Emily Blake vous salut bien-Part 1-

Balle noire et luisante d’acier atomique filant sur le périphérique, le bolide trace un sillon de lumière dans l’œil aveuglé du radar qui flash, en vain. Cuir sur les mains, cagoule, regard sombre porté au travers d’un pare-brise d’une demie seconde, vitesse enclenchée, il déboite alors qu’elle appuit sur la commande d’ouverture. Elle est blonde inoxydable, moulée noir lycra, gilet de combat, elle arrache l’automatique qu’elle a à la ceinture et compte. Uno, due, tre, quatro, cinque… C’est Marco qui lui avait appris à compter rital. Marco… Oublié celui-là, et pourtant… Soudain ils surgirent dans le rétro. Deux 4×4 bleu marine et des types armés aux portières. Elle braqua son HK et tira. La crosse bondissant dans sa main comme un ours affamé, la tension qui roulait dans son poignet jusqu’à son avant-bras tendu et finement musclé. Cinq balles de neuf millimètres à haute vélocité, saccade d’acier qui gicla dans la taule et la viande comme une brûlure. Le chauffeur du 4×4 de droite prend deux projectiles froids, dans la tête, l’autre en pleine poitrine qui lui fait croiser les bras et envoyer le véhicule dans le décor, heurtant la rambarde de sécurité et partant en tonneau alors que les autres répliquaient. Fusil d’assaut FN Herstal, 5,56 Otan, munitions légères et extrêmement véloces. La Porsche était blindée, les balles s’écrasaient sur l’acier dynamique en crachats de feu jaune orangé. Elle répliqua, indifférente aux flammes et aux rugissements des armes, au danger, à la mort, froide, souple, à la fois pleine et vide, calme, presque sereine, et tout en même temps  concentrée, tendue comme  l’arc du funambule. Blam ! Blam ! Blam ! Blam ! les ogives sifflaient dans le tunnel alors que la Porsche déboitait d’une camionnette Renaud blanche. Trous dans le pare-brise, étoile dans le bleu et le sang glaireux qui inonde le volant. Le 4×4 zigzag avant de percuter la camionnette par l’arrière. Tête à queue, carambolage, le bolide est déjà loin. Il conduisait d’une main maitrisée, vingt et un an, spécialiste du go fast, fou de vitesse et d’adrénaline. Son film préféré, Point Break avec Keanu Reeves. Beau gosse en plus, dommage qu’il ait un nom si con, Gevin…

Le fond de l’air avait un gout pale et mentholé, la Porsche immobilisée devant une usine désaffectée, elle ouvrit le sac Nylon et sortit des liasses de billets roses. Elle posa sa part sur le capot, il la fit glisser dans son sac à dos, la cagoule toujours sur le crâne. On remet ça quand tu veux, c’était fun ! Elle ne répondit rien, enfourna le sac sur son épaule comme d’un rien et s’éloigna vers une Polo garée un peu plus loin, rose-mauve, très girly. Débarrasse t’en, dit-elle en parlant de la Porsche. Ouais, ouais, t’inquiète. Ils avaient tous la même expression, t’inquiète. Comme si elle était du genre à s’inquiéter depuis l’accident. Elle se défit du sac et du gilet de combat qu’elle jeta dans le coffre de la voiture avant d’enfiler une robe blanche tachetée de lilas grand-mère. Trois cent cinquante deux kilomètres jusqu’au cour Saint Omer de Lisieux, dans une petite rue bordée d’arbres. Des grilles noires, une cour écolière où jouaient quelques garçons et Colibri, la petite peste des quatrièmes de lancer docilement et bien fort, bonjour madame. Colibri, je te jure… Hi Blake ! Blake t’es sûr que t’es pas anglaise ou américaine, et non toujours pas Jean-Pierre. Jean-Pierre Studieux, qui portait bien son nom, le prof d’anglais la draguait depuis un an qu’elle était en poste. Bien lourd comme il faut. Elle entra en classe, les enfants étaient déjà là, studieusement rangés. Bonjour madame ! Clamèrent-ils en chœur. Bonjour, bonjour. Elle était heureuse, elle adorait son métier. Mais ça n’avait pas toujours été le cas.

Mado ! Viens ici ! La fille glissa de son tabouret, soumise jusqu’au sous la frange Louise Brooks qu’il lui faisait porter, ombre à paupière et peur jusqu’au nerf de son nombril. Silence dans le rouge mascara bardé néon pute des boulevards. Oui Marco ? Ramasse. Il y avait de la monnaie par terre. Elle obéit sans réfléchir, il posa son mocassin pourpre sur son dos. Il était comme ça Marco, assez tape à l’œil. Qu’est-ce que je t’ais dit hier ? Je sais pas Marco. Putain ! Gronda-t-il en appuyant sur son dos avec le talon. Tu te souviens jamais de rien ! Je t’ai dis pas avec les blackos ! Ah oui c’est vrai tu m’as dit ça. Il appuya un peu plus fort. Ramasse salope ! Elle obéit docilement avant que de son pied il la repousse contre le lino. Il était beau Marco, mais il était dur, comme le lino. Elle s’y écrasa le nez. Connasse !

Parfois Mado pleurait, en silence, comme pour ne pas faire peur aux mouches, Mado avait très peur des mouches, dans la Bible le Diable, Belzebuth était le Seigneur des Mouches. Une des Sept Plaies. Quand elle pensait aux mouches, elle les voyait qui lui rentraient sous la peau à vif par une coupure cutter. Alors elle allait se foutre dans un coin, arrachait sa foutue perruque et redevenait un temps Emily, la petite de province, descendu avec armes et bagages pour devenir danseuse. Emily, la gamine tenace. Elle avait tout encaissé, les castings empoigne, les humiliations, les directeurs de ballet hystériques et pédés, les producteurs à la main baladeuse, et puis un soir, avec une copine, elle était descendu à Pigalle, et elle l’avait rencontré. Son beau Marco. Grand brun au visage italien, la peau mat, le sourire facile, les lèvres épaisses, les yeux allongés et rieurs, un piège à fille. Et des liasses dans les poches claquées dans un fermoir serpent aux yeux rubis, pur argent. Ca et les pompes croco ça l’avait beaucoup impressionné. Il lui avait soutiré son numéro, s’étaient revus, et de fil en aiguille… Mado essuya ses larmes, ça servait à rien, rien ne servait à rien, même pas pleurer, ça ne la soulageait même plus. Alors elle serra les dents une fois de plus et attendit que ses tremblements de peur et de rage cessent. Marco était bon dans ce qu’il faisait, un rabatteur de première, en plus d’elle il avait six autres filles, toutes avec le même genre d’histoire, le même genre de profil. Sortie de leur province, souffrant d’un père absent ou falot, pauvre, enfant de prolo ou de la DASS,  et affligée généralement d’un complexe quelconque. Marco s’y entendait pour savoir où et comment faire mal. Il n’y avait pas que les gifles savantes qui ne laissaient pas de marques mais un sale souvenir, les humiliations publiques, il y avait aussi ceux des coups qu’il savait faire pleuvoir à l’intérieur avec sa seule bouche, son seul mauvais esprit. Ma pauvre t’es trop grosse ! Qu’est-ce que t’espère faire de la danse avec des jambes de haricot, on dirait un poteau sur deux autres poteaux plus petit. Aahahaha ! Mado encaissait. Quand elle n’avait pas de client, qu’il n’était pas dans le coin, elle continuait étirement et échauffement dans la salle de bain étroite de son studio, mais elle ne dansait plus. Trop petit ici. Comme un oiseau s’ébrouant dans sa cage. Prisonnière de sa balance. Son poids, une obsession, et ses vêtements aussi, ses perruques, ses chaussures, les robes et les choses qu’il lui faisait porter. Elle était sa petite poupée et drôlement intérêt à tenir son rang. C’est qu’elle ne tapinait pas toujours en bas dans le bar à Janine, des fois il l’emmenait dans le monde, présentait sa pute à quelque richard qu’elle faisait cracher en deux deux rien qu’avec son truc de la langue sous leur bite quand elle les suçait. Marco l’appelait sa bouche dans ces cas là. Ce soir tu vas faire ta bouche sale pute, t’as compris ? Qu’il lui susurrait à l’oreille une main dans la culotte quand il était de bonne humeur. Elle adorait être sa bouche et qu’il la traite de sale pute. Se sentir sale, avilie avec lui c’était tout bon, rose, juteux. Pourquoi elle avait besoin de ça en amour pour se sentir vivante ? Quand elle était gamine, une fois un garçon lui avait dit qu’elle était vicieuse. Du coup elle avait regardé… Vicieux, qui a une disposition naturelle a faire le mal. C’était donc que c’était dans son sang, plus fort qu’elle, et son mal à elle c’était le sexe. Son mâle. Sa côte d’Adam, sa plaie ouverte, son flanc troué qui suintait foutre et cyprine. Mais c’était si bon. Se sentir disparaitre enfin, s’abandonner totalement, gicler son désir, mangée. Comme de retourner à un état cosmique avec tout en même temps le cordon ombilical d’une bite amicale dans le cul, la chatte, la bouche. C’était si bon d’appartenir, se sentir possédée. Si bon d’être à lui. Chaine, chienne. Sale pute de chienne à genou. C’était finalement si sexuel pour une femme, si proche de sa seule condition physiologique pourquoi ne pas plier ? Plier…. Oooh elle en avait des papillons dans le ventre, comme elle disait, s’imaginant pliée à genou devant sa braguette impératrice, et lui les mains sur les hanches. Suce bouche ! Oooh….

Le désir c’est le mal n’est-ce pas ? Le mâle…

Notre Père qui êtes aux cieux, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé, ne nous soumettez pas à la tentation et délivrez nous du mal, car c’est à  vous qu’appartient le règne, la puissance et la gloire, au siècle des siècles amen.

 Marco

J’y peux rien, c’est comme ça, moi dès que je vois un truc pour faire du pèze, faut que je me branche. Et putain les radasses c’est du jus. Trop fastoche comme elles sont connes. T’as pas idée frère comme c’est facile. La salope ça se tient et ça se baise mais jamais tu lui donnes son sucre, ou trop tard. Tu vois c’est ce que t’as pas pigé. Une pute ça se tient, tu la laisse pas s’écraser contre un mur juste parce que t’en as marre de ta branleuse à couilles. Tu l’utilises, tu la rabougris, tu la traine comme une merde sur le trottoir de tes vices mecs ! Oh putain, se dit l’Antillais, v’la qu’il fait de la phrase. Ouais j’sais, mais qu’est-ce tu veux, elle m’a mit les boules. Cause à quoi ? Bah putain elle m’a tapé dans ma C. bordel ! Cette pute, elle vient chez moi et elle tape dans la caisse ! Oh la salope ! Ah ouais je comprends…. Mais je m’en branle, je calcule le costard qu’il porte, veste cintrée pied de poule, créateur mes noix, la cravate en soie violette, la chaine. Putain de sapeur je me dis. Il porte des dreads aussi, longs, fins et soyeux qui se déploient sur ses épaules de guadeloupéen cossus comme l’aile et la plume d’une corneille. Derrière lui l’Afghan prend sa bière. La gueule ravagée par la guerre, la folie, les yeux en colère vers le vide de la rue devant lui, derrière la baie vitrée du troquet. Paris 18, Marx Dormoy, Place de la Rontonde. Il fait peur à tout le monde ce mec là. Mais c’est pas plus mal. Et toi alors, t’en est où ? Faut que je vende une fille. Ca peut plus durer. Pourquoi ? Bah je te dois cinquante, et j’ai paumé aux cartes l’autre jour. Combien ? Vingt cinq. Eh soixante-quinze mille ça se trouve ; Ouais mais j’en ai marre, je veux me débarrasser mais je sais pas laquelle. Faut que j’en termine une, ça peut plus durer. Pourquoi ? Qu’est-ce qui peut plus durer ? Mon mec, faut que je t’explique comment ça se gère une écurie. Voilà qu’il faisait son expert, pensa l’Antillais, discrètement il regarda sa montre incrustée de zircons. J’ai les trois slovaques, sont jeunes, dix-neuf piges la chatte étroite, tout ce qu’il faut, elle ramène le jus, une ancienne d’il y a longtemps, qui me connait à fond et qui sait comment me gérer les putes. Et puis il y a les deux autres qui vont arriver en fin de course. Jeanne et Mado. Je les gardes pour les barbons, les soirées, chez la Janine. Mais c’est bon faut que je fasse un exemple. Faut pas qu’elles oublient ces salopes que c’est moi leur vie, toute leur vie, tu piges ? Que je fais ce que je veux avec elles, qu’elles m’appartiennent. Les trois slovaques par exemple, elles me prennent un peu pour un touriste parce que je suis pas brutus comme les yougos. L’ancienne faut pas qu’elle perde de vue qu’elle est miraculée, et les autres… bin c’est tant pis parce que je sais pas laquelle c’est.que je vais lourder. Si tu veux je t’allèges de Jeanne, l’Afghan a besoin d’une gonzesse, c’est plus possible. Et pis il l’aime bien la petite Jeanne. L’Afghan me retourna un sourire jaune avec ses dents longues et ses yeux brûlants cernés de marron. Non ça me disait rien, il allait me la casser en deux deux. Nan, j’ai fait, ça se termine pas comme ça une pute, c’est comme en cuisine, ça se recycle. Je pensais à ma pétasse, Mado. Que celle là je lui recyclerais bien la perruque jusqu’au sang. J’en peux plus de ses mines boudeuses et de son côtés petite fille de trente piges ou quasi. Et puis elle est conne ! C’est pas possible ! Trop conne, faut que je la largue c’est pas de mon niveau. Mon standing, mon style. Moi j’assure.

Sale pute viens là ! Oui mon chéri. J’ai la bite dure et rouge, veineuse, dressée de la braguette, fumante d’autorité virile poing sur les hanches. Tu sais ce qui te reste à te faire !? Oui. Elle m’avale d’un coup et pompe sans me lâcher du regard. Je la mate, putain de merde, cette gourde m’astique plus comme j’aime, elle sait plus, pauvre merde va ! Je lui balance une claque dans la gueule et mon chibre qui s’arrache de sa joue, elle tombe, la perruque de travers. Elle couine. Mais Marco… Ta gueule salope, de toute façon c’est pas de ça dont j’ai envie. Ouvre la bouche. Elle obéit, je pisse dedans. Ferme pas putain ! Ouvre ! Elle obéit, elle pleure. Je me termine et je lui écrase bien salement la main. Elle gémit puis hurle. Qu’est-ce j’en ai à foutre ? Habille toi on sort..

Emily descendit de la Subaru, des lunettes de soleil sur le nez, cintrée dans une robe d’été qui moulait son corps musclé et nerveux. Luther attendait sur le porche de la maison en bord de lac. Haut, chauve, la soixantaine, des lunettes à tour d’acier sur son nez aquilin, les sourcils broussailleux comme un vampire de cinéma. Il sourit porcelaine, bien limée rangée, ah ces anglais de la côte… Salut ma chérie, t’as fait bon voyage ? C’était un peu long mais ça va, avoua-t-elle avant de lui claquer une bise rapide. Luther la précéda à l’intérieur. Il y avait un ordinateur portable allumé sur la toile cirée de la cuisine, au milieu de dossiers cartonnés. Tu veux un café ? Pas de refus. Deux fois sans sucre et amer s’il vous plait. C’est sur l’écran, lui indiqua-t-il pendant qu’il leur préparait le café. Elle tourna l’ordinateur vers elle. Une photo d’une entrée d’immeuble type haussmannien. Elle fit aller la souris. Crédit Commerciale Rivière et Carré, banque privée, adresse cis à Lyon. Une des banques par laquelle ils font rapatrier leur argent en France. Comment ? Ca serait trop long à t’expliquer. Okay, c’est quoi le loup ? Il eu son demi sourire qu’il avait déjà la première fois quand ils s’étaient rencontrés, celui qui disait, je suis comptant t’es malin, maintenant dis moi quoi. Comment t’as deviné ? Tu veux pas m’expliquer c’est qu’il y a un loup. Il regarda quelques secondes sans rien dire, puis marmonna, je suis désolé ils m’ont obligé. Probable que s’il n’avait pas dit ça comme ça elle n’aurait pas remarqué ses yeux qui coulissaient sur la porte de côté. Et qu’elle serait morte aujourd’hui. La porte vola, il entra un SRM Arms Model 1216, capacité seize cartouches calibre douze automatique, au même instant où elle s’aplatissait par terre et arrachait le 357 canon court modèle 327 de son sac à main,  sept cent cinquante gramme de bon acier, balle téflon. Et faisait feu. Le pied qui éclate et le mollet qui se brise, le tueur décharge sa chevrotine dans la poitrine de Luther qui rebondit contre l’évier alors qu’un second assassin surgit derrière elle. HK MP5, il a un instant de distraction en voyant Luther tomber, braque son arme vers elle alors qu’elle lui décharge la sienne dans les couilles. Deux, qui font une bouillie de son bas ventre qui volète en geyser de jean et de sang, bout de zob. Krrrrrrraaaaaa ! La Kalachnikov arrose la cuisine, fait voler la table au-dessus d’elle en copeaux de bois, de verre, papier, plastique et silicium, l’ordinateur pulvérisé par les lignes d’acier cuivre des balles de 7,62 mm qui dégueulent sur le mur en trous de plâtre et béton, arrachant au passage cadre et image, étagères assiettes, couverts, un poivrier explose. Elle roule sur elle-même, se met sur les genoux qui dérapent sur le verre alors qu’elle se carapate de la pièce à quatre pattes, le monde explosant autour d’elle comme un 14 juillet en enfer. Roulé boulé dans le salon, un type qui surgit, le 357 qui saute dans son poing, Baoum ! Baoum ! Elle s’économise, plus que deux cartouches. Celles-ci lui traversent la poitrine et le dos, locomotives qui recrachent du poumon poudreux dans la foulée. Elle se redresse et cour jusqu’à l’arrière de la maison. Elle n’est jamais venu dans cette partie là ignore même si elle trouvera une issue quand elle reçoit une pleine crosse dans la figure. Le monde s’éteint d’un coup, ça fait un mal de chien, elle sent ses dents branler, silence. Flash, on la soulève comme un sac. Noir. Elle ne sent plus rien, n’entend plus rien, elle est fatiguée, terriblement fatiguée, et ça serait si bon de se laisser aller. Flash, elle est dehors, elle sent encore la chaleur du soleil contre sa peau, aperçoit des hommes, des ombres armées, trois peut-être quatre. L’une d’elle s’approche de son corps recroquevillé, se penche… elle aperçoit son visage, la quarantaine, beau gosse, enfin le genre qu’elle aime, avec une belle tête de salaud comme Marco. Elle sent la douleur vive de ses lèvres éclatées, son souffle court. Entend les types qui parlent autour d’elle. Noir. Sent une main agripper ses cheveux, sent le manche en plastique sous ses ongles, soudain son bras se détend…

Marco

Salut, est-ce que vous laisseriez une andouille qui bave sur vous depuis une heure vous offrir un verre ? La fille me mate sans piger, puis regarde derrière moi parce que je lui fais mon plus beau sourire. Tu comprends c’est pas possible que la grosse andouille ce soit moi, je suis si beau… Qu’elle bande de connasse… Je fais signe au barman en lui montrant le verre de la fille. Il sort le Moët et nous sert deux coupes, il me connait le Paulo, il sait comment je suis quand je suis en chasse. La fille regarde la coupe qu’il pose devant elle. Oh merci… mais… Un problème ? Euh… je n’aime pas le champagne… Putain, une chieuse je me dis. Pas de soucis ! Qu’est-ce que je peux vous offrir d’autre ? Un Baileys ? Elle me demande avec un petit sourire timide. Je fais signe à l’autre qui enchaine sans un mot. On trinque puis on boit. Je la baratine comme il faut, elle glousse la pute, se la raconte, s’y crois déjà avec le beau Marco, et moi pendant ce temps qui calcule la marchandise, soupèse où je la vendrais, à qui, comment, combien. Bon il faudra qu’elle perde un peu des hanches, je la mettrais au sport, dans trois semaines elle est sur le trottoir, deux si je me donne du mal. L’Antillais se pointe avec l’Afghan et Jeanne. Ca m’assure un 10% de remise sur ce que je lui dois, j’ai juste demandé que l’autre dingue attende un peu pour me la mettre petite. Mais à l’air terrifiée qu’a la salope je me dis qu’il était super impatient de lui faire profiter de ses fantasmes de tordu. Je lui demanderais c’est quoi, c’est toujours utile de savoir sur quoi un mec bande. Je présente ma nouvelle copine au négro qui lui fait le baise main très vieille classe. Enchantée Mademoiselle, mes amis m’appel Toussain. Encore une fois elle glousse puis me dit alors qu’il s’éloigne, il est charmant votre copain. Mais l’autre il fait drôlement peur. Et encore t’as rien vu, je me dis en lui rendant un sourire beau gosse. Ah oui ? Mais faut pas avoir peur comme ça, je suis là moi. Elle rigole encore comme une gosse et trempe les lèvres dans son Baileys, je lui essuie doucement le haut de la lèvre du bout de l’index, elle me regarde, déjà conquise. Quelle conne. Elles sont paumées de nos jours, qu’est-ce que vous voulez c’est comme ça. Elles veulent faire les salopes mais elles n’assument pas. Elles se la racontent indépendantes et tout le tralala mais elles rêvent toutes de finir avec Mister Prince de ses dames, en cloque mémère, avec le petit pavillon. Et quand c’est pas ça quand c’est la radasse libre dans son slip, la femelle moderne, qui choisi ses amants et s’assure la vie toute seule, suffit que tu l’asticotes à la bonne mesure pour que tu trouves un petit cœur écrasé de solitude qui saigne de ne pas trouver le gardien de ses nuits, comme dit la chanson. Alors suffit de la cueillir comme un petit oisillon et clac, une bonne sérénade et en deux deux tu la mets au boulot. C’est des putes, c’est dans leur nature, se donner au plus offrant, moi je fais que l’intermédiaire dans cette affaire.

Le bras d’Emily se détend, la lame fait un bruit de coupure sur la chemise du type lui ouvrant l’avant-bras avant de se planter dans sa gorge. Elle arrache la lame, giclée de sang alors qu’elle tranche dans le tendon d’Achille du gars le plus proche, il tombe, lui plante dans l’œil jusqu’à la garde, arrache l’arme qu’il a à la ceinture et abat les deux autres avant qu’ils ne réalisent ce qui se passe. Elle se relève, elle a mal aux dents, vérifie dans un rétro qu’elle n’en a perdu aucune, ramasse ses affaires, retourne dans la maison et défait le disque dur des débris de l’ordinateur ainsi que ce qu’elle trouve comme dossier à peu près intact. Puis repart. La colère tremble encore en elle, et les souvenirs défilent à mesure du décor qui file autour d’elle. Marco, l’Antillais, l’Afghan, et les autres, tous les autres. Fils de pute….

Le disque dur n’était pas totalement irrécupérable et les dossiers portaient sur des cibles potentielles pour cambrioleur chevronné. Luther avait été à la source de pas mal d’affaires parce que c’était son job et qu’il se faisait payer pour les renseignements collectés. Mais il n’y avait qu’un objectif qui l’intéressait, leur banque d’affaire à Lyon. Madame vous avez quoi à la bouche ? Une porte dans la figure Aurelien, c’est très douloureux, je ne te recommande pas. Mais comment vous avez fait votre compte ? Demanda Caroline avec un je ne sais quoi dans le ton qui sous-entendait que quand même la maitresse était un peu gourde, qu’allo quoi on n’avait pas idée de faire un truc aussi stupide. Je lisais ta copie ma chère, et comme tu vois je n’ai pas seulement été frappée par sa nullité.  Mener une double vie, pas une sinécure, surtout avec la curiosité naturelle des gamins mais heureusement il y avait les vacances scolaires. Le Crédit Commercial Rivière et Carré était situé entre la bourse du commerce et l’hôtel de ville dans une rue tranquille et peu passante. Deux caméras à l’entrée, un commissariat pas loin, et une géographie de quartier qui autorisait au moins trois points de fuite. Les documents de Luther étaient incomplets, l’objectif était un lot de bons au porteur pour une valeur de cent dix million d’euros, mais aucune idée d’où se trouvait le coffre, il faudrait faire des repérages dans un endroit où elle devait déjà être connu. Peu importe, ce n’était pas la première fois qu’elle faisait des repérages sous leur nez. Elle s’acheta perruque et lentille de couleurs dans un magasin spécialisé dans les déguisements, ainsi qu’un dentier qui lui faisait les incisives proéminentes. Danseuse, ex prostituée, elle connaissait bien son visage et bien des fois hélas avait dû maquiller les traces de coups. Elle passa son visage sous un fond de teint mêlé de couleur chair et de blanc gris perlé, assombri le dessous de ses yeux avec du fard à paupière brun et s’inventa des départs de rides à l’aile du nez et au coin de la bouche avec un crayon. Recouvrit ses paupières de mascara, aminci sa bouche et la traça en rouge grenat. Elle avait bien prit dix ans. Puis elle entreprit de bander ses seins, se choisi une tenue discrète et passe partout, jupe plissée bleu marine sous le genou, pull gris raz du cou et veste, des collants gris banales et son sac à main ajusté, avec un minuscule trou pour laisser l’objectif filmer.

Mado ajusta sa perruque et se jeta un coup d’œil dans la glace. Elle n’était pas trop mal ce soir. Un bel éclat de peau, l’œil vif, qui se tenait l’encolure bien droite. Ca allait lui plaire. Et puis sa robe safran rouge bien coupée pour mettre en valeur son décolleté et son dos de princesse. Elle savait bien pourquoi il la sortait ce soir et ce n’était pas pour faire des mondanités dans la haute. Elle s’alluma une cigarette et alla à la fenêtre en l’attendant. Elle jetait sur une petite rue de Pigalle à deux pas de Blanche. Des filles, un ou deux clients, des immigrés au visage inquiet et curieux, des touristes au spectacle et le bruit de fond de la ville la nuit. En amont de la rue, claquait un néon blanc acide marqué Domina Plaza, et même pas un hôtel de passe. Elle recracha la fumée alors que son téléphone sonnait, Mado décrocha. Oui ? C’était lui, le code en bas avait été changé, il n’avait pas la combinaison.  1243A, dit-elle. Une minute plus tard il se tenait dans son salon, avec des fleurs. Des lys, il savait que c’était ses favorites. Blanc, pur, racé, élégant et sa peau cuivrée, son parfum poivré, son sourire facile, elle chavira presque immédiatement. Il était comme ça Marco. Parfois cruel, méchant, violent, et d’autres fois absolument adorable, exactement comme quand ils avaient commencé à se fréquenter. Il l’embrassa dans le cou puis derrière l’oreille juste comme elle aimait tout en faisant glisser ses mains puissantes sur son torse. Elle se senti chavirer alors qu’il dégrafait lentement son corsage. Il la baisa lentement, avec science, surveillant son plaisir comme un vigile et jouant avec jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et se mette à hurler de plaisir. Son cris saccadé dépassa le bord de la fenêtre et alla se perdre dans l’écho de la rue en bas. Quelques tête se levèrent en se marrant, et puis alors qu’ils fumaient, blottie contre son torse, se passant la cigarette, il lui dit de se rhabiller, qu’on sortait. Sur le moment elle fut un peu déçue, elle aurait préférée se prélasser avec lui au lit, mais après tout c’était prévu qu’ils sortent. Où on va ? Tu verras, c’est une surprise. Elle adorait les surprises et il le savait. L’Audi roulait sur le périphérique direction la banlieue nord. Il avait mis un de ses CD préféré, la bande originale du Parrain en sourdine et il discutait avec elle de sa belle voix grave. Lui parlant de ses projets, de leur avenir, qu’il avait décidé d’alléger son écurie et qu’il ferait bientôt d’elle sa reine, qu’il allait l’installer, un bar, peut-être une petite boite de nuit, il avait un rachat en vue, on verrait. Et elle ronronnait. La voiture dépassa une église et s’enfonça dans les rues et avenues d’une banlieue anonyme. Où allaient-ils ? Une affaire à régler et ils iraient au restaurant, il avait quelqu’un à lui présenter. Qui ? Demanda-t-elle avec le ton d’une môme, un ami à moi, un gars du Lady Crazy. Un cabaret striptease pour clientèle chic et cher. Elle manqua d’envoyer dans le décor en lui sautant au cou. Il se fâcha aussi tôt. Eh tu peux pas faire gaffe connasse ! Excuse moi chéri ! Ouais, ouais… putain de merde t’as failli nous envoyer dans le décor ! Elle se replia sur elle-même, plus mortifiée par sa bêtise que ses insultes. Il ne dit plus un mot jusqu’à ce qu’ils arrivent près d’un stade éclairé. Un gros bloc de béton surplombé par des spots étincelant claquant dans la nuit. Amène-toi, dit-il en sortant de la voiture. Elle obéit, intriguée et encore désolée d’avoir gâché le moment. Ils passèrent une enceinte grillagée jusqu’à une entrée comme à dérobée où se tenait deux blackos crâne ras et blouson de toile bleu sécu. Attends là. Mado s’immobilisa comme un petit robot tandis qu’il cheminait jusqu’à eux. Salut, serrage de main, Marco qui parlait et le plus grand des blackos qui balança un regard neutre vers elle, puis Marco entrait à l’intérieur avec l’autre gars et disparaissait. Par ici mademoiselle, fit le grand en s’approchant avec un sourire. Mais… Il ne sera pas long, vous serez mieux à l’intérieur, venez. Elle le suivit, incertaine, ils passèrent la porte, prirent à droite jusqu’à une pièce décorée d’un pouf en mousse bicolore, d’un canapé deux places, d’un baby foot des années soixante dix en bois jaune et de quelques affiches de 98 à la gloire de Zidane et de l’équipe de France. Il la laissa entrer, puis referma la porte. A poil, ordonna-t-il avec un sourire badin. Elle s’écarta de lui le regard farouche. Je vous demande pardon ? A poil ! Non mais va te faire…. En deux pas il était sur elle et lui flanquait son poing dans l’estomac. Le souffle coupé, au bord de l’évanouissement, pliée en deux de douleurs. A poil, répéta t-il simplement. Lentement, reprenant son souffle et ses esprits elle obéit. Effrayée, attendant maintenant qu’il la viole. Marco pensa-t-elle, il allait revenir, il l’attraperait, la sauverait de ce mauvais pas. Oui si Marco savait ça, il le tuerait ! Et elle lui dit, presque en grognant, comme si elle était Marco lui-même, et se prit une gifle. Ta gueule, à poil. Il prit ses affaires et sorti. La laissant seule et nue dans cette pièce anonyme. Elle n’osait crier, alla à la porte mais il l’avait fermé à clé, alors elle s’assit sur un pouf et attendit le cœur battant, glacée, parce qu’elle était en train de comprendre. La belle soirée, les fleurs, l’amour tendre, les promesses… Ils entrèrent en se marrant, onze jeunes hommes vigoureux en survêtement d’équipe, Marco et un type en arbitre derrière eux. La voilà messieurs, passez une bonne soirée. Comprendre et réaliser en même temps, sa bouche s’ouvrit comme par suffocation, les yeux vers Marco qui scintillaient de larmes, et les douze paires d’yeux lubriques posés sur ses rondeurs. Non, non, non… souffla-t-elle, sa voix prenant de l’ampleur d’un coup. Elle bondit soudain vers Marco, en hurlant d’une voix stridente. Ils se contentèrent de la repousser de leurs mains grossières tandis que la porte se refermait sur lui.

Les yeux, les yeux humides, vicieux, noirs, bleus. Les mains, calleuses, souples, intrusives, qui dans sa bouche, tirant sur sa mâchoire, qui dans son sexe, son anus, qui arrachant sa perruque lui tirant les cheveux en arrière, lentement, salement. Elle gémit, gargouille à cause des doigts qui s’enfoncent dans sa gorge. Elle les sent qui s’agrippe à ses seins, les pinces, les malaxes, se la dispute mollement comme un morceau de viande qui soudain tombe sur les genoux, brutalisé d’une secousse qui lui arrache une touffe de blondeur. Elle prend un coup de genoux dans le front, la douleur la sonne, ils ricanent, elle entend les zips qui descendent, et puis il lui en rentre une dans la bouche, petite, avec un gros gland champignon rouge et qui pue la pisse et le chlore, ça lui racle le palais, la main qui l’attrape par l’arrière de la tête et la force, avant de l’attirer vers un autre sexe avide et gros celui-là qui lui fonce dedans avec un arrière goût de peau savonné et ne s’arrête que lorsqu’on l’arrache à nouveau à la prise, la retournant toujours en empoignant ses cheveux sous les suce sale pute, regarde moi la vache, je veux l’enculer putain ! Attend ton tour on va tous l’enculer cette chienne, bouffe mes couilles connasse ! Et elle sait qu’ils parlent d’elle mais c’est comme si son esprit se désolidarisait de son corps, qu’elle les regardait faire. Les regardait la trainer de queue en queue, la gifler, la pousser du pied, ricaner, lui forcer le palais, la gorge, les dents, et puis la baiser à trois, un par orifice. Trois par trois, se relayant, se branlant quand il n’était pas dans un trou ou un autre, raclant la viande, sèche, forcée, bientôt suintante de sang rose brun. Et les cris qui lui sortent de la gorge, cette fille aux yeux révulsés, les cheveux gras de leurs sales mains, arrachés par poignées, et les convulsions de son ventre et de sa gorge quand ils déchargent leurs couilles, la barde de leurs saucisse comme d’un poulet brocheté, ce n’est pas elle, c’est une autre. C’est une victime, une femme qu’on tue, une chose qu’on massacre, un objet de consommation jetable sans autre forme de procès. Et elle hurle, ils tirent sur ses tétons comme s’ils voulaient les lui arracher, mordent à belle dent dans le cartilage de ses oreilles, les tendons de son cou, les muscles de son dos que des mains griffues, brutales, labourent comme un fouet de papier de verre. Mais bien sûr rapidement ils l’empêchent aussi de crier, la giflent, lui plaquent la bouche dans un étau de doigts qui tirent sur ses lèvres, ou lui gicle au visage, sperme frais et chaud dont l’odeur sature la pièce avec celle de la testostérone, de la sueur, des chaussettes et des slips sales. Puis elle sent les doigts qui s’agrippent au bord de son cul, tirent comme s’il voulait la déchirer et le goulot de verre qui pousse sur son anneau anal par saccade de coup de pied, les rires, les regarde cette truie, ah elle prend bien ! sale pute ! Champagne ! Ils forcent, ils poussent, ils chantent en chœur la Marseillaise, ils finissent de se branler sur elle. Son esprit vogue au-dessus des cris, de son corps meurtri, de cette bande déloquée, affamée, babouine, carnivore. Paw ! soudain elle sent le verre qui explose d’un coup de pied ajusté. BUUUUUUUUUUUuuuut, le bord coupant qui lui taille le gras de la fesse. Et quelqu’un qui lui écarte une jambe haut en l’air avant de forcer son con. Elle sent le cuir rugueux du gant de gardien, sent qu’en même temps on lui force les dents avec un sifflet. Siffle salope ! Siffle ! Elle essaye, il pousse, aucun son ne vient, il pousse encore mais ça ne rentre pas, plus, les muscles de son vagin contracté. Laisse tomber ça va jamais l’faire. Siffle putain ! elle réessaye mais à vrai dire ce n’est pas elle, c’est son cerveau qui est en mode automatique, son cerveau qui trouve la voie du grelot, elle siffle, souffle, crache le sifflet et expulse de l’air par en bas. Il en profite. Le sifflet heurte une nouvelle fois ses dents, siffle ! Elle pousse sur ses poumons, sent la douleur lui déchirer le ventre, le cuir la forcer, l’écarteler, comme s’il comptait lui agripper l’utérus, tirer d’un coup sec. Mais non il sort, sans ménagement, elle siffle, siffle, prend un coup de pied dans le ventre, crache le sifflet. Ils s’éloignent, se désintéressent, picolent et s’organise un baby. Elle rampe sur la moquette, comme à demi morte. On l’attrape par la cheville, on la retourne, il se plante en elle. Il est jeune, pressé, fait une grimace, les yeux froids, remplis de mépris, il taque taque dans ses hanches et le goulot qui se fixe dans la chair de son anneau. Elle pousse un cri guttural et soudain, s’arcboute, alors qui lui tort un sein, puis force la bouche avec l’embout métallique du sifflet, un long sifflement aphasique lui sort de la gorge, des rires gras, le claquement de la bille de baby contre la plaque de bois. Son esprit est comme assis dans un coin qui regarde et qui pleure pour cette chose là-bas. Cette chose qui ne se tord même plus, les yeux fixes vers le plafond, sifflant, bavant, puis plus rien. Plus rien. Ils s’en vont, en se ventant, en se marrant, en lui lançant merci sale chienne, en lui crachant dessus. Puis ils arrivent, les deux blackos, avec ses affaires. Tu veux te la faire ? Après eux ? Non merci. Ah tant pis pour ta gueule. Alors commence un nouveau genre de séance. Il est monté comme un cheval, il déteste les blanches et les putes, il va lui faire payer. Ah les connards, grogne t-il en lui ôtant le goulot cassé pour l’enculer à sec et sans qu’un cri ne réussisse même à la libérer de l’énorme douleur qui soudain l’empale. Même son esprit ne sait plus quoi faire, il essaye de sortir de la pièce, fuir le cauchemar de viande et de rage qui s’écartèle sur la moquette, rampante sous ses coups de burin, de poing, de gifles dans le crâne qui se balance d’une épaule à l’autre comme une poire de boxe. T’aime ça être une pute hein ! T’aime ça hein ! Salope ! sale enculé de pute ! Je vais t’apprendre moi hein ! Mohamed passe moi une garo. L’autre se marre, le paquet, une cigarette, le gros se la jette entre les lèvres et l’allume. Puis il l’attrape par la cheville en se retirant sèchement. Ca fait un bruit de succion, elle grimace de douleurs, et son esprit est dans le couloir qui la regarde désemparé. A côté de lui, sur la droite il y a un rayon de lumière, un bain, même, qui miroite sur le mur, comme un arc-en-ciel dans la brume, c’est Dieu que se dit l’esprit et Dieu dit à l’esprit, n’ai pas peur, ce n’est rien, décompose, respire, calme toi, ça va aller je suis là, pas loin jamais. Je t’aime. Alors le gros la retourne et ses vertèbres claquent brutalement, puis il lui tombe dessus, sac de ciment, découvre sa nuque, et du bout incandescent, lui troue la peau. La douleur lui irradie la nuque, les oreilles jusqu’aux tempes, sa mâchoire vissée, un gémissement strident qui perce son fond de gorge comme une trachéotomie à l’aiguille à tricoter. Elle hurle mais il l’ignore, il ne la baise même plus, il la brûle, la marque, des lettres le long de sa nuque, sur le haut du dos, Sale Pute.

Les cratères de l’infamie étaient dispersés dans une anamorphose grouillante de crânes et qui de loin, sous une certaine lumière rasante, laissait apercevoir l’ombre d’une corneille dévoilant ses ailes le long de ses épaules luisantes de sueur, le muscle délié. Czar était un grand artiste, incontestablement, et plus encore. Tu retournes quand à Lisieux ? Quand j’aurais refourgué la came. Elle jeta une droite suivi d’un jab dans le sac, un crochet du gauche avant de faire un pas chassé en arrière, balancer trois ou quatre fois le tibia dans le cuir et les quinze kilos qui se balançait au bout de la chaine. Souple, hargneuse, un cobra-rage. Czar la connaissait depuis ce tatouage, il connaissait son histoire, l’histoire de ces cicatrices. Après ça ils l’avaient balancé dans la rue à demi rhabillé. Et puis les flics l’avaient fait hospitaliser. Liaisons multiples, contusions, vertèbres déplacés, déchirures, et ces brûlures que la médecine ne pouvait pas totalement faire disparaitre. Elle était tombée dans le coma en arrivant à l’hôpital, deux mois et demi. Il parait que quand Marco avait appris ce qu’ils lui avaient fait, il était rentré dans une rage folle, qu’il avait fait tuer les deux blackos. Même que c’était l’Afghan qui s’en était chargé. A la scie et au burin. Enfin c’est ce que lui dirait plus tard Jeanne, mais bien sûr à ce moment là elle était ailleurs à causer de la déportation avec Dieu. Dieu était très gêné quand on abordait le sujet. Emily s’en souvenait encore en sortant du coma, ses conversations avec Lui. Tout ce dont elle se rappelait en plus, mais elle ne se savait pas si c’était vrai ou faux, c’était Marco à son chevet avec toutes les filles, tenant des bouquets de lys, et lui qui discourait elle ne savait plus quoi. Emily, Mado, Mado, Emily, elle ne savait plus non plus qui elle était. Et puis il était arrivé comme un sauveur. Toussain Marguerite alias l’Antillais. Il alla la voir quelques jours après sa sortie du coma alors que le neurologue venait de la féliciter pour sa résilience. Là où quatre jours de coma pouvaient laisser des séquelles à vie, Emily était sortie de là comme la princesse des contes, fraiche et disponible mais peut-être pas tout à fait inchangée. L’Antillais était là, au pied du lit qui la regardait, apprêté, un bouquet de fleurs jaunes dans la main, l’air vaguement anxieux, attentif. Quand elle ouvrit les yeux elle venait juste de rêver qu’elle faisait feu avec un pistolet dans chaque main sur des silhouettes en couleur. Des silhouettes anonymes, floues et elle sortait de ce rêve rassérénée. Elle vit d’abord les fleurs et pensa qu’elle n’aimait pas le jaune sur des pétales que c’était bon pour les cocus puis le beau visage lisse de Toussain, son sourire timide, ses bagues aux doigts, son costume sur mesure. Oh bonjour ! dit-elle d’une voix rauque de sommeil. Bonjour Emily, tu vas comment ? Bien, dit-elle comme hésitante. T’es sûr ? Oh oui. Soudain elle se souvenait des cibles de son rêve, et sans les distinguer savait qui elles représentaient. Treize cibles. C’est horrible ce qui t’es arrivé, ce salaud ne te méritait vraiment pas. Elle pensa à Marco, peut-être mais elle aurait préféré qu’il soit là à sa place, avec des lys. Or il y avait bien un vase sur la table de chevet mais il était vide, elle devait avoir encore rêvé… Merci pour les fleurs, dit-elle d’une voix tenue et douce d’enfant effacée. C’est la moindre des choses, déclara t-il en les plantant dans le vase. Sans eau, remarqua-t-elle pour elle-même. Puis elle ajouta, c’est gentil d’être venu. Il eut un air embarrassé. J’ai jamais supporté comment il te traitait, avoua-t-il. Elle ne répondit rien, laissant ses yeux vaquer sur sa personne comme si elle cherchait un indice de la présence de Marco. Puis finalement répondit, tu ne me l’as jamais dit. Non, ni à toi ni à lui, et je n’ai jamais prit ta défense mais tu sais comment c’est dans notre monde…  Oui elle savait, les julots ne se mêlaient jamais des affaires des autres julots et les beaux mecs évitaient de se marcher sur les pieds faute de quoi on avait tôt fait de terminer plombé. Ce n’est pas grave, souffla-t-elle avec une sorte de sourire désenchanté, tu ne pouvais pas faire autrement. Sans doute mais j’aurais dû, ça ne serait jamais arrivé. Le viol collectif, la tournante, oui… et son esprit lui refusait l’accès à ses souvenirs. Mais c’était mieux ainsi, mieux d’avoir treize silhouettes à abattre. Peut-être que c’est tout ce que je méritais après tout ne put-elle s’empêcher d’énoncer à voix haute comme d’une fatalité. Toussain se raidi sur sa chaise. Personne ne mérite ça ! Je suis une pute, lui fit-elle remarquer. Et alors ? C’est pas une raison ! Sans doute mais c’est comme ça qu’elle avait été dressée. Et sans doute avant même Marco. Soit belle et tais toi, soumet toi aux ordres et désirs de ton homme, ne lui manque pas de respect… toutes ces conneries inculquées à travers une éducation sans ambition de parents sans envergure, mais également au travers des hommes qui avaient croisés sa route jusqu’à Marco. L’Antillais revint fréquemment, toujours avec des fleurs, mais jamais des lys, il avait de belles mains aux longs doigts fins et puissants, cerclé d’anneaux d’or blanc, ongles précis et nacrés. Toujours élégant, gentil, prévenant avec elle, et même un peu précieux parfois. Pourtant il n’était pas homo, de ça elle en était certaine, rien qu’à sa façon de la regarder parfois, il avait envie d’elle. Il la désirait. Comment pouvait-on désirer une femme telle qu’elle ? Putain livrée à la violence des mâles ? Souillée, battue, torturée, humiliée et la désirer quand même. Il fallait bien que cela soit une forme d’amour non ? Et les femmes tombent aisément amoureuse de l’amour non ?…. Oui elle tomba amoureuse de l’Antillais, de son élégance, de son côté sérieux, posé, de ses façons et même de son désir.

L’italien avait le visage baissé sur son entre cuisse, les yeux rivés sur la liasse dans le sac ouvert à ses pieds, des bons au porteur, cent dix millions qu’il reprenait à soixante dix mille. Ciento, gronda Blake, cent. Pas un centime de moins, elle en avait trop chié. Rentrer dans la banque, faire des repérages, se grimer, surveiller seule les rondes du quartier, localiser l’emplacement des bons selon les reliefs de documentation qu’elle avait en sa possession. Se trouver une planque, se préparer, cette fois elle ferait ça seule. La salle du coffre était située au quatrième étage de la banque, elle passa par les toits en mode monte-en-l’air et manqua de se faire refaire par leur système d’alarme. Mais la petite était vive et surtout elle savait percer un coffre. C’était Shérif qui lui avait appris, un client, un gentil, qui aurait pu l’épouser, hélas…

Mado

Il est cool Toussain, il m’a trouvé une bonne place. 147 rue Blanche, le Jockey Rouge. Un bar à fille qui appartient à un de ses amis marseillais. Je tiens la caisse et j’assure l’accueil. C’est gentil. Les clients sont pas chiants, les filles couchent pas, ça aide. Lap danse, champagne et beau sourire. Mais pas touche à la marchandise. S’ils veulent se dégourdir les couilles il y a des hôtels de passe un peu plus haut, des salons de massage, ou bien le bon vieux boulard dans une cabine à pièce. Même à l’heure d’internet ça marche encore ces conneries. Le Peep Show… faut pas croire ça a toujours du succès aussi. Côté cœur avec Toussain c’est l’idylle, pas à dire. Il est gentil, prévenant, mais bon… au lit c’est pas aussi bien qu’avec Marco. Je sais, c’est horrible de dire ça, contenu de ce qu’il m’a fait mais il me manque encore parfois. Toussain me paye le psy, après ce qui m’est arrivé il pense que c’est nécessaire et je crois qu’il n’a pas tort, il me traite bien. J’ai parlé au psy de Marco, il dit que c’est le Syndrome de Stockholm. Je ne sais pas, moi je crois que lui et moi c’est encore autre chose, que je l’ai dans la peau pour toujours. Je me demande si lui pense à moi des fois. En tout cas Toussain ne m’en parle jamais. Il dit que Marco et lui c’est terminé les affaires. Je ne sais pas, c’est possible. Parfois l’Afghan se pointe avec Jeanne, il est effrayant ce type, mais Jeanne sait rien sur Marco, elle le voit plus non plus, ou bien elle a peur du fou. Il parait qu’il est même pas afghan d’ailleurs… mais algérien. L’Afghan c’est juste un surnom qu’on lui donne parce que pendant la guerre civile, il était un des pires du G.I.A. Il veut que Jeanne se convertisse d’ailleurs. Elle qu’est si catho ! Bonsoir messieurs… Ils sont quatre, des beaux mecs, ça se voit de suite à leurs façons, leurs costards à cinq cent balles, avec derrière Tony le proprio qui les pousse en avant avec son putain de sourire de crocodile. Je fais signe à deux filles qui vont à leur rencontre, charme et déhanchement ; J’y tiens, Tony aussi, parfois on fait des séances de défilé dans le salon derrière. Tony hoche de la tête dans ma direction, il n’a pas besoin de parler, on sait ce que ça veut dire tous les deux. Je sors le Dom Perignon, cinq cent cinquante boules la bouteille… Même pas du vrai…. Made in China, un plan du marseillais… Ahahahah….  Il s’approche alors que je sers les coupes. Tu peux t’occuper du gros ? Il me fait à l’oreille. Je lève la tête, je sais qui il appel comme ça, le plus costaud de la bande. Costume clair, cheveux gris fer court, peau café au lait, chevalière en or. C’est Shérif, je le saurais plus tard. Il est tranquille gentil lui aussi, et il n’a pas la main baladeuse. Très chic gentleman tunisien. Quand je ne travaille pas il vient me chercher pour aller déjeuner. Toussain ne dit rien, il sait que je l’aime lui, même si… même si Marco quoi… enfin… Shérif fait des affaires à ce qu’il dit mais ils disent tous la même. Il est blindé en tout cas, jamais à cours. Mais je le trouve rassurant, apaisant presque. Et puis il est cultivé avec ça. Toussain c’est pas son truc la culture, j’ai essayé de l’emmener une fois à un ballet classique, il a détesté, il est parti au bout de dix minutes et m’a fait la gueule pendant deux heures ! Shérif c’est autre chose, son truc c’est la peinture. Surtout les impressionnistes, et Lautrec, l’école de Montmartre, tout ça…Il a même un petit Monet chez lui. Mais je crois qu’il les vole. Je crois que c’est pour ça qu’il connait aussi bien.

Je me lève un peu raide, étourdie. Dieu que c’était bon. Dieu que c’est mal ! Pourquoi j’ai fait ça ? Il tend la main vers ma hanche. S’amuse avec les plis de mon ventre, j’ai grossi depuis l’accident…enfin le viol… je préfère l’accident. Ca se reproduira plus. Même si ça se trouve Marco on lui a pas laissé le choix ! Il était drôlement joueur suffit d’un impayé… Ca va ? Il me demande. Je remets mon soutien-gorge et me lève du lit. Oui, oui, très bien. Je jette à peine un coup d’œil dans le miroir, attrape la perruque et la remet sur ma tête. Tu sais, je crois que je t’aime, me dit-il. Je le regarde. Shérif a le visage posé sur son bras musclé, ses yeux noirs langoureux. Je me détourne. C’était une erreur, on aurait jamais dû, je dis. T’es dur. Je sers les dents, oui, il a raison mais c’est mal… non ?

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