Jeff

Il n’était pas particulièrement un garçon secret mais il y avait des choses dont il ne parlait pas, jamais, avec personne. Il adorait Picasso par exemple, mais qu’est-ce que les autres savaient de Picasso alors qu’ils ne connaissaient tout au plus que Beyoncé et Jay-Z. Il aimait Basquiat aussi et le Pop Art, David Hockney, Frederick Remington et Otto Dix. Il avait des goûts éclectiques. Mais ça ne regardait personne. Il avait un cahier d’écolier sous son matelas avec collé à l’intérieur des reproductions de ses tableaux préférés, il ne l’avait jamais montré à qui que ce soit. Il dessinait aussi, faisait des graphs, sa signature c’était Slim, parce qu’il aimait bien l’agencement de ces quatre lettres. Mais les seuls dessins que lui demandaient jamais Junior et Cool c’était des trucs pornos avec des filles avec de gros seins. Junior, Jack Junior, c’était son frère, et Cool son cousin. Son vrai nom c’était David mais comme il le détestait parce qu’un jour un mec lui avait dit que c’était un prénom juif, on l’appelait Cool. Un nom de nègre disait son beau-père Lloyd, et c’était vrai, mais Cool préférait passer pour un nègre qu’un juif. Affaire de hiérarchie. Tous vivaient sous le même toit à Pétroléum depuis que les parents de Cool s’étaient tirés on ne sait où. Lloyd travaillait à l’abattoir qui jouxtait la route jusqu’à Henessy, la mère de Jeff faisait des ménages. La vie n’était pas particulièrement douce, mais elle n’était pas complètement dure non plus. Il avait vingt-deux ans et comme tous les jeunes de son âge et de sa condition il était au chômage, ne cherchait pas particulièrement de travail, vivait plus ou moins à l’œil chez sa mère, bricolait à droite à gauche.

Espèce d’enculé ! C’est ça petit con, va te faire foutre. Il se passe quoi ? Cool et Junior devant le drugstore en avaient après un vieux qui montait à bord de sa Chevy de 90, Jeff demanda quel était le problème. On lui a filé cinq dollars pour qu’il achète une bouteille, ce fils de pute nous a volés ! Ça t’apprendra petit con à être poli. Jeff connaissait sa famille, il savait comment ils pouvaient être lourds mais ce n’était pas une raison pour les voler. Ils vous ont donné l’argent, fit-il remarquer au mec. Le type, un quadra dans un costume en popeline bleu, lui ricana au nez. Et tu vas faire quoi ? Porter plainte ? Tranquillement Jeff s’allongea sur le capot de la voiture alors qu’il démarrait. Eh qu’est-ce que tu fous toi ? Cinq dollars mec, répondit Jeff en s’accrochant au capot. Ah tu veux la jouer comme ça, dit le type en partant violemment en marche arrière. Mais Jeff s’accrocha et il s’accrocha toujours quand le mec fit un tête à queue pour essayer de le dégager. Ils étaient sur une petite place au centre de Pétroléum, des filles près d’un pick-up mataient la scène en rigolant, le gars fit mine de foncer sur une vitrine d’un magasin de pêche avant de braquer et de buter contre le trottoir, mais Jeff était toujours accroché comme une moule sur son rocher. Il pouvait y aller, c’était déjà un jeu qu’il faisait avec ses potes, celui qui tient le plus longtemps, et Jeff gagnait toujours. Espèce de taré ! Hurla finalement le mec en jetant un billet par la fenêtre, Jeff roula sur l’asphalte et ramassa le billet en rigolant pendant que le gars s’enfuyait en râlant après tous ces putains de petits white trash qui avaient envahi l’Amérique. Tu veux quoi ? Junior répondit. Il rentra dans le magasin et acheta un flash de whisky George Dickel. Tiens et fais pas de connerie avec. Tu viens pas avec nous ? Attends… Il alla voir les filles, il y en avait une qu’il connaissait de vue et qui l’intéressait. Salut comment tu t’appelles ? Miranda et toi ? Jeff, salut, salut. Taille moyenne, brune, avec des petits seins haut perchés, la peau foncée et les lèvres prunes, probablement créole, et de très beaux yeux noirs velours avec de longs cils de soie. Tiens, cadeau, il lui fit en sortant un cachet de sa poche. Qu’est-ce que c’est ? C’est pour voir la vie en rose vif. Il en avala un, elle hésita une seconde et puis l’imita en souriant. Tu fais quoi ce soir ? Je traine avec mes copines…. Okay… T’as de beaux yeux tu sais. Elle pouffa, je sais. Il sourit, un peu gêné, il avait un sourire craquant mi-homme mi-gamin. T’as un numéro ? Ouais… pourquoi ? Je sais pas, pour se revoir. Faire quoi ? Se balader, on pourrait aller à River Creek. Ouais… pourquoi pas, dit-elle en faisant mine de réfléchir. Elle lui lâcha son numéro et vice versa. A bientôt alors, à bientôt. Elle n’avait jamais vu un garçon repartir aussi content d’avoir son téléphone, ça lui plut. C’est qui cette go ? Je l’ai vu qui sortait du lycée l’autre jour. Tu vas faire quoi avec ? demanda Junior, bah devine ! Ricana Cool. Ah arrête avec ça ! protesta Jeff qui n’aimait pas qu’on fasse ce genre d’allusion en sa présence.

Le père de Jeff vivait à une cinquantaine de kilomètres de là, il ne le voyait quasiment jamais, un étranger. Tout ce qu’il savait de lui c’est ce qu’on en disait, et il courait quelques histoires sur Jack Podzanski. Mais on n’en parlait pas. La bouche campagnarde, vissée, l’œil étroit, on ne discutait pas de la famille, on ne se mêlait pas de ce que faisait le voisin, on réglait les problèmes entre soi. Et d’ailleurs il n’y en avait pas. Il était réapparu un matin, devant le frigo en train de boire une bière, après onze ans de prison. Il passait parfois avec un de ses frères, ne restait jamais longtemps, échangeait à peine quelques mots pour donner le change, en se la jouant cool, toujours un billet ou deux pour la mère. Lloyd ne l’aimait pas mais il faisait comme si. Bien obligé. Llyod était le genre de gars honnête qui détestait honnêtement les nègres et les pédés, allait à l’église puis partait éventrer les cochons sans sourciller et honnêtement. Tout ce qui dépassait, il détestait. Jeff ne le supportait pas, sa mère faisait comme si elle était heureuse, parce que sa sœur lui rendait visite de temps en temps. Junior non plus il le saquait pas mais bon, il avait quinze ans alors ce qu’il pouvait en dire c’était juste rien. Ce qui avait mis le feu aux poudres c’était un dessin qu’il avait fait pour son petit frère, Lloyd était tombé dessus. Ça représentait une fille en train de se faire prendre à quatre pattes par une représentation bodyduildée de Junior lui-même. C’était quoi cette saloperie ? Lloyd l’avait déchiré, Junior avait protesté, Llyod lui avait collé une gifle, il ne voulait pas de ce genre de cochonnerie dans sa maison et puis d’abord qui lui avait fait ce dessin. C’est moi et tu ne touches pas mon petit frère ! Je le touche si je veux ! Vous êtes chez moi ici ! Et si t’es pas content tu vas chez ton père ! Non mais pour qui tu te prends petit merdeux ! Tu crois que je sais pas quel genre de petit pédé tu es ? Et là-dessus il était allé chercher le cahier qu’il cachait et croyait être le seul à connaître. Regardez-moi ça ! Tu as vu ça Junior ! T’as vu ce que ton frère fait en cachette, il colle des images ! Moi je croyais que j’allais trouver de la drogue, non il colle des images ce petit pédé ! T’as vu ça Jo, t’as vu les belles images que ton pédé de fils collectionne !? Regarde-moi ça, dit-il en montrant un Modigliani, c’est quoi ça ? Il n’a même pas d’yeux ! Sa mère rigola en douce, à la fois gênée et amusée, on n’avait pas souvent l’occasion de se marrer avec Lloyd mais faut dire que quand même…. Lloyd retourna le cahier, et ça, ça veut dire quoi ? Guernica… Rends-moi ce cahier, gronda Jeff. Sinon quoi ? Lloyd était plutôt un costaud, accusait une dizaine de kilos de plus que lui, et pas du genre à se laisser marcher sur les pieds par un merdeux de son âge, fils de Jack Podzanski ou pas. Mais c’était trop pour lui. Il se jeta sur Lloyd. L’un avait la force et le poids, l’autre avait la teigne, et l’énergie élastique de son âge. Ils roulèrent par terre, se donnant mutuellement des coups de poing, se griffant et se mordant comme des chiens enragés. Mais vous êtes pas fou !? cria la mère impuissante pendant que Junior et Cool tentaient en vain de les séparer. Finalement Lloyd avait repoussé la furie du jeune homme par un méchant coup de poing dans le foie qui l’avait laissé séché un moment sur le plancher en pin de la maison. Evidemment Jack senior n’avait pas tardé à l’apprendre mais son point de vue était simple, Lloyd était effectivement chez lui, s’il n’était pas content il n’avait qu’à partir. Est-ce qu’il pouvait venir chez son père ? Il n’y tenait pas non, d’ailleurs Jeff avait largement l’âge pour se débrouiller seul. Sa mère ? Elle ne s’en mêla pas, après tout elle aussi vivait chez Lloyd et n’avait nulle part où aller. Jeff alla vivre dans sa voiture.

T’as quel âge ? Vingt-deux et toi ? Seize, t’es vieux, t’es jeune. Assis au bord du lac artificiel de River Creek pendant que les autres s’éclataient dans l’eau avec les copines de Miranda. Il lui passa le joint, elle tira dessus timidement. Tu vis chez ta mère alors, ouais, et toi, ça y est t’as trouvé un endroit ? Non pas encore. Il est pas cool ton père, bof il a ses affaires. Et puis ils ont raison, je vais bien finir par retomber sur mes pattes. Mais t’as pas de travail ! Oh je vais bien trouver de quoi bricoler à droite à gauche. A une époque bricoler ça avait voulu dire voler des voitures avec une bande de Washington boulevard, mais il avait arrêté avant de se faire coincer comme les autres. Il se tenait plus ou moins à carreau depuis, en tout cas plus de conneries à Paradise City. Elle est garée où ta voiture d’habitude ? Sur le parking du Wall Mart, les vigiles disent rien ? On était à l’école ensemble je me suis arrangé avec eux. Eh, eh, comme ça en allant faire les courses je pourrais venir te voir. Tu ferais ça ? Oui pourquoi pas ? On va se baigner ? Elle fit une petite moue, j’ai oublié mon maillot. Bin et alors ? Moi j’en ai jamais eu ! Non, non, il y a tes copains. On n’est pas obligé de se baigner avec eux. Promis je regarderais pas jusqu’à ce que tu rentres dans l’eau. Je sais pas… Tu vas me toucher ? Pas si tu veux pas. Elle rigola. Pourquoi tu rigoles ? Pour rien, tiens. Le joint passa de main en main. Miranda connaissait les joies de l’amour depuis ses quinze ans, elle avait même eu un enfant dont elle avait dû se débarrasser parce que Billy n’assurait pas. Elle aimait les hommes et celui-là disait les choses avec un tel sérieux, osant à peine la regarder que s’en était touchant. Tu viens ? Dit-elle en se levant. Il obéit en tirant sur les dernières bouffées du spliff qu’il balança d’une pichenette dans l’eau. Ils ne firent pas l’amour la première fois, à cause des copains qui pouvaient venir, seulement se frôler avec des baisers endiablés, les mains entrelacées. Leur première fois se passa une nuit qu’elle avait fait le mur, sur le parking du Wall Mart. Mais ce n’était pas très pratique de faire l’amour dans une voiture quand on avait toutes ses affaires à l’intérieur, alors ils allèrent dans un champ près de Henessy et continuèrent jusqu’au petit matin. A l’aube ils parlaient doucement, blottis l’un contre l’autre, il lui racontait la peinture, ce qu’il voyait dans les couleurs, dans Van Gogh par exemple. Qui ? Il lui montra son cahier abimé par Llyod, les Iris. C’est beau ! Tu trouves ça beau ? Magnifique ! C’est un tableau de Van Gogh. C’est un peintre européen. Et ça comment tu trouves ? Guernica. Oh c’est affreux ! Mine déçue, ah t’aimes pas. Oh non je veux dire c’est horrible, c’est triste tous ces gens qui crient. Oh tu les vois ? Bah oui, c’est quoi, c’est qui ? Jeff lui expliqua, Picasso et toute l’histoire de Guernica. Il était passionné autant que passionnant, la gamine était sous le charme. Et Jeff amoureux.

Hey Jeff ! Salut Oncle Fred. Qu’est-ce que tu fais là ? Bah c’est un peu ma maison comme qui dirait. Ta maison ? Le parking de Wall Mart ? Non, ma voiture. Il montra la Ford derrière lui. Tu veux que je te dise ? Ton père est un con, à partir d’aujourd’hui tu vis chez moi. J’ai un mobile home dans mon jardin dont je ne me sers jamais, tu vivras là. Ça te va ? Oh merci Oncle Fred. Appelle-moi Fred tout court petit, pas la peine de me rappeler que je suis le frère d’un con. Mais quoi qu’il en disait Oncle Fred travaillait volontiers sur les entreprises de Jack, la Fremac par exemple. Un petit clin d’œil au fédéraux, Fred et Mac, l’association des deux frères qu’ils n’avaient pas encore réussi à coincer. Et puis bien sûr il y avait le reste, les trucs illégaux, tous ceux que ne connaissaient pas Jeff mais qu’il voyait en vivant chez son oncle. Les objets qu’on lui rapportait, la drogue, les types qui passaient, souvent des motards tatoués jusqu’aux oreilles, les Outcasts de Paradise City. De temps en temps il lui filait de l’argent en échange d’un petit service, Jeff ne tarda pas à vouloir en être. En être de quoi petit ? Bah tes magouilles…. Mes quoi ? Allez Fred arrête, je suis ton neveu, tu sais très bien de quoi je parle. Fred, en tricot de corps, une bière à la main, assis dans sa cuisine considéra le jeune homme un instant. Oui, mais est-ce que toi tu sais au moins de quoi tu parles ? demanda-t-il finalement. Non, mais je veux en être. Fred se marra, ça lui plaisait comme genre d’énergie. Okay, tu sais faire quoi ?

Jack ignorait sa progéniture, alors qu’elle rentre dans ses affaires n’était pas de son ressort mais celui de Fred qui le testa d’abord sur quelques cambriolages avant de l’employer à ce qu’il avait dit faire le mieux, voler des voitures. Il n’avait plus sa bande avec lui, alors il employa Cool et Junior pour l’aider, formèrent un gang qu’ils baptisèrent les Rookies, les débutants, un genre d’ironie mais pas tout à fait. Un genre d’hommage aussi au gang que formait son père et ses oncles. Va me chercher un pack de Black Velvet. Ça marche. Mac était assis à côté de Bill, un des frères. Par la porte vitrée Jeff discutait avec un latino aux cheveux courts, un flic, Mac l’aurait parié. Qu’est-ce qui fout bordel ? Bah quoi ? Il cause à un mec. C’est un flic. Mais non ! Mais si, chuis sûr, j’les sens. Jeff ressortit de la boutique avec le pack, bonsoir officier. Bonsoir Jeff et pas de connerie hein… oh non ! Qui c’est ce mec ? Un flic, tu vois j’t’avais dit ! Qu’est-ce qui te voulait ? Rien, il voulait de mes nouvelles. T’y as dit quoi ? Rien. Tu parles plus aux flics tu m’as compris ? Si jamais tu le recroises çui-là tu réponds p’us rien pigé ? Pigé. C’est bien, c’est un bon p’tit, approuva Bill. T’inquiète pas Mac, il fera comme tu dis, oh mais je sais ! Il a intérêt !

Les Rookies volaient à Paradise City à la commande, quand ils ramenèrent leurs premières Ferrari Jack invita ses fils à déjeuner dans un restaurant de viande sur le bord de la 180. Vous avez bien travaillé, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Avant que Jeff ne réponde, Junior s’exclama, une arme ! Une arme ? Pourquoi faire ? Pour me défendre ! Contre qui ? Contre les cons qui m’empêcheraient de leur voler leur Ferrari tiens ! Il rigola. Une arme comme ça ? demanda son père en déposant un gros revolver entre eux. C’est un 44 ? Tu t’y connais ? J’en ai vu dans les films…. Junior souleva le revolver à deux mains et visa en l’air, c’était lourd et puissant en même temps, c’était magnifique. Ah dans les films… repose ça petit c’est pas un jouet. Junior obéit, penaud, Jack rengaina son arme. Eh Jack comment vas-tu ? Un gars, sorti de nulle part, tout maigrichon avec un chapeau cloche sur la tête et un blouson en toile sur une chemise Hawaï, Jack n’avait pas l’air ravi de le voir. Salut Lester. Ah, je vois que t’es en famille…. Qu’est-ce que tu veux Lester ? Oh je voulais savoir si t’aurais pas du boulot pour moi, je suis un peu à sec en ce moment. Pourquoi je ferais ça Lester, pour que tu ailles tout raconter aux flics ? Hein ? Moi ? Jamais je ferais ça à un ami. Mais à un ennemi si ? Est-ce que je suis ton ennemi Lester ? Ha mais non ! Barre-toi Lester. Je suis en famille. Oui. Tout de suite… il montra la crosse massive du calibre qui dépassait du holster. Lester s’en fut sans demander son reste. C’était qui ‘pa ? demanda Junior. Personne. Alors comme ça tu veux un flingue ? Euh oui. Et toi Jeff ? Moi ? Moi je veux rien. Allons Jeff, tu vas pas vivre toute ta vie chez Fred. T’as une petite non ? La petite négresse. La bouche de Jeff se pinça, il n’aimait pas ce terme, surtout pas au sujet de Miranda. Son père sourit en lui passant la main dans ses cheveux ras, allez je rigole, chuis pas raciste moi ! Montrez-moi ce que vous valez vraiment et je vous ferais un beau cadeau. Comment ? Junior, à part dans les films, tu t’es déjà servi d’une arme ? Le fusil de Lloyd, il me le prête des fois. Et toi Jeff ? Ouais. Mais seulement un pistolet. Quoi ? Je ne me souviens plus. Ça ne l’intéressait pas plus que ça les armes, et même il préférait éviter, c’était avec ses potes qu’il avait testé. Tirer sur des épaves, se balader en ville avec le pétard dans le froc, jouer la frime. Mais bon c’était tout. Okay vous allez me montrer ça, te montrer quoi ? Comment vous tirez. Ils allèrent dans les bois le lendemain, deux AR15 dans le coffre, un Uzi, et quatre ou cinq pistolets flambant neuf. Le fun pour Junior, la punition pour Jeff qui ne supportait ni le bruit ni l’odeur des coups de feu, mais il tirait mieux que son cadet. J’ai du boulot pour vous si vous voulez, leur annonça-t-il au terme de la séance, deux cent cartouches brûlées pour le plaisir, les cibles, des citrouilles et des canettes, explosées, les arbres déchiquetés. Il leur expliqua ce qu’il attendait d’eux. Des haïtiens s’étaient installés sur le territoire contrôlé par les Outcasts à qui la famille devait un service. Il fallait les chasser. Une crack house dans Bananas, installée au quinzième étage d’une tour. Ils n’iraient pas seuls bien entendu, oncle Pat et oncle Joe-Bill les accompagnerait. L’un et l’autre avaient déjà fait de la prison pour meurtre, Jeff n’était pas rassuré. Qu’est-ce qu’il y a Jeff, tu as bien dit que tu voulais en être non ? Oui mais… mais quoi ? Je ne veux tuer personne. Qui t’a parlé de tuer, on va les dévaliser. Les armes c’est juste pour qu’ils se tiennent peinard.

Ça se passa presque comme il l’avait dit parce que Joe-Bill et Pat savaient ce qu’ils faisaient mais on n’empêcha pas qu’il y ait des blessés dans l’affaire parce que cinq haïtiens sous cracks armés jusqu’aux dents ça ne se persuade pas comme ça. Ça se persuade avec des grenades aveuglantes, des coups de crosse bien sentis, une balle dans la cuisse, le bras, la main.  Junior montra beaucoup d’enthousiasme, trop sans doute pour éviter un coup de machette dans le bras. Jeff tira aussitôt sur le gars au hasard, Ce dernier tomba en arrière en poussant un gémissement. Pat l’acheva d’un coup de pied dans la figure, Jack avait dit pas de cadavre. Ils s’en tirèrent donc avec un blessé, huit kilos de méthédrine, six cent doses de cracks, et trois cent quatre-vingt-quinze mille dollars en cash qu’ils embarquèrent dans le sac à dos qu’ils avaient emporté avec eux. Jack offrit un 45 semi-automatique à Junior et une maison à Jeff dans une de ses résidences de Pétroléum pour petit bourgeois du pétrole. Jeff se sentait bizarre là-bas, mais avec Miranda c’était mieux. Il pouvait faire des projets. Il en avait plein, de plus en plus. Hey mais qui voilà c’est le fils prodige ! Fred, Mac, Bill, Joe-Bill et Pat, tous réunis au Panama Beach, le point de chute des Podzanski. Jack avec son fils et sa belle-fille Miranda, bon elle n’avait pas l’âge pour rentrer dans un bar, mais qui allait se mettre en travers du chemin de Jack Podzanski hein ? Il fit les présentations, Danny la serveuse vint prendre les commandes, la petite demanda un Black Russian, ça fit marrer Fred, Jeff prit un Jack D. sec comme son père. Joe-Bill et Pat n’avaient pas l’air ravi de voir la fille à leur table, Joe-Bill se leva et se cala au bar. C’est n’importe quoi, maugréa Pat avant de l’y rejoindre. Ils sont chiants, dit Jack à son frère. Ils ont quoi ? Demanda la jeune fille, c’est à cause de moi ? Je ne sais pas ma petite, demande-leur. Je suis désolée, je peux m’en aller si vous voulez. Reste petite, reste, t’es mon invitée. Il avait déjà demandé à son fils si elle était au courant de ses activités, et bien entendu ce n’était pas le cas. Jeff voulait protéger Miranda de ce qu’il savait sur son père, sur ce qu’il savait réellement de lui, son père comme ses oncles. A savoir que c’était des meurtriers.

Ça c’était passé le soir même du braquage. Ils dînaient tous ensemble dans un restaurant à Paradise City, à se marrer parce que le capitaine Johnson attendait encore sa table alors qu’ils dévoraient déjà leurs homards. Quand Lester apparut pour gâcher la fête. Lester qui causait avec Johnson et l’accompagnait même jusqu’à sa table, puis, les apercevant qui le dévisageaient comme une bande de loups-garous, s’en alla, la tête dans les épaules. Le reste de la soirée se serait bien terminé si cet imbécile ne les avait pas attendus dehors pour s’expliquer. Tu comprends Jack je ne voudrais pas que tu crois que je bave sur toi, mais non Lester pourquoi je croirais ça. T’es sûr un Jack, il n’y a pas de souci ente nous hein, Lester je pensais justement à toi figures toi, ah oui ? Oui, on est sur un coup ce soir et on aurait besoin d’un guetteur. Ça te dirait ? Euh ouais… C’est où ? Du côté de S Park. Quand ? Ce soir, je te dis, maintenant. Bon, bon, Lester était coincé et il le savait. Ils montèrent dans la Corvette de Jack avec Pat, et Jeff, les autres suivaient dans un 4×4. En route Jack fit boire Lester et l’obligea à avaler des pilules de GHB. Après quoi ils le noyèrent dans l’océan. Jeff n’oublierait jamais les cris qu’il avait poussés avant de mourir. Ni oncle Mac en train de fumer une cigarette tout en lui maintenant la tête sous l’eau, comme une formalité distrayante. Alors non, pas question qu’il la mêle à ce monde. C’était à lui d’endurer et de se taire. Mais à Junior et à Cool il avait dit de se méfier, son père et ses oncles n’étaient pas des bonnes personnes. Pourtant, il fallait reconnaître qu’ils étaient chaleureux en général et généreux. Et puis si on écoutait oncle Fred il y avait quand même une explication logique à tout ça. Ce n’est pas qu’une affaire de famille, nous faisons vivre plein de gens tu sais, et nous dépendons de certaines personnes. Et puis il y a cette histoire de Grand Jury. Nous ne pouvons pas nous permettre qu’un petit rat comme Lester vienne se la racler sur nous, même s’il ne savait rien. Quelle histoire de Grand Jury ? Une enquête que le gouvernement a lancée sur trois états, la Georgie, l’Alabama et la Floride, nous…. Ton père est sorti de prison il y a deux ans tu comprends, ils attendent que ça de l’y recoller. Je comprends que ça puisse te choquer tu sais, mais parfois on n’a pas le choix, il faut faire ce qu’il faut. La cruauté de la vie, la cruauté de la vie. Et si vous lui aviez donné de l’argent ou fait participer, c’était pas possible ? Fred avait bu une gorgée de sa Coors et avait fait signe que non. Tu sais j’ai connu des mecs comme lui dans le temps, c’est des poissards, tout ce qu’ils font, tout ce qu’ils touchent faut qu’ils le poissent, c’est comme des suicidaires. Regarde, qu’est-ce qu’il avait besoin de nous attendre ? Tu nous aurais attendu toi ? Non, reconnut Jeff, mais lui n’aurait jamais bavé auprès d’un flic à propos de sa famille, meurtriers ou pas. A propos de qui que ce soit d’ailleurs, c’était un principe, on était fidèle, on ne parlait pas, jamais. Croyait-il. La cruauté de la vie petit, la cruauté de la vie.

Danny apporta leur consommation, ils trinquèrent à leur aménagement, Jack demanda si sa mère n’avait pas fait trop d’histoire à ce qu’elle vienne s’installer chez son fils. Miranda ne lui avait pas laissé le choix, Miranda savait ce qu’elle voulait et sa mère n’avait qu’à bien se tenir. Ça fit rire Jack et les trois autres, ils trinquèrent à la petite et à sa mère. Puis Jack lui demanda, bon maintenant tu peux nous excuser cinq minutes, on a des  choses à se dire. Des choses ? Quelles choses ? Pas de réponse, coup d’œil vers son fils. Jeff gêné. Vas-y je te rejoins… Tu me chasses ? Faut qu’on parle. Elle leva les yeux vers les frères, oh je vois…. Mais moi ça me gêne pas que vous parliez affaire devant moi vous savez. J’y connais rien de toute façon et je m’en fous, je suis sourde, promis. Mais pas muette, grogna Joe-Bill depuis le comptoir. Allez s’il te plaît… bon, bon, puisque c’est comme ça je rentre. Faudrait que t’apprennes à tenir ta femelle petit, lui dit plus tard son père, elle parle trop et elle te mène par la bite. Mais non ! Mais si.

Tout se passait bien, les affaires s’enchaînaient avec succès et Jeff remplissait sa maison de tout le confort moderne, télé16/9ème 3D et Playstation dernière génération, barbecue et petits plats concoctés par Miranda et sa mère qui venait les voir de temps à autre. Oui, tout allait pour le mieux  jusqu’à ce que les Rookies fassent leur coup de trop. Enhardis par les Ferrari qu’ils avaient dérobées sur Perfect, ils ambitionnaient Governor Island, ses Porsche et ses Limousine présidentielles. Ils n’avaient pas calculé qu’en plus des caméras et d’une police omniprésente il y avait des chauffeurs armés. Ils se firent tirer dessus comme des lapins, Jeff fut blessé et arrêté alors qu’il tentait de s’enfuir à la nage.

Elle a demandé quoi ? Petit, grassouillet, les cheveux noirs et frisés en boule afro, le nez mou, Kleinsfield ressemblait à l’image que l’on se faisait d’un avocat juif dans les années 30 quand youpin n’était pas encore complètement malpoli et même en passe d’être une mode. Elle a fait une demande de parloir. Il n’en est pas question, elle va lui retourner la tête. Jack avait parlé à Doakes, les Fédéraux avaient déjà commencé à mettre la pression sur le gamin pour qu’il parle. Pour le moment il tenait bon, mais Dieu sait ce qui se passerait si la morveuse lui causait, ou pire, si les Féds en venaient à faire pression sur elle. Ils en étaient bien capables ces enfoirés, ils n’avaient aucun respect de rien. Et le juge, il a fixé sa caution ? Pas encore, mais vu ce qui s’est passé, après l’histoire de Mac, il risque de ne plus être aussi coulant…. Tant pis on paiera. Hey Miranda comment vas-tu ? Oh bonjour Monsieur Podzanski, où tu vas comme ça habillée en dimanche ? Il était avec Cool, elle attendait à l’arrêt du bus dans une jupe droite, des petites socquettes blanches et des souliers vernis au pied, un chemisier blanc sous un sage pull en V, son sac à main sur son ventre. Je vais voir Jeff, expliqua-t-elle. Ah le juge a dit oui ? La jeune fille approuva vivement. Monte, je vais t’y conduire… Vous êtes sûr ? Ça vous dérange pas ? Non. T’as déjà été dans une prison petite ? Non. Tous ces taulards qui n’ont pas vu une gonzesse depuis des années, faudra pas que tu fasses attention à la façon dont ils te regarderont ni ce qu’ils te diront. Non Monsieur Podzanski, appelle-moi Jack voyons, eh Cool t’aurais rien à boire il fait sec ! Si Jack, dit Cool en passant le flash de Rye qu’il avait dans sa veste. Jack en bu une gorgée et en proposa à la jeune fille qui accepta. Vas-y bois ça te donnera du courage. Je n’ai pas peur. Tu n’as pas peur ? Non. Dis-donc je voulais te demander, les Fédéraux sont pas venus te voir des fois ? Les Fédéraux ? Oui. Non. Si tu les voyais, qu’est-ce que tu leur dirais ? Rien, je sais rien. Tu sais rien hein… vas-y bois, bois, fais-toi plaisir. Non ça va aller merci. Elle rendit la bouteille à Cool qui but. A quelle heure t’as ton parloir ? Deux heures et quart. Ça te dérange pas si je m’arrête avant, je dois visiter un motel que je vais peut-être acheter, ça sera pas long. Oh non. Jack les conduisit dans un établissement sur le bord de l’autoroute 180 vers Paradise City. Un de ceux dont les chambres libres restaient ouvertes toute la journée, Allez, amenez-vous, on va regarder ça ensemble. Mais au moment d’entrer dans la chambre, il referma la porte sur Cool en lui faisant signe de se taire. La gamine regardait autour d’elle, une pièce minable avec un lit fatigué, une télévision et des meubles qui avaient connu des jours sans doute meilleurs, et une odeur de renfermé qu’elle n’oublierait jamais. Jack lui saisit le bras sans un mot et la retourna face à lui avant de lui flanquer un coup de poing dans l’estomac. Tu ne vas pas aller voir Jeff, tu m’as compris petite salope ? Tu l’oublies, ajouta-t-il en la giflant à tour de bras. La lèvre supérieure de Miranda se fendit, du sang coula. Tu parles trop, tu réfléchis trop, tu as vu trop de choses. Il la souleva par les épaules et la jeta sur le lit. Puis il lui arracha sa culotte et la viola, après quoi il obligea Cool à la violer à son tour. Le jeune homme qui louchait sur elle depuis un moment ne se fit pas prier. Miranda se débattit un peu, elle en prit pour son compte, assez pour lui casser deux côtes et lui faire perdre une dent. Ils l’obligèrent à monter avec eux pour l’abandonner au milieu de nulle part, histoire de lui faire complètement les pieds, comme dit Jack en s’accordant une nouvelle rasade de Rye. Mais c’était mal connaître Miranda. Car non seulement elle brava l’interdiction de Jack mais raconta tout à son fils. Pour qui ce fut la goutte d’eau.

Doakes aimait bien les combats de coq, il y avait plusieurs pitt en ville et à l’extérieur, tous clandestins, tous connus des autorités qui fermaient les yeux en raison essentiellement du fait qu’il s’agissait d’une tradition sudiste. Une tradition qui rapportait des centaines de millier de dollars. Mais ce n’était pas la raison pour laquelle il aimait les combats de coq, pas seulement. C’était les combats en eux mêmes qu’il trouvait beaux et spectaculaires, ces bêtes ne se faisaient pas de cadeau et leur conditionnement était tout une science. Une science que lui avait appris oncle Henry quand il était gosse. Non, je ne te crois pas, mon fils ne peut pas avoir parlé. Les deux coqs, un blanc et un roux flamboyant se jetaient l’un sur l’autre. J’ai peur que si, je ne sais pas ce qu’il leur a dit, d’après mon informateur pas grand-chose encore mais ils vont le laisser sortir. La petite salope a bavé ! Quelle idée aussi de la toucher ! Les deux coqs s’étripaient furieusement, des plumes et du sang volaient comme un nuage. Je voulais lui faire peur, bah c’est réussi. Et il y a autre chose…. Les Féds veulent parler à Junior. Il a quinze ans ils ne pourront rien lui demander sans mon accord. Le coq roux était le plus vicieux, d’un coup d’ergo il trancha le cou de son adversaire. Tu te souviens que t’as perdu tes droits parentaux en allant à Atticca. T’es sûr ? Je connais ton dossier par cœur Jack. Jack leva les yeux, le combat était terminé. Ton coq a perdu on dirait. Pour Jack le raisonnement était simple, il risquait une comparution devant le Grand Jury, et conséquemment des années de prison à cause de petits cons avec la bouche trop ouverte. Et peu importe ce que savaient ou non Junior, Cool et Jeff, ils en savaient beaucoup trop.

Comment il t’a dit qu’il s‘appelait papa ? Hoke, il paraît qu’il a de la bonne colombienne à vendre, comme je sais que tu fumes je me suis dit que tu pourrais me filer un coup de main sur ce coup là. Junior rigola, plutôt deux fois qu’une. Ils avaient rendez-vous sur un bateau en ville. Le type était un de ces plaisanciers qui faisaient des allers-retours entre les Caraïbes et la Floride, du moins c’est comme ça que Jack avait présenté les choses et son fils n’avaient pas de raison de les remettre en question, même avec une convocation du FBI. Il ne tiqua pas non plus quand il découvrit que c’était un bateau à fond plat et qu’il n’y avait aucune chance qu’il puisse traverser l’océan jusqu’aux Caraïbes. Il s’amusa seulement que le mec ait entièrement bâché de plastique le pont arrière et puis il vit oncle Mac et oncle Pat et il comprit que quelque chose clochait. Ni Cool ni lui n’eurent le temps de crier ou de s’enfuir, les deux hommes les abattirent comme des chiens à bout portant de leur Beretta 22 long rifle. Après quoi ils les roulèrent dans des bâches, s’enfoncèrent dans les Everglades en empruntant les canaux qui sortaient du port pour se fondre dans les terres et les balancèrent à l’usage des caïmans qui peuplaient le bayou.

Jeff  avait la haine. Contre son père en premier lieu, et même ses oncles et Cool, toute cette smala d’ordures qui l’avaient trompé et tenté de l’intimider en s’en prenant à Miranda. Alors il avait joué le jeu des flics, leur avait promis des révélations, et en attendant leur avait balancé le braquage de la crack house tout en sachant que ça ne mènerait nulle part parce que les crackés ne portaient pas plainte. Mais son vrai plan, celui qu’il avait concocté avec la jeune fille c’était de se barrer d’ici le plus loin possible. Il rentra chez lui un samedi et embarqua à l’intérieur de la Ford tout ce qu’il pouvait embarquer. Entre temps il était allé chez sa mère qui était inquiète parce qu’elle n’avait pas de nouvelles des gamins depuis deux jours. Il l’avait rassurée comme il pouvait mais il ne l’était pas lui-même. Il savait que son père était capable de tout, il l’avait prouvé en touchant à Miranda. La nuit était tombée quand ils montèrent ensemble dans la voiture. De sorte qu’ils ne virent pas leurs assaillants tout de noir vêtus et cagoulés quand ceux-ci firent feu sur la voiture. Les balles des AR15 traversèrent la taule, les sièges, le tableau de bord, les chairs. Miranda fut tuée sur le coup, Jeff tomba brièvement dans le coma et puis émergea de la voiture mitraillée comme un zombie. Il retourna à sa maison en cahotant et alla se nettoyer avant de bander ce qu’il pouvait bander. Il avait de trous dans les cuisses, les mollets, les bras, l’abdomen et respirait difficilement mais il respirait. Le cœur dans la gorge qui battait pour survivre, du sang qui coulait lentement, tiède contre sa peau, par ses plaies multiples. Il sortit de la maison par derrière. Les voisins avaient déjà prévenu la police et s’étaient regroupés devant la voiture, horrifiés et fascinés par le cadavre de la jeune fille. Il attrapa un taxi, lui fourra un billet ensanglanté dans la main et lui donna l’adresse d’oncle Fred. Il savait où celui-ci rangeait ses armes et qu’il était toujours en ville le samedi soir. Quelques minutes plus tard il remontait dans le taxi en zigzaguant comme un homme saoul, alourdi d’un 38 canon court. Ça va petit ? Il était livide, ça va, ça va, il lui donna une nouvelle adresse, celle de son père. Il débarqua chez lui alors que ce dernier était en train de se payer une bière dans sa cuisine. Salut ’pa. Oh salut p’tit, il était franchement surpris mais il faisait bien semblant. Qu’est-ce que tu fais là ? Je voulais te voir. C’est à cause de ta copine c’est ça, elle t’a raconté des conneries tu sais ça ? Faut vraiment que tu t’en trouves une autre que cette négresse. Ferme ta gueule. Le revolver était apparu comme par enchantement dans sa main. Hey fiston ! Qu’est-ce que tu fais !? Ferme ta gueule, répéta Jeff qui souffrait le martyr, le poids de l’arme appuyant lourdement sur son bras troué. Tu veux me tuer c’est ça ? Bin vas-y tire ! Tire puisque tu crois une étrangère plutôt que ta famille ! Ferme là. Oh tu saignes, tu as vu tu saignes il y avait du sang qui coulait le long de sa cheville. Il voyait trouble aussi. Je vais appeler les secours, ne touche pas ce téléphone ! Sinon quoi tu vas tirer ? Bah vas-y tire, allez tire ! C’était presque comme s’il se moquait de lui, ne le croyait pas capable de tirer sur son père, qu’il le mettait au défi et Jeff brûlait de le faire, le doigt replié sur la détente. Et puis soudain… Non !  Ça serait trop facile, trop rapide, je veux te voir mourir tous les jours, tous les jours, je veux que t’en crèves de ce que t’as fait mais que t’en crève longtemps. Que t’en crèves jusqu’à ce que la maladie vienne te ronger et t’emporte. Et comme pour mieux appuyer ses dires, on entendit dans le fond les sirènes de la police. Petit enfoiré, grogna le père en essayant de se jeter sur lui, Jeff n’avait plus que l’énergie du désespoir, il tira une fois en l’air puis perdu connaissance. Quand il se réveilla il était dans une ambulance.

Il passa son séjour à l’hôpital sous bonne garde, régulièrement débriefé par les fédéraux à qui il déballa absolument tout. Le meurtre de Lester, le viol de sa copine, les vols pour la bande, cambriolage et vol de voiture. Et bien entendu accepta de témoigner sitôt qu’il serait remis sur pied. Le premier jour du procès il fut acheminé de l’hôpital Linda Bush au tribunal par convoi fédéral, voitures blindées et hommes armés. Il devait être ensuite amené dans une résidence secrète que possédait le FBI dans l’état. On lui demanda de décliner son identité puis de jurer sur la Bible de dire toute la vérité, rien que la vérité. Il boitait, était sourd d’une oreille et son bras droit avait perdu 30% de ses capacités mais c’était quelque chose de se retrouver devant tout ce monde et plus particulièrement la fratrie Podzanski au complet. Son oncle Fred qu’il avait accueilli chez lui, son propre père qui… Qui avait violé Miranda… probablement tué son frère et tenté de le tuer lui. Vous vous appelez Jeff Podzanski oui ? demanda l’avocat de la partie civile en s’avançant. Pouvez-vous nous dire qui est votre père ? J… J… Jack, balbutia le jeune homme en regardant son père qui le foudroyait. Vous voulez dire le chef de la bande que nous jugeons aujourd’hui…. Objection votre honneur ! s’exclama Kleinsfield, maître Harley tente d’influencer le témoin. Objection rejetée, poursuivez Maitre Harley. Pouvez-vous le désigner s’il vous plaît. Le bras se leva lentement en même temps que les larmes montaient. C’était une chose d’arrêter un monstre, s’en était une autre d’accepter de se dire qu’il s’agissait de son propre père. Sa prestation dura vingt minutes et fut totalement accablante pour Jack, en raison de son état de santé le contre-interrogatoire aurait lieu le lendemain. Kleinsfield qui était d’habitude un avocat pugnace n’avait cette fois pas fait de difficulté à ce sujet. Les fédéraux tenaient tellement à leur témoin qu’ils avaient écarté toute la police de Paradise City. On leur ferait pas le coup deux fois de perdre un informateur dans une enquête qui se promettait explosive, et pas seulement pour Jack Podzanski et ses frères. Les fédéraux avaient reçu des informations venues de nulle part au sujet de Paradise City et de ce qui s’y passait, et par recoupement certaines d’entre elles les avaient redirigés vers des affaires officiellement closes. Avec Podzanski on avait des chances de faire tomber beaucoup de monde dans la foulée, et peut-être même des flics de cette ville. Le convoi sortit du périmètre du tribunal pour se diriger vers Roosevelt High quand la première voiture éclata, percutée par une roquette.  Puis ce fut au tour de la voiture de queue. Les tireurs se trouvaient au-dessus, dans des appartements, RPG17 à l’épaule, cagoulés. Sur un toit, un homme avec un tatouage dans le cou appuya sur la détente de son fusil sniper lourd.

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