PLanck ! 50

Mais ailleurs, dans les profondeurs du curieux astéroïde, à l’endroit où, comme Lubna l’avait deviné, Spot pouvait observer le monde, on se fichait complètement de ce qui se passait plus bas. Et même ailleurs. On se fichait de tout. On se fichait de mourir d’une maladie lente et douloureuse, on se fichait de ce qu’on avait été ou de ce que l’on serait, on se fichait des différences d’âge et d’expérience – vertigineuses sur le sujet du sexe – on se fichait qu’un Dieu fou ait une dent contre soi et du sort qu’il pouvait bien réserver aux amants interdits. La magie de l’amour. Au début Honoré n’avait pas sut très bien quoi faire de toutes ces formes, de cette paire de seins si parfaite qu’on hésitait à poser un regard dessus de peur d’incendier son propre pantalon, de ces fesses si extraordinairement rebondies et cambrées que le mot luxure semblait tatoué au creux des reins, de ces jambes si interminables et si bien dessinées qu’une année entière ne semblait pas suffisante pour les célébrer. Au début les louanges d’Honoré s’étaient limitées à quelques tâtonnements égarés de caresses maladroites et de baisers confus. Alors la jeune femme lui avait doucement pris les mains et lui avait montré le chemin. Curieusement, du moins pour une partie de sa conscience, il comprit beaucoup plus rapidement qu’il n’aurait cru ou osé le croire, et à sa grande surprise, il n’y avait même pas besoin de manuel d’utilisation. Ses doigts et ses mains, guidées par celles expertes de Lubna devinrent bientôt parfaitement autonomes et même rusées. Elles ne rusaient pas avec lui, elles rusaient avec son plaisir à elle. Elles le narguaient, elles jouaient avec comme un chat avec une souris, ou plutôt avec une chatte, elles effleuraient, caressaient amorçaient une courbe et puis glissaient vers une autre au moment où s’élevait un léger gémissement, prenait le chemin de son ventre pour l’abandonner à la dernière seconde, sautaient entre ses cuisses, les ouvraient mais ne se soumettaient jamais à son désir le plus pressant, jusqu’à ce que le système nerveux de Lubna commence à ressembler à un arbre de Noël branché sur un stroboscope disco. Alors seulement, lentement, très lentement, il descendit vers son ventre, perlant sa peau de soie de baisers légers comme des pétales de beurre jusqu’à effleurer le saint des saints et que…

–       Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !… Plouf !

Le couple s’immobilisa en plein élan et le visage d’Honoré se fronça comme un poing, tourné vers ce qui émergeait du point d’eau.

–       Nom de Dieu de bordel de merde d’emplâtré de mes couilles, mais on va jamais être tranquille dans ce foutu truc !

–       Au secours aidez-moi ! Je vais mourir !

C’était Berthier qui présentement avait tout l’air d’une enclume avec des bras. Les amants se regardèrent ahuris.

–       T’y crois ça ?

La jeune femme haussa les épaules puis sauta dans l’eau et l’aida à en sortir. Mais ça n’arrêta pas les cris de Berthier.

–          Y’a un alien, un alien ! Une reine ! Elle va pondre des œufs partout ! On va tous

mourir !

–       Qu’est-ce qu’il raconte ? demanda la jeune femme en jetant un regard en coin à son amant.

–       Aucune idée.

Bien que passablement paniqué, Berthier se rendait compte que ces deux là ne comprenaient pas du tout de quoi il parlait, alors il attrapa le comptable par les épaules en le secouant et hurla de plus belle.

–       Aliens le film ! Vous n’avez jamais entendu parler ? ! Bin c’est pas un film c’est vrai y’en a un ici !

La jeune femme repoussa l’énergumène avec force.

–       Laisse le tranquille ! On sait même pas de quoi tu parles !

Retombant sur ses fesses, Berthier glapit.

–       Un monstre je vous dis ! Un monstre de l’espace ! Enorme avec deux mâchoires qui pond des œufs dans le corps !

–       Et comment il fait pour pondre des œufs dans le corps ? demanda la jeune femme prosaïque.

–       Ils ont des espèces d’araignées avec des queues qui vous sautent comme ça au visage, expliqua fébrilement le commercial en se plaquant la main sur la figure. Ensuite les araignées elles pondent à l’intérieur !

Montcorget leva un sourcil circonspect.

–       Des araignées avec des queues ? Vous avez ramassé un truc par terre mon vieux ? Krome vous a fait boire son machin ?

–       Mais nooon je vous dis la vérité ! Je l’ai vu au cinéma !

–       Au cinéma hein…

A ce moment là Berthier réalisa que ces deux là posaient le même regard sur les choses, et la chose ici c’était lui. Le produit d’un monde auquel ils n’appartenaient définitivement pas. Découragé Berthier regarda autour de lui et demanda :

–       Où on est là ?

–       Je crois qu’on est dans un œil, expliqua t-elle sans ciller.

–       Un œil ?

Il se retourna vers les deux amants, leur regard s’était métamorphosé en malédiction, le genre de regard qui poussait généralement les vendeurs au porte à porte au suicide.

–       Bah quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

–       Fous le camp, fit simplement le comptable.

C’était la première fois qu’il le tutoyait et Berthier sentit que ça pourrait être la dernière.

–       Où voulez-vous que j’aille, c’est un cul de sac !

–       Ahem

–       Qu’est-ce qu’il y a ?

–       Quoi qu’est-ce qu’il y a ? J’ai rien dit, répondit Lubna.

–       Si t’as dit « ahem », insista Honoré.

–       Mais non !

–       Ahem… excusez moi.

Trois visages ahuris se tournèrent vers le petit arbre tordu qui avait stoppé la chute des amoureux.

–       Vous croyez pas que… commença à chuchoter Berthier.

–       Ah nonononononon, grommela à sa suite le comptable.

–       J’en ai bien peur, reconnut l’arbre en prenant un air confus. Enfin c’était difficile à définir avec certitude face à cet enchevêtrement de nœuds et de branches comme un gros bonsaï ramassé sur lui-même, mais disons qu’il émanait de l’arbre une forte impression de confusion.

–       Oh nononononon, répéta le comptable pour lui-même.

–       Dans mon pays les anciens disaient que les arbres parlaient, énonça Lubna, mais je les ai jamais cru. Bonjour monsieur l’arbre, vous avez un nom ?

L’arbre mit quelque secondes avant de répondre, il se racla la gorge enfin le tronc, ça ressemblait à un craquement et répondit d’une voix plus normale.

–       A vrai dire je n’avais jamais réfléchi à ça. Pin, j’imagine.

–       Pin ?

L’arbre secoua la masse de ses branches comme si le vent le poussait, l’équivalent d’un signe de tête en langage Pin, pensa la jeune femme.

–       A moins que vous ayez une meilleure idée, suggéra Pin.

–       Pin Noueux alors ! proposa t-elle avec un enthousiasme de petite fille.

L’arbre réfléchit puis dit.

–       ça me va, c’est joli, et puis ça me ressemble.

Il essaya de se plier pour se regarder le tronc, mais il y eut un craquement sinistre et il se redressa bien vite.

–       L’âge, s’excusa t-il.

–       Vous êtes si vieux ? s’étonna t-elle, mais cette galaxie est si jeune !

–       Tout est relatif mademoiselle, répondit l’arbre. Le temps n’est pas le même pour tous. En fait tout ce que nous voyons, sentons, entendons est déjà du passé au moment où nous le percevons. Quant à l’avenir, nous passons notre vie à nous projeter dedans sans jamais le voir. En fait, savez-vous quand nous vivons réellement au présent ?

–       Non.

–       Quand nous nous touchons.

Un sourire ravi envahit le visage de la jeune femme.

–       Ouais, ouais, bon, c’est bien joli tout ça mais ça nous dit pas qui tu es ? grogna t-on derrière elle.

–       Pin Noueux, elle vient de le dire, répondit l’arbre vexé. Et vous vous devez être Honoré Montcorget je suppose.

Le visage d’Honoré se creusa.

–       Comment vous le savez ?

–       On vous attendait.

–       On ? Qui ça on ? fit le comptable avec méfiance.

–       Eh bien cette portion de l’univers, répondit Pin Noueux avec enthousiasme, ah croyez-moi, ça fait quelque chose de rencontrer son créateur ! Pour un peu on en deviendrait religieux.

–       Moi j’ai rien avoir avec des pins qui parlent, protesta le comptable.

–       Ni avec des cailloux en forme de farce, je le saurais, renchérit Berthier qui commençait à se sentir jaloux.

–       Ni avec des planètes en forme de paire de couilles, gloussa Lubna.

–       Et encore moins avec celles qui éjaculent, s’amusa Pin Noueux.

L’arbre et la jeune femme s’observèrent et pendant un instant Montcorget et Berthier se sentirent bien seuls.

–       Oui bon ça va ! Maintenant on veut être tranquille ! Pas de lemmings, pas de sonde je-sais-pas-quoi, pas de machin avec des œufs et des araignées, et pas d’arbre qui parle, tran-quille !

–       Oui, oui je comprends, fit l’arbre.

Le comptable aurait juré qu’il essayait de retenir un rire.

–       Ecoutez si vous voulez il y a un tunnel là-bas derrière vous, je ne sais pas très bien ce qu’on y trouve mais d’après ce que je sais c’est très tranquille par là-bas.

–       Comment ça d’après ce que vous savez ? fit le comptable en sourcillant, qui vous l’a dit ?

–       Les lemmings.

L’information pénétra dans le cerveau d’Honoré, donna des coups de pieds un peu partout où elle croyait que c’était nécessaire jusqu’à ce qu’un énorme concierge sorte des replis de des fonds préhistoriques de son crâne et la chasse avec force coups de gourdin.

–       Oui, bon. Et lui ? Pas question qu’il vienne avec nous !

–       Je peux lui tenir compagnie si vous voulez, répondit obligeamment Pin Noueux.

Fataliste Berthier haussa les épaules.

–       Moi du moment que la reine elle vient pas pondre ici.

–       Ne vous inquiétez pas, fit l’arbre, si elle vous attaque je vous défendrais.

–       Comment ?

L’arbre eut un craquement gêné.

–       Je ne sais pas, en lui jetant une pomme ? hasarda t-il.

Peut-être pas la meilleur chose à lui dire. Mais d’un autre côté Berthier sentait qu’essayer de suivre les deux autres ne le mènerait à rien de bon non plus. Sans doute dans leur façon de le regarder.

–       Alors on fait comme ça, conclut le comptable en entraînant sa belle par la main.

–       Merveilleux n’est-ce pas ? s’exclama Pin Noueux tandis qu’ils disparaissaient dans l’obscurité.

–       De quoi ?

–       Eh bien d’assister à ça, à la Prophétie.

–       Quelle prophétie ?

–       Celle qui nous a été transmise ici dans cette galaxie.

–       Transmise ? Par qui ? Par où ?

–       Euh… eh bien voyez-vous par qui c’est un peu difficile à dire, c’est en nous, partout, dans mes cellules, dans les atomes qui constituent cet endroit et tout autour. Et ça toujours été comme ça, déjà quand je n’étais qu’un bourgeon je connaissais la Prophétie. Bien sûr avec l’âge j’en ai plus appris par les sédiments.

–       Ah oui ? fit Berthier qui avait du mal à suivre.

–       Oui, c’est normal, la terre est plus ancienne, sa connaissance remonte au grand magma.

–       Ah… et qu’est-ce qu’elle dit cette Prophétie ? demanda Berthier en essayant désespérément de se raccrocher au rebord glissant de la raison.

–       En fait si j’ai bien tout compris, elle prédit que ces deux là vont détruire l’univers.

Berthier pâlit.

–       Tout entier ?

–       Oh oui et puis après ils le recréeront.

–       Ah.

Mais il n’avait pas l’air beaucoup plus rassuré.

–       Ils le recréeront comment ?

–       Comme c’était au tout début je crois, et tout recommencera.

–       Tout ?

–       Oui.

–       Mais recommencera comment ? Comme avant ?

–       Je crois oui.

–          La guerre, la famine, les patrons, le chômage, les responsabilités tout

ça ?

–       J’en ai peur.

Berthier regarda en direction de l’obscurité qui avait avalé les deux amants.

–       Faut que je les prévienne !

Il fit deux pas avant de buter contre une racine et s’effondrer.

–       Pas question ! La Prophétie doit s’accomplir !

Berthier regarda la racine d’un air perplexe.

–       Comment vous avez fait ça ?

–       Et c’est rien ça, menaça l’arbre, la prochaine fois c’est une pomme dans la tête !

 

Les lemmings n’avaient pas à proprement dit de chef. C’était toujours le premier qui donnait le signal qu’on écoutait. Peu importe qui était ce premier là, il avait à la fois le premier et le dernier mot. Et quand il se mettait à détaler, tous les autres suivaient, quelle que fut la direction qu’il prenait. Généralement c’était celle du sud. Sans qu’on sache trop pourquoi, les lemmings étaient immanquablement attirés par le sud. Et comme le sud ne se situe pas forcément au bout d’une ligne bien droite et que la direction importe souvent moins que le voyage, il arrivait qu’ils se suicident en masse parce qu’un ravin s’était trouvé entre eux et le fameux sud. Mais la sélection naturelle aidant, et si personne ne s’était suicidé entre temps, il arrivait que ce soit toujours le même lemming qui signalait aux autres les trucs intéressants. La direction du sud donc, mais également l’arbre à glands, le meilleur trou où nidifier, le machin rond qui cliquetait au-dessus d’eux comme une noisette volante avec des pattes ou une cinquantaine de minuscules petits bonhommes armés jusqu’aux dents, prêt à bondir et scrupuleusement alignés sur cinq rangs impeccables.

Ce lemming là les autres ne lui avaient pas donné de nom. Ils le reconnaissaient par une combinaison compliquée d’odeurs et de variations subtiles dans les couinements, qui en soit formait un langage que seule la sonde et la girafe semblaient pouvoir comprendre. Mais si on leur avait demandé de résumer ces signaux au sujet de ce lemming particulier, sans doute auraient-elles traduit comme tel : « celui-qui-sent-du derrière-et-couine-du-nez ».

 

Présentement, celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez était perché derrière un petit monticule de mousse et semblait quelque peu perplexe. C’était la première fois qu’il voyait des Gros Roses plus petits que lui. Les Gros Roses c’étaient comme cela que les lemmings percevaient les hommes, comme ça qu’ils se les signalaient entre eux. Mais ceux là, tout roses qu’ils étaient n’étaient pas gros. En fait ils étaient même plus petits qu’un gland. Un paradoxe. Et le cerveau d’un lemming n’est pas équipé pour les paradoxes. Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez hésitait sur la marche à suivre. Et puisqu’il était le premier, le chef en quelque sorte, des milliers de lemmings hésitaient avec lui. Or il y avait quelque chose que tous les rongeurs de l’univers savaient, l’hésitation est généralement ce qui fait basculer la promesse d’un péril en une certitude. Pour autant, branchés comme ils étaient sur le seul cerveau de Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez, ils demeuraient paralysés, tremblant vaguement de peur, dressés sur leurs pattes arrières, moustaches en avant. Que convenait-il de faire ? Qui était ces Gros Roses là ? Est-ce qu’ils mangeaient les lemmings ? Quand soudain ils entendirent une voix tonitruer.

–       Sergent Sloban que disent les capteurs ! ?

Le sergent Sloban, troisième rang sur la gauche, le seul avec un gros machin en brettelle qui lui tombait sur le ventre et dont il regardait de temps à autre l’écran d’un œil maussade, répondit d’une voix morne.

–       Beaucoup d’organismes vivants.

–       Combien ?

–       Quelques milliers je dirais.

Le capitaine Verbalux redressa le heaume de son casque d’un geste sûr.

–       Et la reine ?

–       Impossible à dire comme ça, trop de parasites.

–       Très bien, fit sèchement le capitaine en se tournant vers un autre de ses sous-officiers. Caporal Viluste, grenade lumineuse je vous prie.

Depuis son perchoir Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez vit le Petit-Gros Rose ( ???) se saisir d’une boule que lui donnait un de ses compagnons. Puis il y eut un claquement, un chuintement, et il jeta la boule qui éclata avec un petit bruit de pétard. D’un coup la bouche de Spot fut violemment éclairée. Les morlecks au-dessus d’eux immédiatement pris de panique s’enfuirent par tous les coins dans un bruit froufroutant d’ailes caoutchouteuses. Mais il en fallait plus pour impressionner les lemmings. On n’avait pas traversé des continents tout entiers à la recherche mystique du sud, on n’avait pas survécu à des milliers d’années d’évolution, ni à la destruction de sa propre planète, en cédant aussi bêtement à la panique. D’ailleurs Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez n’avait pas bougé, ce qui était le signe incontestable que ce n’était pas le moment de le faire. Et puis ils sentaient autre chose chez lui. Ils sentaient son poil se hérisser, ses babines de retrousser sur ses deux incisives. Ils sentaient que quelque chose de rare était en train de se produire en lui, voir d’impensable pour qui imagine qu’une petite boule de fourrure très mignonne qui mange des glands et des fruits secs n’est rien de plus qu’une petite boule de fourrure très mignonne qui mange des glands et des fruits secs. Ils sentaient l’agressivité.

–       Unité un secteur nord ! ordonna le capitaine. Unité deux, secteur ouest, unité trois, secteur est, les autres suivez-moi !

Dans un bruit de bottes impeccable les Serpatis se répartirent au petit trot. Les uns grimpant par les côtés de la mâchoire de l’astéroïde, les autres, suivant leur chef, s’enfonçant vers le lac où des milliers de lemmings attendaient leur venue avec appréhension. Puis soudain Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez lança le signal.

–       Eeeeeeeeeeeeeeek !

Ce n’était pas le signal habituel de fuite, et pour des oreilles humaines il n’aurait signifié rien d’autre qu’un petit cri de souris paniquée. Mais pour les lemmings et la sonde dont les capteurs percevaient à peu près tout ce qui se passait alentours, on aurait pu traduire cela comme suit : « A l’attaque des Machins Roses ! ».

Là-bas, dans le fond de la caverne où séjournaient Krome, le professeur et le commandant Congo, la sonde se mit à cliqueter et à hululer avec frénésie avant de filer, une grappe de lemmings accrochée à elle.

–       Qu’est-ce qui se passe commandant ? interrogea le professeur en suivant des yeux la sonde disparaître dans l’obscurité qui abordait les rives du lac.

–       Je ne sais pas, on dirait que ses petits copains ont lancé un message d’alerte.

–       Ah ouais ? grogna Krome en se redressant. Alerte à quoi ?

–       Je l’ignore.

Krome lâcha une bordée de jurons dans diverses langues et s’empara de son fusil avant de déclarer d’un ton résolu :

–          J’vais voir.

 

Les Serpatis étaient des combattants disciplinés, bénéficiant pour leur petite taille d’une technologie guerrière optimum. Des siècles à faire la guerre aux acariens et aux préjugés sur leur soit disant non-existence leur avait donné un sens de la stratégie que n’auraient pas renié les grands conquérants d’Alexandre à Gengis Khan, tous deux d’ailleurs bien connus pour leur petite taille. Un signe évident, les Serpatis n’en doutaient pas. Mais sous des flots ininterrompus de boules de fourrure très énervés et aux dents aiguisées, c’était une autre histoire, c’était celle de Cameron. Cette bataille qui avait engagé une poignée de soldats français contre des bataillons entiers de combattants mexicains au XVIIIème siècle et devint l’événement fondateur de la Légion Etrangère. Jusqu’à ce que la terre disparaisse chants, bannières et reconstitutions avaient célébré la fameuse bataille et cimenté l’esprit guerrier des hommes au béret vert. Nul doute que ce serait ce qui se saurait passer pour les ceux du capitaine Verbalux si a) ils avaient réussi un jour à sortir de là et si b) personne ne s’était retrouvé défait par une armée de rongeurs. Pour le capitaine Verbalux la surprise fut totale. Plusieurs de ses hommes s’étaient faits sectionner un bout d’eux-mêmes d’un violent coup de dent, et ceux qui ne rampaient pas en râlant de douleur – tandis que leur combinaison de combat réparait activement leurs blessures- se tenaient, mains en l’air bien évidence, sous la menace de millier de lemmings à l’air féroce, dont certains tenaient les armes pris à l’ennemi, généralement par le canon.

–       Eeek ! Eeek ! ordonna Celui-qui-sent-du-derrière-et-couine-du-nez en agitant du mauvais côté le fusil à photon qu’il avait arraché des bras d’un sous-officier, présentement sans tête.

Quand la sonde arriva en cliquetant, suivie de près par le bandit, tout était déjà fini et les survivants avançaient mains en l’air vers le fond du lac, encadrés par des lemmings visiblement pas peu fiers.

 

 

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