La loi du marché -chap 1-

A ce jour les motivations d’Henry de Cazeneuve demeuraient obscures. Né à Rabat peut-être se sentait-il lui-même un peu marocain, arabe. Ou bien était-ce une forme de syndrome de Stockholm, considérant qu’il avait développé son réseau et ses activités en s’appuyant essentiellement sur la banlieue lyonnaise. Nombre de ses employés, commerciaux ou ouvriers, sortaient des quartiers. Bien entendu l’argent pouvait sembler un motif suffisant, même si comme lui on n’en manquait pas, mais de là à commettre un délit pour la première fois de sa vie, engager sa réputation, son entreprise, et risquer l’opprobre de tous… Il n’avait pas le profil d’un aventurier, père de quatre enfants, lycée privé dans le VIème, chef d’entreprise, encarté chez les Républicains et même pendant un temps conseillé municipal. Un père tranquille, un bourgeois lyonnais on ne peut plus classique qui se rendait à l’action de grâce du huit et du vingt-quatre décembre et à la procession du quinze août  Et qui le dimanche devait rester chez lui à regarder la télévision en famille. Et pourtant…

  • Ah mais je te l’ai dit Hakim, j’ai qu’une parole, mes chauffeurs seront là.

Comment les choses se goupillent dans les affaires criminelles ? Deux hommes sont enfermés dans la même prison, ils sympathisent, le premier sort, le second lui propose de vendre la marchandise de ses amis contre un pourcentage. Ils commencent modeste, le second teste le premier. Ca se déroule bien, ils décident de se développer. De trois kilos ils passent à dix puis à cent. Toujours enfermé le second propose à son associé de devenir grossiste. On grimpe à la tonne, jusqu’au moment de la grosse livraison, celle qu’il ne faut pas rater pour tout un tas de raison. Là-dessus le cousin du gars en liberté lui parle de ce français avec sa compagnie de transport qui livre sur toute l’Europe et qu’il lui décrit comme un blanc complexé. Le pigeon parfait, Henry de Cazeneuve.

 Le Séraphin des Mers, porte-container naviguant sous pavillon panaméen était parti du Cap jusqu’au Golf de Guinée pour y charger cinquante tonnes de boites de tomates concassées brésiliennes à destination de Rotterdam via le Havre. Cinquante tonnes qui venaient s’ajouter aux dix tonnes d’appareils ménagers et aux soixante de café non torréfié. Conditionnées par des petites mains dans une favéla de Sao Paulo, sur huit tonnes chacune des boites contenait un kilo de cocaïne pure à 96%. A raison de trente cinq mille euros le kilo en moyenne, prix européen, contenu du fait qu’on pourrait multiplier chaque kilo par quatre voir six, ceux à qui était destiné le produit allaient s’enrichir pour un montant raisonnable. Comme souvent dans ce genre de transaction, le produit avait été payé d’avance. Vingt trois mille euros le kilo par des acheteurs italiens vivant dans la région de Calabre. Mais l’intensification du fret maritime, des ennuis de justice et les complications inhérentes au même fret avaient notablement compliqué l’affaire. Au départ, les boites devaient prendre la direction de Gioia Tauro dans cette même Calabre. Mais parvenu à destination, le porte-container qui transportait la marchandise se vit refuser l’accès au port par les autorités maritime pour des raisons administratives. En effet, le navire ainsi qu’une douzaine de ses semblables avaient changé de main durant le voyage, et l’assurance ne couvrait plus le port calabrais. Il fut d’abord déporté sur Chypre où il n’avait aucune autorisation de déchargement, puis sur Marseille avant que les autorités françaises ne le refusent à leur tour au fait que le navire n’était pas aux normes. Après quoi les propriétaires avaient fini par trouver un arrangement jusqu’au port de Bilbao où il avait été entièrement et par erreur déchargé. Pendant ce temps, celui qui avait fait expédier la marchandise, avait suivi de loin en loin les pérégrinations du navire, et Marseille aurait constitué un lieu de déchargement idéal si pendant que les français faisaient des carrés avec des ronds, il n’avait pas lui-même rencontré des ennuis avec la justice. Trente deux mois fermes. La prison n’est certes pas un handicap quand on est organisé, riche et puissant, mais le temps de trouver un téléphone et d’appeler les bonnes personnes on avait complètement perdu de vue les boites de tomates brésiliennes. Finalement, quelqu’un s’était aperçu de l’erreur de déchargement, le container destiné initialement à la Calabre fut transbordé sur un nouveau navire, en direction du port de Dakar… Où des contacts locaux finirent par mettre la main dessus. Pour des raisons pratique on chargea le container sur un autre navire jusqu’en Guinée, Où il patienta sous bonne garde. Contrairement aux idées répandues par les mauvais films, les retards de livraison pré payé ne généraient pas de guerre entre gens de bonne compagnie. A ce niveau de fortune on avait le geste commercial. Les livraisons continuaient partout dans le monde quoiqu’il arrive, alors on pouvait faire une ristourne de deux mille par kilo sur les prochaines tonnes. Ou bien rembourser même, en attendant de livrer. Quoiqu’il en soit si ça ne coûtait pas du sang ça coûtait de l’argent. Or le but du commerce est d’en gagner, si possible avec celui des autres, pas d’en perdre. Depuis sa prison, l’expéditeur avait trouvé un arrangement. Il avait remboursé son client et s’était accordé sur une livraison au Havre de cinq tonnes. Les trois tonnes restant étant réservées à son poulain. Le poulain avait un cousin, etc… Pour éviter toute nouvelle déconvenue, au départ de Guinée le container avait été divisé selon l’arrangement, les trois tonnes voyageant avec huit tonnes de miel argentin, et le reste expédiés au milieu de deux tonnes de noix de coco. Tous destinés à être déchargés au Havre où les attendait les chauffeurs de Monsieur Cazeneuve. Trois camions, trois destinations, Villefranche, Reggio de Calabre, Hanovre. Trois camions, trois motos pour ouvrir, trois voitures de queue. Les chauffeurs ignoraient tout du dispositif, on leur avait seulement présenté ça comme un extra bien payé avec avance en liquide. Evidemment Cazeneuve allongea, ses employés, sa parole après tout. Savait-il ce que contenaient les boites ? Sans doute pas. L’aurait-il su que cela aurait changé quoi que ce soit ? A ce jour la question reste sans réponse.

On avait pensé à tout, sauf à deux choses, la faramineuse quantité de fret qui transitait par le Havre et la non moins faramineuse pusillanimité de l’administration française à reconnaitre ses erreurs. Le cousin chargé de la réception se vit donc une première fois informé que le Séraphin des Mers n’avait pas déchargé les containers indiqués. Il en informa le cousin à qui était dédiée la marchandise qui en informa l’homme en prison. Quelques coups de fils et quelques jours de retard de livraison supplémentaires et ils apprenaient que les containers n’avaient pas non plus été déchargés à Rotterdam. Les français se trompaient, la marchandise était au Havre. Il est une règle universellement admise qui veut que les français ne se trompent pas, jamais, en aucune circonstance. Ce pourquoi ils pouvaient posément expliquer au monde entier la bonne marche à suivre pour que tout tourne rond dans le respect des Droits de l’Homme. Si cette règle est vraie et vérifiable, elle l’est plus encore pour l’administration française. Le cousin chargé de la réception disputa beaucoup d’énergie avec la dite administration pour lui faire seulement admettre que la cargaison avait bien été chargée en Guinée et qu’elle ne s’était pas abimée en mer. Restait à la retrouver au milieu des centaines de millier de mètres cube de containers qu’abritait le port. Puis un chien passa. Oui, un de ces enthousiastes labrador jaune chargé par la répression des fraudes de repérer les colis curieux, et qui fit une fête du tonnerre à un container plein de trois tonnes de tomates concassées brésiliennes et de huit tonnes de miel argentin. Les douanes, l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants, le SRPJ du Havre furent alertés. Une des plus grosse saisie de l’année. Qu’on décida de passer sous silence, pour le moment. Le commandant Stern, de la brigade des stupéfiants du Havre, et chargé des opérations préféra mettre en place une surveillance pendant qu’on alertait les propriétaires de la cargaison qu’on l’avait miraculeusement retrouvé. Et à ce stade c’était bien ce que les autorités croyaient, la totalité du chargement était là. Vu le retard considérable qu’avait déjà prit la livraison, personne n’alla vérifier sur place que les autorités disaient vrai. Le cousin donna le signal, trois camions s’en allèrent de Lyon en direction du Havre. Trois motos et trois fourgonnettes familiales au départ de la plaine Saint Denis devaient les y rejoindre. La sécurité était assurée par les employés d’un patron parisien en échange d’une partie de la marchandise. Un accord qui faisait espérer au lyonnais de pouvoir se diversifier à Paris même avec son appui. Quatre heures plus tard un portable sonnait dans une Audi turbo arrêtée à un feu, quelque part à Villeurbanne. Il y avait un problème.

  • Comment ça que trois tonnes ! Y savent pas lire un bon de déchargement !?
  • Y disent qu’il n’y en a jamais eu, y disent qu’il y a eu un bug.
  • Un bug ! Je t’en foutrais moi des bugs ! T’y as dit que c’était pas bon ?
  • J’y ai dit mais y veut rien savoir ! Comment on fait ? On réparti ?
  • Non, ça sert à rien, mettez tout dans un seul camion et allez à Villefranche, je vais voir comment on se démerde.

Le dispositif mis en place par la police comprenait trois caméras thermiques, huit hommes à pied, six véhicules de filatures dont une moto, et une camionnette de surveillance dit « sous-marin ». Il était coordonné avec la gendarmerie du département et des départements voisins. Un barrage pouvait être constitué sur les axes principaux à n’importe quel moment. Là également on avait pensé à tout mais il n’y a pas de raison que si les uns font des erreurs les autres n’en commettent pas également. Comme par exemple se faire repérer par un pilote de moto plus observateur et aguerri que les autres. Immédiatement l’alerte fut donnée, ordre de foutre le camp sans attendre. Ils étaient déjà occupés à charger, on déchargea en vitesse, en panique même. Le cousin responsable de la réception gueulait comme un veau. Comprenant ce qui se passait le commandant Stern fut contraint d’ordonner l’intervention. Tout observateur et aguerri était-il le motard n’en était pas moins nerveux et armé. Se sentant menacé par un véhicule de police qui passait à côté de lui il fit feu, blessant une policière et déclenchant un processus immédiat apparent au rat quittant le navire. Les trois suiveuses, les autres motards, tous tentant de s’enfuir simultanément au lieu d’une sortie discrète. Après une certaine confusion et deux courses poursuites de vingt-cinq et dix minutes chacune, les forces de l’ordre pouvaient revendiquer en plus de la saisie de trois tonnes de cocaïne, l’arrestation de sept individus et déplorer un blessé côté policier et un mort côté criminel. Bref un désastre ou presque.

Restait cinq tonnes, quelque part perdu sur le port. Cinq tonnes qu’on avait sacrément intérêt à retrouver. Du moins quand les flics auraient eux même cessé de fouiner partout.

 Sur les sept suspects trois avaient des antécédents judiciaires. Deux dans la région parisienne, un autre dans celle de Marseille. Trafique de stupéfiant, port d’arme, violence en réunion. De ce genre de figure que les hommes comme le commandant avaient coutume de rencontrer dans les affaires de ce calibre, du menu fretin. Les trois chauffeurs se déclarèrent innocents, l’un d’eux raconta comment on leur avait présenté les choses et combien ils avaient touché. Le commandant les cru, ce qui l’amena à leur patron. Monsieur Cazeneuve ressemblait à l’idée qu’on pouvait se faire d’un homme tel que lui. La soixantaine, les cheveux blancs qui tombaient légèrement sur la nuque, chemise à rayures bleues, cravate et blazer, phrasé délicat et pas le moins du monde un habitué des commissariats. Il commença par faire l’innocent qu’il ignorait de quoi parlaient les chauffeurs, après quoi il s’embrouilla dans ses explications, puis prétendit qu’il ignorait ce que contenait le chargement, qu’il avait  rendu service à l’ami d’un ami. Finalement son avocat se pointa, lui ordonna de se taire et présenta un papier qui non seulement les obligeait à le libérer sur le champ mais invalidait la perquisition qui se préparait. Pour le juge d’instruction chargé de l’affaire c’est à son autorité directe qu’on s’attaquait et c’était une chose qu’il ne pouvait tolérer, en raison de quoi il fit reconvoquer l’entrepreneur, en présence de son avocat et du commandant Stern. Le juge n’était pas seulement jaloux de son autorité et revanchard c’était un coriace. Avocat ou pas il fini par obliger Cazeneuve à admettre qu’il avait bien payé ses chauffeurs et qu’il s’agissait d’un service qu’il rendait à un ami. Il persista sur le fait qu’il ignorait la nature véritable de la marchandise et n’avait rien touché pour l’opération. Un service, rien qu’un service. Et refusa de donner le nom de son ami. Le juge tenta de le convaincre, son avocat également ce à quoi Monsieur de Cazeneuve répondit bravement :

  • Non, je n’ai qu’une parole.

Le juge apprécia tellement peu qu’il le fit arrêter pour entrave à la justice et complicité de trafic de stupéfiant. Et dans la foulée réordonna une perquisition et gare à celui qui s’y opposerait.

 Le laboratoire désigné par l’enquête établi que la cocaïne était d’origine péruvienne, et de première qualité. Henry de Cazeneuve impressionna jusqu’au commandant Stern. En dépit de ses manœuvres à le faire parler, de sa famille, amis, associés qui défilèrent au parloir pour tenter de le raisonner. Des menaces de condamnation qui pesaient, il refusa de donner le nom du fameux ami qui l’avait mit dans cette panade. L’homme en question décida quand à lui de prendre opportunément des vacances en Espagne. On enquêta donc dans l’entourage de l’entrepreneur, trouver le rapport qu’il pouvait y avoir entre lui et trois tonnes de cocaïne péruvienne. Il s’avéra qu’Henry de Cazeneuve était un homme complexe et secret qui cachait à sa famille non seulement des problèmes financiers mais un penchant pour l’alcool qui s’était développé apparemment avec ces problèmes. L’aspect financier convaincu le juge qu’il mentait et avait touché une prime pour la livraison, on éplucha ses comptes de fond en comble, on le sorti de sa cellule pour l’interroger à nouveau. Pas un mot. Sa nouvelle stratégie, ne plus décrocher une parole et même pas faire semblant d’essayer. Stern qui l’avait déjà longuement interrogé et assisté aux entrevue avec le juge le croyait en revanche. Il n’avait pas touché d’argent et il protégeait ce qu’il devait considérer comme un ami. Stern avait vingt deux ans de métier. Il avait travaillé comme ilotier à Bobigny, à la brigade financière de Paris, à la BAC du XXème arrondissement, brigade de nuit, antiterrorisme et enfin les stupéfiants dans un des plus grands ports d’Europe. Il connaissait le comportement criminel, comprenait leur logique, leur psychologie, partageait comme tout bon policier certains aspects de cette psychologie. Et il était clair à ses yeux que Cazeneuve n’était pas un criminel, sans doute un pauvre gars qui croyait bien faire. Une phrase dans sa première déposition l’avait frappé. Quand il avait pris la défense de ses chauffeurs déclarant que la police s’en prenait toujours aux même, mieux, que c’était de l’islamophobie. Une déclaration de gauchiste en keffieh à la sortie d’une manif pro palestinienne, de gamin contrôlé en scooter sans son casque, de petit dealer sauté par la BAC, pas d’un notable lyonnais de soixante et un ans, affidé Républicains, chef d’entreprise et probablement abonné Figaro et Valeurs Actuelles. Stern se dit qu’il fallait s’orienter du côté de ses habitudes de boisson, un bar qu’il fréquentait plus qu’un autre et fini par le découvrir au cœur de Lyon dans une petite rue à deux pas de la gare Part-Dieu, le Petit Bouffon, fréquenté par une clientèle hétéroclite de vieux, de joueurs, de petits voyous et d’ivrognes. Le genre d’endroit où à moins d’avoir un moyen de pression valable on n’avait pas la moindre chance de faire parler qui que ce soit. Mais un bon policier n’existe pas sans ses informateurs. Et finalement quelque chose filtra.

 Du côté des trafiquants on était au plus mal. Cette livraison tournait au ridicule, la réputation de l’expéditeur était en train d’en prendre un coup quand bien même il n’y était pour rien. Son complice à l’extérieur avait envoyé des garçons tenter de mettre la main sur le container. Mais pourquoi entraver la bonne marche des affaires ? Pourquoi ternir de bonnes relations commerciales ? Pourquoi s’avouer vaincu ? Depuis sa prison l’autre passa quelques nouveaux coups de fils. Et une semaine plus tard cinq tonnes de cocaïne étaient expédié depuis Caracas jusqu’en Calabre dans des meubles de jardin. La marchandise promise, payée, remboursée puis à nouveau payée avec une remise de 2% étant arrivée à bon port, celle au Havre, si on la retrouvait, était libre de droit. Mais en attendant il fallait compenser le manque à gagner provoqué par la saisie. Trois semi grossistes avaient payé d’avance et il faudrait soit les rembourser, soit compenser avec un autre envoi. Mais vu que cinq tonnes venaient déjà de partir, il ne restait plus qu’à attendre, ou passer par un autre canal. C’est là qu’intervint le complice. Son contact parisien, le patron qui avait fourni le service de sécurité malheureux du convoi intercepté, avait un importateur dans ses relations. Contre intéressement et participation à la transaction, il accepta de lui présenter. L’importateur réclamait trente mille euros par kilo pour un produit pur à seulement 75%. Selon une logique toute commerciale il accepta de baisser son prix en échange d’un volume important, deux tonnes. Ce n’était pas forcément une bonne affaire mais ce n’était pas non plus une catastrophe, ça compenserait une partie des pertes. Deux tonnes à raison de vingt huit mille euros le kilo, cinquante six millions, pas le genre de somme dont disposait le lyonnais. Qu’importe puisque le détenu n’avait besoin que d’un seul coup de fil pour débloquer la somme en liquide. Une transaction fut organisée dans la banlieue parisienne où l’importateur était représenté par le patron parisien.

 Il s’appelait Charles Vitali dit le Bœuf. Un mètre quatre-vingt quinze pour cent seize kilos, ancien champion de lutte, une hirondelle tatouée sur le pénis. Né à Tunis à la fin des années cinquante de mère corse et de père sicilien il avait grandit en Seine Saint Denis et prospéré à Nice, Bastia et bien entendu Paris. Tant dans les domaines de la prostitution, de la fausse monnaie, du jeu, ou de la contrebande au sens large. Aujourd’hui il dominait tout l’est et le nord de Paris et sa banlieue. Il se définissait lui-même comme de l’ancienne école, pour autant que ça ait un sens dans la mesure où c’était exactement ce qu’avaient déclaré ses prédécesseurs sur le trône et ce pourquoi il avait fini par les dégager. Mais tout au moins cela en avait-il un à l’endroit de la génération des quartiers qui aujourd’hui occupait une part majeur dans les affaires et sans que pour autant une tête émerge plus qu’une autre. Du moins à ses yeux. A ses yeux ils se ressemblaient tous, inspiraient une méfiance salutaire et indispensable, ne pouvaient pas être pris au sérieux et ne présentaient comme seul véritable intérêt que d’être en position dominante sur le marché. Seulement cette fois il n’était plus question d’affaire, de marché, de clientélisme contraint. Cette fois c’était personnel.

  • La putain de ta mère ! Enculé de bicot de mes couilles de merde qui veut jouer les cadors dans ma cour, qui se croit le king parce qu’il a du fric à craquer ! Enculé de petit pédé qu’envoie ni fleurs ni couronne mais qui veut causer business, je vais te l’enfoutrer moi ! Va comprendre sa douleur ce fils de pute ! On me baise pas moi ! T’entends !? On me baise pas !
  • Oui patron.

Le Bœuf était connu pour un certain nombre de choses, et des moins plaisantes, son langage fleuri appartenait à la légende. Particulièrement dans les moments d’intense émotion. Or il avait des raisons d’être émotif, son neveu préféré se trouvait être le motard expérimenté mais armé. Celui-là même que la police avait tué au terme d’une rapide course poursuite et d’un échange de coups de feu. Dans la logique de ce sociopathe tout ce qui se rapportait aux autres se rapportait forcément à lui excepté les erreurs et les ratages qui étaient exclusivement à charge du reste du monde. Ce n’était donc pas seulement le fait que son neveu soit mort que par la faute du lyonnais la police avait mis à mal son organisation. Certes pas un grand mal, les siens savaient fermer leur bouche et il disposait de personnel qualifié, mais quand on était doté d’un égo aussi faramineux que le sien un moindre mal devenait sans difficulté tout un monde. Non seulement il ne livrerait pas la cocaïne mais il prendrait l’argent, foi de Vitali !

 Parfois la vie ressemble à un mauvais film. Une sous production américaine B action. Parfois la fiction rejoint la réalité. Le rendez-vous avait lieu sur le parking d’un hôtel Ibis non loin de Roissy. Un simple échange de véhicule. Dans le coffre de l’un, quatre sacs de trente kilos de billets de cinq cent, dans la fourgonnette de l’autre deux milles briquettes de un kilo emmailloté dans du plastique. Pas de comptage de billet, pas de test du produit, on était entre hommes d’affaires, on était pressé et donc pas au cinéma. Une seule voiture avec trois jeunes hommes à bord accompagnait le véhicule qui contenait l’argent. Précaution d’usage bien connu des banques quand on transporte une telle somme. Mais rien de particulièrement spectaculaire. Contenu du fait qu’on n’était pas à Los Angeles ou Caracas et que dans le monde réel il vaut mieux toujours faire profil bas. Un homme seul attendait sur le parking à demi rempli, la trentaine populaire, survêtement, casquette, un blanc avec une gourmette en or et une chevalière itou. Il leur fit signe d’approcher tandis que les autres s’immobilisaient à l’entrée du parking. Ils garèrent la voiture, le blanc leur amena les clefs en l’échange des leurs et leur montra où se trouvait la camionnette, Là-bas, au fond. Chacun jetait un œil sur ce qu’il prenait et repartait de son côté, ni plus ni moins. Des deux hommes à bord, l’un se dirigea vers la camionnette pendant que l’autre regardait le blanc ouvrir le coffre et les sacs l’un après l’autre. Il referma le coffre, sourit et hocha la tête satisfait. Pas de gardes armés, pas de molosse, à peine deux mots échangés, presque une formalité de la vie courante, et puis d’un coup ça dérapa dans l’hollywoodien. Un garçon sorti de derrière une voiture en braquant un automatique, deux autres apparurent en passant une haie avec des AK47, ils rafalèrent la voiture à l’entrée du parking pendant que l’autre collait deux balles dans la tête de celui marchant vers la camionnette. Cela aurait pu se conclure par un massacre dans les règles si un des fusils d’assaut ne s’était enrayé, si le blanc prés du coffre avait réussi à dégager son arme à temps. C’est la différence notable avec le cinéma, les armes ne sont pas toujours opérationnelles, les balles peuvent être défectueuses, une veste de survêtement peut gêner. Et au lieu de se retrouver sans adversaire, l’un dégaina pendant que l’autre surgissait de la voiture avec pistolet-mitrailleur Mac 10. Les projectiles pleuvaient, face à face prêt de la voiture pleine d’argent les deux hommes se tiraient dessus presque simultanément. Le blanc tomba raide mort, l’autre prit une balle dans le ventre et il essayait de se relever quand un cinquième complice ramassa les clefs et monta à bord de la voiture. Essaya tout au moins, se prit une balle dans la cuisse, démarra en trombe, roula sur le gars avant qu’une rafale ne lui arrose le visage de plombs de 9 millimètres. Le garçon avec le Mac avait pris une balle, il boita jusqu’au chauffeur, le côté droit du corps couvert de sang, et tenta de le sortir de sa place. Il en était là quand une balle lui traversa la gorge. Le tireur du parking émergea d’entre les voitures, couru jusqu’au coffre, arracha deux sacs du coffre et parvint à s’enfuir en dépit du projectile qu’il avait prit durant la fusillade. Il n’alla pas loin, la gendarmerie retrouva son cadavre à un kilomètre de là, au milieu d’un champ de colza. L’argent avait quand à lui disparu.

Salim Abdelkrim dit Titi, dit également la Balafre, était né à Argenteuil de parents algériens en 1976 avant que toute la famille ne migre d’abord à la Duchère puis à Vaulx-en-Velin au début des années 80 alors que la dites banlieue lyonnaise était la proie d’émeutes, les premières du genre en France. Elève médiocre, de petite taille et fin de constitution, il compensait par une détermination de tous les instants et une vive intelligence vouée aux magouilles et aux larcins. Redouté dans les bagarres avec une réputation de chien enragé qui ne lâchait jamais quelque soit le nombre et le format de ses adversaires quitte a finir à l’hôpital avec onze points de suture au milieu du visage et les deux bras cassés. A quinze ans il organisait déjà des cambriolages dans toute la région et avec un certain succès jusqu’à une première arrestation pour sa majorité. A l’ombre des murs il avait fait quelques nouvelles rencontres, sa vivacité d’esprit et sa ténacité l’avait fait remarquer si bien qu’à sa sortie il se mettait au trafic de stupéfiant jusqu’à devenir le plus gros vendeur de sa cité et alentours. Mais il n’avait pas arrêté les cambriolages et avait même mit sur pied une équipe de braqueurs qui s’était fait remarquer dans la région par quelques vols à mains armées musclés. Il s’était également diversifié, machine à sou, bars, restaurants, jusqu’à ce que l’OCRB le coince pour complicité dans le cadre de l’attaque d’un fourgon d’UBS, et que le juge le condamne pour cinq ans en direction de la prison de Corbas. Le centre pénitencier à la réputation désastreuse qui avait remplacé la très insalubre prison de Saint Paul, brisait le morale des détenus par sa seule architecture. Théoriquement plus confortable et plus hygiénique mais également fabriqué dans le souci unique de la sécurité et de la surveillance, les détenus s’y sentaient isolés, abandonnés et nombre d’entre-eux s’y suicidaient. Il n’aurait pas non plus échappé à la dépression s’il n’y avait pas fait connaissance avec Luis Guerro. Luis était espagnol, arrêté et condamné pour faux et usage de faux et port d’arme illégal, à priori une petite peine pour un petit voyou. Mais bien vite son compagnon de cellule s’était rendu compte que Luis discutait avec tout le monde, corse, italien, arabe, gitan gardien ou détenu, qu’il n’avait jamais aucun problème pour se fournir en shit, en coke occasionnellement, en épice, puisqu’elles sont rigoureusement interdites en prison – on a peur que les détenus s’excitent….- et en fait au sujet de n’importe quelle largesse dont on peut disposer entre quatre murs quand on a des contacts et de l’argent. Fidèle à lui-même il n’avait pas posé de question, observé, attendu, parfaitement conscient que Luis en faisait de même à son sujet. Puis il lui avait demandé un service, faire rentrer un kilo tout entier de shit. Avec son réseau, sa famille, l’opération n’avait pas posé de grande difficulté, prison modèle ou pas et une confiance mutuelle s’était établie. Luis lui appris qu’il n’était en réalité pas espagnol mais colombien et qu’il travaillait comme courtier pour de très importants importateurs de cocaïne. Ce qui n’était pas non plus complètement la vérité, mais Salim n’avait pas besoin de savoir, il était même impératif que personne ne sache. Et voilà qu’aujourd’hui Salim Abdelkrim venait non seulement de se faire saisir pour trois tonnes de produit mais qu’en plus il s’était fait retapisser de cinquante six plaques dont la moitié était quelque part dans la nature et l’autre entre les mains des flics. Combien de temps cela prendrait avant que les flics ne commencent à s’intéresser sérieusement à lui ? Ses cousins, ce transporteurs qu’ils avaient utilisé, combien de temps ils mettraient avant de craquer ? Ce n’était pas le fait d’avoir perdu cet argent qui était problématique, dans sa partie ça n’en était pas, c’était cette fusillade qui était une mauvaise publicité. Elle allait attirer le regard de la police sur Salim et donc possiblement sur lui. Salim avait eu une remise de peine grâce aux conseils de son propre avocat. Ce n’était pas de l’amitié c’était un investissement. Maintenant lui-même devait sortir dans deux mois, hors de question que les flics recommencent à fouiner de son côté. D’ailleurs il avait reçu un coup de fil, le patron trouvait que l’investissement commençait à revenir cher.

  • Okay patrón lo que diga. Mais j’ai peut-être une solution.
  • Diga me.
  • J’ai rencontré un jeune, il est de Paris, une seule condamnation, il a peut-être le réseau qu’il nous faut et c’est un malin.
  • Bien, bien, c’est ce que j’aime chez toi Luis, tu apportes toujours des solutions pendant que les autres créent toujours plus de problèmes.
  • Gracias senior.
  • Bien, on en reparlera. En attendant tu ne t’occupes plus de rien, nous prenons le relais.
  • Si patrón.

 

Luis Guerro avait vu juste. La fusillade attira une bien mauvaise publicité. Sept morts, trois blessés graves, et vingt-huit millions d’euros en billets de cinq cent à l’échelle nationale cela restait conséquent dans le cadre strictement criminel. Considérant la somme et le passif de certains des suspects, la brigade des stupéfiants de Paris fut rapidement appelée en renfort. Celle-ci établi immédiatement un lien avec Vitali quoi qu’indirecte et indémontrable juridiquement. L’un des cadavres était en effet l’ancien chauffeur d’un de ses lieutenants. Et un autre lien avec l’affaire du Havre. L’un des véhicules des suspects appartenait au frère d’un certain Abdel Houchim que Stern avait mis sous les verrous pour complicité de trafic de stupéfiant. Et c’est ainsi qu’un commandant de la brigade de Paris passa un coup de fil à un autre établi au Havre, que le nom d’Abdelkrim ressorti pour la première fois. Aux yeux de l’OCRTIS, il était une figure montante du marché. Passé, à ce qu’on disait de la vente au détail au gros en très peu de temps avec des connections directes avec le Maroc. On l’avait apparemment sous-estimé s’il était bien derrière le dernier arrivage. Or d’après ce que Stern savait lui-même par la voie de ses informateurs il y avait bien un rapport, un semi grossiste de la région lyonnaise s’était plein qu’une partie de la coke lui était réservée, payée d’avance, qu’il en était de sa poche et plutôt remonté. En cherchant dans les dossiers, le nom du même personnage apparaissait dans un procès pour cambriolage impliquant également le fameux Abdel Houchim. Stern n’eut pas de mal à se faire une idée de ce qui s’était passé et le rapport qu’il pouvait il y avoir entre les deux affaires. Leur saisie l’avait poussé à aller chercher un fournisseur ailleurs et ça ne s’était pas bien passé pour une raison qui restait à déterminer. Comme il restait à démontrer formellement qu’il était bien impliqué. Trois tonnes de cocaïne péruvienne pour un trafiquant de cannabis de moyenne envergure où s’était-il fait ses contacts ? Stern avait la quarantaine et du genre marié à son métier. Ce qu’il exigeait des autres il l’exigeait de lui-même et ça se lisait sur lui. Dans son regard dur, sérieux et profond, dans sa manière de parler, de poser des questions, sans outrance avec autorité et un vocabulaire précis. Houchim était un habitué des prétoires, vingt-huit ans, huit condamnations allant du faux monnayage, en passant par le vol, l’abus de confiance et le trafic de stupéfiant. Tout cumulé il s’en était sorti avec six ans de centrale en attendant un procès pour ce cambriolage où était impliqué le lyonnais. Lors de leur première confrontation Houchim lui avait fait le numéro du voyou rangé standard. Il avait un travail, payé par la société de sa belle-sœur, chargé de vérifier les arrivages, point. Lors de la seconde, il avait continué un moment sur la même note avant que le nom de son frère soit mentionné au sujet d’une certaine fusillade. Ca l’avait contrarié, Stern avait insisté en ajoutant le nom de son cousin par alliance, Titi. Il s’était complètement verrouillé. Avec une affaire de ce genre et au vu de ce que l’enquête avait déjà donné, le commandant n’avait pas eu de mal de convaincre le juge de mettre sur écoute la famille d’Houchim. Et il ressorti rapidement qu’Abdel était furieux que la voiture de son frère ait été impliquée dans cette fusillade. Ce dernier était en garde à vue et il accusait le fameux Titi de l’avoir entrainé. En bon flic Stern se dit que cela pourrait être un levier intéressant pour le faire parler. Le travail de police est avant tout un travail d’équipe. C’est ainsi qu’en cherchant dans la vaste famille d’Abdelkrim d’autres liens avec l’enquête on découvrit un second cousin, agent de voyage de son état et travaillant à deux pas du Petit Bouffon où Cazeneuve avait ses habitudes. Or il avait justement donné sa démission trois jours après la saisie. Où était-il ? Aux dernières nouvelles à Barcelone. Insuffisant pour un mandat d’amener mais pas pour un avis de recherche. Les rapports étaient plutôt cordiaux avec la police espagnole, du moins dans le domaine des stupéfiants. Un petit coup de fil, ils attrapaient le gars, l’interrogeaient au sujet de Cazeneuve, d’Abdelkrim, voyaient ce qui en ressortait et le relâchaient avec filature si nécessaire. Paris ayant des indices plus concluantes avait cherché directement après l’intéressé, mais lui aussi avait disparu. Sans laissé d’adresse cette fois. Les Stups de Lyon furent également mit sur le coup et un autre avis de recherche lancé.

 Salim était allongé sur le transat sous un parasol blanc et carré occupé à scruter les fesses de la fille au loin sur la plage, les yeux par-dessus ses lunettes de soleil, un journal négligemment posé sur ses cuisses nues. Les affaires se passaient mal et il réalisait à quel point il s’était trompé sur le parisien et combien sa sœur avait vu juste. Une bonne leçon pour lui en quelque sorte. Mais qui coûtait cher. Il n’avait pas cherché à prendre contact avec Guerro .Inutile. C’était à lui de régler la question. Tant avec le Boeuf qu’à propos de ces cinq tonnes dans la nature qu’avec les trois semi gros qui avaient avancé leur part. Pour ceux là il pourrait se démerder. L’un acceptait de se faire rembourser, pour les autres il taperait dans sa réserve et rallongerait avec quelques kilos de shit gratuits. Pour le reste… Salim était un homme réfléchi, le jour où il s’était fait balafrer il avait appris qu’il ne servait à rien d’attaquer de front quand on n’était pas certain de gagner. Vitali devait se préparer à devancer ses représailles, les flics le cherchaient, prendre le large sur la côte lui avait semblé une mesure salutaire. La fille portait un bikini rouge et un tatouage au bas du dos qu’il ne distinguait pas bien à cette distance. Elle était seule, on était hors saison et l’air était même plutôt frais, il se dit qu’il irait bien la rejoindre. Qu’il avait besoin de se changer les idées, qu’une bonne soirée parfois ça en apportait de fraiches. Mais avant ça il devait monter ce deal avec le Maroc. A raison d’un prix de vente moyen de deux mille euros le kilo il lui faudrait vingt-huit tonnes pour rembourser entièrement le colombien. Impensable, Il n’avait pas les contacts suffisant d’un côté et pas non plus un réseau suffisamment important pour l’écouler rapidement. Douze ou quatorze tonnes en revanche c’était dans l’ordre du possible. En cassant un peu les prix, en confiant les coupes aux bonnes personnes et en les vendant aux bons endroits. Ca plus un ou deux cambriolages qu’il avait sur le feu depuis quelque temps, ça ferait patienter, réinstaurait la confiance. Khadidja, sa sœur, entra sur la terrasse. Grosse lunettes noires Dolce Gabana, ceinture Gucci, pull et pantalon Zara noir moulant, un I Phone blanc à la main.

  • C’est Mario, dit-elle, ils ont trouvé le fils de pute.

Il s’empara du téléphone et écouta ce que l’autre avait à lui dire.

  • On l’a suivi mais on n’a jamais vu le Bœuf.
  • Okay, laissez tomber, choppez le et travaillez le, il sait sûrement où il se planque. C’est son meilleur pote depuis la communale.

Il raccrocha et rendit le téléphone à sa sœur il n’avait pas quitté des yeux le cul de la fille. Elle suivi son regard.

  • Tu vas la sauter ?
  • T’en penses quoi ?
  • Pas mal.

Salim Abdelkrim était un homme réfléchi, il savait attendre son moment et surtout il savait s’entourer. Dans la famille Khadidja avait toujours été la plus solide, la plus responsable et elle n’était même pas l’ainée de la fratrie  Quand il était devenu évident qu’il faisait vivre la famille avec le shit, vers l’âge de seize ans elle lui avait elle-même proposé son aide, pour compter, investir et même éventuellement sécuriser. A la regarder elle ressemblait à n’importe quelle trentenaire célibataire du quartier. Forte en gueule, grosse personnalité, prête à tout pour faire de l’argent et cœur d’artichaut avec une faveur pour les cas sociaux. Et elle avait bien tout ça à l’exception du cœur d’artichaut, sa sœur avait de la glace dans la poitrine et du feu dans les veines.

  • J’ai eu le Maroc au fait, dit-il j’attends la réponse.
  • Ces enculés ont intérêt à dire oui, on leur prend assez sur l’année.
  • Au prix qu’on demande ça pourrait coincer mais j’ai confiance.
  • De toute façon au-delà on sera dans le rouge, on a plus de réserve et la thune va pas pleuvoir après ce qui s’est passé.
  • T’inquiètes petite sœur t’inquiète, c’est les affaires ça, garder confiance et être patient c’est la clef.
  • Mouais…. Et ton colombien combien de temps tu crois qu’il va être patient ?
  • J’ai ma part de responsabilité mais Luis sait qu’on est hors du coup, si je rembourse une partie c’est seulement pour monter ma bonne volonté.
  • Et le Havre ?

Salim se rembruni quittant la fille du regard.

  • Qu’est-ce que j’y peux moi si ces connards ont paumé le chargement !? Les mecs sont sur le coup, c’est tout ce que je peux faire !
  • Ouais… en attendant fais gaffe que ce mec te prenne pas pour un porte-poisse. T’es pas en affaire avec un de ces hmars du bled c’est un colombien putain.

Il sourit.

  • Eh tous les colombiens ne sont pas Pablo Escobar.
  • Le gars y te sort cinquante bâtons de sa poche et ramène huit tonnes jusqu’ici ? Je sais pas si c’est Pablo Escobar Salim, mais faut le prendre au sérieux, ce gars a des mecs avec lui qui doivent sûrement pas se marrer.

Il reporta les yeux vers la fille. Elle se trempait les chevilles avec grâce. Oui, Khadidja avait peut-être raison mais d’une part il avait confiance dans l’amitié qu’il avait noué avec Luis, d’autre part, tout de suite, il avait envie de penser à autre chose.

  • T’inquiètes, répéta-t-il en se levant j’ai les choses en main.

Khadidja le regarda partir, elle en était moins sûre que lui.

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