Vote obligatoire, sauvons le navire Démocratie

Nota Bene : cet article est paru il y a deux ans dans Tak.fr, aujourd’hui la proposition du vote obligatoire vient du navire perdu des socialistes de droite, il me semblait judicieux d’en faire un petit rappel….

Nos élus sont des gens formidables. Après s’être voté des retraites très confortables, qui coûtent 60 millions d’euros par an en moyenne à leurs électeurs, après avoir cumulé 5500 euros d’indemnités parlementaires, auquel on ajoutera une indemnité pour frais de mandat de 5570 euros, plus une ligne de crédit pour les mêmes frais accordée à hauteur de 9504 euros, sans compter les voyages payés par ces mêmes électeurs, les véhicules de fonction et tous les avantages divers que leur fonction au sein de l’appareil d’Etat leur permet de gratter, voilà qu’ils ont eu une idée formidable : rendre le vote obligatoire.

Le vote ou la bourse

La proposition nous vient de Thierry Lazaro, sémillant député UMP du Nord. Elle vise à faire baisser le taux endémique d’abstention. Contre une amende de 15 euros, puis de 45 euros. Ou 10 heures de travail d’intérêt général. Monsieur le député est ouvert à toute proposition. Et pour justifier cette mesure de rétorsion, d’évoquer rien de moins que la Révolution française, et tous ces pays où le droit de vote est un vœu pieu.

Comment va réagir la gauche ? Pour le moment, elle ne bouge pas. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, y est favorable. Après tout, cette pratique est d’usage en Belgique, en Autriche et même en Australie. Et puis si le nouveau rideau de fumée sociétale, le droit de vote des étrangers, est voté, ça ne sera que du bénéfice.

Apparemment, 10 % du corps électoral français, soit environ 5 millions de Français, ignoreraient royalement l’injonction inscrite sur leur carte : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». 5 millions de Français ont besoin qu’on leur fasse une petite leçon de civisme – ce qui, dans l’absolu pourrait rapporter à l’Etat au bas mot 75 millions d’euros – 225 millions d’euros en cas de récidive. Soit ,dans un premiers temps, le prix des retraites de nos députés, en y ajoutant une part de leurs indemnités. Ça ne justifierait en rien le montant alléchant de ces retraites, mais au moins ça les rentabiliserait…

L’amende au secours de la démocratie

Bien entendu il ne s’agit pas là de question d’argent. D’une, l’argument de l’amende n’est pas figé ; d’autre part, sa perception risque surtout d’être symbolique ; ensuite, dans le meilleur des cas, 225 millions d’euros cela ne représente que 3,5 années de retraite pour l’ensemble de nos députés. Pas de quoi fouetter son chat…

Et on ne peut soupçonner un député d’invoquer impunément la Révolution française, ni douter une seconde qu’il se sente si concerné par tous ces pays où le droit de vote n’existe pas qu’il veuille, par solidarité, le rendre ici-même obligatoire. On ne peut même que saluer ce soudain geste envers l’Histoire, surtout d’un député qui n’a plus rien à prouver après 5 mandats successifs.

Par exemple, la dernière fois que Monsieur Lazaro s’est prononcé dans le cadre d’une loi sur le certificat d’obtention végétale, il ne défendait pas le point de vue des semenciers comme Limagrain ou Monsanto dans une région agricole, non, il défendait la recherche française. Excusez du peu.

En revanche c’est la seule fois qu’il s’y est intéressé, à la recherche française, si on en croit le résumé de ses activités à l’Assemblée Nationale. Nonobstant le nombre incalculables de taxes directes ou indirectes, de prélèvements obligatoires et d’impôts variés mais invariablement en augmentation. Ainsi que tous les moyens qu’a trouvé l’Etat de combiner habilement affaire de santé et affaire d’argent, Monsieur Lazaro démontre, si c’était bien nécessaire, que de droite ou non, le premier réflexe d’un député en matière de politique n’est non pas de réformer la politique, non pas de trouver une réponse mais une parade, sous la forme d’une nouvelle amende, une nouvelle restriction, d’un nouveau système de coercition.

La question n’est pas de savoir pourquoi l’abstention est endémique, ni même s’il existe un moyen d’intéresser les Français à leurs hommes politiques, mais comment les y obliger. Et ce, au nom de la démocratie, et de tous ceux qui se sont battus ici-même et ailleurs pour son avènement.

¡ Viva la Revolución !

Il a bien raison d’évoquer la Révolution d’ailleurs, dans un pays où les chômeurs en viennent à s’immoler par le feu.

En Tunisie, la dernière fois qu’un citoyen a fait ça, il y a eu la révolution justement. Mais il est vrai que la Tunisie n’est pas la France. Il y avait un président à vie, alors que nous il change de tête et de façon de parler tous les cinq ans. Il s’agissait d’un pays pauvre, alors que la France n’est endettée qu’à 60 % de son PIB. Il s’agissait aussi d’un pays corrompu. La France n’est après tout que 22e sur une liste des 174 pays les plus corrompus.

S’accorder une retraite mirifique, augmenter son propre salaire, ou refuser de rendre des comptes sur ses indemnités, comme récemment Henri Guaino, qui en appelait aussi à la démocratie, ce n’est pas de la corruption, c‘est la loi.

Et quand un ancien président est poursuivi pendant des années sur un nombre phénoménal d’accusations de cas de corruption, de financements occultes, de passe-droits et autres dépenses somptuaires, c’est bien selon cette même loi, et dans une indépendance complète, que le dit commis de l’Etat est condamné par la justice à deux ans avec sursis. Comme chacun sait, ce sont des choses qui arrivent tous les jours au citoyen de base. Sans doute pourquoi le citoyen français se sent beaucoup plus concerné par des affaires sociétales que par le fait qu’un des leurs a décidé de se suicider faute d’emploi. Il avait 43 ans, il était en fin de droit : ça tombe bien, parmi les quantités de chose qui passionne Monsieur Lazaro il y a justement l’emploi chez les plus de 40 ans… Le jour même où ce monsieur mourait, Monsieur Lazaro déposait sa proposition au nom de la Révolution française et des peuples opprimés. Quel sens du timing.

Les Francais aiment la politique pas les politiques

Si la France était un pays facile à gouverner, ça se saurait. Nous avons décapité notre monarchie et nous traitons notre président comme une altesse royale. Nous votons pour une tendance politique en espérant qu’elle appliquera la politique de la tendance opposée. Et je dois dire que, de ce point de vue, nous ne sommes jamais déçus.

En septembre, au nom de l’autodétermination des peuples, nous ne devions pas intervenir au Mali. Sarkozy n’a jamais cessé de fustiger la dépense publique qu’il a pourtant fait exploser. Jospin défiscalise les stocks options et Sarkozy, toujours lui, fait disparaitre la double peine.

Les Français adorent la politique. Les discussions politiques sont en France aussi communes que celles qui concernent le temps, la bouffe ou le football : ça ne lasse pas de surprendre nos amis étrangers. Sur ce sujet nous sommes tous experts. Et pas seulement en matière de politique intérieure. Vous trouverez autant de gens pour défendre ou attaquer la politique d’Obama ou de Poutine que pour défendre ou attaquer celle de Hollande. Alors qu’un Américain moyen sait à peine qui le représente et, dans la plupart des cas, pas du tout celui qui est en charge de la France ou de la Russie. Il suffit d’écouter et de lire les débats passionnés autour de la Syrie, du Mali ou de la Libye : 60 millions d’experts en géopolitique. Alors pourquoi sont-ils un tel nombre à ne pas voter au point où un député se sente l’obligation de nous menacer des gendarmes ?

Privilège de robe contre privilège d’épée

C’est une intéressante question. Pourquoi ne plus se sentir de voter pour des gens qui s’arrogent augmentation de salaire et retraite royale, mais qui nous proposent de partir à la retraite à 66 ans et d’augmenter le Smic de 20 euros ?

Pourquoi ne pas se précipiter dans les bureaux de vote, élire des gens sur la base d’une accroche publicitaire et de promesses qui seront immanquablement trahies, sauf si elles ne servent à pas grand-chose qu’alimenter les discussions oiseuses ? Pourquoi voter pour des individus impliqués dans nombres d’affaires judiciaires de toute sorte, du viol à la corruption en passant par le trafic d’influence, mais dont les casiers judiciaires restent immanquablement vierges ? Quand ils ne sont pas plus simplement réélus, même en ayant supposément forcé une relation sexuelle à l’aide d’une arme. A quoi bon ? Au nom de la Révolution et des peuples opprimés, nous explique emphatiquement Monsieur Lazaro.

Il s’agirait donc d’un acte démocratique que de me mettre à l’amende parce que je refuse de voter pour un violeur potentiel ? Et si, face à lui, il n’y a personne qui me convient ? Le vote blanc, me dit-on. Pour quoi faire ? Servir à départager en cas de ballotage un violeur possible et un type pour lequel je n’aurais de toute manière jamais voté ? A quoi sert donc le fameux vote blanc enfin reconnu ? A part dépenser du papier inutilement pour dire la même chose qu’un type qui ne vote pas. Pour exercer mon droit de citoyen, et donc mon devoir ? Lequel exactement, celui qui consiste à élire un homme pour son action politique en faveur du pays ou pour son action politique en faveur des privilèges accordés par celui-ci ?

Oui, il a bien raison le député d’en appeler à la Révolution française. On l’a fait, paraît-il, pour abolir les privilèges. Ou plus exactement, et au regard de notre actuel république pour que les privilèges soit élargis. Qu’il ne faille plus ni être bien né, ni même payer pour un titre, mais qu’il suffise d’être élu ou de connaitre un député…

Il a raison d’invoquer le droits des opprimés exogènes dans un pays où il n’y a qu’un demi million de SDF et deux millions et demi de mal logés, et où certaine zone urbaine et non urbaine connaissent des taux de chômage de 40 % pour une population de moins de 25 ans.

Pourquoi se gênerait-il d’ailleurs, peut-être qu’au 999e chômeur immolé la France en aura marre de ne faire que parler de révolution. Je ne sais pas. Je n’ai pas un goût immodéré pour les explosions de violence, les décapitations publics. D’ailleurs de ce que je peux voir en Tunisie, comme à chaque révolution, la suite n’est jamais aussi glorieuse que la raison qui l’a invoquée.

Et dans tous les cas, n’en déplaise à notre député si attaché à la démocratie qu’il compte la mettre à l’amende, les privilégiés ne disparaissent jamais, ils changent juste de visage.

En fait, la seule façon que j’ai trouvé de marquer ma désapprobation totale c’est d’exercer mon droit démocratique, et donc mon devoir, de ne pas voter du tout. Jamais. De me priver totalement et sans la moindre culpabilité de ce droit pour lequel tant de gens se sont battus et se battent encore. Pour la bonne et simple raison que je ne pense pas qu’ils se soient battus pour avoir le privilège de voter pour des repris de justesse ou des individus dont la première action sera de monter au créneau pour défendre d’autres privilégiés.

Non, je ne pense pas justement que les Sans-Culottes ou qui que ce soit au monde ne se bat pour avoir l’insigne honneur d’élire des gens qui cumule 5 ou 6 fonctions, se font élire 5 fois d’affilé, et monopolisent la scène politique pendant trente ans, avec les intéressements qui vont avec. Des gens qui chaque fois qu’on leur parle de réduire les dépenses de l’Etat, promettent d’arriver en Twingo à l’Elysée. Je crois au contraire qu’on se battrait volontiers pour mettre en l’air tout ce système.

Voter n’est ni un droit, ni un devoir c’est un privilège

Le vote, blanc ou non, rassure le politique. Il ne s’agit jamais d’une action totalement rationnelle, elle est plus soumise à l’émotion, une émotion généralement fabriquée, qu’à la réflexion.

Nombre de ténors politiques n’ont d’ailleurs jamais connu l’épreuve des urnes, jamais eu la moindre responsabilité sensible concernant une ville ou une région. Quand il se présente finalement, et s’ils sont élus ce ne sera jamais donc sur la preuve de leur travail, mais plutôt sur la perception qu’ils en donneront.

Par exemple, sous le gouvernement Jospin, le chômage avait baissé – 2,5 millions de chômeurs en moins –, mais il fut quand même battu. Ce à quoi Nicolas Sarkozy avait répondu « les Français ont besoin qu’on leur raconte une histoire » et il s’y est employé pendant 5 ans.

Mais au moins l’existence du vote leur propose une caution, les rassure sur le fait que leurs privilèges et mandats ne sont pas indus dans son acceptation républicaine, mais qu’ils ont bien convaincu leurs électeurs, comme on leur apprit à le faire à l’ENA, Science Po et ailleurs. Bref qu’ils ne sont pas à leur place par la vox regis mais la vox populi, pas par la voix d’un seul mais de plusieurs.

Leur ôter cette croyance en s’abstenant les inquiète apparemment suffisamment pour qu’ils décident de nous punir. C’est pourquoi j’invite les 43 millions d’électeurs à rendre de ce pas leur carte et à faire la grève complète et unilatérale du vote. Peut-être que dans un vent de panique ils décideront avec la même célérité de voter une loi pour que nous ayons tous droits à des augmentations de salaire de 170 %, des appartements de fonction, des voyages à l’œil. Voir pire, commenceront-ils à travailler pour que plus aucun chômeur en fin de droit se sente obligé de virer torche…

On peut toujours rêver… puisque c’est tout ce qui nous restera bientôt en matière de pouvoir politique.

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