La Putain et le Bourgeois

Qu’on le veuille ou non, dans le rapport implicite de domination qu’installe la pulsion d’achat, l’individu n’est qu’au bout de sa carte bleue. Il ne peut se sentir, exister, se revendiquer comme membre actif de la société, qu’en répondant à un certain nombre de critères ne relevant uniquement que de son pouvoir d’achat. Et ce qu’il achètera reflétera moins ses goûts, sa personnalité que sa position sur l’échelle du social. Ce n‘est pas par hasard si on aime faire parader les marques dans les quartiers populaires et si on les efface dans les milieux aisés, où la marque compte pourtant tout autant sinon plus. Du riche au pauvre, l’objet devient notre définition, notre introduction au monde, mon mobile Haier 25 euros acheté dans un cyber contre ton IPhone 7 à partir de 769 euros, s’il vous plaît, dans son bel emballage monochrome satiné. Jusque dans l’éducation où le pouvoir d’achat rejoint la notion de réussite dans son acceptation patriarcale, et de là la célèbre proposition de notre désormais immortel philosophe de la société du marché, Jacques Séguéla : à cinquante ans si tu n’as pas… L’un dans l’autre la séduction, l’éventualité d’un rapport sexuel, déjà naturellement borné par une relation dominant-dominé plus que par une complicité fortuite, sera intuitivement défini par ce même pouvoir d’achat. Ma voiture est mon pénis. Ma voiture, ma maison, mes vêtements, mes pots de crème sont mes ovaires. Plus on monte haut sur l’échelle alimentaire, plus ce rapport devient aussi implicite qu’essentiel, plus on descend, plus il devient aussi explicite que superflu. Les riches paradent au bras de leur trophée sur les tapis rouges de la nouvelle aristocratie. Les pauvres se masturbent devant des films pornographiques. Les riches fréquentent les alcôves feutrées des putains sur catalogue, les pauvres sillonnent le pavé, prostituant leur morale étriquée pour dix minutes d’aller-retour et un peu de vide-couille. C’est-à-dire le même rapport que l’on entretient avec un produit selon notre situation dans la hiérarchie sociale. Et dans ce cadre l’amour est un luxe qui retient du seul hasard et plus de nos trajectoires.

De Mata Hari à Marthe Richard, de la cocotte à la putain vertueuse.

Née Margaretha Geertruida Zelle dit Grietje à Leeuwarden, Pays-Bas, le 7 août 1876, Mata Hari est une figure emblématique de la pensée bourgeoise au sujet des Cocottes et des prostituées en général. Putains de luxe et demi-mondaines, souvent actrices, tragédiennes, comme Sarah Bernard ou danseuses comme notre héroïne, les Cocottes feront à la fois le bonheur et le scandale de la classe dominante du début du XXème siècle. Resucée bourgeoise de la courtisane, la Cocotte se vend à tous, épouse, fait fortune ou se ruine, et parfois comme Mata Hari se perd. C’est Carla Bruni-Sarkozy, Naomi Campbell, ou Ivana Trump. Mata Hari est jolie, on l’a prend souvent pour une eurasienne à cause de son teint mat, et elle aime les hommes. Ca lui cause des ennuis dès l’adolescence, renvoyée pour avoir eu une liaison avec le directeur de son école. C’est aussi une fille un peu fantasque qui essaye de survivre dans une société masculine, raconte beaucoup d’histoire, fabule. Quand elle débarque à Paris, elle a déjà perdu ses deux enfants, morts empoisonnés, et divorcé une première fois d’un mari violent et alcoolique. Installée à Java où son officier de mari était stationné, elle connaît les danses javanaises dont elle va se servir pour se faire connaitre dans un spectacle dénudé et orientaliste. Jusqu’à la consécration. La bourgeoisie, qui a besoin d’intellectualiser ses vices pour les apprivoiser, en faire chose et matière naturellement noble, l’invite à se produire au Musée Guimet.

Aujourd’hui, c’est Clara Morgane sur un plateau télé. Les curiosités d’alors se portaient sur les collections d’objets volés des colonies, les rituels exotiques et l’orientalisme. L’audience moderne est à la qualité d’image, les destins singuliers et les spectacles sans conséquence. On a l’époque qu’on mérite, j’imagine. Le spectacle au musée fait sensation notamment parce qu’elle y apparaît les seins légèrement couverts de coupelles d’argent. Rien ne change finalement. Combien de quarts d’heure wharolien pour tout ou partie d’un corps ? Combien de magazines peoples pleins de clichés d’inconnus connus qui à la plage, qui sur un yacht, bout de fesse, bout de sein et Kim Kardashian. Du musée Guimet à l’Olympia, puis en tournée européenne, « Œil du Matin » (Mata Hari) collectionne les succès et les amants dont un officier allemand avec qui elle reste un temps. Mais la gloire est éphémère et deux ans plus tard la voilà réduite à la prostitution et aux spectacles sans prestige. Elle a 39 ans quand elle décide de vendre son hôtel particulier et de rentrer au pays. C’est là que sa vie va réellement basculer.

Elle est polyglotte, elle a fréquenté les cercles de pouvoir, la coqueluche du tout Paris, le consul d’Allemagne lui propose de payer ses dettes en échange d’espionner pour son compte. Elle retourne en France, elle est désormais l’agent H21. Est-ce qu’elle a vraiment conscience de ce dans quoi elle s’embarque ? Pas réellement, elle est inconséquente, passionnée, elle aime la vie mondaine, les belles robes, et les hommes en uniforme. Du reste, elle n’est guère compétente. A 40 ans, elle tombe folle amoureuse d’un gamin, moitié son âge, Vadim Maslov, un officier russe lui-même couvert de dette. Blessé au front, elle fait des démarches pour pouvoir le visiter à l’hôpital. C’est comme ça qu’un officier du renseignement français l’approche à son tour. H21 devient agent double contre la promesse d’émoluments faramineux, qui bien entendu ne lui seront jamais payé.  Mata Hari est ce qu’on appelle dans le jargon du renseignement un piège à miel. La confidence sur l’oreiller est son métier. En mai 1916, elle est à Madrid où elle fréquente d’autres membres de la communauté du renseignement français, dont Marthe Richard. Elle sera finalement sacrifiée par les Allemands qui s’arrangeront pour dévoiler son identité et sa fonction d’espionne. Le 15 octobre 1917, elle est fusillée au fort de Vincennes et son mystère, sa légende va désormais obséder les foules. Dans l’entre-deux guerre, c’est près d’un livre par an qui est publié sur elle. Un comble, l’officier qui l’avait recruté pour la France est plus tard accusé d’intelligence avec l’ennemi.

Marthe Richard est un autre archétype de la putain dans son acceptation bourgeoise, elle en est même le socle vertueux en somme, et à plus d’un titre. Née Marthe Betenfeld dans une famille pauvre le 15 avril 1889, avec un père alcoolique et violent, très vite, elle fugue pour finalement tomber amoureuse d’un bel italien qui s’avéra proxénète. Il lui fait goûter les joies des bordels à soldats à raison de 50 passes par jours. Elle contracte la syphilis, infecte un soldat qui la dénonce aux autorités. Elle s’enfuit à Paris fréquente cette fois une maison de passe de standing jusqu’à ce que comme dans la bluette Pretty Woman, elle rencontre un riche industriel, Henry Richer qui l’épousera en 1915. Entre-temps elle devient une pilote émérite puis, à la mort de son mari, dans les tranchées de 1916, elle est recrutée par le capitaine Ladoux, celui-là même qui a recruté Mata Hari, et l’envoi en Espagne avec la même tâche, piège à miel. Sa carrière sera cependant de courtes durée, notamment parce qu’elle est grillée par l’Action Française suite à un scandale mondain qu’il la surprend avec un attaché d’ambassade allemand impliquée dans un accident de la route.

Mais si Mata Hari est une écervelée victime essentiellement de sa naïveté autant que de la société de son temps, Marthe Richard est une ambitieuse. Bien déterminée à ne pas se laisser absorber par cet oubli qui semble frapper les femmes de la société spectaculaire dès lors qu’elles ne sont plus jeunes et fraiches. Quand le capitaine Ladoux sort de prison finalement réhabilitée, il écrit un livre romancé sur ses propres exploits et consacre tout un chapitre à cette femme à qui il prête un habit bien plus grand que réel. Entre-temps Marthe Richard est devenu Marthe Crompton, citoyenne britannique et veuve d’un des directeurs financiers de la fondation Rockfeller qui va par testament lui assurer grand train. Elle commence par réclamer à Ladoux qu’il partage les droits d’auteur sur son livre, puis on lui conseille d’écrire elle-même sa biographie.

C’est en quelque sorte l’élément déclencheur qui va la conduire après la guerre au Conseil de Paris. Marthe Richard va dès lors devenir dans l’esprit du public la super espionne qu’elle n‘a jamais été, un film va même être produit sur son compte. Une affabulation à laquelle elle semble elle-même croire ou au moins s’accrocher coûte que coûte, puisque quand les nazis envahissent la France, vexée d’être royalement ignorée par un renseignement allemand qui n‘a en réalité jamais entendu parler d’elle à part au cinéma, elle se rend à la Gestapo en déclarant « messieurs je suis Marthe Richard, celle qui vous a fait tant de mal lors de la dernière guerre. » Et la suite est à l’avenant d’une résistance française plus mythifiée que réel. Car non seulement, elle va se rapprocher de la Gestapo et du gangster, collaborateur et mafieux marseillais François Spirito mais elle se fera intégrer dans les FFI, comme des milliers d’autres, qu’en… 1944.

Rappelons à ce sujet, pour parenthèse à propos des flatulences de madame Morano, reprises à loisir par la réaction et la petite pensée commune à propos des réfugiés syriens, que concrètement, la résistance en France, ce n’est pas plus de 3000 personnes avant le débarquement, 40.000 dans les derniers mois de la guerre et plus de deux cent mille après la guerre…

Et évidemment dans cette logique, fort de la confusion au sujet de la raison réel de sa Légion d’Honneur, et qu’elle doit surtout à ses relations et à feu son mari, elle va assortir son habit de super espionne de celui de super résistante. Or, si on sait depuis 2015 qu’elle a bien hébergé des paras américains, le reste de sa carrière de résistante est largement objet de polémique. Reste que finalement, en 1945, « l’héroïne des deux guerres » comme la qualifie la presse est élu conseillère à la mairie du IVème arrondissement de Paris, et le 13 décembre propose un amendement au sujet de la fermeture des maisons closes. Amendement qui va se généraliser à l’ensemble du territoire notamment sous son influence et celle du ministère de la Santé. Mais 6 ans plus tard, dans son livre l’Appel des Sexes, elle reviendra sur cette décision et dira qu’elle a obéi à la pression de ses amis politiques. Reste que Marthe Richard l’ambitieuse demeure encore pour beaucoup la vertueuse putain qui après avoir connu l’enfer des maisons d’abattage traversera deux guerres sur le modèle idéal de la femme moderne et indépendante, aviatrice, espionne, résistante et femme politique. Or non seulement son élection n’est même pas légale puisqu’elle est toujours citoyenne anglaise, mais son indépendance ne reposera que sur ses riches maris et amants et leur capacité à obéir à ses caprices. Elle meurt en 1982, toujours au cœur d’une polémique autour de son rôle réel dans la résistance, et est enterrée sous le nom de Crompton au Père-Lachaise.

La putain, réservoir à fantasme

Lors du débat sur « l’abolition » de la prostitution et la pénalisation des clients, deux écoles de la bourgeoisie se sont affrontées. Bourgeoisie conservatrice et réactionnaire, notamment portée par le magazine Causeur en mal de coup publicitaire, et celle du progrès et de la morale représenté par les associations comme le Nid et Madame Belckacem en mal de cause universelle à fort potentiel droit de l’hommiste. En réalité, deux incorrigibles conceptions fantasmées de la prostituée qu’illustrent notamment les deux héroïnes sus nommées. D’un côté, la sympathique gagneuse avec laquelle l’homme de bon goût laissera aller sa frivolité. De l’autre, l’esclave exploitée et abusée, victime du rut d’une société patriarcale à laquelle se plient pourtant nos féministes avec un zèle comptable. C’est Moi Christiane F contre Mémoire de mes putains tristes. Une vision littéraire, imagée autant qu’imaginaire et notamment hétérosexuel et hétérodoxe tant de la prostitution que de la sexualité tarifée. Car dans ce cadre seront exclu travailleuses et travailleurs indépendants, femme au foyer arrondissant les fins de mois, étudiant(es) payant ses études (40.000 selon le syndicat Sud-étudiants) employé(es) essayant de doubler leur salaire, gigolo, homosexuel, transsexuel, et côté client un champ vaste qui va du passant de la rue Saint-Denis à l’handicapé. Du père de famille qui n’assume pas son attirance pour les hommes, à la dame d’un certain âge qui refuse de mettre un terme à sa sexualité parce que la nature et/ou la société lui explique qu’il est temps pour elle de s’intéresser plus à Julien Lepers qu’à son clitoris. C’est également une perception qui nie l’âge réel des prostitué(es) et implicitement nie de fait leur condition sociale réelle. Car des putes, il y en a de tous les âges jusqu’au troisième, et faute souvent de retraite, de protection sociale crédible, il n’est pas rare que certaine retournent sur le trottoir alors qu’elles ont l’âge de la camomille. N’en doutons pas ce n‘est pas à elles que l’inqualifiable Frédéric Beigbéder pensa quand il signa la pétition de Causeur entre deux lignes de coke. Et ce n’est pas non plus à ce gigolo de mes amis que pensait la ministre en imposant une amende aux clients de ces dames puisque bien entendu, pas plus que Madame Belkacem ne pète au lit, les femmes ne payent pour le sexe. Et par ailleurs, dans le cadre de la pénalisation des clients un déni sans appel de l’économie réelle de cette profession.

Moraline et négation

Puisque l’économie, le nouveau goupillon de l’épée libérale et bourgeoise, impose de percevoir la réalité par la statistique et les chiffres, offrons cette première grille de lecture. Dans les faits, la prostitution en France, c’est 36000 travailleurs et travailleuses du sexe officiellement, avec 85% de femmes, 10% d’hommes et 5% transgenres. C’est 30% de prostitué(es) de rue, 8% en salon ou en bar… et 62% à domicile, sur internet, autant pour la pénalisation des clients. Mais c’est également un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros et un coût social d’un milliard et demi. Que peut-on déjà conclure au sujet de cette fameuse loi qui prévoit une amende de 1500 euros pour le client et du double pour le récidiviste ? Qu’elle ne tient nullement compte de cette réalité : la transaction se fera d’abord dans les secrets d’alcôves du net. Donc si cette loi ne peut contrôler ni pénaliser le client qui possède une connexion et un domicile qui tente-t-elle de punir si lourdement ? Le client de rue, à savoir les pauvres. Cette même bourgeoisie de gauche qui se refuse désormais à pénaliser le racolage, à savoir le gagne-pain des prostitué(es) de rue, s’engage non seulement à la priver du gros de sa clientèle, mais mieux, à punir celle-ci d’avoir des besoins sexuels. Le message est clair dans l’imaginaire narcissique du progressiste, la prostituée n’est pas fautive, c’est le client, qui, à moins de s’appeler DSK et d’en avoir les moyens, ne doit pas vivre au-dessus de sa condition. Ami pauvre, reste chez toi et branle toi, c’est mieux. Sur l’autre versant c’était l’ami des Cocottes, Nicolas Sarkozy, qui avait proposé de punir le racolage. C’est la conception conservatrice de l’ordre bourgeois, celle du pas vu pas prit. Celle qui condamne en priorité les prostitué(es) et ne réclame rien de plus que leur vue soit cachée de tous. Cette bourgeoisie-là prétend donc ne pas faire de moral, seulement de la préserver. Mais ce qu’elle refuse en réalité de condamner, c’est ses propres pulsions sexuelles. Et c’est donc tout naturellement que se dégage la réponse des réactionnaires contre les progressistes. L’une plébiscite la prostitution, ou plus exactement sanctifie ses propres besoin sexuel en l’enrobant de l’habillage culturel, comme avec Mata Hari au musée Guimet, tandis que l’autre la condamne. L’une accepte l’homme dans son désordre, l’autre se propose de le réformer, et par le seul langage que connaît en réalité uniformément la bourgeoisie : la répression. Mais il y a bien une raison à tout ça, notamment à ce soudain intérêt des « socialistes » de se pencher sur un sujet qu’ils ont si parfaitement méprisé depuis Marthe Richard : le goupillon, le vrai, cette fois. Car on notera au passage dans ce débat qui n’est pas sans rappeler celui de la législation sur le cannabis, que cette fois la bourgeoisie compassionnelle ne parle pas du profit qu’on pourrait tirer en légiférant avec la prostitution et non contre, elle met exclusivement en avant les réseaux, la traite et bien entendu, l’exploitation de la femme dans une tentative en réalité de punir ce qu’elle considère comme une sexualité déviante, la sexualité masculine. Car d’une, il serait parfaitement immoral de la part de l’état de profiter des prostitué(es) de deux la prostitution n’est ni autorisé ni interdite, elle est reconnue. Comme on reconnaît un fait, par exemple : tiens, j’ai tâché mon pantalon.

Nid contre Strass.

La réalité comme toujours est différente. Dans les faits la loi interdit de tirer profit financier de son corps afin de satisfaire des besoins sexuels. Dans les faits donc, la loi française interdit de tirer librement profit de son propre corps, adulte consentant ou pas. Ainsi fait, pas question d’être salarié pour le travailleur du sexe et s’il veut se mettre à son compte, il devra se faire enregistrer comme travailleur indépendant. Car bien entendu, l’ordre bourgeois qui n’aime pas la concurrence, interdit au proxénète de tirer profit des putains, mais s’autorisera à le faire au nom de la chose publique. Et toujours dans cette acceptation de cet ordre qui domine la société française, l’aide sociale reversée par prostitué(e) s’élève à la somme farubileuse de  65 euros, par an. Concrètement qu’est-ce que toute ces démarches pour une fille qui voudrait précisément sortir des réseaux pour se mettre à son compte ? Un frein voir un mur infranchissable pour qui connaît l’épreuve de force qui est déjà complexe pour un Français, alors une Kosovare ou une Nigériane… Oui, car figurez vous qu’il existe sur cette planète des femmes qui, pour une raison ou une autre, ne pensent pas spécialement à sortir de la prostitution, ne serait ce que parce qu’elle leur offre une indépendance que ne leur ménagerait pas une autre forme de prostitution, bien connue des cocottes comme Marthe Richard, le mariage. Pire, il existe des femmes et des hommes qui y trouvent leur compte et pas seulement financier. Ce sont ceux-là, travailleurSE du sexe dans leur ensemble, prostitué(es) acteurs et actrices du porno ou opérateurs de téléphone rose que le Syndicats du Travail Sexuel ou Strass se propose d’aider et de défendre. Proche d’Act Up, ce syndicat autogéré de professionnels et qui se réclame d’un féminisme pro sexe, a été fondé en 2009 avec l’appui de l’Assise européenne de la prostitution et plusieurs réseaux professionnels d’aide comme le International Committee for the Rights of Sex Workers in Europe ou le Global Network of Sex Work Project. En lutte contre la pénalisation des clients, le Strass reporte également régulièrement la réalité du terrain tel que vécue notamment par les prostituées chinoises dans le cadre de la loi. Car en réalité abolir, dans l’esprit, c’est arrêter et expulser. Pas de ça chez nous allez racoler ailleurs, le délit de racolage à l’échelle du monde, une certaine idée de l’Europe à la mode « socialiste ». Mais le Strass c’est également un minuscule syndicat fort d’à peine 500 membres, face à un mastodonte, le Nid, ou plus exactement le Mouvement du Nid.

 
Crée en 1937 suite à la rencontre entre Germaine Campion, prostituée aux Halles malade alcoolique et le père André-Marie Talvas, proche de l’Action Catholique Ouvrière, le Nid, organisation abolitionniste, sera nommé expert es prostitution pour l’élaboration de Vatican II et l’église élèvera la prostitution au rang « d’offense à la dignité humaine. ». Mais ce n’est pas nouveau puisque en réalité cette conception bourgeoise et victimaire de la prostitution ne nous vient non pas des pays scandinaves comme nous l’avait vendu madame la ministre, ni de Marguerite Yourcenar ou autre héroïne de la gauche pensante, Louise Michel ou même Marthe Richard, mais de Joséphine Butler, 1828-1906. Féministe historique, militante pour l’éducation des femmes, n’hésitant pas à aller faire campagne contre les MST et parler sexualité en public au scandale d’une Angleterre victorienne. Elle militera contre la prostitution enfantine et la régulation étatique de la prostitution. Lutte qu’elle mènera à un niveau international. Cependant, elle est profondément chrétienne, femme de pasteur, et tout à fait convaincue que les prostituées sont victimes des pulsions mâles. Une conception tout à fait relative à la seule morale chrétienne, dans son acceptation bourgeoise, n’en déplaise. Puisque si on s’en réfère à la fameuse affaire de la lapidation, le Christ dit « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » pas « han non mais trop pas quoi vous les mecs, vous pensez qu’avec votre bite »

 
On notera cependant que tout catho chrétienne et abolitionniste, le Nid est, il a fait appel de la décision dans l’affaire du Carlton, en cas où tout le monde aurait oublié que l’une des filles parle de sodomie forcée et de viol. Et que ses moyens lui ont également autorisé à commander une étude sur la prostitution en France et que c’est par elle que j’ai ces précieux chiffres. On notera également que même en gonflant le discours et la tête de madame la ministre, le combat de Joséphine Butler pour l’abolition et la non-régulation de la prostitution par l‘état, intervenait dans un contexte qu’on peut facilement qualifier de sauvage en ce qui concernait les couches populaires. Pour faire un nouveau parallèle avec la législation sur le cannabis, à l’époque du Volstead Act l’Amérique souffrait réellement d’alcoolisme et seules les autorités religieuses se sont inquiétées. Comme à l’époque de Miss Butler la prostitution était si atroce et sans limite, en réalité, que l’abolir et la tenir loin des mains d’un état marchand pouvait paraitre comme la seule solution descente.

 
Reformulé sous les airs proprets d’une sociale démocratie à la suédoise, qui comme le Royaume-Uni ou l’Islande ont également pénalisé le client, la bourgeoisie compassionnelle se garde bien d’associer le pragmatisme hollandais, pas plus qu’elle ne le fera dans le cas du cannabis du pragmatisme portugais. Au Pays-Bas la prostitution est légale et encadrée par une loi-travail classique qui protège de travailleurSE du sexe. Et pour lutter notamment contre les réseaux, en 2009 le cadre législatif a été renforcé, avec par exemple la mise en place de licence pour les agences d’escort girl. Peut-être est-ce à cause de la présence des putains d’Amsterdam si chère au belge d’une nation maritime, mais la prostitution n’a jamais été un crime chez nos voisins néerlandais. J’oserais bien proposer à Madame Belkacem d’aller vivre dans un port, et d’y rester, mais j’aurais trop peur qu’on me traite de sexiste.

J’achète donc je baise.

L’affirmation quasi-darwinienne et régulièrement assénée que le pouvoir est sexe, et que l’argent est le moteur du pouvoir, conditionne à poursuivre l’un pour avoir l’autre. Notre grade de reproducteur alpha offert par l’accumulation de biens, le nombre de verre de cristal en notre possession comme affirmation de notre empire sur le monde. Je suis parce que j’ai et parce que j’ai, je peux, j’ai le droit. Et en toute logique, ne plus posséder quand on a eu inhibe. Conditionné par cette pensée normative où chacun est finalement appelé à rester à sa place, on se refuse à des rencontres parce que sans argent, possession, machin de marque, on se dit qu’on assure plus. C’est nos plumes de paon à nous, le billet en guise de parade amoureuse. Avec, en cas où on tenterait de faire abstraction, jamais loin, une réclame, une proposition assortie d’un peu de sexualité pour vous érotiser en permanence. Car la publicité n’active jamais que nos pulsions de survie, manger, se reproduire, se loger et s’habiller. Et ce qui n’est plus de l’ordre de la survie, mais de la civilisation et des relations humaines, comme l’amitié, l’amour ou la famille, sont rattaché au même modèle. Il faut avoir des amis, il faut tomber amoureux dans sa vie pour connaitre la félicité, il faut avoir une belle et heureuse famille avec plein de gens qui sourient dedans. Au ressort de ça, le lambda sort sa carte bleue faute de pouvoir glisser autre chose dans la fente, et faites votre code pin… Non le pouvoir n’est pas plus sexe qu’autre chose, parfois, il est simplement effrayant, autant pour celui qui le possède que pour celui qui le désire. Et parfois, il est même inhibant. Non l’argent n’est pas synonyme de pouvoir. Marthe Richard ou Joséphine Butler ont fait montre d’un très grand pouvoir sur le féminisme bourgeois qui comme à son habitude n’en a retenu que les interdits et non la réflexion, la démarche et sa raison objective. Mais on est conditionné à le penser alors un jour, on se retrouve dans une dame qu’on a payée.

 
J’ai calé. Quand je l’ai senti fébrile à l’idée que je rentre trop vite, ça a coupé tout. Je me suis dit que j’étais dans une personne que je ne connaissais pas. C’était un genre de viol, en tout cas pour moi. J’étais pas venue pour ça. C’est pas pour moi, je ne suis pas un collectionneur, je suis un amoureux. C’est comme ça.

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