Irwin8

Le lord Commander n’avait pas donné suite à la demande urgente de dame Wnhelf et des consignes avaient été données à la garde pour lui interdire  l’entrée même du palais. Il avait longuement étudié les croquis et les études de son frère et les avait comparés à quelques-uns des ouvrages qu’il avait dans l’enfer de sa bibliothèque. Remarquable, telle avait été sa conclusion, bien que fort mal dessinés. Après quoi il avait longuement discuté avec Salomon, toujours au secret dans une cellule du fin fond des remparts et en avait tiré la même conclusion que Duquesne, cette affaire n’avait pas intérêt à s’ébruiter. Mais bien entendu pouvait-on espérer longtemps qu’une femme de cette trempe et avec un nom aussi prestigieux se contente d’une fin de non-recevoir ? Elle lui écrivit, une longue lettre où elle faisait l’inventaire de la violation des lois de cette cité à propos de son frère. N’obtenant aucune réponse, elle décida d’en passer par un mode de protestation inédit à Khan Azerya et qui parfois courait dans le Nortem avec des succès contrastés, le sitting. Ou plus exactement l’enchaînement volontaire aux grilles du palais. Dans le Nortem cette méthode avait selon certains puissants le mérite d’amener leur victime sous le tranchant de leur épée sans grand effort. Mais il était arrivé que la reine écoute certaines doléancespar ce fait, surtout si l’enchaîné était beau garçon disait-on. Une jolie femme qui s’attachait par de grosses chaînes à un des lieux de passage les plus communs de la ville ça avait de quoi attirer la foule, et même si les trois quarts étaient incapables de déchiffrer la pancarte qu’elle avait à la main, les spéculations allaient bon train quant à la raison de cette manifestation. Pour les moins imaginatifs il s’agissait d’une bru réclamant réparation suite à son enfantement par un seigneur, voir par le lord Commander lui-même. D’autres imaginaient quelque turpitude financière du palais en créance vis-à-vis de cette femme ou de son seigneur. D’autres encore qu’elle défendait une communauté de la ville à laquelle on aurait fait injustice. Sachant que toutes les communautés de la ville se sentaient lésées d’une manière ou d’une autre par rapport à sa voisine, la question demeurait de savoir laquelle. Et considérant son physique et l’élégance de sa robe, on spécula autant sur le sujet des étuvières que des elfes, universellement reconnus de haut parage qu’il s’agisse d’élégance, de physique ou d’étrangeté en manière de mœurs. Il y en eu même pour imaginer qu’il s’agissait de la veuve d’Irwin mandant justice pour la disparition du héros. Mais à ceux-là bien entendu on disait que c’était impossible, que tout héros qu’il fut, jamais une beauté pareille n’irait se commettre avec un tel monstre, d’ailleurs selon eux, il ne rentrerait même pas, car bien entendu ils lui imaginaient des attributs proportionnels à sa taille. Quelques bourgeois et aristocrates, attirés par la beauté de la créature, et qui savaient lire, s’empressèrent d’aller à sa rencontre et lui promettre lui faire obtenir une audience, dont parmi eux Rowland de Claste, natif du Nortem et marié à une puissante famille valeryanne, et tout à fait outré de découvrir une héritière Wnhelf ainsi traitée. Se trouvant en plus qu’il se destinait initialement à la prêtrise, le bonhomme avait de hautes relations au sein du culte d’Ordo et celui du Grand Arc-en-ciel. Ce furent celles-ci qui insistèrent lourdement et obtinrent gain de cause leur parût-il, quand bien même en réalité le lord Commander avait déjà compris toute la mauvaise réputation que cette situation pouvait provoquer. Et ce qu’il tentait d’étouffer devint cette affaire publique qu’il redoutait. Sullivan se tenait maintenant devant lui, libre de ses chaînes, l’air passablement remontée, ses yeux ambre dardant une froide détermination. Messire Pinceau était là également qui passait sous la plume de son maître des documents à parapher. Vous n’avez aucun droit de détenir mon frère sans procès, même selon les clauses de l’article Ultima Ratio Regum. Pour commencer, madame, votre frère n’est nullement détenu. Il allait ajouter quelque chose mais elle le coupa. Il suffit messire vos nervis m’ont déjà servi cette comédie et je sais qu’il est aux remparts ! Ce qui lui valut un coup d’œil à la fois songeur et amusé de l’intéressé. Madame, permettez que je loue la qualité de vos informateurs mais quelques détails leur auront sûrement échappé. Et lesquels je vous prie !? Et bien si nous détenions bien votre frère, il faudrait en effet qu’il soit l’objet d’un procès. Or je n’ai dans mes registres aucune trace de telle procédure. Et, croyez-moi madame c’est préférable. Et pourquoi ? Le lord Commander marqua un silence, cessant un instant de signer. Le secrétaire compris le message et s’en alla avec ses rouleaux. Une fois qu’il fut parti, le lord Commander ouvrit l’ample porte-document couché sur sa table et relié de cuir fauve estampillé des armoiries de la ville. Il en sortit plusieurs esquisses maladroites de coupe d’une tête humaine annotées d’une écriture fine, illisible et resserrée, une écriture de mire. Mais elle reconnut immédiatement la patte. Il avait toujours été un si déplorable dessinateur… Où est-il !? De quel droit !? Madame votre frère s’est semble-t-il rendu coupable d’un certain nombre de crimes graves dans cette ville. Complicité de meurtre est l’un d’entre eux, mais également profanation, usage de procédés illégaux dans l’exercice du métier de mire, et au reste nous ignorons actuellement s’il n’aurait participé lui-même au meurtre de quelques-unes des victimes qui sont passés sous ses bistouris. C’est absurde ! Salomon ne ferait pas de mal à une mouche ! Et d’ailleurs d’où détenez-vous tout cela s’il n’est pas votre prisonnier !? C’est alors qu’on frappa discrètement à la porte. Le lord Commander ordonna qu’on entre, c’était le secrétaire. Salomon ! Sullivan ! Ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, aussi dissemblables que mal assortis. D’un côté la fabuleuse à la poitrine et au port orgueilleux, de l’autre le souriceau mal fagoté. La princesse et le souffreteux qui se serraient pourtant si fort qu’on eut pu les croire amants. Le lord Commander toussa légèrement. Elle fit aussitôt face. Que signifie cette mascarade messire !? Que votre mari n’est nullement mon prisonnier mais mon hôte. Mon mari ? Allons de quoi parlez-vous ? Salomon est… est votre mari, insista le lord Commander, j’ignore pourquoi vous nous jouez cette comédie mais j’ai pris mes renseignements. Vous avez deux frères et ils servent tous deux dans la garde de la reine. L’on prétend même que l’un d’eux aurait plus d’une entrée au palais, si j’ose m’exprimer ainsi…  Salomon et Sullivan échangèrent un regard. Salomon est un des bâtards de mon père, affirma-t-elle toutefois un peu trop vite pour paraître crédible même à ses oreilles. Seule la vérité, madame, me semble bâtarde ici-même. Il m’est apparent que vous vous aimez assez pour que votre mari, qui par ailleurs ne fait aucun mystère sur ses plus criminelles activités, en fasse sur votre lien. Quel est donc ce crime plus grand à ses yeux que vous pensez me cacher ? Vous êtes aussi physiquement dissemblables que même la bâtardise ne le permettrait, et votre accolade des plus instructive, si vous me permettez cette observation. Comédie pour comédie, elle comprit qu’il avait parfaitement calculé son coup en faisant venir Salomon. Une réaction instinctive de deux êtres qui s’aimaient plus que d’un amour seulement fraternel. Mais finalement ce fut lui qui prit l’initiative et par la même occasion la main. La reine Dorgia m’a condamné au bannissement, si l’on apprenait que nous sommes mariés, sa famille serait obligée par la loi de la déshériter. Au bannissement ? Sa majesté serait-elle devenue moins sévère avec le temps ? Fit semblant de s’étonner le lord Commander.  Je ne dois la vie qu’au conflit qui oppose la reine à l’église de Laenos, messire, avoua Salomon. Oui, j’ai ouïe dire de ces affaires-là, confirma son interlocuteur. Est-ce pour cette raison que vous avez pris le nom de votre épouse ? Oui messire… le père de Sullivan a tellement de bâtards justement… Qu’un de plus un de moins… Comment savoir…oui je comprends. Ce qui nous ramène à l’objet de votre plainte madame. Seriez-vous réellement prête à risquer votre héritage et votre réputation pour un procès inutile et que vous avez par ailleurs pas la moindre chance de gagner ? Mais contre toute attente, et sans même adresser un regard à son mari, elle répondit, je crois au contraire messire qu’il est temps que cette affaire soit rendue publique, quant à son issue, laissons la loi en être juge. Salomon se retourna vers sa femme, l’œil hésitant, il ne s’y attendait pas lui non plus. Vous réalisez de la gravité de la situation je suppose ? Répondit le lord Commander sans sourciller. Bien entendu, comme il est entendu qu’il appartient au procureur d’apporter preuve de toutes les accusations dont vous m’avez fait part, rétorqua-t-elle sans plus s’émouvoir et tous savaient ce que ça signifiait. Un procès dont ne manquerait pas de se mêler les autorités ecclésiales appuyées de la corporation des mires ou plus exactement de l’Académie Médicalis de Khan Azerya dont les principes fondamentaux, éthiques, moraux et religieux avaient tous été inspirés de l’école du Nortem. Or si les premiers mires, jetant les bases d’une science à venir, étaient nés dans le très prolifique Valeryan, l’exercice et les progrès de la médecine et plus particulièrement de la chirurgie, s’étaient développés à mesure des guerres menées par le Nortem. En l’état, ses spécialistes et ses règles faisaient sinon loi du moins référence. Dois-je comprendre que vous êtes prête à risquer également la vie de votre mari ? Hein !? S’exclama l’intéressé qui n’avait visiblement pas saisi cet aspect des choses. Mais pourquoi ? Personne ne se donna la peine de lui répondre directement. La profanation n’est punissable de mort que s’il y a pratique maléfique, quant aux autres accusations elles ne sont que supputations. Reste à déterminer où commence et où se termine le maléfice. Précisément messire, c’est pourquoi il est amplement temps que nous fassions entendre la raison ici. Euh… majes… euh… messire, vous permettez que j’ai un entretient avec ma… euh… femme ? Je vous en prie, répondit le lord Commander un brin amusé. Il saisit Sullivan par le bras et l’entraina à l’écart. Tu es devenu folle !? Chuchota-t-il assez fort toutefois pour qu’il l’entende. Tu veux vivre caché le restant de tes jours !? Si ça peut m’éviter de mourir prématurément… Et nous !? Et bien… on se verra, en cachette mais… hors de question, j’en ai assez ! Mais et ta famille ? Cesse de te préoccuper de ces affaires-là, je suis juriste ne l’oublie pas. Fais-moi confiance comme j’ai confiance en toi. Ainsi fait si l’on doutait en les regardant de qui tenait la culotte dans ce couple mal assorti on en avait maintenant assurance. Après une hésitation Salomon se retourna bravement vers le lord Commander et dit d’une voix forte, soit en ce cas allons au procès ! J’admire votre courage messire, répondit le lord Commander un brin contrarié tout de même. Le seul courage que j’admets ici messire et d’en avoir eu aucun jusqu’ici, elle a raison cette farce a assez duré ! Belle sortie pour un homme qui s’était dissimulé jusqu’ici et avait semble-t-il trempé dans un trafic des plus odieux. Ou son amour était aveugle, ou il s’agissait de sa confiance. Soit, qu’il en soit ainsi, mais pour votre sécurité et l’assurance que le procès aura lieu selon les règles, vous demeurez ici-même. Quand à vous madame, laissez-moi vous conseiller de bien fourbir vos arguments, vous aurez fort à faire. Il est hors de question que mon mari reste dans vos geôles à pourrir une… Mes geôles ? Oh non chérie… euh permettez messire, juste pour cette nuit… ni pour celle-ci ni pour aucune autre temps que durera le procès et sa préparation, j’en suis désolé. Elle comprit et lui expliqua, l’accusation pouvait la récuser en cas de relation charnelle, même en tant que mari et femme. Mais pourquoi !? C’est absurde ! Je t’expliquerai, tu n’es donc pas dans ces affreux remparts ? Salomon se tourna vers le lord Commander. Permettez que je lui montre au moins mes appartements messire. Je vous en prie mais madame devra ensuite partir. Merci, comme vous voudrez messire, et après une révérence maladroite il l’entraina par le bras.

 

Au secret Irwin l’était aussi à sa façon. Forcé de se cacher dans un des repaires des Bourrelet, d’éviter les endroits où il était réellement connu comme la Cloche ou les Porchet, la pension de dame Brazim ou celle de la mère Tardieu et de ne sortir plus qu’à la tombée de la nuit, le crâne coiffé d’un chapeau cloche, qu’aucune lanterne ne trahisse le fauve de ses cheveux, et ses yeux si reconnaissables. Ça ne lui plaisait pas beaucoup, mais il faisait avec, lancé avec ses deux complices sur la piste du fameux Annael, apprenti charcutier au chômage de son état. Une piste bien maigre en fait mais ils n’avaient rien de mieux. Des Annael j’en vois des palanqués par ci ! Et pourquoi c’est-y donc ? Si le Passage Rouge était une ruelle réputée pour ses étuves et ses étuvières, ses prostitués des deux sexes, et la variété de ses tord-boyaux, ce n’était qu’un modeste exemplaire de ce qu’on trouvait au carrefour de la rue de la Boue et de celle du Canot. Là étaient rassemblés étuves publiques, bordels, salles de jeu, fumeries dans un agglomérat de navires pas forcément à demeure et de baraques en bois ou en bambou, sillonnés de marins en bordée, mercenaires fraichement payés, débardeurs, joueurs, ivrognes, voleurs, chevaliers en goguette, saturés d’odeur de vinasse, transpiration mâle, parfum de Pain de l’Esprit, fumet de sperme et de vomi mêlés qui formaient en quelque sorte le centre économique de Ni Diebr. Une zone conjointement administrée par les clans les plus puissants, selon des accords stricts qui étaient violés environ tous les dix ans, à chaque génération montante. Le crieur montra l’enseigne derrière lui, mais personne ne savait lire. Le Palais du Roi Eweayne que ça dit, expliqua le crieur. Et alors ? Alors connaissez pas votre histoire ? C’est un roi elfe ! Même qu’il a libéré le Valeryan. Je vois toujours pas l’rapport, fit Poireau buté. Tsss, t’es bouché ou quoi ? C’est un prénom elfe Annael. En voilà justement qui s’approchaient, même avec leur capuche ils étaient reconnaissables. Leur façon si féline de se déplacer, leur taille svelte et haute, la qualité de leurs vêtements et de leurs ornements, à l’exception peut-être du troisième qui portait une simple capeline et un ceinturon en cuir. Celui-là souriait, la main sur l’épaule d’un des elfes, on l’entendait qui vantait l’établissement. Ah ouais ? Bah ouais. Et c’est possible ça un elfe charcutier ? L’autre hocha la tête, m’est avis que ça serait une drôle de rareté, mange qu’des légumes. Non ? Si. Tous ? Les noirs pas à ce qu’on dit mais les blancs à ce que j’ai vu… Bon, bon alors un elfe noir alors. A Khan ? C’est rare, c’est loin de leur pays, et pis  tu m’as dit que c’était un gars de la Cordillère et à ma connaissance y’a point d’elfe noir par là-bas. La bande s’approcha. Bonsoir messires, soyez les bienvenus au Palais du Bonheur ! Je croyais que c’était celui d’Eweayne, s’exclama un des elfes d’une voix de fausset. Hein ? Non laissez, mon ami plaisante, expliqua l’autre d’une voix guère moins éraillée. Alors qu’ils entraient, le crieur ajouta, eh j’y pense Joue-de-Porc, t’en connaitrais pas toi un Annael des fois ? Celui avec la capuche en cuir s’esquiva de la main posée sur son bras. Hein, non, non…. Irwin sortit de sa torpeur. Joue-de-Porc ? Ce n’était que la troisième fois qu’il le croisait dans sa vie, et deux fois pour des raisons marquantes. Tire-laine et on ne sait quoi encore. Un sourire en façade, une voix enjôleuse et une tête à découcher de gredin certifié. L’intéressé fit comme s’il n’avait pas entendu et passa la porte de l’étuve à la suite des deux autres. Mais j’y pense, s’appelleAnnael en vrai, dit le crieur, qui ? Joue-de-Porc. Pourquoi qu’il m’l’a pas dit ? Poireau et Berny se retournèrent interloqués vers Irwin. Bah ouais c’est vrai pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas une tête d’elfe ? Se dit Irwin, mais il n’avait pas non plus une tête d’orc à sa connaissance ni leur couleur de peau. Un sourire faux cul une tête de salopard, toujours capuchonné… Serait-ce que ? Sans un mot Irwin écarta le crieur de son chemin et entra. L’étuve était composée d’un bassin central dans lequel pataugeaient hommes et femmes à demi nus, et de cabinet particuliers disposés en étages délimités par des toiles de couleur, estampillés de scènes de bain à caractère érotique. Dans les coins étaient disposées de larges coupelles de cuivre sur des braseros, pleines de jasmins et de roses séchés qui se consumaient lentement, embaumant l’air chargé d’humidité  de leur parfum. Bruit d’eau, rires, un ménestrel dans un coin donnait de la voix chantant une chanson héroïque et triste. Il aperçut Joue-de-Porc qui se faufilait dans les étages pendant qu’on débarrassait les elfes de leur capeline. Une jeune femme s’approcha d’Irwin une serviette pliée dans les mains, un sourire avenant aux lèvres. Si messire veut bien me donner ses effets, réclama l’eunuque chargé du vestiaire. Un type gras et court sur patte, à la poitrine tatouée d’un emblème elfique. Irwin les repoussa l’un comme l’autre et gronda : Joue-de-Porc ! Pas même un coup d’œil par-dessus son épaule, l’intéressé disparaissait de sa vue quand Irwin à son tour fit grincer les marches. Eh où y va !? S’écria l’eunuque, c’est interdit d’rentrer habillé comme ça ! Mais était-il bien raisonnable d’essayer d’arrêter ce phénomène ? Joue-de-Porc venait de passer derrière un paravent de bambous rouge ouvragé de scènes aquatico-érotiques, Irwin accéléra le pas. Joue-de-Porc ! Annael ! A son tour l’autre se mit à courir vers une fenêtre, l’ouvrit et sauta. Un bon gracieux dans l’arrière-cour  suivi d’une cavalcade silencieuse quand le bois et la glaise rugirent derrière lui, le mur ouest de l’étuve explosant littéralement sous l’impact d’un géant très remonté et qui n’avait aucunement le souhait de perdre de précieuses minutes à ressortir et faire le tour. Une volée de carreaux d’arbalète gicla dans sa direction. Deux d’entre eux se fichèrent dans sa poitrine sans heurt. Il pouvait remercier Poireau d’avoir insisté. C’était lui qui avait acheté ce surcot en cuir matelassé à un mercenaire orc, et insisté pour qu’il le porte sous ses vêtements chaque fois qu’ils sortiraient. Irwin ne voyait pas son adversaire, passé dans l’ombre d’une ruelle mais il fonça tout droit parce que tout droit c’était la seule manière qu’il connaissait. Joue-de-Porc en connaissait d’autres, grimpant une gouttière comme un écureuil jusqu’à une corniche et un toit qu’il dépassa en sautant sur un autre puis se faufilant au bas de la bâtisse s’enfuit en courant d’un pas d’ombre. Quand un autre mur céda cette fois devant lui, laissant échapper un Irwin couvert d’échardes, de verre, de poussière blanchâtre à la lueur des étoiles, deux flèches encore plantées dans sa poitrine, un lambeau de rideau déchiré accroché à une épaule comme une épaulette de théâtre. Le tueur brandit son arbalète à répétition qui vola d’un coup de patte et alla s’écraser contre la coque d’un navire. Irwin attrapa son adversaire à la gorge et le souleva de terre. Joue-de-Porc se débattait, lançant ses pieds comme il pouvait, une marionnette dans un poing  de titan, gargouillant encore cette surprise qui ne le quittait plus depuis la résurrection du géant, impossible ! Impossible ! T’aurais dû mourir ! Ce à quoi Irwin répondit, papa orc ! Avant de le satelliser par-dessus les toits. Le corps de Joue-de-Porc exécuta une courbe savante cinquante pieds au-dessus de la bâtisse en bois puis s’écrasa avec un plof écœurant dans le delta. La lourde capeline en cuir l’entrainait rapidement par le fond, mais d’un mouvement souple il s’en débarrassa et brassait plus qu’il nageait jusqu’au ponton. Il est là ! Il est là ! braillaientBerny et Poireau qui avaient suivi Irwin à travers les étuves, bordels, habitations traversé et couru pour assister à la noyade. Joue-de-Porc avait les mains sur l’échelle gluante de varech er d’algue, il souriait de son sourire splendide, avenant, touristique mais c’était un sourire froid et coupant en même temps puis il se passa la main sur le visage comme pour se débarbouiller, et son masque repoussant avec ses yeux cernés de violet et son bec d’oiseau fit place à un autre, banal, les yeux intensément noirs qui ne souriaient plus. Qu’est-ce que c’est que cette diablerie !? S’exclama Poireau alors que l’autre replongeait dans le Hanzo et y disparaissait définitivement.

 

C’est un SCANDALE ! Sire Jennings ? Mais que fait-il là ? Ah bin l’est arrivé saoul comme une barrique en gueulant des menteries au sujet du gros qui serait toujours vivant, expliqua King à Duquesne. Le chevalier était enfermé dans une cellule, assis sur sa paillasse, pudiquement enveloppé d’une grande serviette blanche pour tout vêtement, et effectivement il puait la vinasse. IL L’EST PAR LE CUL D’ORDO ! Beugla le chevalier. Allons calmez-vous sire, que vous est-il arrivé ? Que s’est-il passé ? Pourquoi dites-vous qu’il est toujours vivant ? Tempéra Duquesne. L’autre le considéra d’un œil injecté. Z’avez qu’à aller rue d’Canot si vous m’croyez pas ! C’EST UN SCANDALE ! répéta-t-il avant de se rouler en boule sous sa serviette et de se mettre à ronfler comme un sonneur. Ils s’y rendirent sans tarder. A l’angle de la rue du Canot se tenait un petit groupe de gens contemplant la façade des Bains du Paradis ou ce qu’il en restait, un trou. Un vaste trou haut d’environ huit pieds par lequel on apercevait les ravages causés à l’intérieur, comme s’il avait été traversé de part en part par un navire. Les Bains du Paradis étaient connus, en plus de la beauté de ses étuvières et l’excellence du service pour sa cave à vin. Un alignement de tonneaux au rez-de-chaussée de l’établissement avait résisté bravement, mais d’autres gisaient pulvérisés par la chute de quelques clients tombés de leur bain alors que l’étage cédait. Tout le premier étage du bâtiment avait ballé dans la rue, sa charpente ravagée. Devant les badauds, le propriétaire et sa femme pleurnichaient. King les connaissait bien, il lui était arrivé de leur rendre un service contre quelques heures gratuites dans l’établissement. Bah alors Erwan, qu’est-ce qui s’est passé ? Y’a eu une explosion ou quoi ? Bouhou ! Il est revenu ! Glapit madame. Oui chéri, bouhou, et il est venu ici ! Tu te rends compte ? Ouiiiiouhou ! Mais de qui vous parlez par les dieux ? Ne m’dites que vous causez d’Irwin ! Siiii ! s’écria le mari, les larmes lui jaillissant des yeux. Mais il est mort ! Noooonbouhou ! King marqua une seconde de surprise, regarda Duquesne un peu en retrait qui discutait avec des badauds et se dit qu’il allait sûrement piquer une crise. Ah désolé Erwan on s’est fait entourlouper par ces fichus Bourrelet, on va lui mettre la main dessus ne vous inquiétez pas. Dites-lui de revenir ! Brailla madame. Hein !? King regarda le mari comme si elle déraisonnait. Mais oui c’est merveilleux non il est vivant ! Entonna ce dernier. King comprit alors qu’ils pleuraient en réalité de joie. Mais par Ordo il a ravagé vot’ boutique ! Eh ? Oh mais ça c’est rien je voulais faire des travaux justement ! Si vous le revoyez dites-lui de repasser je veux lui serrer la main en personne ! King repartit avec la certitude que ces deux-là étaient complètement fous. Mais s’ils étaient fous, et de joie à l’idée que le héros soit de retour, ce n’était pas le cas de tout le monde. Dans la ruelle suivante, une baraque avait été bousculée par le géant et gisait éparpillée dans le Hanzo, et le Palais d’Eweayne était ravagé comme le Paradis mais ses propriétaires tout à fait remontés. Si vous ne faites rien contre ce fléau c’est nous qui nous nous en chargerons ! Menaça l’un d’eux le lieutenant-général en hurlant. Mais Duquesne n’était pas d’humeur à se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit, discuter son autorité déjà largement bafouée, ou simplement menacée et il fit enfermer tous les mécontents aux remparts. Et dans la foulée ordre de mettre la main autant sur le géant que ses complices. Tout le monde ! Tous ceux qui avaient participé à la mascarade de l’enterrement, fait croire à sa mort ou le connaissant de près ou de loin. Ce qui ne se passa pas sans heurt. Trois hommes du guet furent blessés par Peste et Choléra en s’emparant de la mère Tardieu, et dame Brazim refusa tout net de les suivre sans Beauregard qui gueulait comme un diable depuis qu’on les avait fait enfermer, faisant raisonner les remparts de son cocorico outré tous les quarts d’heure environ. Les gardiens avaient bien tenté de lui tordre le cou mais ils avaient appris à leursdépends ce qu’était la solidarité à Ni Diebr quand on était au cachot et durent bien vite battre en retraite avant de se faire déborder. Seul Dame Wnhelf et Hasban ne furent pas enfermés, pas plus que Jeanson, introuvable bien entendu, ni Poireau et Berny, Cambise partagea sa cellule avec son patron, attrapé au pied du lit alors qu’il n’était au courant de rien. Mais Hasban passa quand même un sale quart d’heure, interrogé et réinterrogé par le lieutenant-général, il lui avoua finalement ce qui s’était passé, et par la même que tout s’était déroulé après l’enterrement, que jusqu’à ce qu’il débarque au guet, personne n’avait de raison de douter de sa mort. Mais Duquesne se fichait bien de cette vérité-là, pour lui il avait été le jouet d’une farce dont Hasban s’était rendu complice, de cet instant il était rétrogradé au rang de premier piquier. Pour autant il ne suffisait pas de faire enfermer tout le monde, il fallait en priorité retrouver ce maudit géant et ses complices, et pour ça, entre autre chose, interroger ceux qu’on avait sous la main. Toujours le même problème, messire Kaquapyppy était bien gentil, et le lord Commander aussi, mais on avait plus le temps que les uns et les autres raconte leur enfance ou leur conflit avec leur mère, il fallait mettre la main sur le géant avant qu’il ait fini de raser cette ville. Il s’arrangea avec les gardes pour qu’ils s’emparent au hasard d’un de ces proches connus et le secoue comme il fallait. Ce fut le malheureux Cambise qui en fit les frais, pour rien bien entendu.

 

Un truc va pas Irwin ? Poireau commençait à le connaître. Ça faisait trois minutes au moins qu’il regardait son ragoût sans y toucher. Oui, en fait plusieurs choses le perturbaient. La première bien entendu c’était la disparition de Joue-de-Porc dans le Hanzo. Il lui avait une nouvelle fois échappé et une nouvelle fois il avait manqué de raser tout un quartier à sa poursuite. La seconde était qu’il ignorait toujours les intentions de Wnhelf, s’il n’avait pas tué Radi, et il en était à peu près certain aujourd’hui, pourquoi Joue-de-Porc l’avait fait, pour quelle raison ? Et les autres, tous les morceaux qu’il collectionnait d’où venaient-ils, qui étaient-ils ? Et surtout comment ils avaient fini sous les bistouris du jeune homme ? Enfin, il ne pouvait ignorer qu’encore une fois, des gens qu’il appréciait avaient été enfermés à cause de lui. Les réponses seul Wnhelf les avait à priori et il était hors d’atteinte mais en y réfléchissant quelqu’un d’autre pourrait le mettre sur une piste. Irwin était résolu, il ne quitterait pas la ville tant qu’il n’aurait pas mis la main sur les responsables de la mort de Radi, même si ça signifiait faire quelque chose de dangereux comme de découvrir l’identité du chef du clan du Dragon, le patron de Pietr et à priori de Joue-de-Porc. Et que personne ne s’avise de l’en empêcher. Il n’était pas seulement grand et fort, il était à demi orc et nul n’avait intérêt à l’oublier foi d’Irwin ! Venez avec moi, ordonna-t-il finalement à ses deux complices.

 

Et tu n’as jamais vu son visage ? Non, il disait qu’il était défiguré, brûlé dans l’incendie de son château à ce qu’il m’a dit, j’ai vu sa main droite par contre une fois, affreux. Oh… Et de quoi parliez-vous ? Bah d’anatomie, de mes travaux. Je vois… Le couple s’était retrouvé pour examiner sa défense avec l’autorisation du palais. Deux gardes étaient présents devant la porte de la cellule, interdiction de se toucher même les mains mais ils savaient l’enjeu. Qui choisissait les sujets que tu opérais ? Euh… moi bien sûr. Seulement toi ? Oh… eh bien parfois il me soumettait une idée, où on lui soumettait des cadavres. Qui donc ? Des amis, des legs, nous avons décidé que ça pourrait être utile de trouver des volontaires pour ces expériences post -mortem. Sullivan connaissait la naïveté et la fraicheur de son mari, c’était une des raisons pour lesquelles elle l’aimait justement, mais ça pouvait avoir des conséquences désastreuses cette confiance naturelle qu’il avait dans les autres, cette incapacité à imaginer le pire, remarquer les détails autres que ceux qui concernaient son travail. Le géant, qui est-ce qui a choisi ? Oh moi, je veux étudier le processus de déformation des os. Mais pourquoi Irwin ? Qui ? D’après ce qu’il lui avait raconté il avait commencé par se mettre en relation avec Pietr et l’ankou des Temples, jusqu’à ce que le fossoyeur ne découvre son travail. A l’époque il opérait dans les sous-sols d’un ancien abattoir près des docks. Bien entendu il n’avait jamais été question de tuer qui que ce soit, mais elle avait deviné le manège qu’ils avaient fini par lui faire mener. Leurs motifs ? Sans doute criminels. Le fossoyeur en avait parlé à son patron, un philanthrope, grand amateur d’innovation, érudit, natif de la Cordillère, sire UbanKhatar, ce qui en Qââri, la langue officielle du royaume, signifiait le crâne rouge. Ça n’augurait rien de bon. Tu savais ce que tu risquais si tu te faisais prendre. Bé c’est partout pareil, cette fichue académie de Lingham ! Vieux grigous qui ne comprennent rien à la science ! S’emporta-t-il. Elle connaissait le couplet par cœur. Oui, oui, bon voilà ce que nous allons faire… Elle savait bien que non, qu’il n’avait pas conscience qu’il risquait en réalité sa vie et pas seulement l’exil ou le cachot comme au pays. Khan Azerya n’avait pas de problème avec les obédiences, elle en avait même trop. Le lord Commander n’avait-il pas fait récemment fait édicter ces lois sur la pudeur et la bonne tenue sous la pression du club des Revenants ? Ça ne lui ressemblait pourtant pas de céder à la pression lui semblait-elle. Il lui faisait plutôt l’effet d’un homme assez roué pour s’en défaire et la retourner contre ses adversaires. Sa réputation n’était même plus à faire de ce côté-ci du monde. Que mijotait-il ? Elle n’en n’avait pas complètement cure, elle sentait chez lui un allié potentiel également mais qu’il faudrait manœuvrer avec prudence. En lui donnant le sentiment que les idées venaient de lui, les femmes étaient très douées pour ça après tout.

 

Comment allez-vous Duquesne ? Bien sire. J’en suis heureux. Le chant du coq ne perturbe pas trop vos activités de bureau ? Euh… non messire, j’ai de la cire. De la cire ? Il montra ses oreilles, j’en fais un bouchon trempé dans du coton, c’est un mestre qui m’a montré ce truc. Intéressant. Silence. Le lord Commander était retourné à sa lecture. Et votre enquête avance ? Le coq collabore ? Euh je vous demande pardon messire ? Vos suspects ont parlé, ce géant est mort, vivant, entre les deux ? Où se trouve-t-il ? Euh c’est que nous sommes un peu débordés pour le moment, nous manquons de tortionnaire professionnel. Et monsieur Kaquapyppy ? Euh… nous essayons d’aller au plus vite mess… Oui C’est bien ce que je vous reproche. D’aller au plus rapide, et d’être débordé. Avez-vous seulement la preuve de la complicité des suspects que vous avez arrêtés ? Euh… c’est-à-dire que comme je viens de vous l’expliquer nous… Oui.  Silence. Il tourna une page. Beauregard en profita pour pousser une gueulante enrouée. Duquesne le maudit. Et impossible de le faire occire sans risquer une émeute. J’augure que le coq ne fait pas partie des suspects, qu’en pensez-vous ? Euh… non bien sûr mais sa propriétaire est… oui j’avais bien compris. J’ai lu votre rapport. Comme j’ai lu celui concernant le brigadier Hasban et sa rétrogradation. Que vous avez autorisé. En effet… cependant il m’apparait que le seul délit que vous pouvez imputer à la plupart de ces gens c’est d’être allé à l’enterrement d’un homme qu’ils pensaient décédé. Rien ne dit qu’ils ne sont pas complices ! Comment-ont-ils déplacé ce corps ? C’est une excellente question que ne manquera pas de poser la défense. Etes-vous au fait de l’expression arbitraire Duquesne ? Je ne comprends pas… c’est bien dommage, la défense ne manquera pas de l’évoquer concernant cette arrestation. De plus nous n’avons pas l’intention d’agrandir les prisons il me semble. Euh je ne sais pas si ? Non. Silence. Lecture. Patience. Au garde à vous. Les yeux qui cherchaient sans chercher. Vos suspects sont libres, ordre pour eux de ne pas quitter la ville jusqu’à la fin du procès.  A vous de veiller à ce qu’ils obéissent. Mais… Quant au géant cessez la chasse je vous prie. Duquesne était suffoqué cette fois. Les citoyens sont en colère messire ! On ne peut pas simplement le laisser démolir cette ville. Pas plus que vous ne pourrez l’arrêter s’il la fantaisie lui en prenait. Ce que je ne pense pas. Laissez-le agir. Croyez-moi Duquesne, quand il sera temps, il viendra à nous. Quant au dégât, j’ai ma petite idée.

 

Les citrons, ceux des clans, obéissaient comme un certain nombre d’autres cercles professionnels, obédiences, sectes, clubs secrets de la ville, au rituel du tatouage. Un art diversement apprécié et autorisé de par le monde. S’il était interdit dans le Nortem l’on disait que la reine avait un lotus au bas du dos. L’ordre du Revenant l’avait banni arguant comme quelques autres églises qu’on n’avait pas le droit d’altérer le corps que nous avaient donné les dieux. Et l’on était puni de mort dans la Cordillère, où la dite punition consistait à vous arracher la peau. Pourtant c’était dans cette même Cordillère qu’était né le tatouage, et là-bas ainsi que dans les Archipels du Sud qu’on trouvait les plus grands artistes. Au sommet de cet art il y avait ce qu’on appelait l’Inssukhi ou Art Suprême. Celui des mages et des sorciers auxquels les orcs notamment prêtaient de grands pouvoirs bien qu’ils ne lui donnaient un autre nom FriekWark, Sort de Guerre. Tout un tas de légendes courait sur cet Art Suprême. Tout un tas de pouvoirs prêtait-on à certains motifs exécutés par les bonnes mains. Mais elles étaient rares, payées des fortunes, et le travail long et douloureux. JoannesPeterzwick avait commencé le sien il y avait trois ans. Le tracé seulement, et on aurait dû attaquer les couleurs cette semaine. Il avait choisi le thème du roi Kârââ, dieu de la fortune et de la guerre, sortant de la forêt d’or. Une vielle légende. Le pied droit du roi semblait émerger de son dos, tandis que sa tête et son sceptre lui sortait de la poitrine, abondement ornée d’une forêt fantastique. Tracé à la main, à la pointe de l’os et du fer, encre particulière, chaque centimètre lui avait arraché des larmes. Mais il était patron de fumerie bon dieu, du clan du Roi Noir, il devait tenir son rang. Le tatouage devait lui apporter gloire et fortune, il en était aussi convaincu qu’il allait falloir remettre ça à la prochaine plein lune. Tout ça à cause de ce petit salopiot. Je suis absolument désolé maître Yee, je ne peux plus payer il faut que je rembourse ce qu’il m’a volé. Le mage était un homme gras orné d’un motif nasal avec de petites mains potelées et agiles et des yeux pâles et étirés. Derrière le paravent de papier attendait un autre homme qui gémissait doucement. Impossible ! Il y a un nombre de jours à respecter où il faudra tout recommencer. Trois ans… mais maître… Débrouille toi ou je ne réponds plus du sort. Il officiait rue de la Jonquille à deux pas de l’anse du Duc George, haut lieu de rendez-vous des citrons des clans, les gagnants de la providence qui venaient chanter en cœur dans leurs auberges favorites, pendant que leurs clients perdaient en chœur également de Ni Diebr au Titan. Pourquoi cette anse-là plus qu’une autre, nul ne savait exactement mais c’est là qu’on trouvait aussi le plus grand nombre de bons tatoueurs, de bordels de luxe, et d’auberges où des ménestrels composaient des chansons à la gloire des bandits des salles de jeu. Un genre en soit, les Chants Citrons, normalement interdits, mais tant que ça restait discret… L’anse était située à la pointe ouest des Temples derrière un quartier cossu, les Bambous, c’est en y entrant, dépassant un hôtel particulier rouge aux moulures blanches qu’ils lui tombèrent dessus. Dans ce quartier, en raison des citrons, c’était tout à fait inconsidéré d’agresser quelqu’un, mais ils ne représentaient pas non plus n’importe qui. Le Chien ? Qu’est-ce que tu veux ? Tu vas te faire tatouer alors que tu dois de l’argent. Mais non allons. Le Chien mesurait dans les sept pieds, une épée dans le dos, la peau verte cramée, le visage éclaté par un réseau de cicatrices, sigle d’un charcutage en règle, souvenir de guerre. Il était accompagné de deux autres mercenaires orcs. Reîtres de la Corne d’Or, reconnaissables au foncé de leur peau et aux scarifications sur les avant-bras. Je suis venu justement expliquer qu’il faudrait retarder. Retarder un sort de fortune ? Tu n’es pas au courant ? La fortune ne repasse jamais deux fois par le même chemin, comment tu vas faire ? Comment il savait ça ? Le Chien… oui… on l’appelait ainsi parce qu’il ne perdait jamais la trace de personne ou pas bien longtemps. Le Chien était un genre de malédiction que le Dragon jetait sur vous. Il leur devait pour le prix de dix kilos de Pain de l’Esprit, mais le gamin donc… Sale petit fesse-Matthieu c’est de sa faute ! Un voleur ! Je m’en fiche, on ne va plus te quitter dorénavant, on ne voudrait pas que tu te perdes avant que tu aies remboursé ce que tu dois. Hein mais non ! Il recula, par réflexe. Les deux mercenaires commencèrent à dégainer, un pas de plus et il y aurait violence. Quand soudain une licorne apparut. Seule, la robe blanche, l’air un peu surprise elle-même de se retrouver là, un superbe appendice doré et torsadé au milieu du front, et qui s’en alla à petit trot élégant dans la direction opposée. La bande resta quelques instants interloquée quand soudain… Une bonne grosse calèche cossue marquetée de bois bordeaux qui les déblaya tous les trois comme des quilles et explosant en fin de course sur la façade de l’hôtel particulier. Joannes était bouche bée. il entendit une voix grasseyante déclamer, en plein dans le mille gros ! Puis Berny apparut, suivi du géant et de Poireau. Pas de panique mon gars c’est qu’nous ! Joannes ne reconnut pas le géant sur le moment mais il en avait entendu parler. Son opinion c’est qu’il fallait s’en débarrasser au plus tôt. L’exiler, le vendre comme esclave, ce qu’on voulait pourvu que la menace cesse. Qu’est-ce que… mais non ! T’bile pas gars c’est l’gros veux juste te poser des questions. Questions ? Ton garçon, comment il s’appelait ? Grogna le gros en question. Mon garçon ? Celui qui a disparu, le fils de la dame. Soudain ça lui revint, mais oui, le grand de la taverne avec sa tête de caillou, c’était donc lui le cyclone !? Ah ! Ce voleur ! Voleur ? Alors il lui expliqua comment il s’était aperçu en regardant ses comptes combien Louis l’avait filouté sur les parts qu’il préparait pour les clients. Les grammes qu’il avait mis de côté qui à la longue avait fait des kilos pour son compte. Petit Jean-foutre va !  C’était pour ça qu’il était parti, disparu, ce mystère ! Non il est mort, déclara Irwin. Comme Radi, il en avait la conviction. Et il n’aurait même pas su dire pourquoi. Vous l’avez trouvé ? Etonnement Irwin répondit par une autre question. Vous connaissez Joue-de-Porc ? Jamais entendu parler. Et un Annael ? Ça pour sûr, l’apprenti charcute. Il partageait le logis avec l’autre voleur, mais m’a donné son congé avant qu’l’autre se carapate. L’a dit pourquoi ? Non. Une raison de plus de croire que l’appariteur était passé entre les mains du tueur. Peut-être l’un avait découvert le secret de l’autre et avait voulu en tirer avantage. Mais j’sais qu’il avait trouvé un poste aux Remparts, un jour j’l’ai revu en livrée  rue de la Coure Neuve, portait des mignardises. L’adresse ne disait rien à personne. Quand ? Oh y’a bien presque une lune. Même que je me souviens c’était du haut du panier et ça m’a étonné. Lagourmande. C’est quoi ? grommela Irwin. Allons vous ne connaissez pas ? ErnostLagourmande le  Traiteur des Rois, l’inventeur de la caille soufflée et du chaud-froid des mages. Ça ne vous dit vraiment rien ? Non et à leur air ahuri c’était même très loin de comprendre de quoi il parlait. Pourquoi ça vous a étonné ? Questionna tout de même Poireau. Bah m’avait dit que la charcute c’était terminé pour lui et Lagourmande l’engage pas des dilettantes m’est avis. Peut-être y avait-il quelque chose à retirer de ce tuyau. Le patron regarda les trois éparpillés, le Chien allongé dans les vapes. Dites, sans vous commander, faudrait pas trop que j’traine… quand ceux-là vont émerger… Irwin contempla son œuvre. Lagourmande où ? Manda le grand. L’autre lui donna l’adresse. Il lui dit qu’il pouvait partir.

 

La licorne traversa le quartier d’un pas tranquille, visiteur, avant de s’arrêter devant un bouquet de roses sauvages qui bordait un jardin et brouter de belle gueule l’ornement. Puis soudain elle leva la tête, ses oreilles pivotant dans tous les sens et s’en alla, joueuse, au triple galop. On la vit qui grimpait sur le pont numéro quatre et empruntait la cour des Héros jusqu’à la place de l‘Opale ou une bande d’ivrognes émerveillée tenta de l’arrêter en rigolant comme des bossus. La licorne leur échappa, laissant dans son sillon un beau chapelet brun et fumant.

 

ErnostLagourmande Père & Fils, adresse sise Place du Vert Jus, était l’aboutissement d’une lignée entièrement dévouée à la cuisine et aux bonnes choses de la bouche. Du pâté d’anguille à la cerfade de menthe sauvage au cake pistache framboise en passant par la purée de patates douces aux trois épices, et au filet de bœuf forestier, le traiteur s’était fait une réputation telle que du Nortem aux cités libres du Septentrion on se faisait livrer par tonneaux entiers et à prix d’or ses roulades de poisson jaune et autres volailles farcies au porc d’octobre. La boutique, installée sur les trois étages d’un hôtel particulier qui en comptait quatre, au fond d’une vaste cour carrée et pavée où attendaient cavaliers et calèches de livraison, bourdonnait comme un essaim la journée et la soirée durant. Clients, commis, chef de partie, fébriles, bavards, s’agitaient devant et derrière des étals emplis de merveilles alimentaires. Montagnes dégoulinantes de choux salés farcis, saucissons de taureau, sangliers, saumons sauvages, terrines en croute de lapin du désert et ses épices de saison, pains de viande d’autruche confite au miel, figues fourrées salées sucrées, Pain des Morts serti de diamants en sucre candi, etc… Rien que le parfum qui s’échappait de la boutique alertait les sens les moins en appétit. Fin commerçant, ErnostLagourmande avait fait disposer des tuyaux en cuivre près des rôtisseries et des fours à pain qui dispensaient leurs bonnes odeurs épicées dans la rue. A l’entrée des hôtesses dans des robes bleues ardoises, tablier de coton blanc et cornette estampillée E.L distribuaient gratuitement des patiences, tartelettes et pâtés enveloppés dans du papier de soie sur lequel était inscrit des poèmes maladroits. ErnostLagourmande était un bon commerçant sans doute, un chef de premier ordre sans conteste mais cette ambition littéraire qu’il avait toujours porté bien au-delà de ses facultés. Trop admirateur des grands poètes et des bardes pour s’en libérer, il était gourd dans ses images et épais dans ses mots, Mais cette admiration s’était généralisée à tous les artistes de la plume, conteurs, ménestrels, auteurs de farces, qui le poussait à entretenir tout une bande de morts de faim, au sens premier du terme. Auteurs sans cachet, écrivaillons de platitude, poètes au rabais, conteurs bégayants, trouvères maladroits, avaient leur quartier dans les cuisines du maître où ils le gobergeaient de vers à sa gloire et celle du bel art contre tablées à l’œil. Cette passion pour les pique-assiettes scandalisait ses fils, Arnould et Gregor qui s’arrachaient les cheveux devant les sommes astronomiques qu’engouffraient les voraces en plaisir de bouche. Ce jour-là justement Gregor venait de tomber sur une note portant sur cinq mille taels de frais provenant des cuisines. Cinq mille taels père ! Saucisses, pâtillons, brochettes, tartes ! Père ce n’est plus possible ! Gregor  Lagourmande était petit, les traits aiguisés, la voix et le regard énergique qui toisait son père, mastodonte majestueux de six pieds demi, dans sa vêture blanche de maître cuisinier, ruban de soie noire autour de sa vaste taille, coiffe soufflet mollement penchée sur son épaule. Autour d’eux l’habituel ribambelle d’amuseurs qui se régalaient, mines curieuses, rigolardes, coutumiers qu’ils étaient des éclats du plus coléreux des deux frères, quand entrèrent en scène Irwin et sa bande. Réflexe de petite gens marouflée de voyou, ils avaient choisi de faire le tour de la boutique plutôt que de devoir fendre la foule huppée qui se pressait à l’intérieur, et puis fallait qu’ils restent discrets après ce qui s’était passé. Les trois milords qu’étaient sortis de l’immeuble. A beugler qu’on leur avait volé leur licorne, même qu’un d’eux avait reconnu le grand, et sitôt carapaté en gueulant au fou. Poireau et Berny s’étaient bien marrés mais quand même fallait faire gaffe. Eh mais c’est Irwin ! Qui ? Le portier ! Le portier ? De la Cloche tu sais… un poète du tartignole entonna une des chansons populaires pour son voisin conteur à néant tout en se fourrant dans la joue un pilon de canard braisé. Ah oui mais bien sur les charrettes… ah, ah, oui comment oublier, Qui ? Irwin les Charrettes ? Coupa à l’autre bout de la cuisine un troubadour approximatif. Non Irwin tout court ! Lui ! Allons ne me dites pas que vous ne connaissez pas cette chanson c’est Daubère qui l’a écrite. Ah Daubère ce fifre aux vers sans tenue. Oh jaloux ! Intervint avec un sourire paternel le maître des lieux avant de se tourner vers la vedette. Messires que puis-je pour vous ? Annael. Oui eh bien quoi ? Où il est ? Eh bien je ne sais… qui est-ce ? Apprenti charcutier très doué, peut-être elfe. Un elfe charcutier  ah, ah, ah ! Eclata de rire un gnome tant par la taille que la plume. Mais c’est excellent ça j’entends déjà le récit, il est beau comme…. Ça suffit ! Aboya Gregor avant de se retourner sur le trio. On ne le connait pas allez maintenant dehors, c’est une cuisine ici par Ordo ! Irwin le considéra de ses petits yeux comme deux noyaux d’olive noire avant d’insister, grand comme ça, livrait à la Cour Neuve. Brun. Drôle de sourire. Mais non puisqu’on vous dit ! Ah mais si ! Intervint le second, Nathel, cousin de la famille. Mais travaillait pas… Un elfe charcutier reprit un autre en ricanant, et c’était quoi sa spécialité, la tripaille d’Alawayaetz mes couettes ! ? Non j’ai mieux la carotte sauce au sang de Tululë mon nez. Ils citaient des lieux sacrés elfiques. Ahah ah ah ! Messires, messires allons soyez charitable… Par les dieux ces petits doigts fins et pâles dans la saucisse aux herbes, railla un quatrième près de l’entrée. Que ça dût lui sembler éprouvant ! Elfe et saucisse, pourquoi l’image me parait si… Improbable ? Obscène, outrancière ? Excessive je dirais plutôt Pendant qu’ils galéjaient, Grégor ruminait. Vous êtes portier c’est bien ça ? Pas de réponse, Irwin avait lui-même repéré un poulet qui lui aurait bien dit. Ouais, ouais aussi fit pour lui Poireau. Pourquoi ? Foutez-les-moi dehors et on répondra à toutes vos questions.  C’est un scandale, au secours ! Je vais vomir ! Gregor, Gregor je t’interdis ! Cette farce a assez duré père ! Vos amis nous ruinent ! Deux, sous chaque bras, déposés délicatement dehors comme des statues votives mais paniquées, Irwin ne se fit pas prier pour démontrer de son talent à faire le vide. Les couillons de la plume s’égayèrent au second passage, quand l’un d’eux tenta en vain de se défendre, lançant sur le rouquin un rouleau à pâtisserie qui rebondit contre sa poitrine. Rien que sa mine préambulait la catastrophe, Ils débandèrent comme une nuée de moineaux en poussant des petits cris outrés, et des imprécations d’impuissants. Grégor se retourna sur la pièce enfin vidée l’oeil brillant d’enthousiasme. On vous écoute les gars, c’est quoi le problème ?

 

La licorne se tenait sous un quart de lune, silhouette magique au pied de la statue de marbre et d’argent qui ornait la place de l’Opale. Une sculpture figurant un orgueilleux navire fendant la houle, œuvre d’un fameux artiste valeryan, offerte à la ville pour son bi centenaire. Sire Jennings ne décillait pas, bouche bée, confortablement assis dans une chaise à porteur, il avait hasardé un œil derrière les rideaux de velours bocardés en entendant les porteurs s’exclamer. Par Ordo qu’est-ce donc que cette comédie !? Il avait été libéré dans l’après-midi, le temps d’un bon bain, de se scandaliser à son club, trousser à la va vite une servante, il était de retour à Ni Diebr. Il y avait gagné, bu, fumé, en compagnie de son écuyer Jabot qui se tenait présentement devant lui et regardait lui aussi la licorne. Messire c’est Baemos ! Ne dis pas de sottise voyons, il parait qu’on en trouve dans le Septentrion nord, ma foi leurs cornes sont de puissantes reliques, allons l’attraper. Mais sire ! Le chevalier s’extirpa de la chaise et s’approcha d’un pas assuré vers la statue. La licorne ne bougeait pas, exception faite de ses oreilles. Tout doux ma belle, tout doux. La licorne poussa un hennissement contrarié. Messire attention c’est magique ces bestioles-là ! Allons ce n’est qu’une licorne ! Répondit le chevalier en posant les mains sur la crinière nacrée. Soudain l’animal détala. Trop tard, ou trop tôt, Jennings se retrouva accroché à son encolure, impossible de lâcher sans se fracasser sur le pavé. Il tenta de hisser son corps massif pris par l’oisiveté, une fois, deux avant d’y parvenir de travers alors que la licorne détalait par là où elle était venue, pont des Baisers. Jusqu’aux Bambous.  Se débarrassant finalement de son fardeau en traversant la vitre d’une taverne où elle sema une belle pagaille avant de défoncer la porte de derrière et de s’enfuir avec des hennissements scandalisés.

 

C’est une légende, et les dragons ont disparu depuis longtemps ! Les marins des Sept Mers disent le contraire. Allons il faudrait qu’il y ait une terre sur les Sept Mers pour y voir des dragons, réfléchis ! J’ai entendu un capitaine dire qu’il y en avait une mais qu’on ne l’avait pas encore découverte. Foutaise ! Il faut que tu t’empares de ces documents. Le géant est après moi. Et alors, ce n’est pas le premier non ? Si j’avais su, j’aurais dû l’occire la première fois que je l’ai approché. Allons ça suffit, fait ce que je te dis. Vous savez ce qui se passera si elle me découvre. A toi de faire en sorte que ça n’arrive pas. Ou mais si ça arrive quand même ? Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse, tue-la.

 

La rue était silencieuse, l’étage éclairé à hauteur d’un salon chargé d’une vaste bibliothèque qu’on apercevait dominant les meubles et la silhouette penchée sur un ouvrage. L’entrée était gardée par une lourde porte armée d’une solide serrure. Qu’Irwin arracha sans trop de raffut, entrant en catimini à la queue leu leu dans le bâtiment cossu. Beaucoup moins discrète fut leur entrée dans le logement de maître Cranewell, notaire de son état, Irwin l’assurant d’un coup de pied sauvage qui envoya valdinguer la porte d’entrée en mille morceaux. Toc, toc ! Chantonna Poireau à sa suite. C’est les huissiers, plaisanta Berny, c’est pour l’addition. Cranewell en avait lâché son livre. Qui êtes-vous !? Que me voulez-vous ? Annael, où est-il ? Gronda le grand. Qui ? Il n’avait plus le temps pour ces affaires-là. Le notaire poussa un cri et se retrouva plaqué contre le plafond de son salon. OU!? Par les dieux je vous jure que…. Au premier coup la peinture du plafond se fendilla, au second un peu de poussière chu sur le tapis raffiné. Mais je… Au quatrième coup, alors que le plâtre glissait sur son crâne l’elfe commença à voir des étoiles, son dos en compote, il n’est… n’est… Il est parti ! Où !? Je ne sais p…pas ! Laisse tomber ‘rwin on va l’emmener par chez nous pa’ le f’ra chanter si tu veux ! Le notaire était couleur d’écrevisse cuite à force d’être aplati contre le plafond. Irwin le lâcha brusquement, le laissant s’écraser sur le tapis ostranien vert et bleu piqué de motif rouge. Une scène de célébration à la gloire du Pain de l’Esprit à laquelle il ne fit pas attention. AU SECOURS ! Hurla soudain Cranewell avant de se prendre un dernier coup sur la tête de Poireau qui l’acheva net. Ils ressortirent presque comme ils étaient venus, un tapis roulé sous le bras d’Irwin, à tapinois dans les rues des Remparts jusqu’au pont des Oies, devant lequel se tenait fièrement la licorne. Bah c’te merde alors ! S’exclama Poireau. C’est quoi c’te bestiole ? C’est une licorne qu’t’es bête, fit Berny en haussant des épaules. Hein ? Même pas vrai que ça existe les licornes ! Pfff bien sûr que si ! Hein Irwin ! Même qui en a dans le Septentrion nord. Comment tu sais ça toi, répondit Poreau outré. C’est un chevalier qui m’la dit. Irwin laissa choir le tapis et son contenu et s’approcha un sourire bienveillant sur sa face de ravin. La licorne le laissa faire, l’œil curieux, les oreilles en arrière. D’une main délicate, Irwin défit les sangles de cuir qui attachait la corne à son front. Le cheval repartit avec un hennissement de joie et disparut en filant devant eux par le pont. Ah tu vois que ça existe pas ! S’écria Poireau alors que l’animal disparaissait dans la brume. Pff même que si ! C’est pas parce que celle-làc’est pas une vraie que ça existe pas, hein Irwin !?

 

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