkozy à la batterie et Juppé dans un show très retour des morts-vivants, voilà que Droopy remportait le racket organisé à la mode américaine par le parti qui change de nom à chaque embrouille. Et puis non finalement, c’est le Droopy gate. Monsieur Propre dit Catho les Gros Sourcils, piqué la main dans la boite à bonbon. Et dans la foulée, toute la volaille de l’assemblée aux vieux conseillers liquide à la Alain Minc de chouiner que c’est trop injuste. Les portefeuilles ne sont pas encore assez gros et on n’a pas à fouiller dans leurs tambouilles. Dehors les pandores ! La liberté des députés, c’est la liberté des citoyens, c’est de Tocqueville qui l’a dit. Et pourquoi se gêner ? Droopy, qui est visiblement le seul à ne pas avoir compris qu’il est caramélisé, joue la partition de l’honneur bafoué, avec madame en mode face de carême. Pendant que le voyou de Levallois rembourse l’argent qu’il a volé à sa ville tout en proposant un plan B, une alternative aux carbonisés, Sarkozy et Fillon, cocaïne et Prozac. Oui, on croyait que c’était plié. Valls a joué la partition sarkozyenne pendant tout son mandat à l’Intérieur et à Matignon, il savait que la France est un pays de flic. Manque de bol le 49,3 n’est pas passé. Ou bien est-ce le toupet de réclamer après coup son abrogation ? Et voilà le Caudillo de la rue Solférino renvoyé à ses chères études par un Hamon qui joue la carte djeunz décontracté. Plié, on vous dit, la Le Pen serait en tête, Daech a bien fait son boulot et tous les autres, on fait campagne à sa place ! Le premier parti de France, mamy lave plus blanc, le parti aux mains propres, messieurs dames. Le parti en réalité le plus condamné de France qui se prend les pieds dans le tapis avec l’assemblée européenne, emplois fictifs, comme les autres. Et enfin Macron. Tous les sondages sont unanimes, il est en tête ! Tous les sondages se trompent depuis toujours, et avec une belle constance, mais peu importe. La vérité du chiffre à qui on fait dire ce que l’on veut. Et puis lui aussi, il y a des affaires qui lui pendent au nez.

On n’a jamais cru que c’était plié avec Mélenchon, parce qu’on a jamais cru réellement dans le vieil apparatchik, le Che du marché. Bon client pour les plateaux télé, récemment révélé à l’écologie participative et à la légalisation, hâbleur et orateur syndiqué. On ne s’attendait pas que ce vieux défenseur de la dictature cubaine, et de la politique catastrophique de Chavez, dérape aussi vite dans le culte de la personnalité avec un hologramme de sa personne. Jean-Luc 2.0, la nouvelle rock star de la vieille gauche en mode lifting. Et pendant ce temps-là, les Français continuent de piapiater. Les discussions politiques en France sont à la révolte ce que Facebook est à la procrastination. Un moyen de rester assis et de remettre le ménage au lendemain.

 

Les Français n’écoutent plus leurs politiques parce que leur discours est interchangeable, et ils ont tort. Parce que s’ils écoutaient les conclusions que ces messieurs dames tirent de cette campagne en forme de grand striptease, ils comprendraient. S’ils écoutaient les appels à la modération des uns, à l’honneur bafoué ou au plan B des autres. S’ils s’intéressaient à cette évocation de rapprochement entre Hamon et le Che 2.0, qu’elle se solde ou non par un combat d’ego, ils saisiraient la substantielle moelle de ce qui anime les politiques en France : la captation du pouvoir et rien, strictement rien d’autre. Dans son refus d’abandonner une campagne perdue d’avance ou dans l’acharnement à se faire passer pour la pucelle de la république, Fillon ou Marine Le Pen nous disent la même chose, c’est eux contre nous. Nous, la classe dominante, les propriétaires à vie de tous les leviers de pouvoirs de ce pays, contre ce peuple qui de toute façon ne demande qu’une chose, dormir le plus longtemps possible. Continuer à rêver plein emplois et Trente Glorieuse. Et en attendant personne n’a l’air de comprendre la volatilité de la situation. Que, qui que ce soit se présentera à la présidence, il est parti pour régner sans majorité réelle, dans un pays qui préfère s’abstenir plutôt que faire confiance à l’un ou l’autre des bonimenteurs. Car le comble, c’est que dans ce cloaque où les uns promettent une lune qu’ils n’ont jamais offerte durant tous les mandats qu’ils ont assumés, tel un Mélenchon devant le cannabis. Pendant que les autres jouent la partition de la vierge effarouchée, il reste des Français pour aller voter. Pour écouter les journalistes politiques se répandre en servilité comme on ne doit en voir qu’au Diner du Siècle. Pour participer, cautionner, ce grand ragout de corruption généralisé et de démagogie claironné. Incroyable, le pouvoir de l’atavisme quand même, exemplaire même pour ce qui s’agit de la France. Surtout si on se dit que nous sommes en réalité assis sur un baril de poudre et qu’en ce moment, la police joue déraisonnablement avec les allumettes.

 

Simulation d’asphyxie et viol accidentel.

 Le 19 juillet de l’année dernière, après un contrôle d’identité mouvementé, Adama Traoré mourait asphyxié menottes au poignet. Quand les pompiers remarquèrent que l’interpellé se tenait mains dans le dos et face contre terre, qu’il ne respirait plus, on leur répondu qu’il simulait. D’ailleurs, le légiste ne parle pas d’asphyxie pure et simple, mais de syndrome d’asphyxie sans qu’aucun des deux experts nommés par la cour puisse déterminer la raison. Sûrement, la mauvaise santé d’Adama, ou le cannabis qu’on a trouvé dans son sang. Ah ce terrible cannabis… C’est vrai qu’un placage ventral avec trois gaillards sur le dos (selon l’un des gendarmes) ce n’est pas déterminant comme cause de syndrome. Placage ventral banni en Suisse et en Belgique, à New-York et Los Angeles, et selon l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture, responsable de huit morts en dix ans. Et non-assistance à personne en danger, on en parle ? Le prévenu se plaint de problèmes de respiration, urine sur lui et les gendarmes ne réagissent pas ? Ils prétendent l’avoir mis en position latérale de sécurité alors que le compte-rendu des pompiers dément. Et quand la famille demande une troisième expertise, indépendante celle-ci, la justice refuse. Mais c’est vrai que dans cette affaire le parquet de Pontoise s’est montré exceptionnel. Alors que le contrôle d’identité visait originellement Bagui, le grand frère d’Adama et que Valeurs Actuelles aime à décrire comme un « caïd », le procureur lance une instruction à l’encontre d’un mort. Les rapports indiquent asphyxie, le procureur communique sur un problème de lésion infectieuse, la faute à pas de chance en somme. Quand au rapport des pompiers, comme c’est ballot on l’a perdu. Et les gendarmes ne sont pas en reste pour arranger la vérité, comme ce gendarme qui se blesse tout seul dans sa chute et que les rapports décrivent comme suit : « Un gendarme blessé, suspect en fuite. ». L’affaire est en cours et tout le monde porte plainte contre tout le monde. En attendant Pontoise a passé la main à Paris.

 
Direction la plaine Saint-Denis cette fois un jeune homme de vingt de deux ans qui prend pour les autres. Un jeune homme qui n’apprécie pas qu’on gifle un de ses copains… Ah ce manque de respect de l’autorité chez la jeunesse des cités… Le jeune est emmené à l’écart et hop, accident devant tous les Iphones et caméras du quartier, dix centimètres de bon acier dans le fondement. Pas deux ou trois d’un faux mouvement dans un échange brutal, non dix, à travers le slip, comme une chouette vaseline mais à sec. Soixante jours d’arrêt, des lésions graves dans le rectum et l’IGPN de conclure dans un premier temps à l’accident. Ce que nie bien entendu l’intéressé. Si la conclusion des uns et des autres n’est pas surprenante, en attendant le remue-ménage n’a pas tardé à commencer. Ou recommencer, faut voir…re re re re recommencer. En 2005, je m’en souviens comme si c’était hier, à l’instant où j’ai appris cette affaire avec Zyed et Bouna à Clichy-sous-bois, j’ai su que le pays allait s’embraser. Encore un Traoré, encore la Plaine Saint-Denis. Les députés s’en souviennent eux aussi apparemment. Ils ont voté le 8 un amendement permettant à la police de faire usage de leurs armes de la même manière que les militaires. De la militarisation de la police… En attendant de s’entendre avec le sénat sur la militarisation de la police municipale, une mesure qui va assurément faire plaisir à Robert Ménard.

 

Terrorisme ou autodéfense ?

La violence se banalise. Un cinglé du Prophète se jette à la machette sur des militaires qui lui trouent la peau, tout le monde s’en fout. Après Nice, Paris, Charlie c’est de la petite bière. Nous sommes en train de devenir comme ces Libanais qui me racontaient que lorsqu’ils allaient à la plage, ils regardaient les navires américain bombarder les positions du Hezbollah. Les obus passés au-dessus de leur tête. Dans cette acceptation, cette sidération devant la violence, nous laissons tout faire, tout passer. La loi sur le Renseignement est voté sans sourcillement, l’état d’urgence est prolongé ad vitam, bien qu’il ait démontré de sa plus complète inefficacité dans le cadre de Nice. Un individu seul peut être convaincu de délit d’entreprise terroriste, et maintenant, ça, les policiers autorisés à tirer à vue ou presque. Puisqu’on est aussi, au pays des airsofts où les marques distinctives ne sont pas obligatoires. Autrement dit comment juger d’une menace ? La tactique terroriste employée par Daech est géniale en ceci qu’elle ne requiert aucun moyen, presque aucune infrastructure, mais surtout elle porte le flanc à l’intérieur même de la société française ou allemande. Elle frappe à la fois sa schizophrénie multiculturaliste, elle s’en prend au cœur même d’une association historique, fondatrice de l’Europe comme puissance économique. Et enfin, elle envoie un message à tous, la violence peut frapper n’importe où et elle vous vise-vous. Ce n’est pas le terrorisme comme acte politique, revendicatif mais comme tactique militaire avec une seule et unique direction, déstabiliser la France comme l’Allemagne déstabiliser la Belgique, cet axe européen, ce cordon ombilical sans qui l’Europe volera en éclats. L’ennui, et nos amis politiques l’ont bien intégré, à commencé par les socialistes à la sauce Medef, c’est que ces dispositions peuvent à égalité tenter de répondre à une menace terroriste, ou glisser vers le totalitarisme comme un Rémi Fraisse sur une grenade. Or nous sommes précisément dans un contexte sensible qui pourrait tenter un candidat mal représenté. Précisément à cette charnière de l’histoire où n’importe qui pourrait glisser du statut de citoyen en colère à terroriste en un rien de temps. Les manifestations contre la loi travail étaient déjà bien une « prise d’otages ». À partir de quel degré d’incertitude politique, un individu déterminé à ne lâcher ni sa place ni surtout ses privilèges, est près à glisser du figuratif au propre ? Qu’on le veuille ou non ce grand déballage d’une république corrompue, ajouté aux tensions communautaires exacerbés tant par Daech, le FN qu’aujourd’hui la police rappel un moment précis de notre histoire, quand Stavisky s’est suicidé à l’insu de son plein grès. Cette affaire nous a coûté la troisième république et a permit à une extrême-droite désunie de frôler le coup d’état dont rêve aujourd’hui une Marine Le Pen. Mais il y avait alors un mouvement ouvrier puissant qui débouchera sur le Front Populaire. Aujourd’hui le seul front populaire et ouvrier est un parti d’essence bourgeoise et intrinsèquement fasciste, n’en déplaise à ses contempteurs et dont la seule finalité est de satisfaire les bas instincts de la petite bourgeoisie.

 

À partir de quel moment tous les haineux du rouge brun au brun tout court vont comprendre qu’ils sont les idiots objectifs de la classe dirigeante ? À quel moment les électeurs vont prendre conscience que leur vote est non seulement démocratiquement volé, mais qu’en l’état, il n’a servi et ne servira jamais qu’à proroger un système, qu’on l’appelle 6ème république ou mes genoux ? À quel moment, on comprendra qu’il n’y a qu’une raison pour laquelle on a besoin d’un nouveau berger, se faire tondre la laine, et aller à l’abattoir. Quand un peuple commence à se conduire comme du bétail, il ne faut pas qu’il s’étonne d’avoir l’un et l’autre, la tonte et l’abattoir, au prix d’une présidence.

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