Miss Bala, chronique de la guerre civile.

Il y a parfois des films qui imposent le respect rien que pour leur mécanique scénaristique ou tout simplement leur audace. Et j’imagine qu’il en fallait une certaine pour faire un film comme Miss Bala, considérant la situation actuelle du Mexique où les cartels et le gouvernement se font une guerre enragée. En 2014 nous avons dépassé les 40.000 morts « connus » et la situation ne s’améliore d’autant pas que, comme le rappelle un carton à la fin du film, le trafic de drogue vers les Etats Unis génère la somme colossale de 25 milliards de dollars par an. Ainsi si le cinéma est un acte politique, celui-ci l’est frontalement dans sa dénonciation d’une société totalement corrompue à la puissance des cartels et de la terreur qu’ils imposent. Mais si trop souvent les films politiques  dans leur acceptation pure ont la fâcheuse tendance à vouloir être didactiques pour ne pas dire dialectiques et ici on pourra se tourner vers le cinéma de Costa Gavras ou de Risi par exemple. Ce n’est pas le cas de Miss Bala.  Ici un film viscéral, à hauteur de ses  victimes, totalement baladées pour ne pas dire balayées par le tourbillon d’une guerre ouverte.

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Miss Bala c’est la mésaventure d’une jeune fille voulant participer à un concours de beauté et qui se retrouve, bien malgré elle, embringuée avec les cartels et plus particulièrement avec le chef de l’un d’entre eux, traqué par une police totalement corrompue. Constamment manipulée et ballotée entre deux autorités, celle d’une police aux ordres des trafiquants ou de la DEA, et celle du chef de l’Etoile (un cartel inventé pour les besoins du film et on comprend aisément pourquoi). Ainsi de simple témoin innocent elle deviendra tour à tour passeur ou complice involontaire d’une embuscade visant à éliminer un général de l’armée mexicaine. Elle sera témoin d’un meurtre, sera faite miss grâce à l’influence des cartels et passera quelques jours de sa jeune existence dans la peur constante d’être tuée ou de voir sa famille massacrée, passant en quelques jours du stade de victime à coupable sans avoir jamais rien fait d’autre que de subir le joug de Lino, le chef de l’Etoile. Mais subir n’est pas exactement le terme. La jeune Laura Guerrero n’est pas une victime ordinaire, en état de choc permanent, terrorisée mais résiliente, et au péril de sa vie, elle va finalement essayer d’échapper, tout le film durant, à ses poursuivants et contrecarrer leur plan. Essayer de fuir cet engrenage infernal où toutes les cartes sont systématiquement biaisées par une corruption endémique qui touche absolument toutes les couches de la société mexicaine.

Portée par l’interprétation tendue de la jeune Stéphanie Sigman, Miss Bala démonte point par point le mécanisme d’une société qui fait des victimes les acteurs involontaires d’une guerre sans merci entre corrompus, bien mieux que le feront les cartes postales d’un Sicario. Faisant le portrait d’une société mexicaine, le réalisateur Gerardo Naranjo, dont c’est ici le troisième film, décrit finalement une guerre civile qui ne dit pas son nom. Un film désespéré puisqu’il ne débouche sur rien d’autre que sur la fabrication d’une victime en coupable sans qu’on sache finalement si l’héroïne du film va enfin sortir de cette spirale infernale dans laquelle elle a mis le doigt involontairement ou si elle sera cent mètres plus loin la cible de la barbarie des cartels. Anecdote signifiante de la situation mexicaine, l’interprète du chef de l’Etoile, Noé Hernandez, acteur à ses heures et surtout champion olympique de marche à pied, est mort deux ans après le film alors qu’il se remettait d’une blessure à la tête causée par une fusillade. Le film d’ailleurs s’inspire d’un fait divers où une jeune miss se retrouva impliquée dans un trafic de drogue. Alors si ça vous intéresse de voir un film capable de parler de la situation mexicaine sans bavardage inutile et précieux comme le très inutilement cruel Cartel de Ridley Scott, et avec autre chose que de l’anecdotique spectaculaire comme encore une fois Sicario, je vous conseille de vite vous rendre sur votre site de streaming préféré et de visionner ce petit cadeau du Mexique.

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