Porno Mundi

Comme tout à chacun, 98,8% de la population mondiale, malade, réfugié, SDF, taulard, curé ou sage femme, je me branle. Comme des millions de personnes à travers le monde ma vie a été parée de période de célibat parfois longues, d’insatisfactions sexuelles ou de simple besoin d’une gratification pas chère et toujours disponible. La prostituée, ultime, de tous les temps, n’est pas biblique, a cinq doigts, et tombera enceinte en enfer selon un cintré à barbe. Si la prostitution est le plus vieux métier du monde, la masturbation est la pratique sexuelle la plus ancestrale, à la fois primitive et même fœtale. Un moyen sans impasse de faire aller une pulsion qui chez l’homme intervient biologiquement environs toutes les six secondes jusqu’à l’âge de soixante ans en moyenne. Et cristallise dans l’imaginaire des féministes à petits pieds une bestialité bien au-delà de l’ensauvagement réel d’une population masculine pourtant constamment sollicitée par la publicité, le rap pas cher, la pop pubère. Un acte dont Diogène disait « Ah si on pouvait ainsi faire disparaitre la faim rien qu’en se frottant le ventre ».

Du péché au conditionnement

Depuis toujours condamné par les églises comme le signe patent de pensées impures, muté en maladie sous l’impulsion d’un de ces nombreux ouvrages pseudo scientifiques comme il en pullulait sous les Lumières, il est parvenu tel quel dans l’imaginaire de la bourgeoisie du XIXème. Qui, fidèle à elle-même, se proposa même de punir, entraver, associer l’onanisme à des déviances psychiques. Et l’Amérique de bannir un homme adulte au seul fait qu’il se masturbait dans un cinéma porno et qu’il jouait le rôle d’un gentil ami des gentils enfants. Pas plus que la civilisation ne se décrottera de la barbarie, la société productiviste, propriétaire et matérialiste ne se décrottera de cette pensée XIXème, alors qu’on imaginait tout sous l’angle de l’innovation et de la machine. Époque des théories raciales, criminalistes, physionomistes, psychiatriques, et de leurs fumisteries. Pensée qui aujourd’hui nous solde, en ce temps de performance, au tabou de la misère sexuelle. La misère sexuelle dont on ne parle jamais et qui est pourtant absolument partout. L’industrie du seul sex toy représente dans le monde un marché de 22 milliards de dollars et celle de la pornographie en rapporte dix pour les seuls États-Unis, à raison de 28.258 visites de site porno par seconde sur la surface du globe. Si 60% préfèrent voir un film adulte en couple, sans préciser s’ils le font ou non, seul une personne sur dix n‘a jamais vu de film x, et 80% des femmes admettent en regarder. Portefeuilles et bourses se paupérisent à mesure que les écarts se creusent sur la planète libérale. Le travailleur contant fume son spliff devant Jenna Lala la reine de la pipe baveuse entre une décapitation dans Game of Throne et 10 heures sur GTA, une certaine idée du bonheur…

Le cinéma du génital et du fantasme

Le cinéma porno est né avec le cinéma. Dès que l’homme a disposé d’une caméra il a voulu filmer sa bite. Normal. Canal Plus, grand historien du cinéma s’il en est, qui inaugura son cycle commercial avec Le film de Claude Mulot, le Sexe qui Parle, se fit tout loisir de nous offrir quelques saynètes de ce cinéma muet là lors de son désormais mémorable Journal du Hard. Des scènes tournée le plus souvent avec des prostituées par des voyous et des proxénètes à chapeau melon, dans des chambres d’hôtel miteuses, des garages, des hangars. Mais c’est durant les années 70 que le porno a réellement explosé et s’est épanoui jusqu’aux années 80-90, jusqu’à la catastrophe Sida, jusqu’à la catastrophe internet. Deux films vont être séminal, si j’ose dire, de cette industrie aujourd’hui reine sans couronne, Derrière la porte verte et Gorge Profonde, sortis la même année en 72. Fondamentaux à plus d’un titre car installant à la fois la figure de la porn star, dans toute son acceptation tant fantasmatique que misérabiliste, que dans son mode de production et même ses scénarios et ses auteurs, du moins dans un premier temps. Car dans un premier temps Derrière la porte verte arrive en tête du box office tout de suite derrière le nouveau James Bond, Vivre et laissé mourir. Et Gorge Profonde, financé par le crime organisé, fait plus de millions que le Limier avec Michael Caine. Ce cinéma là est encore sur pellicule, il n’est pas réprimé par le racket de la morale, il fait sensation. Et d’autant qu’il est dans l’ère du temps d’une révolution sexuelle qui n’en a que le nom. Ainsi Derrière la porte verte propose des relations interraciales qui vont devenir un genre en soi dans l’industrie taylorisée et racialiste du cinéma américain, et Gorge Profonde, comme son nom l’indique, des fellations prononcées et qui sont devenus l’absolue norme aujourd’hui au point de la nausée, et ce n’est pas qu’une image…

Claude Mulot, réalisateur issu du cinéma classique, ami et scénariste du réalisateur Max Pécas, notamment pour l’inénarrable Z, On se calme et on boit frais à Saint Tropez, est également l’auteur de deux petits bijoux de scénarios, d’humour, d’érotisme et bien entendu de pornographie que sont donc le Sexe qui Parle et la Femme Objet avec Marilyn Jess dans le rôle titre, la Bardot du porno français d’alors. Le sexe qui parle c’est celui de l’héroïne, femme mariée insatisfaite qui va d’aventure en aventure à la recherche de son plaisir. Un sexe qui engueule le mari avec une voix de mégère, lui reprochant notamment de préférer la sodomie. Un sexe qui traumatise également sa propriétaire, installant une dimension presque psychanalytique au thème de la chatte en furie, et le sexe revendicatif comme un témoin d’une sexualité féminine tout à fait contradictoires tant des codes masculins dominateurs qui se sont imposés au monde du porno, que de la sexualité exclusivement cérébrale que sont censée vivre les femmes. Car cette nymphomanie ici est toute relative autant que soudaine à la culpabilité d’une petite bourgeoise qui s’ennuie, honteuse des manifestations de son appétit sexuel, bien attachée à son couple et à ses rituelles de consommatrice de 1974.

Dans la Femme Objet, Richard Lemieuvre, légende du porno français alias Queue de Béton, incarne un auteur de SF dont la sexualité hors norme, à nouveau, épuise toutes ses partenaires l’une après l’autre, jusqu’à ce qu’il fabrique un robot à l’image docile de sa femme idéale. Un idéal qui telle Galatée prendra possession de son créateur, réduisant le séducteur à son sexe, à ce qu’il est, à un rapport jamais si inversé que ça dans la domination en tant que pratique. On le voit donc un cinéma qui raconte, fait sens, construit tout en respectant son cahier des charges, à un million d’années lumières de l’usine à barbaque d’aujourd’hui. On pourrait également citer des œuvres américaines comme the Devil in Miss Jones, Café Flesh, film à sketch de saynètes tant surréalistes que pornographiques. Le porno, contrairement à ce que veut toujours nous faire entendre la morale bourgeoise n’est ni un cinéma sans histoire, ni un cinéma exclusivement borné par la licence, la vilaine, ridicule, misérable, pathétique, mais universelle branlette. Ce n’est pas non plus un seul monde uniforme à savoir tourné autour du seul argent, témoin de la misère humaine, autant des acteurs et actrices que de ses consommateurs. C’est aussi des gens, techniciens, comédiens, réalisateurs qui savent faire du cinéma, savent éventuellement jouer, aiment ça, et même qui osent avoir des ambitions cinématographiques encore aujourd’hui, en dépit de tout. Et croyez-moi il y a du boulot ! On pourrait citer Rêve de Cuir de Francis Leroi, ou plus récemment un des films les plus cher de l’industrie à ce jour, Pirate, et sa suite ou encore House of Sin qui fait du genre gonzo domination un must troublant. Le gonzo c’est une scène sans scénario, le sexe pour le sexe, la branlette pour la branlette, branlette taylorisée, je vais m’expliquer, et la domination une pratique et un genre qui commence à se généraliser avec son corolaire (optionnel), la violence.

Porno partout, jouissance nulle part

Le cinéma porno a autant été pénalisé que valorisé par sa labellisation et l’innovation technologique. En l’excluant du champ du cinéma traditionnel dont il emprunte pourtant tout à différent degré par l’interdit du x, la société bourgeoise a précisément mis en valeurs sa catégorie au lieu de la rendre « honteuse » comme pourtant elle est perçue par ses médias. Honteuse et motif des quolibets d’animateurs en rut devant l’ex porn star en pleine reconversion maladroite. Le label est devenu un phénomène en soi, un phénomène qui dans les années 90 emprunta en France, sous l’impulsion notamment de Canal Plus, des codes parallèles à l’industrie de la mode et du cinéma, et vis versa. Des codes parallèle qui par le biais du rap et de la pop acidulé d’ex chanteuse Disney en mode je découvre mon corps, s’invita à nouveau partout au point de l’impulsion essentielle et essentialisée d’une société qui se contemple dans l’autosatisfaction d’une fin de l’histoire morbide. Celle à laquelle invite le libéralisme économique. Et la putain pré pubère est née. Pendant que Naomi Campbell et Linda Evangelista faisaient planer la planète et couvraient les pages de papier glacé de leur majesté, Julia Channel et Tabata Cash pimentaient les soirées de Jean-Benoit. Pendant que Draghixia se pliait en tenue chic aux ordres d’un réalisateur, la mode se remplissait des codes du porno chic. Au point de l’interaction permanente que celui-ci exerce aujourd’hui avec les improprement appelés Reality Show. Mêmes muscles, mêmes tatouages, mêmes physiques, même esclavage de la jeunesse, Sado et les 120 jours de Porn’s ville. La pornographie comme expression corporelle fait ici seulement place à la pornographie de l’humiliation, de la bêtise et de l’arrivisme. Au point même où le cinéma traditionnel voit aujourd’hui le porno comme objet de transgression. Des ampoulades des précieuses ridicules du cinéma français avec le saumon fumé des salons du septième, Rocco Siffredi la pine transalpine, en passant par Gaspard Noé qui initialement devait faire un porno avec les deux comédiens d’Irréversible et y parviendra presque avec Love en passant pas Nymphomania de Lars Von Trier. Tout ça pour le grand scandale des associations proches de l’extrême droite, Citivas et l’orchestre de Touche pas à Mon Mariage. A côté de ça après avoir bénéficié à la fois de la technologie de la vidéo, plus économique que la pellicule, et des magasins idoines. Puis dans un premier temps d’Internet et sa formidable caisse de résonance, aujourd’hui l’industrie du porno s’essouffle.

La faculté de copier et compresser des images, d’en fabriquer soi-même à partir d’un seul téléphone, l’explosion des réseaux sociaux dédiés aux rencontres ou aux expériences sexuelles de Tinder à Chat Roulette, ont fait une concurrence sans précédent à une industrie toujours à la merci des prédateurs. Les maisons de production de la Vallée des Poupées survivent comme elles peuvent tirant leur part du marché en se spécialisant par produits, notablement concurrencées par la manne des sites gratuits, comme la chaine Pornhub et le groupe média MindGeek et que dénonçait déjà l’ex comédienne et thésarde Ovidie. Non pas en raison d’une concurrence déloyale que parce que pour alimenter le flux toujours énorme de demande, l’accès aux plus gros tuyaux du net, on diffuse et produit dans des conditions de moins en moins réglementées, respectueuses ni de la santé ni des personnes qui travaillent dans ce métier et pourtant soulagent le ventre de milliards d’hypocrites des deux sexes. Une anarchie professionnelle qui s’assortit, comme je le disais, de violence.

Violent shit !

La violence dans le porno, de son propre aveu, c’est Rocco Siffredi justement qui l‘a initié. Le sexe dynamique comme il l’appel… La dynamique consistant à se prendre son chibre photogénique au fond de tous les orifices qui lui plaira, claques et crachats dans la gueule sans option. Je sais pas pour vous mais moi j’appelle ça du viol. Et c’est ça qui fait fluter le parisianisme de la gauche aux truffes aux mocassins à gland de Finkielkraut et la lyre de Causeur, un vieux barbon body buildé, aux genoux ruinés par les parquets et les bords de piscine (comme de nombreux professionnels) violant des gamines de l’âge de son fils. On comprend mieux DSK et ses indulgences… Au reste un de ses poulains, James Deen, qui de son propre aveu admet ne pas connaitre d’autre sexualité que celle qu’il a apprise en se branlant devant des films puis plus tard sur les sets, a été accusé de viol par son ex compagne la Stoya, productrice, réalisatrice, écrivaine, journaliste, militante et actrice ; ainsi que par quatre autres comédiennes. Mais au-delà même du transalpin, la demande est telle et le besoin égal d’occuper le terrain que la violence s’invite partout, à toute occasion. De la fille qui vomit sous les hourras de son partenaire parce qu’il lui force la gorge à la coloscopie en passant par pire, bien pire… cela vire au snuff. Et ce encore une fois face à une hypocrisie de la censure qui non seulement taxe à 20% mais normalise les pratiques. Et toujours Ovidie d’expliquer qu’un film ne passe pas sur le câble si la fille est doigtée avec quatre doigts au lieu de trois. Car pour survivre et répondre à la demande le porno s’est sectorisé, normé, musclé, tatoué, épilé et piercing dans la langue. Les pratiques sont délimitées, codées, minutées, on fait du fric coco. Les films répondent à des normes également codées, Gonzo, Milf (Mom I like to fuck, en gros les femmes mûre) Donjon, Gros Cul, Casting ou Amateur, et les films saucissonnés en gymnastique sans aucun rapport avec nos sexualités réelles ou même fantasmées. Qui a bien donc pu rêver un jour d’être obligé de tenir sa partenaire par le pied tout en se tenant de trois quart, angle de caméras oblige ? Qui en dehors d’une frange de malades somme toute limitée, peut sexuellement se repaitre d’une fille occupée à sucer un cheval ? Et dans l’ordre se déroulent, cunnilingus, fellation, dit BJ, pour blow job, madame sur monsieur de face dit cowgirl, missionnaire, madame sur monsieur de dos, dis cowgirl inversé, levrette et de plus en plus régulièrement sodomie…. Mais vous savez tout ça puisque vous en regardez tous n’est-ce pas ?

Poulet en batterie

Dans cette logique industrielle, l’ouvrier du sexe est plastifié, botoxé, collagèné, charcuté. Des vieilles gloires débarquent sur les plateaux avec des bouches en canard, des fesses hottentotes et des seins de 105 dans une formidable foire à la saucisse et au jambon comme le sont les salons du x. En dépit de toute sa glamourisation, le sexe triste reste le sexe triste. Les hommes n’ont plus de tête, bites anonymes en forme de tronc. Car c’est une sexualité essentiellement immature où même les dimensions de ces messieurs ont prit le pas de la mode selon des codes mêmes racistes, les noirs ayant forcément des pénis anormalement prodigieux. Une sexualité à peine pubère, sans regard, ni de la plus part de ses acteurs et producteurs, ni surtout de ses spectateurs qui consomment comme on visite le dernier Houellebecq au rayon tondeuse. Indifférents au sort de ces gamines, actrices, violées, battues, humiliées, souillées de sperme du soir au matin, et qui plus est sous leurs yeux. Indifférents également au sort de ces hommes, obligés d’éjaculer sur commande, sans plaisir, de prendre des produits et de suivre régimes et entrainements pour ressembler à la poupée Barbie des fantasmes infantiles d’une classe dominante qui les forces à baiser sans arrêts et de plus en plus pendant des heures. Les mêmes fantasmes qui finissent par nourrir l’imaginaire et la sexualité des gamins. Des fantasmes consuméristes de la satisfaction immédiate qui font croire à la génération Y que la célébrité est l’alpha et l’oméga d’une vie réussie alors qu’elle offre généralement pas beaucoup plus que l’agrément d’une table réservée chez Gucci-Gucci, le restau dernier chic de Miami, Floride, et l’assurance d’une vie ratée et solitaire. Que les choses ne se produisent pas comme dans les dossiers de presse, que Mozart est mort et même lui n’a jamais renouvelé le prodige sans protecteurs, que de ne pas avoir d’impact sur le monde compte moins en entreprise que d’en avoir sur la compta.

A partir de onze ans et parfois plus jeune, les enfants ont assisté sans contrôle à ces scènes qui au-delà de la seule question morale donne une éducation sexuelle en forme d’usine à viande, 850 putains minute, peut mieux faire ! Et ça ne fait que commencer. Le marché, entre les nouveaux matériaux, la réalité virtuelle et la robotique, à un avenir d’autant inimaginable que le principe d’une sexualité non performante, « épanouie » est vécu comme anormale alors qu’elle est la norme. La frustration sexuelle comme dénominateur commun aux pays musulmans, en tête des fréquentations, aux russes et aux américains dans une société qui dit-on se féminise alors que cette taylorisation témoigne d’une objectisation de tous, indifféremment des sexes et des êtres. C’est la rationalisation marchande des relations humaines de Facebook à Twitter, sorte d’éjac faciale de l’égo roi en 140 signes. La programmation des gestes intimes au travers d’une grille de lecture mécaniquement répétée. Le sexe vu par des nazis. Et là dedans des travailleurs et des travailleuses du sexe qui ne sont ni réellement protégés juridiquement, ni surtout sur le terrain de la santé. Pas d’agent pour le comédien de porno français, car tirer des bénéfices d’une activité sexuelle tiers ferait du contrevenant un proxénète. A Budapest, l’Xwood d’Europe, un seul laboratoire délivrait les certificat de conformité sérologique en 2014, et si la législation a obligé les productions Marc Dorcel et associés au port du préservatif, cette disposition est un point de détail d’un porno américain qui alimente pourtant câbles et internet. Quand ce n‘est pas les acteurs eux même qui refusent d’en porter, comme Siffredi, encore lui. Du coup régulièrement l’industrie connait des alertes aux MST et des comédiens mis en quarantaine ou décédé. Car on décède aussi pas mal dans cet univers et notamment à cause de la perception que la société a autant de la sexualité au sens large que de ses acteurs. A qui on ne prête jamais d’autre attention que celle d’animal pornographique, créature de zoo.

Ceci n’est pas une pipe.

Focalisation et connaissance de son corps. Certain comédien se revendiquent comme des performeurs plutôt que d’authentiques acteurs au même titre que les danseurs de rue, les stripteaseuses ou les cracheurs de feu. Et d’autres sont castés pour leurs talents de comédien par un cinéma chic toujours prêt à s’encanailler avec ces figures de nos pratiques « honteuses ». Pour les hommes comme les femmes de cet univers, une scène de sexe n’est pas une scène de « faire l’amour », ce n’est d’ailleurs même pas une scène de sexe mais de pratiques sexuelles devant une équipe de tournage au complet. Comme un cours d’anatomie prodigieuse avec son lot de fatigue, pannes, scènes interrompues pour telle raison technique, ou exigence des participants. Salieri, réalisateur italien très attaché au cinéma porno qui raconte quelque chose, et bien plus occupé par le cadre et la lumière que par ses acteurs ou leur performance, les entraine à baiser parfois pendant huit heures d’affilées à force de travailler ses scènes, comme en témoignait Katsumi, aujourd’hui retraitée des plateaux. Des scènes toujours tarifées par pratique, une pipe moins chère qu’une double pénétration ou DP, dit également double-peine dans le milieu. Pour des salaires moyens oscillant dans les meilleurs des cas entre 700 et 7000 euros pour une star. Et je précise dans le meilleurs des cas, puisque entre le proxénétisme, la prostitution, les amateurs, et les malhonnêtes, hors des boites de prod respectueuses des lois et plus nombreuses qu’on ne le croit, les comédiennes se retrouvent parfois piégées sur des plateaux à devoir se faire baiser toute la journée et des manières les plus avilissantes qui soit, comme le racontait de son côté Laure Sainclair et en témoignent régulièrement des gamines qui se lancent dans ce métier, car s’en est un, pour payer leurs études ou l’espoir d’une célébrité wharolienne. Et un métier où tous n’ont pas cœur à respecter ceux qui les nourrissent. Et à nouveau James Deen d’être montré du doigt pour ne pas respecter les normes d’hygiène ni payer correctement ses comédiennes, ou chez nous Pierre Woodman, ancien flic passé violeur en cadre légal qui pour tourner chez lui oblige les filles à coucher avec lui, avec une spécialité dans l’anal… Des proxénètes et des violeurs, rien de plus, et laissé en liberté parce que la société du spectacle ne veut surtout pas connaitre sa coulisse sinon sous l’or du show must go on. Et il va.

Col rose

La plus part des comédiennes, venues du striptease, du mannequinat lingerie, ou sorti d’une vie d’infirmière ou de caissière, doivent pour gagner leur vie, survivre, et particulièrement en France où le porno est en berne, enchainer salon de l’érotisme, boite de striptease, spectacle live, séance photo et également parfois boulot d’escort girl comme l’admit Liza del Sierra, ou Lou Charmele, deux stars de notre porno nationale. Or comme avec le cinéma traditionnel, dans une société où le corps n’est pas une marchandise selon madame Belkacem, les femmes sont jetables. Passé un certain âge, un certain moment dans leur vie d’athlète, elles doivent penser à la reconversion avec la difficulté supplémentaire de n’être connue que pour ses parties génitales. Certain tenteront d’imiter quelques stars du métier en se lançant dans la chanson ou le cinéma, d’autres parviendront au statut royal de marque, comme Jenna Jameson, Traci Lords ou Clara Morgane, nombreuses passeront du côté technique, productrices, réalisatrices, avec parfois des intentions militantes comme Ovidie, la Stoya ou Sasha Grey que l’on qualifie à tort d’être féministes. Et pareil pour les hommes qui en plus d’être moins bien payés (pour une fois) pour un exercice plus difficile physiologiquement parlant, n’ont jamais voix au chapitre du misérabilisme féministe. Pas plus finalement que l’ensemble des professionnels de ce métier à qui on prête systématiquement une vie forcément désastreuse, des violences à répétition, des destins ratés. Ceci dans la bonne interprétation de notre morale judéo-chrétienne et bourgeoise de la catin et de ses clients. Et on en revient à ce terme impropre de féministe attribué à des performeuses comme la Stoya car revendiquant un porno « éthique » si l’on envisage le féminisme telle qu’il se présente. Agressif, castrateur, misérabiliste. Un féminisme qui veut que les acteurs soient d’affreuses bites sur patte, les mâles des abrutis avec des testicules à la place de l’âme. Que les comédiennes souffrent, ne jouissent jamais, se font systématiquement exploiter. Bref Causette et les Ténardier, toute la lyre des Misérables à l’Assommoir. Sacha Grey, adepte des pratiques extrêmes et la Stoya qui resta un moment avec Deen le dominateur agressif. Liza del Sierra qui avoue avoir découvert et s’être épanouie sexuellement avec le porno, et toujours la Stoya, de son vrai nom Jessica Stoyadinovitch, 29 ans, déclarant volontiers de nombreux orgasmes sur les tournages, tout en traduisant à l’image une joie et un plaisir non simulé et communicatif. Toutes rompent avec la figure de cette sexualité féminine voulue par la morale bourgeoise défendue par le féminisme des Belckacem et autre ridicules avec ou sans particule. Une sexualité hygiénique, cérébrale, forcément mature car vouée à la maternité, soumise, et si possible avilie, violée, agressée en permanence par un homme en rut, une bête qui ferait bien de se répandre en excuses, platitudes et autres actes de contrition. Une vision à vrai dire totalement infantile des hommes et des femmes de ce métier, et en général. Où les actes d’agression sont parfois réclamés par les filles elles-mêmes, comme en témoignait Siffredi ou Pascal Saint James à son grand désarroi. Où les pratiques extrêmes collent en réalité à la seule sexualité des performeurs. Où enfin des professionnels prennent goût à ce qu’ils font car après tout ils le font bien et se mettent à leur tour à filmer leurs camarades dans le respect de leur travail et des lois. Car au-delà des rituels et des normes, les boites de production comme ces professionnels s’adressent à un marché spécifique qui s’étalera du solitaire devant son ordinateur au couple cherchant à pimenter sa soirée.

Reste que la vie affective toujours problématique et sexuelle en dehors des plateaux. Cette image que l’on porte sur soi partout où on va et qu’encore une fois certain assument parfaitement comme Lahaie, Ovidie ou Christopher Clarck et d’autres pas du tout faisant les gorges chaudes de ce féminisme de pacotille comme Beladonna quand elle raconta sa grossesse problématique et ses MST. Beladonna qui est par ailleurs une performeuse revendiquant l’agressivité et la prodigalité de sa sexualité au même titre qu’un Siffredi ou un Nacho Vidal, le Siffredi espagnol, un de ses anciens compagnons. Une sexualité féminine qui est au féministes ce que les flatulences sont aux princesses. Et une sexualité masculine forcément triomphante et perverse, niant souvent la bisexualité de nombreux comédiens et comédiennes et surtout qu’il y a chez eux, hors plateaux, autant de désirs et de fantasmes variés, banals ou non que chez leurs spectateurs…. et accessoirement une misère sexuelle équivalente.

Le débat du jeu vidéo, film, disque influant l’imaginaire du dit spectateur revient régulièrement à façon de caricature. On accuse la violence d’un Scream d’inspirer un psychopathe et on fait mine d’ignorer que le cinéaste favori d’Hitler n’était pas Leni Refienstahl mais Walt Disney. Pour autant on sait que les tueurs de Colombine étaient notamment influencés par Matrix. A force de répétition d’une grille de lecture mécanisée c’est moins la reproduction que l’on réalise que l’acceptation. L’acceptation que tout, du sexe au plaisir, des relations humaines aux individus sont des marchandises. Finalement le libéralisme c’est le quatrième Reich dont l’industrie moderne du X est un symptômes plus que signifiant, la croix gammées reléguées par un godemichet de compétition.

Pour en savoir plus : http://www.lesinrocks.com/2016/01/10/sexe/stoya-lactrice-trembler-lindustrie-x-11796375/

Et

https://www.youtube.com/watch?v=Qy5hIELMEco

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