Black Bush : Analyse d’une supercherie

Après deux mandats et un bilan contrasté, entre échec (notamment contre le lobby des armes) et la demi victoire du Obamacare, Barack Obama laissera sans doute dans l’histoire le souvenir d’un homme élégant, communicatif, drôle, snob et, quand on examine sa politique étrangère, globalement dangereux. Une gouvernance tout en style et en classe et hélas en pas grand chose d’autre, qui laisse derrière lui une Amérique plus fièrement raciste, mesquine, inculte que jamais, l’Amérique de l’agent immobilier orange, la revanche des mimiles et des banksters de Wall Street. Mais n’allons pas trop vite en besogne et revenons en Obama, l’homme qui a sa place réservé à Hollywood, et à celui qui lui donné le pouvoir finalement, son cousin du Texas, George W. Bush Jr.

 

Les français et l’Amérique, un rapport amour-haine

Les français sont passionnés par la politique. Aussi déçus soient-ils des carriéristes qui se succèdent, c’est un sujet qu’ils abordent régulièrement. Ça ne lasse pas d’interroger nos amis anglo-saxons. Particulièrement au sujet de la politique étrangère. Vous vous ennuyez à table et vous avez envie d’un peu d’animation ? Lancez le sujet de la Syrie par exemple. En quelques minutes vos convives jusqu’ici si policés et convenables se transformeront en tribuns de la géopolitique, capables de tout vous expliquer d’un conflit et les enjeux dudit conflit, quand bien même personne n’y comprend grand-chose. Les français sont généralement cultivés, ils se souviennent de leurs cours d’histoire, et comme un tiers de la planète, ils ont internet. Mais il faut bien avouer que globalement ils projettent, comme l’ensemble de la classe politique française, beaucoup plus leur perception du monde sur l’actualité que l’actualité ne projette sur eux une nouvelle perception du monde. Dans l’imaginaire des français par exemple, nous sommes une nation importante qu’il faut écouter, particulièrement l’Europe, et surtout, les Etats Unis. Si les anglais par ironie appellent parfois les USA l’ancienne colonie, il ne fait aucun doute dans l’imaginaire des français que les Etats Unis sont la petite sœur de la France sans qui l’indépendance n’aurait jamais été possible. Et à la limite, s’ils nous ont sauvé les fesses par deux fois, c’est parce que nous les avons autorisés à le faire. Car oui, la France n’oublie ni 1917, ni le Débarquement, et il est difficile d’accepter pour une nation glorieuse et cultivée d’avoir été libérée par une bande de veaux incultes mâchant du chewing gum. Car c’est un peu l’image que la France (et pas seulement) a des américains, un peuple de balourds. C’est même parfois l’image que les américains ont d’eux même vis-à-vis des européens et de la France en particulier. Cette sophistication qui manque si cruellement là-bas, et qui est absolument partout ici. Enfin… en théorie.

De fait le rapport qu’entretiennent les français avec les Etats Unis est un mélange complexe d’amour et de haine. Un mélange de complexe d’infériorité marié à un sentiment très illusoire de supériorité. Quand Dominique de Villepin fit par exemple son discours à l’ONU, c’est comme s’il avait littéralement sauvé l’honneur de la France d’années d’humiliations où la si glorieuse nation s’est vue reculer dans à peu près tous les domaines. Culturel, économique, politique, géopolitique. C’était De Gaulle qui sortait de sa tombe et beuglait vive le Québec libre. Cambronne et son fameux merde. Cyrano et la tirade du nez. Un mélange de panache, d’arrogance et d’indépendance frondeuse qui ne pouvait que séduire la mythologie que tout citoyen d’un pays entretient à propos de lui-même et dudit pays. A tel point que Villepin s’est même cru un destin politique sur la base de ce seul discours et d’une certaine plastique néo romantique qui le faisait se comparer lui-même à un hussard de la politique, comme nous avons eu des hussards dans la littérature. Nos hommes politiques regrettant tous de ne pas être écrivains, et nos écrivains se prenant tous pour des figures de la postérité historique.

Dans cette logique haine/amour qui permet de laisser cohabiter dans une même personne la passion du cinéma hollywoodien, et le rejet de la politique américaine (qui sont pourtant intimement liés), nous avons un rapport à la fois naïf et très paternaliste avec ladite politique. Nous y calquons très souvent notre propre bi partisme, projetons sur ses lois et sa culture notre perception toute personnelle du modèle démocratique que nous avons contribué à inventer. Et rejetons en bloc tout ce qui ne s’attache pas à cette perception. La loi sur les armes par exemple, que protège en théorie le 2ème amendement, peut être différente d’un état à un autre, il est établi que les américains adorent les armes, en possèdent des quantités astronomiques (ce qui est vrai) peuvent en acheter absolument partout (ce qui est faux) et feraient définitivement mieux d’abandonner cette idée saugrenue qui fait des milliers de victimes chaque année. Quant aux défenseurs de la détention d’armes, ce ne sont qu’un ramassis de blancs, abrutis de télé, et largement influencés par une extrême droite chrétienne américaine et la NRA. Jamais, quand nous abordons le sujet en France, nous ne citons la Suisse, qui a quasiment les mêmes lois sur le sujet, où chaque citoyen mâle de plus de 18 ans possède son fusil d’assaut personnel, en tant que conscrit éventuellement mobilisable. La France est un état régalien, il est tout à fait impensable pour un français que l’exercice de la force soit laissé au citoyen. Tout à fait même impensable que la constitution d’un pays autorise par principe sacré au dit citoyen de se révolter contre un état qu’il jugerait tyran. Ce que ne propose en réalité rien de moins que le fameux 2ème amendement. En France nous avons fait la révolution, institué une relique sacrée qui s’appelle la République, avec un R majuscule comme dans Royauté, elle est au-dessus de tout, même de la liberté individuelle, même si la république tombe aux mains de voyous et d’incompétents. Il n’est pas d’ailleurs venu l’idée à Pétain de changer l’intitulé, quand bien même il prônait la « révolution nationale » et était influencé par des monarchistes comme Maurras.

Mais je m’égare…

 

George Bush Jr, le crétin qu’on aimait haïr

Ainsi, pour en revenir au discours de l’ONU, nous étions d’autant plus fiers qu’il s’agissait pour nous de dire non à ce qu’ici même nous considérons universellement comme un con de premier ordre, une buse fabuleuse, George W. Bush Jr. Les médias français ne faisant pour l‘essentiel que s’aligner sur les médias américains, en terme d’opinion, de style, ou même d’émission, nous avons tous appris par cœur la scène où Bush ne peut citer le dirigeant du Pakistan, gloussé quand il s’est étouffé avec un bretzel, choqué et amusé à la fois de le voir faire un doigt aux journalistes comme un ado en pleine montée de sève. Nous avons parfaitement joué le jeu d’une campagne média visant à nous démontrer que le candidat républicain était un crétin à peine capable de diriger un pays, et bien entendu accueilli à bras ouvert son concurrent démocrate Al Gore, auréolé d’un discours écologiste tout à fait à la mode. Et quand les élections lui ont été littéralement volées, nous avons réagi comme il se doit, avec scandale, toujours dans cette acceptation que Bush était incompétent, que sans l’aide de son frère et de papa il n’aurait même pas atteint la Maison Blanche. Nous n’avons pas vu le coup d’état qui se préparait, n’avons pas réalisé que George Bush Junior était bien plus dangereux que stupide, nous n’avons pas non plus compris le désespoir des américains à le reconduire dans ces fonctions pour qu’il en termine une bonne fois avec cette guerre honteuse et fabuleusement dépensière que lui et ses amis se sont organisés.

Car il faut bien dire ce qui est, si la guerre en Irak et en Afghanistan a été ruineuse pour le citoyen américain, elle a été une fabuleuse martingale pour les amis de George Bush. Mais pas seulement ses amis américains, contrairement à ce que nous croyons ici. Par exemple, la manne pétrolière a été partagée avec les italiens, les anglais, les chinois… et les irakiens eux-mêmes. Et s’il n’y avait que le pétrole… la reconstruction de l’Irak représentait une manne potentielle de 435 milliards de dollars… Halliburton (dont Donald Rumsfeld fut un des directeurs) KBR (filiale d’Halliburton) Carlyle Group (dont sont actionnaires les Bush) Dyn Corp (déjà sous contrat avec le Pentagone) ou aujourd’hui France Télécom ou Alstom et tant d’autres se sont faits et se font une fortune avec ces guerres.

Il y a toujours eu des profiteurs de guerre. Et les Etats Unis, nation guerrière entre toutes, a toujours utilisé la guerre pour faire des affaires. Ou l’inverse… Du Plan Marschal en passant par les invasions du Panama, du Vietnam jusqu’à aujourd’hui, les américains le savent parfaitement, le Big Business a suivi, quand il n’a pas précédé.

Or en France, que nous soyons de droite ou de gauche, dans l’acceptation générique que nous donnons de ce bi partisme, si nous percevons diversement le capitalisme, nous considérons généralement que le capitalisme américain c’est le mal. Notre perception de la politique de Bush donc se résumait à un hold-up fomenté par un crétinoïde à peine capable de lasser ses chaussures. Et rien d’autre. D’autant rien d’autre qu’en plus de tout ça, Bush était un chrétien affranchi, affirmant sans rire que Dieu était de son côté. La France étant en plus un pays laïc qui se plaît toujours à bouffer du curé en amuse-gueule (toujours dans la perception « révolutionnaire » qu’elle a d’elle-même) cette image caricaturale de l’américain type ne pouvait que nous satisfaire dans notre sentiment de supériorité.

 

Islam, un nouveau marxisme.

Cette image est importante pour ce qui va suivre. Car, pour être tout à fait juste, ce portrait caricatural de Bush Jr était globalement partagé dans les médias européens. Les anglais, toujours critiques avec leur « ancienne colonie » d’autant que ces guerres y faisaient des victimes, les Espagnols, pour les mêmes raisons, et bien d’autres. L’image globale qui ressortait en France n’était pas, contrairement à ce que nous imaginons ici, le fruit de notre seul esprit sophistiqué, mais celle véhiculée par les médias, sans jamais, en réalité ne relever réellement la « révolution » silencieuse, ce que j’appelle ici un coup d’état, que Bush, aidé par le 11 septembre, fit aux Etats Unis. Je parle bien entendu des lois d’exception du Patriot Act qui non seulement concerne toujours les américains eux-mêmes et attaque frontalement la constitution américaine, mais n’importe qui dans le monde, quelque soit sa nationalité, sa fonction, ou même sa légitimité.

Car, corollaire légal et logique de la Guerre contre le Terrorisme, le Patriot Act est global. N’importe qui dans le monde peut être convaincu de terrorisme, enlevé, tenu au secret dans une prison idoine, jeté à Guantanamo, torturé ou même assassiné sans qu’aucune loi de son pays propre ne puisse l’empêcher. Et les cas sont très nombreux à ce sujet. Pour ceux qui fantasment sur la constitution d’un Ordre Nouveau et d’un gouvernement global, vous pouvez arrêter de cauchemarder, c’est fait. Ça n’a en apparence pas la moindre forme totalitaire, ça se « justifie » par des actes terroristes bien concrets (exactement comme dans 1984 au demeurant) et ça repose sur une collaboration atlantiste et consensuelle de vieux partenaires. Le tout en se payant le luxe, dès le départ de la guerre, de se passer totalement de l’avis de l’ONU, le supposé « gouvernement mondial » actuel… et comble sur la base d’un mensonge avéré ! Ça n’a d’ailleurs même pas l’apparence d’un ordre nouveau mais de la continuité d’un ordre et d’un monde ancien. Celui de la Guerre Froide où l’Amérique et ses alliés affrontaient un Nemesis global et identifié. Et au fond de ce point de vue l’Islam est devenu leur nouveau marxisme.

Il y aurait d’ailleurs long à dire sur ce parallèle et le mélange de fantasme qu’il propose dans la psyché occidentale. Entre angélisme et millénarisme, où l’on ne parle plus de conflit d’intérêt, ou de question idéologique mais carrément de choc des civilisations. Or il n’y a pas une civilisation islamique et une civilisation occidentale. Il n’y a pas de civilisations du tout. Il y a seulement des intérêts économiques divergeants, et, c’est important, au sein même de ces communautés définies. Les intérêts de l’Arabie Saoudite ne sont pas les mêmes que ceux de l’Iran, pas plus que ceux de l’Allemagne sont les mêmes que la France. Si c’était bien le cas l’Europe ne serait pas une usine à gaz et la NSA ne se sentirait pas le droit d’espionner le monde entier. Mais au-delà, les intérêts idéologiques même divergent. Pour autant nous avons ici cette image globale, concrète d’un Islam uniforme ou quasi, diversement paré d’intentions belliqueuses ou au contraire habillé de l’aura de l’idéologie mal aimée, la religion mal aimée, mais surtout et en réalité de la couleur mal aimée, celle de l’Autre. Car l’Autre est toujours en couleur (et mal aimé).

Et soudain l’Autre, justement.

 

l’Elu est noir !

Il serait facile ici d’être très critique avec la perception première qu’on eu les français de Barack Obama. Surtout immédiatement après ce qui apparaissait comme son antonyme, son anti thèse, sa contre théorie. Après l’Amérique Blanche Chrétienne (autant dire l’extrême droite en France) Républicaine. Très facile, si la Suède ne lui avait pas décerné le prix Nobel de la paix à peine investi. Si toute l’Amérique noire n’avait pas défilé en larme à la télé. Si moi-même je n’avais pas versé ma petite larme. Un président américain noir ! ? Après Martin Luther King ? Après Malcom X ? Les lois sur la ségrégation, la mort de Kennedy ? Après autant de symboles négatifs que représentait lui-même le texan chrétien George W Bush, fils honteux du complexe militaro pétrolier.

Je ne sais pas qui a eu cette idée marketing au Pentagone, à la CIA, chez Boeing, ou au parti Démocrate, mais c’est un génie.

Comment le monde entier ne serait pas tombé dans le panneau ?

Un petit gars venu de nulle part, beau gosse, d’un père africain, né à Hawaï, élevé en partie en Indonésie… L’homme international, multiculturel, mondialisé, et surtout noir.

Car là est tout le secret de Barack Obama, la raison même pour laquelle il a reçu son prix Nobel, il est noir. Bon Dieu de merde un nègre à la Maison Blanche ! Dans le pays même où on s’est battu à cause de l’esclavage ! C’était presque aussi beau que la fin de l’Apartheid dit donc. Comme si l’Amérique apposait enfin son blanc-seing à la condamnation universelle, voir même galactique du racisme et des lois racistes. Comme si Nelson Mandela ressortait de taule, mais avec Hollywood en plus et Kennedy, l’autre beau gosse, en back ground…

Un symbole vivant.

Et en plus un symbole cool, le sourire facile, entouré de people enthousiastes, avec une femme écolo. Toute la lyre, l’appât, l’hameçon, la ligne, la canne à pêche, et le pêcheur.

Un symbole vivant qui, en plus, organise une aide médicale universelle. Alors ça dans la tête des francais, particulièrement, par contre, c’est magique. Car n’oublions jamais que la France n’a pas seulement inventé la Révolution, le Conseil National de la Résistance a inventé la Sécurité Sociale. Modèle absolu que le petit frère ignorant des Amériques n’avait jamais accepté ni voulu. Une réforme historique même, historiquement foirée par Roosevelt en personne… C’est dire si même pour les américains le symbole était fort.

Un noir qui fait du social. Non seulement c’était cohérant avec l’histoire même d’Obama mais ça collait parfaitement avec les préjugés et le racisme qui lui ont permis d’être élu, et encore plébiscité à ce jour.

 

Un malentendu raciste

Le premier préjugé, et curieusement il est avant tout américain c’était d’imaginer qu’un noir ne peut atteindre une position de pouvoir. Dans un pays où Will Smith empoche des salaires à 20 millions de dollars, où la totalité de l’industrie du rap ou quasi est dirigée et produite par des noirs. Dans un pays où des villes très importantes comme Détroit, Chicago, ont ou ont eu des maires noirs. Dans un pays à vrai dire où la première langue parlée n’est même pas l’anglais mais l’espagnol, la langue des « latinos » les autres colorate de l’Amérique de papa. Je trouverais ça paradoxal si par ailleurs il n’y avait pas les ghettos d’East L.A, Watts, Inglewood, etc… Mais l’Amérique est paradoxale et sans doute l’accepte-t-elle mieux que les autres nations. Le second préjugés c’était d’imaginer que les arcanes de la Maison Blanche était réservées à une certaine élite blanche, affreusement conservatrice, et bien entendu le complexe militaro industriel forcément raciste puisque fasciste. Toujours dans un pays, où on trouve des hommes d’affaires et des politiques de toutes les couleurs, où Clinton commercialisait la Maison Blanche, des boutons de manchette aux rendez-vous avec des princes saoudiens. Le dernier, c’était la combinaison noir + social qui convenait parfaitement à l’image du brave mec qui n’oublie pas d’où il vient, forcément d’une cabane puisque noir. Et tant pis si Obama est né d’une famille de la classe moyenne et a fait Havard.

En France, il est savoureux cet ensemble de préjugés que nous avons sur l’Amérique. Dans un pays où un homme politique, un journaliste vedette noir ou arabe est considéré comme un événement. Où la large majorité de l’exécutif est blanc et issu des même écoles voir du même milieu. Et où des départements entiers se ghettoïse à petit feux et pas seulement dans les cités, tandis que tout le monde se jette du raciste à la tête.

Oui, quel fabuleux hold-up Barack Obama a fait à nos préjugés divers. Ajoutant bien entendu la carte maîtresse, la fin de la guerre, et la fermeture de Guantanamo pour la bonne bouche. Mieux encore, plus fabuleux, il est parvenu à faire ce que l’autre cowboy n’avait pas réussi, éliminer Ben Laden.

 

Coup d’état médiatique et guerre globale

Ben Laden, le cocu magnifique. Ben Laden et Tora Bora, Ben Laden fanatique religieux, parlant du réchauffement de la planète, Ben Laden milliardaire en cavale, introuvable, insaisissable, mais diffusant quantités de messages. Dr No feat Fantomas. Mais Ben Laden que les Somaliens voulaient livrer à Clinton et qu’il a refusé, Ben Laden que les talibans proposèrent également de livrer dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre mais que Bush a à nouveau refusé. Ben Laden qu’on trouve finalement à cent mètres d’une caserne militaire d’élite au Pakistan, pays théoriquement ami avec les Etats Unis. Ben Laden le magnifique et sa multinationale franchisée qui aujourd’hui est absolument partout, de l’Irak à la Syrie en passant par le Mali, alors que les Saoudiens prétendaient ne pas en vouloir contre Saddam Hussein et qui a même donné naissance au cauchemard Daech. Si on ajoute à ça toutes les officines qui ont remplacé la Coalition, c’est moins le choc des civilisations que celui des mercenaires et des drones, l’introduction du roman Babylon Babies….le futur annoncé par William Gibson il y a 30 ans.

Voilà où est le cœur du hold-up, son motif même. La guerre et sa continuité. Pas seulement en Irak, en Afghanistan ou en Syrie. Pas la guerre ciblée, géographiquement définie, concrétisée par des armées. Non la redoutable prise d’otage sémantique que le soit-disant analphabète George Bush a fait au monde : la guerre contre le terrorisme. Et que Barack Obama a non seulement prolongé, mais amélioré.

A savoir une guerre globale et à vrai dire totalement impossible à gagner, puisque ce n‘est pas du tout le but. Suggérer d’ailleurs qu’on puisse éliminer le terrorisme c’est suggérer soit qu’on est déjà tous au paradis, soit dans le meilleur des mondes. Car soit il n’y a plus aucun motif d’injustice, de haine, de vengeance dans ce monde, soit, il faudra s’y faire il y aura toujours quelqu’un pour terrorisé les autres, vouloir changer le monde à coups de bombes, ou, dans le cas qui nous occupe, en réalité, le tenir en respect.

Car ce terme n’est rien de plus qu’une manière de parler de guerre globale et permanente. Une manière d’autoriser une nation et ses alliés à exercer sa tyrannie sur toutes les autres au nom de la sécurité de tous. Une façon non seulement de militariser toutes les sociétés mais de les maintenir sous la pression.

Dans ce jeu Barack Obama n’a pas été le gentil noir avec des idées généreuses de nos préjugés. Il n’a pas été l’outsider de l’establishement. Ni l’exact contraire de George W Bush Jr. Il est et fut son exact prolongement, ou plus exactement son aboutissement. Car si George W Bush aimait parader en tenue de pilote, lui qui a évité la guerre du Vietnam, n’en doutons pas Barack Obama est un tueur. Un vrai.

Il y a quelques années Barack Obama n’a pas fait fermer Guantanamo. Il a fait fermer le bureau chargé de la fermeture de la prison. L’armée américaine a été remplacé par des drones, et des groupes de « contractants » déjà sous mandat du Pentagone et de la CIA, et opérant sous commandement du Joint Special Operation Command. L’utilisation des drones est devenu un programme, des centaines d’engins disséminés dans des bases secrètes à travers le monde avec la capacité et l’autorisation de tuer n‘importe qui désigné. Selon des listes conjointes de la CIA et du JOSC. Comme le révélait le Washington Post en 2013.

Des campagnes d’assassinats systématiques et programmés il y en a eu quelques-unes dans l’histoire américaine. Au Vietnam, avec l’opération Phénix, au Salvador, au Nicaragua avec les Contras. Mais toutes à ce jour conscrites à un pays, pas global, pas pouvant intervenir où il plaisait à l’armée et au renseignement américain. Et un président qui choisit lui-même ses cibles, comme le révélait de son côté le New York Time toujours en 2013, c’était aussi une nouveauté à ma connaissance.

 

l’Oncle Tom de l’Amérique des affaires.

Dans l’abécédaire de la violence employée par les états, il est toujours intéressant d’observer le mode opératoire qu’un pays choisit pour éliminer ses ennemis, il marque assez bien le mode de gouvernance, la volonté qui est derrière. En France, où l’ordre bourgeois règne, de la bande à Bonnot à Mohamed Mera en passant par Khalel Kelkal il faut que ça se termine en Fort Chabrol après une battue. Au temps de la Guerre Froide et des coups tordus, à l’époque du règne absolu de la CIA sur la machine de guerre américaine, on faisait assassiner par d’autres, et disparaître les corps, comme Guevara ou Lumumba. Après la figure Hollywoodienne d’un super méchant tonitruant, l’Amérique ne pouvait se priver de son propre show… au programme super soldat et président concerné, pour finir par faire disparaître le corps, devant les caméras et le monde entier. Le jeter aux requins comme un vulgaire morceau de barbaque, mais, selon le Pentagone, halal.

Cette figure est particulièrement frappante si on y ajoute les révélations de la presse américaine. Mais elle l’est plus encore à mon sens quand on sait qu’Obama avait signé le 31 décembre 2011, alors que tout le monde faisait la fête, une nouvelle formule du National Defense Authorization Act. Une loi qui donna, pour la première fois et explicitement, un sceau d’approbation parlementaire à la détention militaire indéfinie de citoyens, américains ou non, selon le bon vouloir du président, et sans qu’il y ait même obligation de démontrer l’accusation par des preuves ! Dans les faits la loi abolit le recours d’habeas corpus et les garanties constitutionnelles d’application régulière de la loi. Obama est allé ici beaucoup plus loin que l’affreux imbécile texan amateur de peine de mort. Et c’est bien sous l’administration Obama que Manning a été condamné à 35 ans de prison pour avoir révélé des emails et surtout un meurtre en direct commis par l’armée américaine. C’est toujours le président gentil noir trop cool qui affirmait sans tiquer que les bombardements était chirurgicaux et la précision des drones inouïe. Or il ne faut pas s’appeler Einstein pour savoir qu’une bombe de deux tonnes ne tue pas qu’une seule personne à la fois, qu’elle n’est même pas prévue pour ça. D’ailleurs une enquête a démontré que seulement 1,5% des personnes éliminées par ces engins étaient des cibles prioritaires identifiées, les 98,5% restant étant massacrés pour rien.

On a coutume de dire du tzar Poutine qu’il est lui-même un tueur. Il en a la tête, la formation, les contacts, et les méthodes. Si l’on rejoint l’imagerie Hollywoodienne du tueur gentil comme Stallone dans Assassin ou Jason Bourne, Barack Obama respecte des codes parallèles, il est cool, il tue proprement les bonnes personnes, et surtout il le regrette. Mais je trouve plus intéressant de faire un lien avec la propre famille d’Obama. Son grand père Hussein passait pour l’original de la bande. Il est le premier habitant de sa région à être entré en contact avec les anglais dont il prit aussitôt les coutumes. Désavoué par son père et ses frères, il se mit au service du colonisateur, et durant la première guerre mondiale organisa même les corvées au Kenya. Il devint par la suite cuisinier et domestique de ses maîtres blancs, après avoir été en gros leur homme de main.

Finalement Barack Obama aura incarné l’intuition de Tarantino dans Django, l’Oncle Tom bien plus redoutable et tordu que ses maîtres. Maîtres qu’il n’a pas seulement servis mais également en partie élevés.

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