Vive la France !

La vie est un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur qui ne signifie rien.

Macbeth, William Shakespeare.

 – Tu la connais celle-là, ça se passe dans un rade avec plein de copains du Front. Un portos rentre et réclame un Millionnaire, paf, il gagne vingt euros. Le lendemain les gars lisent dans le journal qu’il y a eu un accident de la route au Portugal, 20 morts… bon…

On est en route avec Dom pour la Cité des Poètes la bien nommée, à Pierrefitte, plaine Saint Denis mon pote, chez les indiens. Avec nous il y a un plein car de GIPN, plus une caisse de gros, 5h30 l’heure des braves, on va lever un trou du cul qu’on a logé depuis deux semaines, ce soir il va dormir à Fleury, un Babel Oued évidemment.

– Plus tard un spingouin rentre dans le rade, bonyour yé voudrais oune Millionnaire. Re paf, il gagne cent euros. Le lendemain, les gars lisent dans le journal qu’un avion s’est écrasé en Espagne, 100 morts. Ils commencent à se poser des questions….

Dom et moi ça fait quatre ans qu’on bosse ensemble depuis mon retour d’Afghanistan. On s’entend bien, on a le même mental. Il a été dans les paras, moi dans la Légion, ça aide je suppose.

– Là-dessus arrive un bougnoule, bijour je voudrais oune Millionaire siouplais, et là les gars les mecs se mettent à gueuler le million, le million !

– Ah, ah, ah !

– Elle est pas bonne ?

– Comme la chatte à ta sœur !

– Eh oh déconne pas avec ça.

– Je t’emmerde.

J’ai rigolé, pas lui, c’est un Yougo, un Serbe, ces choses là c’est grave chez eux. Là-dessus la radio s’est mise à brailler c’était les ninjas.

– On arrive.

– Okay, pas de cirque les mecs, j’ai pas envie d’une émeute, on fait ça en douceur.

En douceur ça veut dire commando. La cité c’est le territoire des bougnoules et des négros, la dernière fois ils ont buté un rom qui croyait être un voleur ici, voyez le genre. Ils sont allés le chercher jusque dans leur poubelle, là où ça vie ces machins là et ils l’ont tabassé à mort, ça a fait la une, mais il paraît que le gosse s’en est sorti après un coma d’une semaine. Dommage ça aurait toujours fait un de moins.

– On s’en fait une ? j’ai dit en sortant un flacon de coke.

Un petit flacon brun, avec une petite cuillère en argent plaqué, j’ai piqué ça à un dealer d’appartement, le genre qui se prenait pour le king. On l’a fait sérieux redescendre de son trône. Après notre visite c’est toute la dentition qu’il devait se refaire. Il nous avait contrarié on va dire. Je m’en suis mis une dans chaque narine et puis j’ai passé le flacon à Dom. C’est monté tout de suite, coup de speed dans les dents et les narines, c’est de la végé, de la bonne, je préfère ça à la pharma. Le jour est pas encore levé quand on arrive. Les ninjas sont en place, bien planqués, j’appelle la seconde voiture.

– Okay les mecs, on fait comme on a dit, et faites gaffe, c’est pas le coin des câlins ici.

La cité forme un genre de U avec au centre un grand square et des platanes pour décorer. Il y a une galerie qui court sur la moitié, où il y avait des commerçants avant que les bronzés les chassent. On s’enfile par là jusqu’au bâtiment C, 8ème étage, appartement 412C, quatre mecs plus moi et Dom pendant que les ninjas couvrent nos arrières. Je me sens super bien, sportif, j’ai du speed plein la tête et c’est moi qui ouvre le bal. On rentre en silence dans l’immeuble, grimpe les escaliers et tant pis pour la trotte je veux pas que le bruit de l’ascenseur alerte qui que ce soit. Avec nous on a amené un bélier, c’est Gé qui le trimballe, notre ailier droit comme qui dirait. Il jouait à Bayonne avant. Et c’est lui qui défonce la porte.

– POLICE ! POLICE !

On déboule là-dedans en hurlant, on a les brassards, les plaques, et les pétards de sortie, y’a une moukère qui se pointe en beuglant, une vioque, on la bouscule, on veut rien savoir, deux gamins, une gonzesse, putain on est tombé sur un nid ! Dégagez bande de macaques ! Je les bouscule, le mec qu’on cherche est là, il bouge pas, il est tout gris, pas réveillé, il sait qu’il est niqué. Plaquage au sol, menottes, Dom sort la commission rogatoire explique ce qui se passe à la vioque qui couine, on embarque son fils, perqui, tout le toutim. Moi je soulève le gars et je le sors, pas le temps pour ces conneries, ils savent ce qu’ils ont à faire, nous on l’évacue. Moins de temps on reste ici avec ce connard, mieux on se portera. Dom me suit dehors pendant que Gé et les autres commencent la perqui. On descend, je contacte les ninjas par radio.

– Ça se passe ?

– On arrive.

On est dans le hall, je le pousse, faut aller vite, Dom est devant, il jette un coup d’œil dehors, l’aube se lève à peine.

– C’est bon il fait.

Il pousse la porte vitrée, je tiens l’autre par le cou, tête baissée, je lui fait presser le pas, quand d’un coup j’entends ce putain de bruit. Ce bruit que je connais par cœur, ce bruit que j’ai entendu pendant presque cinq ans. Je le reconnais tout de suite, je pousse mon prisonnier contre un des piliers de la galerie. Bordel on nous tire dessus à l’AK47 ! Les balles vrombissent autour de nous, ricochent sur le sol, et puis c’est le pak ! pak ! des Famas du GIPN qui répliquent. Putain mais qu’est-ce qu’ils font !? J’espère qu’ils l’ont repéré au moins.

– Vous le voyez ? je gueule dans ma radio.

– Affirmatif, 3ème droite ! Au-dessus de vous !

Rafale de suppression, l’AK tire sur les ninjas maintenant.

– Dom ! ça va ?

– Pas de souci mec !

Pak, pak, pak ! Braaa, braaaa ! le bordel et nous deux sous speed, le pied. Mais en attendant faut sortir de là.

– On se replie ! je fais.

Je vais aller se chercher ce connard moi-même, AK ou pas je me dis. Et puis soudain il sort de nulle part, un gamin, à peine 14 ans, avec un Mac 10 dans la main qui se met à rafaler sur nous.  Je prends un pruneau dans le gilet, je réplique en tombant, deux balles dans le buffet, le gamin s’effondre avec un cri, mon prisonnier en profite pour se tirer. Putain là ça va plus du tout. J’ai mal, je me redresse quand même et là je vois Dom, étalé par terre dans une mare de sang.

– DOM !

Putain mon pote ! mon presque frère ! Dom ! Une balle lui est rentrée dans la gorge, une autre dans la jambe, la fémorale qui fait fontaine, j’essaye d’arrêter l’hémorragie en gueulant dans mon micro.

– UN HOMME A TERRE UN HOMME A TERRE !

Le sang bouillonne presque, il est livide, il gargouille, il sourit comme un imbécile. Et moi je peux rien faire sinon le regarder mourir. J’ai déjà vu ces yeux, j’ai déjà vu ce sourire, cet étrange sourire qu’ils ont parfois. Je sais ce que ça veut dire.

– Reste avec moi Dom ! Pour l’amour du ciel enfant de pute, reste avec moi !

Il continue de gargouiller, et puis c’est fini. Il est froid. Froid comme moi, froid comme cette rage que je sens monter en moi, froid comme un cadavre. Le cadavre que je vais faire, le méchoui !  J’attrape mon flingue, je suis tellement speed et fou de rage que je ne réalise même pas qu’on me tire dessus d’en face, les balles font exploser les portes vitrées au moment où je les passe, elles sifflent à mes oreilles et vont se perdre dans l’ascenseur, rien à foutre, j’aperçois la porte des caves entre ouverte. Je sais parfaitement que si je m’aventure là-dedans seul je risque ma peau, mais j’en ai rien à branler. Je rentre sans me poser de question, la cave est bien entendu plongée dans le noir. Pas un bruit, rien, et je connais pas les lieux. Je longe un mur à tâtons, le flingue dans une main, sort ma lampe torche et l’allume. Psssssht prend ça dans ta gueule ! J’ai rien vu venir je me prends une pleine gerbe de gaz lacrymo dans la gueule. Et puis d’un coup on me matraque les jambes par derrière. Je tombe sur les genoux tire deux balles sur mon premier assaillant, mais le second coup de matraque m’atteint à la tête, je m’effondre en lâchant mon pétard. Je suis à moitié dans les vapes, ils se jettent sur moi, ils sont trois, ils me tabassent à coups de talon et de matraque télescopique, putain un vrai traquenard et je vois queue dalle, je chiale, je morve, ils ont des masques ces cons et moi pas ! Bon, je crois qu’il est temps de remettre les choses à l’endroit.

Je t’explique cousin, dans la Légion ça, ce qui me font là, ça s’appelle une cérémonie de bienvenue. C’est une forme d’affection tu vois ? Alors qu’est-ce que j’en ai foutre de leurs coups ? J’ai la haine, la rage je te dis, ils peuvent me trouer même s’ils veulent je vais tous les défoncer. Je sors ma dague push-up de ma boucle de ceinturon, et bloque une des jambes, je lui sectionne le talon d’Achille, et puis plante le couteau dans le pied du mec avec la matraque, il hurle, tombe, roulé boulé sur lui, j’attrape la matraque et je m’en sers sur monsieur numéro trois jusqu’à ce qu’il commence à sentir le goût de sa cervelle dans la bouche. Après quoi j’arrache le masque d’un des connards, lui coupe l’autre talon t’Achille, et termine le dernier d’un coup de talon dans la poire qui lui défonce la paroi nasale. Le gars qui m’a balancé le gaz c’est mon prévenu, il est par terre, encore menotté, qui se tient l’estomac, une grande auréole de sang sur son tee-shirt. Je m’approche.

– Regarde moi connard, je lui fais en le braquant.

Il halète légèrement, les yeux révulsés, si les balles n’ont pas atteint une partie vitale il peut s’en sortir, mais ça aussi je m’en branle.

– Regarde moi !

Il me regarde, je tire.

 

Parfois je fais des rêves. Je suis dans un immeuble à Paris et c’est la guerre comme à Sarajevo. J’ai mes armes avec moi, je suis seul, et je chasse. Ou alors je suis dans les montagnes là-bas, et j’arrive avec  mon unité dans un village, et on massacre tout le monde jusqu’au dernier. J’ai un masque dans ce rêve-là, une tête de mort avec des dents de loup-garou, j’avais ça à l’armée. C’est des bons rêves, je dors bien après ça.

 

– Oui monsieur le préfet, j’en ai parfaitement conscience monsieur le préfet… tout à fait.

Le commissaire divisionnaire Casanova a cinquante-trois ans, porte des bretelles et des mocassins à gland et c’est mon chef. Je l’aime bien, surtout quand il remballe gentiment le préfet de la Seine Saint Denis.

– Les politiciens… il me fait en raccrochant.

J’hausse les sourcils, pas besoin d’en dire plus.

– N’empêche ça craint méchant Vous avez vu les journaux ?  7 morts 4 blessés pour une simple opération de police ?

– C’était la guerre là-bas.

– Je sais, j’ai lu les rapports de la balistique. Mais les quatre dans la cave…deux sont morts, un est dans le coma et l’autre ne pourra plus jamais marcher de sa vie, l’IGPN aimerait bien vous questionner là-dessus vous savez.

– Qu’ils aillent sucer des queues j’ai rien à leur dire.

– Ecoutez, je ne vais pas avoir le choix, faut que ça se calme. Vous êtes un bon mais vous vous croyez encore dans la Légion, on va vous envoyer au vert. Vous partez à Lyon. Ils ont besoin des lumières de la BRI de Paris.

– Qui ça ils ?

– Un certain lieutenant Toussain de la crime.

 

Putain quand même je l’échappe belle cette fois, c’est vrai que les journaux causent que de ça depuis deux jours. Tu parles, sept morts ! Ça fait tâche dans la belle république hollandaise… et l’autre Valls qui promet que des têtes vont tomber, et oh connard on a un mort chez nous et c’est mon pote, le reste on s’en fout ! C’est eux qui ont commencé, eux qui avaient la puissance de feu. Ils se rendent compte ou quoi où on est bordel ? Quand est-ce qu’ils vont se réveiller tous ces tocards ? Quand est-ce qu’ils vont arrêter de croire que leur pays de cons va toujours être épargné par les gangs, les mafias, comme ailleurs ? On s’est fait tirer dessus à l’AK47, au Mac 10, au Famas ! un vrai arsenal on a trouvé là-haut. Douze cars de CRS ils ont fait venir pour nettoyer le bordel ! Parce que moi pendant que je tuais dans la cave, ça tirait au-dessus. C’est mes collègues qui ont terminé le boulot dans l’immeuble, les ninjas se sont chargés de l’autre tireur. Et maintenant il commence à avoir des débuts d’émeutes dans toute la plaine Saint Denis. Ouais, ouais, on a foutu le bordel…. Moi je dis, pourvu que ça bouge dans toute la France, j’ai raté 2006 parce que j’étais dans l’armée, je veux pas rater celle-là.  

On a enterré Dom dans l’après-midi avec tout le tralala, même le sinistre était là. Quand je suis rentré dans la cave ils étaient tous là au garde à vous devant une tricolore. Une tricolore c’est un alignement de shots, bleu, blanc, rouge, angustura bleu, Sambuca, angustura rouge. La tradition veut qu’on passe la Marseillaise en même temps. On a attrapé nos verres dans l’ordre, Gé a beuglé :

– BLEU POUR LA POLICE NATIONAL !

– POLICE NATIONAL EN FORCE ! on a répondu avant de boire nos verres d’une traite.

– BLANC POUR LE FOUTRE QU’ON LEUR MET AU CUL ! a beuglé Gazoil qu’on appelait comme ça parce qu’il ressemblait à Vin Diesel.

– FOUTRE AU CUL ! on a répété en rigolant

.- ROUGE POUR LE SANG DE NOS ENNEMIS j’ai hurlé

– MORT AUX BOUGNOULES ! ils ont tous gueulé.

J’ai levé la main pour faire signe de pas boire.

– Hop, hop, hop, attendez, pourquoi que les bougnoules ?

– Ouais t’as raison, a fait Gé. Y’a les négros aussi.

Gé, je précise, est un nègre, mais il est des nôtres.

– Et les niakoués, a fait quelqu’un.

– Ouais, bon bref… mort aux cons quoi a dit Gasoil.

Ça nous a semblé bien. On a hurlé, mort aux cons et on a bu. Après quoi Gé a servi une nouvelle tournée, et on l’a bue à la mémoire de Dom en chantant la Marseillaise. Allons enfant de la patriiiiie, slurp ! Et si ça vous étonne qu’on fasse ça au lieu de pleurer Dom c’est que vous ne comprenez rien aux mecs bande de connards. C’est ce qu’il aurait voulu et on le savait tous. Après on a pris de la coke et on a fait venir les putes. La cave on l’a louait quasi à l’année, sous un restaurant grec dans la rue Saint Germain, pas vraiment une cave, normalement les clients pouvaient y aller, mais quand on était là la porte était fermée à clef. On a fait la fête jusque vers deux heures, partouzé un peu et puis on a prolongé sur une boîte à putes qu’on connaissait sur les Champs. Je me suis fait sucer dans les chiottes, j’ai picolé, sniffé, on a tous fait ça quand d’un coup regarde qui se pointe ? Lou Charmelle, l’actrice porno.

Mon sang ne fait qu’un tour, je calcule même pas les deux gars qui l’accompagne, je fonce sur elle et je lui dis :

– Eh ma salope tu veux pas me sucer là devant tout le monde, je te paye.

Bon j’avoue comme entrée en matière y’a mieux, mais faut comprendre je suis encore chaud bouillant de la baston moi, j’ai encore envie que ça bouge, me vider les couilles deux fois ça suffit pas, surtout pas avec de la coke dans le pif et du sky dans les veines. Elle me mate très hautaine.

– Je vous demande pardon !? elle fait avec son petit accent du sud.

– Je veux que tu me suces devant tout le monde t’es sourde ou quoi ?

– Mais il est dingue ce mec ! elle fait.

– Bon ça va mon gars, fait un de ses potes en se levant.

C’est là que je les remarque, ils sont au ralenti ou quoi là ?

– Francis y’a un souci ? me fait Gé en s’approchant.

– Non y’a pas de soucis, je veux payer cette pute pour qu’elle me suce devant tout le monde.

Je fourre la main dans ma poche, et je sors une liasse. Ça c’est l’impôt obligatoire qu’on prélève sur chaque saisie. C’est pas légal une seconde, mais on s’en tape à la brigade. Ça paye les indics, ça fait du gras pour nous, et Casanova ferme les yeux. Gé rigole.

– Et pourquoi tu veux qu’elle fasse ça Francis ?

– Bon je crois que faut qu’on s’en aille Lou, fait l’autre mec qui n’en mène pas large.

– TU RESTE LA CONNARD ! je hurle.

Le type se rassoit immédiatement mais l’autre croit qu’il peut jouer les héros, il essaye de me donner un coup de poing, je pars le coup, lui saisis le bras et lui pète le poignet dans un craquement. Il hurle, elle essaye de s’enfuir, je la rattrape par le bras, elle crie, les videurs s’amènent, le cirque.

 

N’empêche on a bien rigolé. On s’est battu avec les videurs, on les a défoncé, mais finalement elle m’a pas sucé, je me suis même excusé. Si, si, eh oh, je suis pas un sauvage non plus, c’était juste pour rigoler.

 

Les premiers mois, la première année après mon retour, je suis resté enfermé chez moi, à me nourrir de pizzas et de conserves. Je sortais jamais, j’errais dans l’appartement, à poil, maquillé cam de la tête au pied, même la bite. Avec mes armes. Je voulais pas sortir, j’avais peur de tuer des gens. Parfois je montais sur le toit de l’immeuble et je visais la rue.

 – Putain de fils d’enculé de sa mère de chien de porc de pute dans ton cul… pardon madame, je me réveille.

La vieille me regarde outrée, je suis dans le TGV, j’ai une gueule de bois t’imagines pas.

– Oh bordel de merde j’ai soif !

Je me lève et vais vers le wagon restaurant, enfin c’est le nom qu’ils lui donnent. Il paraît qu’avant il y avait de vrais restaus dans les trains, j’ai jamais connu cette époque hélas, mais là ça dépasse tout, ou plutôt ça ressemble à rien. Enfin c’est pas grave du moment que je peux acheter des bières. Je connais rien de mieux à part le Coca pour chasser la gueule de bois. Le mieux c’est avec un œuf dedans, mais on fait avec ce qu’on a. j’en commande douze, je lui vide quasi son stock et je vais me saouler à ma place. Vive la France ! Je suis sûr qu’on peut pas faire ça dans les autres pays par exemple. Etre bourré dans un train à grande vitesse avec un Sig Sauer Special Police, 15 cartouches, parabellum. Là-dessus il y a un mal élevé qui commence à causer dans son portable, moi j’ai la tête comme une calebasse.

– Eh gros, tu veux pas la mettre en veilleuse un peu, j’ai la gueule de bois, je lui explique gentiment.

J’ai pas exactement une gueule qui fait marrer. J’ai le nez de travers, des grosses arcades et des yeux un peu pochés parce que je picole autant que je me suis battu, j’ai des marques sur les phalanges qui t’explique ce que je fais de mieux, tabasser les gens. Et puis surtout j’ai la carrure, un mètre quatre-vingt-huit au garrot pour cent kilos, ça calme ; mais lui pas. Il fait un petit signe négligent de la main et il continue. Je regarde la vieille dame qui hausse les épaules.

– C’est comme ça maintenant, elle me fait.

Je tape sur l’épaule du fâcheux.

– Eh trou du cul tu comprends le français ou quoi ?

– Je vous demande pardon ?

 – Mets là en veilleuse enculé, ou va téléphoner dans le couloir.

– Oui, oui, c’est ça… il me fait avant de recommencer à papoter.

Je lui arrache le téléphone des mains et je le piétine. Il gueule,  il essaye de se lever.

– Non mais ça va pas.

Je le colle à son siège et je lui chuchote à l’oreille.

– T’es au courant pour les sept morts ? Bin je m’en suis payé trois, je suis flic, alors ferme ta gueule ou tu vas finir fait divers.

Je me suis redressé, c’est la première fois de ma vie qu’on m’applaudit. Je salue mon public et je me rassois. Putain je suis encore défoncé.

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