La Formation de l’acteur ou le roi est nu

Cher Emmanuel

Pardonnez par avance cette figure de familiarité qui m’entraîne ici à vous appeler par votre prénom, cher candidat à nos destinées, mais c’est ainsi que l’on fait dans le milieu du théâtre ou du cinéma. Or il m’apparaît urgent de vous donner par le présent article quelques conseils au sujet du travail d’acteur. J’ai au cours de ma carrière dirigé des comédiens, mis des mots dans leur bouche et ce que je n’ai pas appris auprès d’eux, je l’ai appris en les observant au travers d’une quantité industrielle de film. Il se trouve également que je suis un bon directeur d’acteur, je pense donc être tout à fait, sinon largement plus compétent dans ce domaine que le touriste qui actuellement vous fait travailler votre jeu de scène. Car de deux choses l’une, soit c’est un charlatan, soit vous n’écoutez aucun de ses conseils. Il y aurait bien une autre hypothèse, mais je n’oserais jamais le croire de la part de la coqueluche des Français des instituts de sondage, celle qui voudrait que vous soyez tellement arrogant et plein de vous-même qu’en dépit du fait que c’est votre première élection, vous vous êtes aventuré sans filet dans cette galère. Aussi permettez moi de vous rappeler en préambule cette vérité en or : en politique, l’image est tout.

Comment dire ? Comment exprimer au plus juste mon ressenti quand j’ai vu pour la première fois cette vidéo dans le confort d’une soirée sereinement ennuyeuse ? Quand sous mes yeux incrédules, je vous ai vu asséner vos quatre terribles vérités à Donald Trump ? Je sais, ce n’est pas charitable, mais je dois le confesser Emmanuel, en à peine trente secondes, vous avez transformé mon ennui en complète hilarité. Après l’épisode du poulet qui braille voici celui du poulet qui gronde.

 

https://www.facebook.com/EmmanuelMacron/videos/1901064366792807/

 

Évacuons tout d’abord la question du fond et glissons sur cette figure de lieu commun chez nos hommes politiques de relier dans une même phrase Lafayette et le Débarquement pour souligner notre soumission nos liens indéfectibles avec l’Amérique. Le lieu commun est un élément essentiel du langage d’un candidat, on ne vous en tiendra pas plus rigueur qu’à vos concurrents mais néanmoins collègues. En revanche puis je vous faire remarquer que d’évoquer l’un et l’autre quand on se déclare comme le candidat du renouveau, n’est pas forcément des plus judicieux. Considérant que cet élément de langage, cette idée qui n’en est pas une pour résumer notre histoire avec les Etats-Unis, a déjà été employée environs 250.000 fois depuis De Gaulle au plus obscur élu de la plus obscure circonscription occupé à inaugurer un Mc Do. Ceci fait, j’ajouterais que de rattacher ce lieu commun à l’Europe et à sa construction n’est pas non plus des plus à propos quand par ailleurs celui à qui on s’adresse détricote implicitement ce lien atlantiste qu’il estime dépassé. On ne lutte pas contre une idée nouvelle avec de vieux principes, on s’adapte.

Abordons maintenant la question essentielle à la posture de candidat, celle-là seule que retiendra l’électeur à l’heure de l’urne, la forme, l’apparence, l’emballage du yaourt. Mais pour commencer, à titre de préambule permettez-moi de vous présenter celui sur lequel je vais en partie m’appuyer pour vous initier au délicat travail d’acteur. Je veux parler de Constantin Stanislavski, auteur de la Formation de l’Acteur d’où seront tirées mes citations. Constantin Sergueïvitch Stanislavski, 1863-1938, de son vrai nom Alexeïev, est un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe inventeur du système éponyme et qui est au jeu et au métier d’acteur un incontournable. Afin de répondre aux exigences naturalistes d’auteurs comme Tchekov ou Gorki, il mit au point ce système de jeu proposant au comédien non pas de ramener le personnage à hauteur d’homme comme avec la Méthode de Lee Strasberg, mais au contraire de mener le comédien vers le personnage afin de ne pas en diluer la dimension poétique et épique, ceci en se reposant essentiellement sur la mémoire émotionnel et l’intériorité, notamment en inventant un passé à celui qu’on incarne. Ou, dans le cas qui nous occupe, celui que vous vous proposez d’incarner. Car il faut bien entendre votre actuelle campagne, comme toutes celles de vos camarades, présents, à venir et passé, comme rien de plus qu’un très long et couteux casting durant lequel vous devez convaincre votre public de votre capacité à incarner un rôle. Attendu bien sûr qu’il ne pourrait vous être tenu rigueur de vous engager sur des décisions prise par d’autre, puisque tout ce qui vous est réclamé à ce poste, c’est d’être crédible, pas, surtout pas, d’avoir des convictions et la volonté de les mettre en application. De la crédibilité donc, et pour être tout à fait franc ce n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit quand on vous regarde dans cette vidéo.

De l’assurance et de l’importance du centre de gravité

Pour commencer, je rappellerais cette vérité énoncée par le grand homme : « Dans un rôle qui n’est pas encore solidement construit sur des sentiments, que chaque vide soit comblé par des clichés, voilà le danger. » Et cette autre réalité : « Il suffit d’une bonne entrée, d’un mot et le public est pris ». Or se tenir de côté, un coude posé sur le pupitre, puis s’essuyer au passage discrètement le nez pour chercher ses mots, indiquer deux directions différentes pour placer un continent imaginaire et situer géographiquement votre interlocuteur en parlant de notre océan, n’est pas et ne sera jamais une forme d’introduction. Au mieux, il s’agit ici de votre part d’une improvisation autour de la notion d’affirmation de soi. Or on ne s’affirme pas si physiquement, on ne s’ancre pas. Et on ne fait pas figure de cette affirmation si on ne croit pas soi-même à cette posture. « Ne vous permettez jamais de représenter extérieurement quoi que ce soit que vous n’avez pas éprouvé vous-même intérieurement et qui ne vous intéresse pas » conseille Stanislavski. Regardez donc les vidéos de discours de Nicolas Sarkozy par exemple, il tient son public. Ses yeux sont fixés sur un point imaginaire, un membre imaginaire du public faisant figure de tout, c’est lui qu’il séduit, lui à qui il s’adresse. Du public traité comme individu unique.

Vous-même ici déclarez vouloir vous adresser à un homme tout en roulant maladroitement les mécaniques pour vos fans. En fait, ce que vous évoquez réellement ce n’est non pas un homme s’adressant franchement à un autre homme, mais à un vantard dans un bar racontant à ses copains ce qu’il dirait s’il avait le gros dur face à lui. Or implicitement se tenir de côté, c’est traduire par le langage du corps un manque de certitude, et même une forme d’insécurité qui vous pousse à dérober votre ventre. Et on ne se dérobe pas implicitement quand explicitement, on prétend ne pas le faire. Pas plus qu’on ne pose jamais son coude sur un pupitre comme vous le faites. L’ahuri qui vous sert de conseiller en image vous a peut-être expliqué que ça donnait effet de connivence, d’être proche de votre public, foutez le dehors et à nouveau prenez modèle sur ce grand comédien incompris qu’est Monsieur Sarkozy. Voilà un homme de petite taille, sans véritable pouvoir ni autre conviction que sa seule ambition personnelle et qui a fait de la trahison un mode d’ascension, qui pourtant a réussi à faire croire à un pays tout entier qu’il était un géant rugissant à qui nul ne savait résister et qu’il lui suffisait d’apparaitre et de parler pour résoudre tout ou partie d’un problème. Or c’est là tout le secret d’un bon comédien, faire croire à l’impossible. Savez-vous par exemple que quand David Bowie a repris à la scène le rôle de John Merrick, Elephant Man, il l’a fait sans maquillage et ne quittant pas le plus souvent une baignoire, et ce, en se reposant sur la seule diction de son personnage et son texte. Bowie l’adepte de Brecht.

Pour vous aider à gagner en assurance et à en donner figure, il faut donc que vous cessiez de faire faire la girouette à votre corps, vous tenir de face, mieux, attrapez votre pupitre comme si vous attrapiez votre public par le col ou les épaules et faite comme si vous vouliez l’attirer physiquement à vous. Ensuite quand vous vous adressez à un Donald Trump imaginaire figurezle vous et inutile de nous indiquer la direction de « notre » océan ou du pays où il vit. Concrètement, Donald Trump ne vit pas aux Etats-Unis et il ne s’est jamais adressé au peuple américain. Il vit dans la télévision américaine et s’est adressé aux téléspectateurs. Il faut donc que vous fixiez la caméra comme s’il s’agissait du lieu où vivait l’intéressé et surtout que vous vous imaginiez l’avoir en face de vous.

Tout le secret d’une scène de dialogue, tout le secret même du métier du comédien tient, non pas dans de ce qui est dit ou montré, mais ce qui est suggéré. Ainsi dans un monologue comme par exemple la scène du balcon dans Cyrano de Bergerac, toute la valeur de la scène reposera autant sur la qualité d’interprétation du héros que sur la qualité d’écoute de son interlocuteur. Et si, comme par exemple, dans le cadre d’un hors champs, le comédien se verra le plus souvent en train de s’adresser à un point fixe dans le vide, tout son talent tiendra à la fois à la capacité d’écoute du metteur en scène, l’oreille faisant figure de réplique, mais surtout dans celle du comédien à se figurer son interlocuteur. Or, regardez donc Donald Trump. Physiquement, il évoque Shrek qui aurait croisé une lampe UV et un coiffeur pour animal de compagnie. C’est un ogre, un ogre d’un mètre quatre-vingts dix qui a fait de l’arrogance et de l’agressivité un mode de communication. Et ce n’est pas ici une critique, c’est seulement un constat d’image. Donald Trump c’est en somme le gros balaise qui à la Communale vous brimait avec ses copains, ricaneurs et agressifs. Et ne prétendez pas que ce genre de personne n’est jamais intervenu dans votre vie, car c’est exactement cette peur, cette inhibition, que traduit chez vous les maladresses de votre corps.

Or il existe plusieurs « trucs » pour donner figure d’assurance quand on en manque. D’une part, comme je le disais plus haut, s’ancrer physiquement qu’il s’agisse par le regard de fixer un point imaginaire et s’y figurer ce que l‘on veut ou de se tenir tranquille. D’autre part utiliser son ventre. C’est apparemment un de vos grands défauts, vous ne savez pas utiliser votre ventre et plus exactement votre plexus solaire. Par exemple quand l’autre fois, vous avez fait la risée du public en vous égosillant comme un poulet maladroit personne apparemment ne vous a dit que la voix, sa puissance, ne venait pas de la gorge ou du volume d’air de vos poumons, mais des muscles de votre diaphragme. Il faut que vous déplaciez votre centre de gravité vers le bas. Car la conviction ne s’exprime ni avec la bouche ni avec l’intellect, mais avec les tripes. Regardez par exemple Monsieur Trump, quand il se penche, il attire son pupitre vers lui et quand il se redresse, il parle avec le ventre en haranguant la foule comme un camelot de foire, et en levant un doigt sentencieux vers le ciel. Vous votre doigt, il fait quoi ? Il donne la direction de la coulisse comme si vous nous désignez votre directeur de campagne et que vous nous disiez, « c’est lui qui m’a dit de dire ça ».

Ensuite, l’usage du poing pour souligner chacun des éléments de langage que vous utilisez, comme « ambitieux » ou « amour de la liberté », c’est dans votre cas une déplorable idée. L’usage du poing sur la table peut fonctionner si c’est un Poutine qui l’utilise, car il peut notamment s’appuyer sur l’image de virilité qu’il a soigneusement cultivée dans les médias. Il est crédible dans l’exercice parce qu’on l’a vu sur un tatami ou torse nu sur un cheval tel un minotaure érotisé sorti des steppes sibériennes. Son poing sur la table accompagne son regard de tueur, c’est quasiment comme si on le sentait atterrir sur notre figure. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous avez le poing d’un commis d’état habitué à serrer des mains et rien de plus. Vos phalanges n’ont jamais connu l’épreuve des coups, votre poignet est légèrement relâché, tout est mou. Donc surtout ne serrez jamais les poings, ils rappellent tout ce que vous n’êtes pas, un dur, et tout ce que vous êtes, un jeune homme sans expérience. Si vous voulez faire cet effet de soulignement, appuyez-vous sur le plat de votre main ou sur votre index. Non seulement cela vous permettra d’ancrer véritablement vos propos, mais surtout cela cachera l’un des reproches que l’on vous fait, à savoir que vous n’êtes qu’un banquier d’affaire, un gratte-papier aux paumes lisses et roses sans la moindre idée de nos réalités quotidiennes.

De la nécessité d’analyser la scène que l’on joue

Autre conseil que donne Stanislavski est celui-ci : « Demandez-vous quel est le nœud de la pièce, ce en quoi elle ne peut exister, puis passer en revue les points principaux sans rentrer dans les détails. ». Le nœud ici de la pièce qu’on vous demande de jouer est Donald Trump, mais également votre posture à son endroit, non pas en tant que candidat mais comme président.Et ici, nous allons approcher une première réalité de votre travail de comédien et que vous devez absolument garder en tête, vous ne devez pas, jamais, vous positionner comme candidat, mais comme si vous étiez déjà élu. Regardez par exemple cet homme que vous avez appris à mépriser et qui a si merveilleusement favorisé votre ascension, François Hollande. Voilà un individu dont la gouvernance laisse à penser qu’il n’a jamais été là, qu’il a présidé le Conseil des ministres en touriste. Pourtant quand il braillait que son ennemi, c’était la finance, ses électeurs y ont cru, et pourquoi ? Parce qu’avec son physique de notaire, il a réussi à faire avaler qu’il avait la dimension nécessaire pour lutter contre les requins de la finance ? Non pas. Et je suis certain que personne ne se l’est figuré à ce moment-là en train de remonter les bretelles de Bernard Arnaud comme à nouveau un Poutine quand il s’est mis en scène à jouer les durs à un conseil d’administration. Parce que son discours intervenait tout de suite après le mandat du bling-bling et du mauvais goût parvenu ? Sans doute, mais pas seulement. Car, comment séparer ce physique de rentier et cette carrière de figurant au sein de la gauche aux truffes du monde de l’argent ? Non, tout le secret de la posture est que bien qu’il ait parlé au futur, quand il s’affirmait « moi Président, je serais… » Il était déjà Président et non plus candidat. Dans son esprit, il incarnait, au sens prendre chair, le rôle. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous faites figure de candidat et qui plus est, à cette façon de vous pencher sur votre pupitre comme si vous étiez à la buvette de l’assemblée, de candidat occupé à raconter une anecdote de bureau à ses copains.

Ensuite, venons en au nœud du drame, Donald Trump. Vous nous dites textuellement : « Et je veux dire ce soir à Monsieur Trump l’Américain qui depuis de l’autre côté de notre océan devrait avoir un peu plus d’humilité. » Comme il s’agit ici d’une ligne de dialogue, je vais donc faire appel à ma propre compétence d’auteur. Pour commencer supprimez les éléments superflus comme « je veux dire ce soir ». On sait que vous voulez le dire, on le sait et on entend même que votre public attend que vous le disiez, l’annoncer, c’est comme de prendre son élan, télégrapher son coup, sortir une arme et bavasser avant de s’en servir. C’est non seulement inutile, mais ça dénature la force de ce qui est censé suivre. Nicolas Sarkozy lui aurait dit quelque chose comme « Maintenant, parlons de ce cher Donald Trump » avec un sourire de connivence qui aurait immédiatement fait comprendre à son public que le tout petit allait mordre le grand balaise et que ça allait faire mal. De la supériorité de l’implicite sur l’explicite dans l’exercice du jeu d’acteur. Ensuite, vous faites une erreur de débutant en formulant ainsi : « Je veux dire à… ». Non monsieur, on ne s’adresse pas à une personne qui ignore votre existence, ne sait probablement même pas qui vous êtes et qui plus est ne donne pas spécialement l’impression d’écouter. S’adresser à lui, c’est lui donner une tangibilité, c’est se situer sur une même échelle, bref c’est ajouter de l’importance à une personne qui prend déjà une place faramineuse. Surtout si c’est pour ensuite tenter de le diminuer en le qualifiant d’Américain. J’entends bien qu’il s’agit à façon de vous mettre le public dans la poche, Trump l’Américain comme on dirait le crétin, mais ce n’est d’autant pas nécessaire que cette notion est déjà dans l’esprit de vos spectateurs, qu’il est américain et que c’est un con. Ajouter une évidence à une autre n’en fait pas une vérité ni n’ajoute de force à un discours, en fait cela en diminue la portée.

Ensuite proposer les termes de l’humilité à un homme qui a gagné des élections en ayant jamais eu la moindre responsabilité politique, en faisant scandale à coup de remarques grasses, de blagues vaseuses, de discrimination. Un homme qui plus est qui est devenu milliardaire en faisant de la vulgarité son credo et en accumulant un certain nombre d’échecs cuisant, ayant réussi à faire croire, lui le produit parfait du système, qu’il était un outsider, mieux, l’ami des petites gens, ne peut en aucun cas être humble. Je vous rappel ensuite que vous vous adressez à un homme de 70 ans et quand on a votre âge ce n’est pas faire soi-même démonstration d‘humilité, mais de suffisance, d’arrogance. Surtout quand en plus, vous ajoutez du possessif à océan et plus loin à terre ou à plage. Notre océan, nos terres comme si vous étiez roi d’un monde sur lequel le soleil ne se couche jamais. Or cette figure de style n’aide ni à réduire l’image de privilégié qui vous colle à la peau ni à diminuer cette prétention qu’on prête si souvent au Français, notamment les Américains, et dont vous vous faites ici le chantre. Car il faut bien être un Français pour oser affirmer que monsieur Trump nous doit son existence.

Ressentir, c’est faire ressentir

Cité par Stanislavski, le comédien Tommaso Salvini disait : « L’acteur vit, pleure et rit sur la scène, cependant qu’il observe ses propres larmes et ses sourires. C’est cette double fonction, cet équilibre entre la vie et le jeu, qui fait son art. ». Toute la base, la règle d’or même de la méthode de Stanislavski, repose sur la vérité intérieure, votre vérité intérieure, ce que vous vous ressentez réellement ou êtes capable de ressentir. La plus grande erreur que vous et vos concurrents faites, c’est de penser que le texte se suffit à lui-même, que la force des propos sans être soutenu par la force d‘une intention est amplement suffisante. Par exemple, quand vous dites « je sais les jeunes américains » vous n’évoquez pas un souvenir historique, vous évoquez un ressenti. Mieux, vous n’évoquez pas non plus une compréhension de ce ressenti, mais carrément un savoir. Vous savez les jeunes américains venus mourir ici comme si vous-mêmes, vous aviez été jeune, américain et qu’un jour, vous aviez pris d’autre risque que de vous lever de table sans demander la permission. Non monsieur vous ne savez pas les jeunes américains devant une rangée de mitrailleuses allemande le visage arrosé de la cervelle du gars d’à côté et prétendre à ce savoir, c’est non seulement insultant pour les survivants mais qui plus est parfaitement ridicule. Contentez-vous, donc, quitte à utiliser ce cliché éculé, de faire comme les centaines de candidats avant vous, de vous souvenir.

Enfin, on vous entend plusieurs fois reprendre votre souffle. Il y a à mon avis ici autant une tentative d’effet de style, comme si vous étiez submergé par l’émotion qu’une réelle difficulté à tenir la distance. Alors je ne vais pas revenir sur la nécessité d’aller chercher en soi un sentiment, j’ignore même si vous avez été capable un jour de la moindre passion tant vous semblez raisonnable comme un dimanche à l’église. Je vais plutôt vous donner deux trucs qui vous aideront d‘une part à placer votre respiration d’autre part à savoir si un texte sonne ou non. Le premier, c’est de prendre une longue tirade, si possible sur le ton de l’engagement et de la conviction, je vous conseillerais donc la tirade des « Non merci » dans Cyrano. Elle vous aidera à savoir ce que signifient l’affirmation de soi et l’indépendance frondeuse. Puis de la réciter tout en faisant des tours de piste. Courir tout en déclamant. Mais ne vous contentez pas d’un seul ton. Dites le sur celui de la confidence, puis comme si vous alliez raconter une blague, puis sur le mode de la colère. Laissez libre cours à votre imagination et essayez tout ce qui vous vient à l’esprit à force non seulement le texte rentrera tout seul, mais surtout vous saurez comment maîtriser votre respiration et, j’insiste, non pas avec le haut de vos poumons mais avec votre ventre. Le deuxième truc, c’est de répéter votre texte à voix haute et forte, si possible, devant la glace. D’une parce que vous vous connaissez, vous savez à quel moment vous êtes faux et à quel autre vous dévoilez vos failles. Ensuite parce que ce truc de faire sonner les mots à l’oreille, truc de Balzac que j’emploie moi-même quoi que sans les gueuler, vous permet instantanément de repérer les dissonances et les assonances malheureuses.

 

Voilà, il y aurait bien entendu plein d’autres choses à dire, notamment sur le fait de répéter « monsieur Trump » c’est non seulement lui prêter plus d’importance qu’il ne devrait en avoir dans votre discours, mais dans le cadre dénature totalement le départ de votre proposition et qui est de s’adresser à une personne en particulier. Scander son nom ne le fera pas venir ni ici ni autrement, ce n’est qu’un élément de relance. Vous expliquer également que vos mains comme le reste de votre corps doivent habiter le rôle et pas chasser les mouches. Vous avez des mains pour compter les billets faites en sorte qu’on ne le remarque pas plus que ça. Je pourrais donc développer, mais non seulement mes conseils sont gratuits et vous êtes de cette classe sociale qui estime que gratuit signifie méprisable, mais surtout, je ne sais même pas pourquoi les gens s’entêtent à aller aux urnes, question casting ça fait vingt ans qu’ils sont parfaitement nuls. Quant à croire que vous puissiez, vous et les autres, faire autre chose que du tourisme en milieu d’affaire, pardonnez, mais j’ai passé l’âge des fées et des licornes. Je vous laisse donc à cette réflexion autour de votre image, en vous souhaitant, cher Emmanuel, d’être plus assidu quant à son élaboration. En dépit du fait que monsieur Bolloré a fait savoir à travers un sondage CSA qu’il vous kiffait, soyons raisonnable il y a assez peu de chance que vous soyez élu, votre jeunesse s’affiche trop pour un pays de vieux, votre passif vous plombe à plus d’un titre. Et ni Monsieur Minc, ce piètre « économiste » pour les nuls ni Monsieur Attali, ce gourou pour les nuls aussi ne constituent un parrainage raisonnable. Mais qui sait, sur un malentendu… Hollande a bien été élu…

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