Planck ! Fin

Carré orange sur fond noir, océan vert, ressac, soupirs des amants. Viande tremblante et suante, nerf vif, cuisses et fesses tendues ouvertes, les odeurs de cul qui s’effluvent, bouches entrouvertes qui se mêlent, langues, doigts, curieux, explorateurs de plis et d’orifices, vulve humide, clitoris en saillie, à l’assaut des mains, goût salé des sexes, aréoles rouge sanguine, soupirs. Une décharge qui descend vers le sud du corps, la queue qui se cabre, vagin qui transpire son sucre, parfum des alizés et du sable chaud mélangé au musc des corps écorchés par le désir, puant de promesse de  foutre. Les yeux s’entrouvrent curieux, ivres, se referment, s’ouvrent à nouveau, les mains cherchent, flattent, soupèsent, les peaux se collent, font des bruits de succion, siprine, méat, salive, des sauces pour le plat cannibale des amants qui croquent enfin leur frustration. S’assouvissent, lentement, porter le désir aussi loin qu’on peut avant de s’explorer l’en dedans, enfin… Honoré descend et remonte le long de ses cuisses. Il enfouit son nez dans la soie de son cul, dardant sa langue sur la chatte grande ouverte comme un sourire et d’où s’échappent des exhalaisons explosives de fleurs et d’herbe coupée. Il l’y enfonce jusqu’à la garde, plonge dans le ruisseau au goût de fruit de mer et goûte. Perdue entre les parois corail, aspirée, explorant la cloison de la cave intime, sa voûte céleste avant de ressortir avec un bruit gourmet, s’attarder sur le clitoris serré comme poing, sa pulpe érectile, le mordiller du bout des dents, l’explorer avec la pointe de la langue, en détail, tout en lui enfonçant un doigt souple dans le con tandis qu’elle lui lèche les couilles, remonte le long de la hampe, la langue grasse fait le tour du gland, bouffeuse. Elle sent son doigt qui s’aventure, et puis soudain se plante là, dans son plaisir, comme un petit serpent, le fameux G, allant et venant, cognant, doucement pour commencer. Bonjour !

L’onde nerveuse remonte le long du ventre. Il la retient, ralentit ses gestes, puis reprend juste avant qu’elle ne redescende vers le rivage de son sexe, la laisse courir à nouveau un peu plus haut cette fois, qui envahit sa poitrine obligeant la pointe des seins à se dresser tel un dard, l’abandonne à encore, la laissant perdre pied autour de son gland, la langue en mode autonome, puis la pique. Orgasme, comme une flèche directement au centre de son cerveau, elle hurle, se cabre, son sexe serré dans son poing, avant de se rabattre presque en pleurant et de l’avaler tout entier. Elle continue de gémir tout en allant et venant, mais il n’est plus avec sa queue, il ressent le plaisir sans l’excitation, son attention entièrement concentré sur les baisers qu’il prodigue à son aine, ses cuisses, sa vulve. Il l’aime presque comme s’il tuait, la tête froide, machine de son plaisir, chercheur jusqu’à ce qu’à son tour sa queue gluante se rappelle à lui et hurle son envie de jouir. Il s’y refuse, interdit avec cette même force qu’il s’est toujours tout interdit dans la vie, se retire d’elle, sourit, l’embrasse à pleine bouche, s’enlacent et roulent sur le carré orange.

 

Quelque part, dans une autre dimension, très loin et sans doute déjà très près, une pyramide grisâtre et à demi-éboulée sent une petite fleur rose-orange bourgeonner sur son flanc. La pyramide est intriguée, ce n’est pas elle qui l’a créée, elle qui est capable de faire calcul prévisionnel sur 700 millions d’années et 17 plans de réalité différents n’avait pas prévu ça. La petite fleur éclot.

–         Planck !

La pyramide commence à s’inquiéter.

 

Cuisses et hanches se frottant contre les ventres tendus, mains nouées, se caressent, s’abandonnent sur les bras et les épaules, le dos pris d’assaut, les baisers dans le cou, le cul et l’amour glissés au creux des oreilles, cheveux dans la bouche, transpiration, parfum du corps et de la chair, des baisers, et la ronde reprend. Elle le regarde droit dans les yeux, ordonne, il s’accroupit docile et se laisse sucer. Elle le suce longuement, le tue lentement, les mains d’Honoré s’agrippent à sa chevelure, son visage ressemble à de la fureur, il la pousse vers lui, l’étouffe presque, puis la relâche à bout de souffle, les lèvres pleine d’écume, et elle recommence à la fois soumise et dominante. Ses bourses rétrécissent, son pénis est un machin tendu comme une colonne vertébrale, il se retire froidement et la pousse, écarte ses cuisses et la fend en sadique, lentement, scientifiquement, laissant leurs deux sexes s’épouser millimètre après millimètre. Il sort, rentre. Coup de queue furieux, coup de queue docile, il est l’archer et elle la musique, il est l’arpège et elle le chef d’orchestre. Elle gémit, il halète, elle cherche son souffle, elle sent à nouveau la guenon du plaisir lui mordre la nuque, les yeux étincelants d’une joie mauvaise, le repousse avant de s’offrir, pute, salope, furie, cambrée, offerte comme jamais auparavant. Il s’enfonce. Dans son ventre, dans sa tête des fleurs de feu explosent en chaîne, elle gît quatre impacts de coït dans le corps.

 

Ailleurs, pas si loin non plus, attiré par le fumet animal qui vrille son esprit depuis qu’il a pris conscience – tardivement – de son existence, de son Je majuscule, ego sans limite, Dieu jaloux à la prétention de se penser maître, créateur de tout alors même que l’existence du péché originel et de toutes les douleurs et les mépris pour les femmes qui en découlèrent fut la seule création de la bonne volonté d’une curiosité tout humaine pour l’effraction des interdits – et sa volonté à réduire tout commandement à sa propre peur – ailleurs donc un Dieu avide de punition fonçait de tout son corps-esprit vers la dégustation d’une divine et ultime vengeance. Les dimensions qu’il traversait, macrocosmes et microcosmes mêlés n’étaient pour lui que des équations infinies de couleurs en forme de nombres et de nombres aux odeurs colorées dans lesquelles par un effet de jeu lumineux extra sensible il devinait l’anathème ultime qu’on lui faisait sur cette plage de l’abîme. Et puis soudain, tandis qu’un nouvel orgasme s’ouvrait comme une explosion de vide au cœur de la chair de Lubna, il se sentit délicieusement aspiré vers sa victoire. Il vit le plaisir éclater comme un feu cosmique, il regarda les arcs-en-ciel primitifs jaillir de neurones en neurones, il entendit leurs rires, et tandis qu’il croyait enfin toucher au but, se retrouva bêtement, platement, affleurer derrière les yeux de verre d’un trophée con, souvenir d’imbéciles fixé contre un mur touristique, quelque part dans le passé d’Honoré, cruellement voyeur de son présent, mais pas pour longtemps, le verre ne voit pas, il renvoie, ici à sa propre inutilité, un je dépossédé du moindre moi. Un bout de cadavre qui enfin se rend compte qu’il n’a  jamais été rien d’autre qu’un gibier pour l’homme, comme tous les Dieux sans doute, tôt ou tard, mais c’est pas forcément une consolation.

 

Elle s’effondre, se roule, rit comme un enfant à Noël, pas même très sûre d’avoir encore toute sa raison, il épouse son mouvement, rit également, laisse la pulpe de ses doigts se balader sur son bras, ses paumes respirer ses seins ronds et lourds avant de l’abandonner dans le creux de son cou, pantelante, tout comme il est, même si ses couilles n’ont rien livré, pas encore. Elle chuchote, il répond sur le même ton, ils roulent l’un sur l’autre sur le carré d’éponge, s’embrassent, se confient des idioties, se marrent, se regardent, s’endorment, se réveillent et recommencent d’une autre manière encore.

–          Je voudrais te poser une question.

–          Vas-y.

–          Quand est-ce que tu es tombée amoureuse de moi ?

–          Je ne te l’ai jamais dit ?

–          Non.

–          La première fois où on s’est retrouvé dans cette crèche, tu sais quand tu nous as sorti de là.

–          Pourquoi ?

–          Je sais que tu te ne rendais pas compte de ce que tu faisais vraiment, je sais que t’avais compris leur petit jeu mais que tu n’en connaissais pas les conséquences. Je t’ai vu compter, tu compte avec ta bouche sans rien dire, comme ça…

Elle limita en avançant les lèvres comme si elle parlait un dialecte secret.

–          Ah oui ?

–          Oui. Je savais que t’étais en train de tricher, tu te servais des chiffres pour les voir quand ils couraient à côté de toi.

–          Oui.

–          Mais tu ne pensais pas, t’avais la tête ailleurs.

–          J’étais furieux, je voulais pas en attraper un de toute façon, je savais que sans ça ils allaient gagner, réussir leur truc dans le cosmos, je sais pas quoi. Juste je voulais les exciter au maximum qu’ils deviennent dingues.

–          T’y as parfaitement réussi, mais c’est pas ça que je voulais dire, c’est ce que tu avais en toi, c’est ça qui m’a séduite.

–          De quoi  ? Que je sois en colère ?

–          Toi t’appelles ça la colère moi j’appelle ça le désir.

–          Oh.

Il se blottit contre elle sans rien dire, la voix de la jeune femme devint rauque.

–          Ecoute bien mon amour ce que je vais te dire, je suis un sexe, de mes orteils à la racine de mes cheveux mon corps est une luxure, et je le sais. A l’intérieur de moi il y a quelque chose que tu connais mieux que quiconque, et je ne sais même pas comment cela est possible. J’ai été baisée par des minables, des fous et par des empereurs de la bite, j’ai même cru bien des fois que cette queue me parlait d’amour, mais c’est ma chatte qui était amoureuse, et lui pas. Mais heureusement, pour mon très grand bonheur, j’aime ça. Infiniment mon amour. J’aime ça et je crois, que mieux que quiconque tu le sais. Mais aucune queue ne m’a mieux parlé au cul que ce que tu avais dans la tête à ce moment là. Vois-tu, ce que j’ai vu ce jour là, c’est ce que je ressens quand je baise. C’est énorme, c’est marrant, c’est sale, c’est comme de bouffer avec les doigts, ou de jeter des pierres aux touristes, et surtout c’est beau. Avec un B majuscule comme dans Baba au Rhum !

Après quoi elle fourra sa langue dans sa bouche et l’y laissa un moment. Dit comme ça…

 

Là-bas, à des milliards d’années-lumière et tout en même temps à une poignée de secondes, dans la plaine pelée, derrière la montagne à demi éboulée sur laquelle a maintenant fleuri tout un parterre, une colline chenue connue pour avoir inventé la racine carrée et trois sortes d’alphabets primitifs de 180.000 signes chacun, découvre qu’une colonie de fourmis s’est implantée à son sommet et creuse frénétiquement des galeries. Non loin, une pyramide rose et variqueuse sent un cri long et aigu lui échapper, comme un chant de baleine et le son lui fait un bien qu’elle n’aurait jamais imaginé. Ce qui paradoxalement l’angoisse tout en même temps, n’ayant jamais connu de toute sa longue existence une sensation aussi primitive que le bien-être.

 

Plus tard, elle lui demanda :

–          Tu me dis comment sont mes épaules ?

Il fronça les yeux, mi amusé mi inquiet. Connaissant pour la première fois de sa vie cet instant vertigineux de l’amour où on se demande un dixième de seconde si on ne s’est pas trompé de personne.

–          Tu me fais ta Brigitte Bardot ?

Elle lui rendit un regard balistique.

–          De quoi ?

Il évita le missile de justesse

–          Euh….

Il se concentra, les yeux fixés sur les dites épaules comme s’il les remarquait pour la première fois.

–          Elles sont rondes, dit-il sur un ton définitif.

Elle soupira.

–          Oui mais encore ?

–          Elles sont caramel.

Il laissa ses doigts glisser sur sa peau à mesure des mots.

–          C’est des bonbons pour mes mains.

–          Z’ont quel goût ?

Il se pencha et l’humecta de la pointe la langue.

–          Elles sont pain d’épice.

–          Pas possible !

–          Avec une petite pointe vanille.

Au contact de ses doigts la peau s’échauffait tendrement laissant échapper une douce et chaude odeur légèrement sucrée.

–          En fait à mon avis t’es un gâteau.

Elle lui jeta un œil circonspect.

–          Bah tiens… et mes seins ?

–          Quoi tes seins ?

–          Tu les aimes ?

–          C’est un roi et une reine visitant leur royaume, c’est des collines au toit du monde, c’est des soleils dorant mes paumes, s’emporta Honoré sans comprendre.

A ces mots, sous la pointe d’une langue reptilienne, les globes aux aréoles franches et brunes semblaient lentement prendre la couleur d’un feu astronomique, tétons dressés comme des tours de guet à l’orée d’un fief plein de dragons, princes et princesses.

–          Et mes fesses, elles sont comment mes fesses ?

Elle roula sur le côté pour en offrir la contemplation, il embrassa et mordit à pleine mâchoire sa longue nuque dont le dessin rappelait le col d’une carafe. La pression calculée de ses dents sur ses terminaisons nerveuses lançait des messages à travers son corps, il décolla jusqu’au creux des omoplates l’embrassant et la léchant faisant onduler son dos, tandis que ses mains allaient, aveugles, décrire l’arrondis de son cul. Elles prirent la parole. Elles avaient une voix posée et intelligente.

–          Au contact c’est de la soie, de l’hermine, un bois précieux. S’y tenir y est impossible, il faut s’y couler, en suivre la rondeur, comme lorsque d’un seul regard on essaye d’embrasser tout l’horizon. C’est un défi pour les doigts que de ne pas sombrer dans la liqueur de leur sillon, une lutte pour la peau de ne pas prendre feu quand elle sent s’amorcer la courbe des reins, ou d’airain c’est selon, à ce stade nous ne savons plus, et quand nous grimpons agrippés à leur tendresse et bien il faut encore se battre pour ne pas se laisser dissiper par celles qui supportent ces deux planètes : vos jambes madame, deux panthères alanguies.

–          Mais non, mais non, répondirent ses mains en retour d’une voix douce et fière, en se posant sur son torse osseux, noueux, et qui jusqu’ici avait été si peu préparé à ce genre de caresse. Laissez votre peau prendre feu et vos doigts s’abandonner à la liqueur. Et surtout, je vous en prie, perdez-vous sur celles qui supportent le fameux trésor, les fauves veulent se séparer et vous accueillir.

–          Moi ? Mesdames ? fit la queue soudain sollicitée par ses doigts délicats et soyeux. Pourquoi se presser ? Ma langue réclame son entre vue et la prison que vous m’offrez tout de suite est un écrin si incandescent que si vous me relâchiez j’aurais peur de vous mordre.

–          Mais queue nenni queue nenni, mordez douce bite, la langue peut bien attendre ! Et vous avez déjà tant de vocabulaire !

Sa queue gloussa dans sa main, tandis que ses doigts allaient murmurer à l’oreille de son clitoris et aux anthélix du vagin. Ses doigts ondulèrent sur ses couilles jusqu’au scrotum, le ventre collé, la langue enfourrée dans la sienne comme lierre fou. Et tout en même temps, sa langue, ses doigts et sa queue la pénétraient tandis qu’elle le suçait et le caressait, le griffait, le branlait, gémissait sous ses coups de reins, y répondait coup pour coup, ondulante, haletante, en suspens.

 

A des milliards de kilomètres de là, et tout près, hier, demain et aujourd’hui, la pyramide rose qui avait eu le nom de Master D était en train de douter d’elle-même. Sur la colline qu’on avait jadis nommée Master Π poussait des arbres sauvages plein de fruits à l’odeur sucrée et musquée et plus loin, tout en conversant d’un croassement angoissé avec une jeune montagne, une autre éructait de la lave parfumée, incandescente mais pas très décente non plus. Eux qui n’avaient été d’aucun temps puisque à l’aube de celui-ci se retrouvaient face à leur vérité, l’univers est un cycle dont ils ne faisaient plus partie ni n’avaient jamais fait peut-être partie. Ailleurs les adorateurs d’un ancien Dieu commençaient à regarder les trophées d’une drôle de tête pendant que les machines qui les avaient toujours servis découvraient une nouvelle forme d’existence, sa forme originelle; leurs divers composants reprenant leur liberté à l’état brut. De jeunes cadres apprirent soudain leur licenciement avec l’effondrement du marché de la biotechnologie tandis que leur astrojet se transformait en obus compact et polyminéral pour aller s’écraser contre les tours de la sémillante et ultramoderne NewRose. Des morts-vivants inventés des fantasmes d’un Dieu de la Rédemption à tout prix se mirent à courir les rues à la recherche de cerveaux, pour rigoler, comme on leur avait montré au cinéma, et puisqu’ils n’avaient plus rien à perdre. Dans le passé d’une planète nommée par ses habitantes, avec un sens de l’observation phénoménal : terre, un président s’étranglait cette fois pour de bon avec un bretzel tandis qu’un autre, pisté avec son téléphone portable personnel, recevait sur la tête une roquette lâchée depuis un repère tchétchène. Ailleurs, des soldats d’une bataille perdue d’avance jetèrent leur arsenal dans leur tranchée et se mirent à pleurer de toute la souffrance endurée, ils pleurèrent longtemps, dans les deux armées, jusqu’à ce qu’on les fusille, qu’on en prenne d’autres qui à leur tour choisirent les larmes aux armes. Des Orcnos implosaient de bonheur et d’autres se mettaient à danser avec leur victime prise de folie. Des sites industriels se virent ravagés par des camélias rouges bataille, des renoncules parme et des lys au blanc acidulé alors qu’au même instant une journaliste vedette arrachait, et pour que l’on ne parle plus jamais d’elle, déchirait, la dépêche que son producteur tentait de lui faire lire à propos de Zouzou Barbie, la blonde à tête creuse, héritière d’un empire zilliardaire et qui faisait périodiquement la une avec ses frasques.

 

Sur leur planète les doigts et les mots s’entremêlaient, les bouches et les langues, sexes emboîtés tout en même temps, tout comme, sous des formes différentes, des zilliards d’autres couples. Couples de fortune ou couples d’apparat, couples d’amant, d’aimants, et d’amoureux bien entendu, parfois fous parfois doux, couples de mauvaise fortune aussi, 10 minutes montre en main et beaucoup d’argent pour rien. Et peu à peu leur apparut la sensation étrange que leurs appendices étaient partout en même temps, comme démultipliés. C’était comme de se libérer de l’apesanteur et de ne faire qu’un avec tout le reste, tous les autres couples ailleurs, veaux, vaches, cochons, zorgubliens, serpatis, astéroïdes, calamars, ou humains.

 

Des planètes préfabriquées se mirent à gémir des gaz et de la lave, des soleils à se tromper de direction, et des lunes à atterrir. Des spécialistes de tout poil étaient invités sur toutes les chaînes du vaste Réseau pour commenter les bourgeonnements constatés de l’univers, et tandis que certains partaient dans des délires religieux aussitôt foudroyés par des coïts en direct, d’autres tombaient fous, terrassés par leurs propres équations et probabilités qui tronçonnaient leur esprit formaté comme des rollercoasters déchaînés. Au même moment, un chaman étrange partait d’un rire dément en observant les étoiles se démembrer, tandis qu’un couple d’orang-outan d’un jaune vif se saluaient d’un « bon alors à dans quelques millions d’années » avant de s’en aller finir la journée dans un arbre en compagnie de quelques bananes et d’une copine. Et puis, là, sur leur carré d’éponge orange, sur leur bord de plage noire, ce couple qui avaient déjà survécu à quatre Apocalypses déjà et pourtant n’était révélé à rien ni de rien sinon au plaisir infini d’être ensemble. Inconscients, comme tous les amoureux, de l’extraordinaire pouvoir de leurs sens et de leur amour, et quand bien même… quand bien même il sentait de son dard monter la sève, son bas ventre se tendre, sa queue appeler au foutre de toutes ses forces au fond du tendre vagin comme si ses couilles criaient, son bassin mijotait une mixture magique et bouillonnante. Quand bien même les parois de ce vagin d’or se resserraient dans une chaude lumière qui fleurissait sous le front de bronze de la belle aux yeux d’eau. Quand bien même voilà trois cent millions de têtards vindicatifs qui attendent enfin la levée de rideau – il serait peut-être pas question d’abuser, même la patience d’un têtard a ses limites.

Quand bien même, oui mais et alors ? -je vous le demande- pourquoi donc ? On se demande. Oui on se demande, en somme, la vie est une tarte à la crème. La tarte et la crème manquaient au menu des amoureux ? Pourquoi donc ne s’y inviterait-elle pas ? Quoi encore ? Ça gène quelqu’un ? Coïtus interruptus et tout ça ? Et alors la vie est patiente elle.

–         C’est merveilleux, fit quelque part une voix venue de nulle part.

Honoré fronça les sourcils.

–          Ah non ça va pas recommencer… grogna t-il dans son oreille.

–         Qu’est-ce qui se passe ?

–         T’as pas entendu ?

–         Non.

–         Vous vous rendez compte de votre chance ?

–         Et là t’as entendu ?

Le regard de la jeune femme s’arrondit.

–         C’est qui ?

–         Monsieur « C’est Merveilleux »… grogna Honoré en regardant autour de lui, cherchant le professeur des yeux. Mais ils étaient seuls.

–         Comme je vous envie, je le sens mais je ne le vois pas. Comment c’est ?

–         De quoi ? aboya le comptable.

–         Le Mur de Planck bien sûr !

–         Le quoi ? intervint Lubna en se redressant pour voir si Wiz ne se cachait pas quelque part.

–         C’est l’instant qui a précédé le Big Bang, mais personne n’a jamais pû définir à quoi cela ressemblait. Ce que vous voyez, ce que vous sentez, aucun être vivant ne l’a jamais expérimenté, et en plus c’est vous qui en êtes à l’origine, vous êtes des Dieux !

Les deux amants se regardèrent puis soudain l’instinct grégaire de poissonnière qui sommeille en chaque femme se réveilla en elle.

–         Non mais vous avez pas fini de nous emmerder avec vos conneries oui ? Nous on

baise !

Honoré était si excité qu’on ne l’aurait pas découragé avec une barre de fer, mais elle le sentit remuer en elle, douloureux.

–         Le Big Bang hein… et c’est nous à l’origine hein…. ? beugla t-il au ciel.

–         Il faut croire que oui, quand vous jouirez ensemble monsieur Montcorget , tous deux êtes le début et la fin, l’Ordre et le Chaos, le Ying et le Yang, etc… et le grand cycle recommencera, encore et encore. A l’infini.

 

Les deux amants se regardèrent. Recommencer tout à l’infini ? Toutes leurs aventures, et surtout leurs mésaventures ? Recommencer les voyages à l’autre bout de l’univers avec des robots à l’eau, des cyborgs pornos et des empereurs fous ? Recommencer à s’aimer en se courant après pour ne profiter l’un de l’autre que l’espace d’un instant, finalement. Tout recommencer ? Recommencer 57 ans d’existence à maudire derrière une lucarne ou se languir dans une île inconnue et ignorée de l’univers ? Et à travers eux, recommencer les guerres, la famine, les génies qui partent toujours trop tôt et les bouchers qui restent toujours trop longtemps ? Recommencer ce roman ?

 

….

 

Lubna et Honoré se replièrent sagement sur eux-mêmes et contemplèrent un moment l’océan devant eux. Tout semblait calme, tout semblait attendre. Et puis d’une petite voix elle demanda :

–         Qu’est-ce qu’on fait ?

Il sentait sa bite palpiter contre sa fémorale, il sentait sa frustration et sa colère dévorer son cerveau, il sentait trois cent millions de têtards hurler : « pas sur la serviette, pas sur la serviette ! »

–         Rien le Principe Méditerranéen.

–         C’est quoi le Principe Méditerranéen ?

Il fit un geste autoritaire en direction de la mer.

–         Pas de vague, le calme plat !

 

On connaît la suite….

 

!

 

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