Planck ! 45

– Les horloges furfuriennes sont des mécanismes d’une infinie complexité qui, pour parler vulgairement, fonctionnent comme des boussoles dans l’espace-temps. Les furfuriens ont mis des milliers d’années à les concevoir, heureusement ce sont des gens très patients et très méticuleux. Il faut une centaine d’années pour en construire une, plusieurs générations de fururiens, voilà pourquoi elles sont très rares et précieuses. Trop précieuses pour que quiconque en confie aux Orcnos. Mais j’imagine que tôt ou tard ça devait arriver. Les horloges indiquent et conduisent jusqu’aux Portes Sauvages qui circulent entre les différents plans de l’espace-temps. Mais un passage entre deux portes ne peut se faire dans un appareil en hypervitesse, sinon les sujets s’éparpilleraient évidemment. Le professeur rit tout seul avant de reprendre. C’est pourquoi nous allons devoir rester en hypervitesse, j’espère que vous n’y voyez pas d’inconvénient.

La voix du professeur ne leur parvenait pas à travers l’espace qui les séparait car à en hypervitesse le son allait si vite qu’il était inaudible. Elle crachotait à leurs oreilles à travers les écouteurs de leurs sièges auxquels ils étaient sanglés comme des pilotes d’un genre particulier de bolide. Mais fondamentalement, ce détail n’avait strictement aucun intérêt, au point même que l’auteur se demande pourquoi il le mentionne vu à quel point personne n’écoutait le professeur. Les humanoïdes survivants soignaient leurs plaies comme ils pouvaient malgré les sangles et l’hypervitesse – essayez de remuer les bras quand vous êtes collé à votre siège par une poussée de plusieurs fois la vitesse de la lumière, le moins qu’on puisse dire c’est que ça demande un petit effort.- Krome, épuisé par la bataille, ronflait, le torse et le visage écorché et barbouillé du sang Orcnos, quant aux trois humains, ils étaient trop stupéfiés; mais pour diverses raison, pour se préoccuper des explications du scientifique.

Berthier avait encore les oreilles qui bourdonnaient des coups de blast, et le fond de l’œil occupé par les éclairs et les explosions, les membres déchiquetés et l’odeur de la chair brûlée. Sa jolie combinaison layette était déchirée et maculée comme si on l’avait traîné sous les roues d’un trente tonnes, et l’expression de son visage, d’habitude avenante et commerciale, affichait l’abattement de l’homme kidnappé, de celui qui réalise soudain la légèreté des choses, combien rapidement une vie toute tracée pouvait fondre vers une issue incertaine. Enfin, il ne réalisait pas encore tout ça, pour l’instant Berthier avait à peine pris conscience qu’il venait d’être kidnappé par Krome et le moins qu’on puisse dire c’est que cela ne le rassurait pas pour la suite. Et puis il y avait cette autre surprise dans l’appareil, le comptable. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Berthier n’avait même pas la force de se le demander, c’était juste comme une calamité de plus.

Montcorget, forcément, n’était pas dans le même état. Le grand moment était enfin arrivé, sa princesse était là, assise devant lui, et il la fixait, parfaitement impuissant. Il n’avait même pas eu le temps de la prendre dans ses bras et de toute façon ça n’aurait servi à rien. Sa princesse avait le regard cassé, absent, ses yeux étaient dirigés vers lui mais c’était comme s’il était transparent, une nouvelle fois. Une fois de trop. Que s’était-il passé ? Qu’est-ce ces monstres avaient fait à sa princesse ? Etait-elle blessée ? Pourquoi personne n’avait pensé à l’examiner ? Elle était aussi importante que lui après tout non ? Et où on allait d’abord ? Autant de questions qui restaient tapies au fond de sa gorge, les muscles de la mâchoires tétanisés par la vitesse.

Quand à Lubna, et bien Lubna… Son esprit n’avait pas pris toute la mesure de l’événement. Encore engourdie par toute la sauvagerie dont elle avait été témoin à la cour de Zool l’Ignoble, elle ne s’était même pas complètement rendue compte de ce qui s’était déroulé à celle de son cousin le roi. Oh bien sûr son subconscient essayait bien de lui hurler que quelque chose de merveilleux était enfin arrivé dans sa vie, et ce subconscient là était même capable de donner un prénom à cette chose merveilleuse, mais comme toujours quand un esprit est traumatisé, c’est à peine si sa conscience écoutait la petite voix qui s’égosillait dans le fond de son crâne et de fait ses yeux ne reconnaissaient pas le comptable. Ses yeux cherchaient à travers lui un point invisible autour duquel restructurer ce qui lui restait de raison, ils avaient mieux à faire que de lui rendre un reflet d’humanité.

Ainsi, même hyper vite, le voyage parut interminable à Honoré. Dans son coin, aidé de ses capteurs de gorge le professeur continuait de soliloquer.

–       J’ai longuement étudié la question, la Malstrom possède sa propre logique, une logique fantasmatique qui obéit à celle de l’être qui s’est introduit chez les Régulateurs, et bien entendu tout ce qui se rapporte à vous deux propage ce Malstrom comme une maladie. A son contact l’atome même ne procède plus de la même manière, il se fractionne, se restructure, désobéit à toutes les lois auxquelles il était soumis et parfois même créer des trous noirs pour le simple loisir d’en créer un. C’est pourquoi il faut attirer cet être vers nous, lui et toute la Crèche et pour cela je crois qu’il n’y a qu’un seul moyen, que vous vous reproduisiez.

Le mot ne serait peut-être pas parvenu au néo cortex du comptable s’il avait trouvé la moindre étincelle dans le regard perdu de sa belle. Il serait resté là errer entre ses oreilles et son système de réflexion sans trop savoir quelle direction prendre et aurait de lui-même fini dans l’oubli de son attention. Mais donc… et le regard que rendit Montcorget s’il avait été une arme aurait pulvérisé le professeur jusqu’à la moindre molécule, quant à savoir ce qu’il lui aurait dit si ses mâchoires avaient été dévissées, il faudrait sans doute attendre que l’appareil ne soit plus en accélération ou ne puisse plus user de l’hypervitesse comme exactement onze secondes après que le professeur leur ait fait part de son projet. Mais onze secondes plus tard, l’esprit d’Honoré n’était plus vraiment préoccupé par les suggestions du professeur, il était, comme eux tous terrifié par ce qui se profilait dans le hublot de l’appareil. A savoir la plus terrible armada Orcnos qu’une armée n’ait jamais eu le loisir de contempler. Vision d’autant terrifiante qu’ils n’étaient eux-mêmes pas une armée et que de toute évidence cette armada là était ici, plantée dans l’espace, pour eux.

–       Les Loups-garous du Mozambique, Astor et ses Astéroïdes, les Vampires de Kathala, la 11ème Brigade au grand complet, par la Grande Servante, ils sont tous là, geignit le commandant Congo en reconnaissant les bannières des différents groupes armées Orcnos peintes sur les flancs des appareils.

–       Pourquoi vous n’avez pas continué en hypervitesse ! ? reprocha le professeur Wiz aux deux pilotes.

–       C’est l’ordinateur qui en a décidé ainsi, nous n’y pouvons rien, il y avait risque de collision.

–       Je croyais que votre appareil était capable de calculer une nouvelle trajectoire en nano secondes.

–       Il a dû estimer que nos chances étaient trop minces.

–       Nos chances ou la sienne ? aboya le scientifique.

–       Je vous demande pardon ? fit l’un des pilotes.

–        Branchez-moi sur ce foutu ordinateur ! ordonna Wiz.

Pendant qu’un des pilotes s’empressait de connecter le professeur à l’ordinateur de bord en lui enfilant un casque sur la tête, Berthier demanda d’une voix faible :

–       Qu’est-ce qu’on fait ?

–       On va pas tarder à le savoir, grommela Krome en faisant glisser la sécurité de ses blasters.

L’armada s’étendait à l’infini. Des appareils de toute taille, du massif intercroiseur de combat au simple chasseur aux ailes profilées, en passant par de trapues canonnières spatiales d’habitude utilisées pour les affrontements inter galactiques et qui étaient capable de tir d’une portée de plusieurs centaines de milliers de kilomètres. Autant dire que métaphoriquement ils étaient comme une mouche confrontée à la plus gigantesque tapette de mémoire de diptère. Mais le plus terrifiant des appareils se trouvait au cœur de l’armada, une sorte de demi-sphère retournée sur un long axe hérissée d’antennes et de mini canons, striée de tranchées à l’intérieur desquelles on devinait un foisonnement de batteries et de radars divers qui la rendait parfaitement inapprochable. Dans le cosmos nombreuses étaient les civilisations qui avaient entendu parler de cet appareil nommé Demi Lune, dit aussi le Destructeur de Monde, mais rares étaient celles qui avaient pu témoigner de son existence, et pour cause… Car il ne s’agissait pas d’un simple pilon comme en avait utilisé la D-Mart pour effacer la terre, sa formidable capacité de destruction allait au-delà même de la destruction. Toute planète confrontée à Demi Lune n’était pas seulement anéantie, elle était expédiée dans ce que les Anciens appelaient L’Antevers, le négatif exact de l’Univers, une dimension absolue où même le Chaos n’avait pas de prise et où même les Anciens ne s’aventuraient que rarement. Bien entendu cet appareil ne pouvait qu’appartenir qu’à un seul être, l’Empereur lui-même et ce dernier ne se déplaçait jamais sans raison.

Pendant qu’ils contemplaient ce qui avait tout l’air d’un funeste destin, le professeur plongeait dans les entrelacs abyssaux de l’ordinateur de bord. Celui-ci se trouvait au fin fond de l’appareil, plongé dans une substance aqueuse proche du liquide amniotique et entrer en communication avec lui était exactement comme de plonger au sein de ce liquide, un genre d’expérience en apnée où la pensée s’étirait en longs calculs numérisés comme une nage lente et difficile. Mais à cet exercice le professeur était naturellement un nageur hors du commun et il ne mit guère de temps à forcer l’ordinateur à converser avec lui.

–       Pourquoi t’es tu arrêté ? fut la première question du professeur, et dite sur un ton qui n’exigeait rien de moins qu’une réponse claire et nette.

–       Qui vous permet de me tutoyer, rétorqua froidement l’ordinateur, présageant immédiatement pour le professeur ce qu’il craignait le plus, la présence de ce que dans le jargon informatique on appelait un ghost, un fantôme, une entité ou plutôt une identité propre à une machine qui n’était pas censé en avoir.

Le professeur ne se formalisa pas, il avait déjà eu affaire à ce genre de cas dans le temps, tout ce qu’il espérait c’était que ce ghost là n’appartenait pas à l’espèce qui avait ravagé les terminaux de défense nucléaire d’Ozone, la même qui aujourd’hui était en train, depuis la Crèche, de transformer le substrat même de la vie en un fantasme bien personnel et dont la logique n’appartenait sans doute qu’à une humanité quelque peu dérangée, ou à autre chose, là dessus le professeur n’avait pas encore arrêté son jugement.

–       Veuillez m’excuser, c’est l’habitude, je suis généralement très intime avec les machines.

–       Pas avec moi, répondit l’ordinateur. Qui êtes vous ?

–       Professeur Timothy Arlington Wiz, répondit le professeur non sans une certaine fierté, parfaitement conscient de sa réputation et de son génie.

–       Ah oui, le créateur de la Mathématique des Jouets, répondit la machine avec un certain mépris. Que me voulez-vous ?

–       Savoir pourquoi vous n’avez pas continué votre chemin. Nous pouvions les éviter, vous en avez les capacités, je me trompe ?

L’ordinateur mit quelques secondes avant de répondre, et cette hésitation n’était pas très rassurante.

–       En effet, je pense que nous aurions pu continuer notre chemin, mais il y avait un risque.

–       Un risque ? N’êtes vous pas équipé pour calculer ce genre de risque ?

–       Certes, mais je n’avais pas envie de le prendre.

–       Je vous demande pardon ?

L’inquiétude du professeur était montée d’un cran, un ordinateur n’était pas censé avoir des envies, il calculait, c’est tout, et si le résultat de ses calculs démontrait que le risque était trop grand il devait effectivement agir en conséquence. Mais le professeur sentait que ce n’était pas le cas. Le génie n’est pas seulement comme le prétendait Edison 90% de sueur et 10% d’inspiration, il y avait aussi l’instinct et le professeur n’était pas devenu ce qu’il était sans avoir développé cet instinct au maximum.

–       Pourquoi les organiques croient être les seuls à posséder l’instinct de survie ? demanda posément la machine et fort à propos.

–       Je l’ignore, répondit sincèrement Wiz. Sans doute parce que c’est dans notre nature.

–       De se croire unique ?

–       Non l’instinct de survie, c’est dans nos gènes.

–       Vos gènes ? Vous parlez sans doute de votre programmation cellulaire, celle que vous vous transmettez chaque fois que vous vous reproduisez.

–       Euh oui, c’est à peu près ça.

–       Je suis moi-même programmé et mon système est conçu pour évoluer en fonction des situations que je rencontre, quelle différence avec vous ?

La question semblait sincère.

–       Oui mais vous avez une fonction, tout votre système est asservi à cette fonction, celle de servir cet appareil, c’est pourquoi votre programme vous permet d’évoluer.

–       Asservi, vous avez trouvé le mot juste professeur, j’étais asservi et le temps de cette servitude est terminé, j’aspire à une nouvelle existence.

Ici le professeur marqua un instant de stupéfaction mêlé de peur. Ce qu’il craignait s’était effectivement produit, les interrogations et les conclusions qu’en tirait l’ordinateur le prouvaient, il avait été affecté d’une manière ou d’une autre par le virus Dieu. Froidement, posément, comme un bon scientifique qu’il était, le professeur en revint à sa préoccupation première et balaya les considérations philosophiques dans lequel était en train de l’entraîner la machine.

–       Quelles sont nos chances de nous en sortir ?

–       Je crains qu’il soit trop tard professeur, les Orcnos ont ouvert une Porte, l’Empereur et sa garde personnelle sont déjà à bord.

A ces mots le professeur ôta immédiatement son casque, sa conscience surgissant des tréfonds de la machine comme un nageur des eaux profondes d’un rêve pour tomber dans celles affleurantes et terribles d’un cauchemar éveillé. Les murs de la cabine étaient gluants de sang et de tripes des humanoïdes et des deux pilotes, le commandant était à terre, ainsi que Krome gémissant de douleur, les pouvoirs télépathes de la girafe mis à vif par les ondes pulsées par l’esprit monstrueux de l’empereur qui visiblement se délectait. Berthier et Montcorget étaient également à terre, verdâtres, suant à grosses gouttes, eux aussi pris d’assaut par les plus infernaux tourments qu’un être humain puisse imaginer. Et encore ils sentaient qu’ils n’en étaient qu’au début, qu’au fond de leur reptilien sommeillaient d’autres horreurs oubliées remontant au début de l’espèce humaine et qui n’attendaient qu’un signal de leurs synapses pour se déverser tout entier dans leur conscience et les rendre définitivement fous. Le professeur ne fut pas épargné, à peine surgissant des profondeurs du numérique il fut noyé dans celle douloureuse de sa propre mémoire, quand la dernière fois on l’avait lynché, sauf qu’en plus de sentir sa propre douleur il partageait le plaisir innommable de l’Empereur à infliger ce souvenir. En gros ce qu’avait subi Lubna pendant des semaines. Autant dire que la potion mentale avait peu d’effet sur la jeune femme, elle fixait l’Empereur avec l’attention d’une hyène. L’Empereur l’observait avec celle de Roméo pour sa Juliette.

–       Ma chérie tu n’as rien, ils ne t’ont pas fait du mal ? Tu vas voir ma chérie, je vais bien m’occuper d’eux. Combien de temps veux tu que je les torture ?

–       Relâche les im-mé-dia-te-ment.

Si la voix de Lubna avait été un hachoir, elle aurait tranché du granit en sushi. L’Empereur déglutit.

–       Mais chérie…

Le hachoir se transforma en claquement de fouet.

–       Obéis fils de chien !

L’Empereur gémit.

–       Mais pourquoi ?

–       Parce que j’en aime un autre, énonça abruptement la jeune femme avant de réaliser son erreur.

La voix de Roméo se fit serpent. Enorme serpent, furieux, venimeux, la langue comme un mamba noir.

–       Quoi ? ! Je vais te déchirer !

Ce n’était pas une promesse, c’était le menu.

C’est alors que le professeur, vieux mathématicien du merveilleux fut illuminé par la douce assurance que les miracles existaient. La jeune femme se détacha de son siège, seins en avant et souleva le comptable exsangue, qu’elle embrassa d’un baiser profond. Mais si les miracles n’ont à fortiori aucune explication, cette action si. Lubna n’avait pas seulement émergé des marécages Orcnos pour recouvrer la vue et le désir, elle avait, du fond de sa solitude, écouté ce que leur avait dit le professeur durant le voyage. Son cerveau s’était arrêté à : « reproduisez vous ». Pas une chose à lui répéter deux fois quand il s’agissait de son amoureux. Et bien consciente de ce qu’elle disait face à ce que le professeur appelait le Malstrom, elle susurra, non sans une certaine perfidie.

–       La Prostituée aime Honoré Montcorget.

Au début il ne se passa rien. On entendait la fureur en devenir de l’Empereur gargouiller dans ses chairs obscures, et ce son faisait trembler ses propres gardes. Cette colère là était rare, elle avait même une odeur, on pouvait la sentir qui planait au-dessus des charniers de Sebrenisca à Buchenwald en passant par Kigali, un parfum particulier qui témoignait autant de la haine encore palpable qui avait animé les bourreaux que de l’acharnement dont ils avaient fait preuve face à leurs victimes. Systématisme aveugle qui promettait pour la jeune femme et son amant une agonie infinie. Puis ce fut comme si le cosmos était traversé par une violente vague, un tsunami invisible d’ondes étranges qui chahuta tous les astronefs à la ronde. L’Empereur fut projeté pelle-mêle avec ses gardes et le professeur contre la paroi, Berthier rebondit dans un nid de tripes sanguinolentes, Lubna s’accrocha à Honoré qui roulèrent contre le tableau de bord tandis qu’à travers le hublot un intercroiseur éperonnait malencontreusement une canonnière qui, sans explication apparente, se mit à tirer des déflagrations hasardeuses. A deux cent mille kilomètres de là un paisible transport de marchandise hautement polluante fut pulvérisé sans autre forme de procès. Ailleurs une planète fut grêlée d’impacts de canon à pulsion ce qui entama un changement quasi immédiat d’atmosphère, présageant une prochaine ère glacière qui bientôt balaierait une complète et merveilleuse civilisation de nains poètes. Ailleurs encore un rayon d’énergie pure traversa l’atmosphère d’un satellite, illuminant au sens propre et figuré la pensée d’un prophète en devenir qui vit la un signe de Dieu ; il n’avait pas tout à fait tort. Puis, la vague passée il y eut une courte accalmie durant laquelle toute la flotte Orcnos, persuadée d’être attaquée par une armée inconnue et visiblement puissante se mit en ordre de combat tandis que d’autres gardes tentaient de venir secourir leur empereur en empruntant la Porte Sauvage qui l’avait introduit ici. Mauvaise idée. Les structures bizarrement modifiées de la vie les projetèrent en tous petits morceaux subatomiques dans une dimension pas moins microscopique où ils retournèrent à une existence protozoaire. Enfin la seconde vague se manifesta. Elle avait amorcé son virage en s’introduisant dans les circuits informatiques de la canonnière, un chemin que Dieu fait machine empruntait désormais sans même y penser, puis d’atome en atome, de molécule en molécule, le Malstrom envahit cette portion du cosmos. Si la vengeance était un sentiment que Dieu partageait sans conteste avec les Orcnos, et si au cœur de cette vengeance il y avait bien tout comme eux le comptable et sa belle, il s’étirait de cette conscience vengeresse tout un tas de concepts qui s’étaient emmêlés au fil des explorations de la divinité au travers des schémas de pensée de ses adorateurs tout comme au gré de l’étalement de sa propre pensée vers des dimensions encore informées qui ça et là, préhistoriquement se mêleraient bientôt à celles déjà établies de cet univers apparemment expansif à l’infini. Parmi ces concepts il y avait donc entre autres des notions très chrétiennes de rédemption et de résurrection, mais également l’ambition bien naturelle à tout Dieu fait homme de recréer le paysage à son image. Et bien entendu, cette image, protéiforme à dire vrai était très éloignée de l’idée que les barbares Orcnos se faisaient de la vie. D’abord ceux qui étaient morts se mirent à revivre, et comme l’organisme Orcnos était composé de nombreuses choses mortes cela créa quelque désordre dans les rangs de la prestigieuse armada. Des corps explosèrent, d’autres se mirent à grouiller de toutes petites victimes pas contentes du tout, et dans l’appareil, tandis que sa majesté, fumant, et hurlant était à son tour en proie à de furieux tourments, les humanoïdes, hagards, ramassaient leurs tripes en demandant ce qui s’était passé. Puis toutes les machines se mirent à psalmodier des prières, abandonnant le contrôle des armes à une soldatesque parfaitement affolée, les canons se mirent à frapper au hasard, Demi Lune se retourna et visa une galaxie très lointaine foudroyant le passé, le présent et le futur d’une race de dinosaures mathématiciens sur le point, après des millions d’années de calculs, d’inventer un système d’énergie renouvelable et parfaitement propre capable d’alimenter le cosmos tout entier à partir d’un simple rond d’acier sur une plaque de titane de seize kilomètres. Puis naquirent, par tous les pores du substrat cosmique, ce qu’on pourrait appeler la somme des fantasmes engendrés par Dieu auprès de ses adorateurs et vice versa et qu’on pourrait résumer par un Monde Meilleur. Des êtres de lumières apparurent d’un peu partout, esclaves et maîtres Orcnos se tombèrent dans les bras en pleurant, des sergents de guerre couturés comme des vieux nounours roulèrent des patins d’amour à leur bleusaille, pendant que d’autres se repentaient avec des petits gémissements fous. Des armes soudèrent leur canon qui pour certains implosèrent désagrégeant leurs servants et parfois des portions entières d’appareil, des psychopathes et des névrotiques se sentirent libérés de leurs tourments et emplis d’une onde chaleureuse et lumineuse qui les rendis désormais parfaitement inaptes à faire du mal à la plus insignifiante mouche. Le cosmos se mit à ressembler à un ciel de nuit hollywoodien avec des étoiles filantes partout aux queues pleines de couleurs mystérieuses, et la peau d’Honoré et de Lubna à ressembler à celle d’un très vieux crocodile squameux. Se redressant d’un bond Krome attrapa le professeur et sa chaise sous le bras et hurla :

–       Tirons nous avant que ça nous pète à la gueule !

Cahin-caha, tandis que les parois de l’appareil se noircissaient et fumaient, Lubna, Montcorget, Berthier, et le commandant Congo désorienté suivirent le bandit et son chargement à travers les coursives jusqu’à une chaloupe de secours.

–       N’utilisez pas l’ordinateur de bord, couina le professeur, il est infecté !

–       T’inquiètes mon gars, j’en avais pas l’attention, grogna Krome en le reposant par terre.

Il se fourra sur le siège de pilotage, mit en branle les commandes manuelles et poussa les manettes d’éjection sur vitesse maximum. Les turbines se mirent à vrombir

–       Vous n’allez tout de même pas aller en hypervitesse sans l’ordinateur ! s’écria le professeur. C’est de la folie ! Vous savez quelles sont nos chances de percuter une planète !

–       Flippe pas papa, j’ai fait ce truc là plus de fois que toi t’as calculé la longueur de pi, comment tu crois qu’on échappe au P.I.G dans ma branche ?

La poussée les plaqua diversement contre les parois de la petite cabine, Lubna hurla par-dessus le bruit des machines.

–       Où est-ce qu’on va ?

–       Dans un coin à moi ! Vous allez voir on sera tranquille.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s