Planck ! 41

L’astronef s’enfonçait lentement vers la fleur orangée qui ondoyait là-bas à l’ombre d’une géante, sa coque brillant des feux de la fleur comme une épousailles, la fusion de deux merveilles. De leurs point de vue, s’en était bien une. Du point de vue des Elus qui avaient été admis à assister depuis l’appareil à cette fusion entre Dieu, le gros garçon qui saignait du nez, et les Régulateurs il s’agissait bien de l’Aube d’une ère Nouvelle. Tout ce qu’Il leur avait promis dans leur rêve et par-dessus tout, la résurrection des morts. De tous ceux qu’ils avaient pleurés ou non, tous ceux du Panthéon. Ceux d’Ozone et même de la Terre, car quelques uns d’entre ces Elus étaient des terriens, rachetés légalement à la Loterie Solaire par une omnipotence au-delà des omnipotences, déjà adorés de la plupart des machines et qui les avait sauvés de la destruction : Dieu donc.

Un gros garçon au nez morveux qui observait l’avancée du vaisseau dans le rougeoiement de la Crèche à travers le cockpit central de l’appareil géant. Son esprit cliquetait lentement en rythme avec une centaine de supers calculateurs qui à travers le Réseau transmettaient l’événement aux Adorateurs, ils voyaient ce qu’Il voyait, sentaient ce qu’Il sentait, tous unis dans ce même instant suspendu vers le Grand Destin Commun. Enfin le mot religion n’était plus un vain mot, enfin tous liés par un même Dieu Unique, et bientôt par ses Anges dont le Pouvoir était Infini. Tous le savaient. A travers ses yeux la fleur orangée avait la couleur de l’espoir. Celle de revoir les morts mais aussi que cesse la grande invasion des sauterelles voraces de l’Empire Orcnos. Ça aussi Il l’avait promis. Une promesse soufflée dans leur songe comme une bouée de sauvetage chaque fois que les tueurs apparaissaient par un trou dans l’espace-temps. Chaque fois que le chaos se déchaînait d’une manière ou d’une autre. Chaque fois qu’ils se mettaient à prier et qu’Il les démobilisait de toute résistance. Priez et Espérez leur disait-Il, Priez et Croyez, Je vous exaucerais. Le Grand Moment de la Délivrance allait venir enfin et leur cœur battait à l’unisson. Même si le cœur du garçon ne battait plus du tout depuis qu’il avait commencé ses premières métamorphoses, depuis qu’il avait chassé la Prostituée le laissant à l’admiration de sa propre splendeur mais aussi au sommet de son pouvoir, seul, absolument seul. Car ce n’était pas tant les arguments de cette amusante pyramide rose qui l’avait un jour visité sur le Réseau qui l’avait convaincu de se rendre auprès des Régulateurs, que la perspective de partager sa Magnificence avec des égaux ou tout au moins des presque semblables. Dieu se souvenait encore des visions que lui avait injectées Master D par le biais du Réseau, ce ciel de faïence, ce formidable pouvoir du microcosme sur le macrocosme, les prodiges dont étaient capables les Régulateurs, ceux que la pyramide avait elle-même appelé ses anges. Il s’en souvenait aussi bien que le gouffre de solitude qui l’avait tout entier peuplé quand la Prostituée s’était exprimée en faveur de son pire ennemi, son seul ennemi. Cet horrible personnage qui l’avait sorti de son sommeil d’au-delà des morts. Mais bientôt cela serait fini, bientôt il ne serait plus seul et l’Univers serait à ses pieds, prosterné devant son Absolu, l’ambition ultime de Dieu de le reconstruire à son image serait alors réalité. Dieu était mégalomane ? Et alors ? Il était Dieu non ?

Le navire pénétra lentement dans la fleur de gaz irisée de lumière, comme un acte sexuel bien fait, avec douceur, les pétales d’un autre univers se refermant sur sa réalité, dissolvant l’espace, interdisant murs et barrières, le livrant tout entier sur la plate-forme de la Crèche où les attendait l’énorme gardien en forme de flic mexicain, avec sa combinaison un peu flottante et ses lèvres comme des pneus auxquelles était collé un vieux mégot. Dieu se retourna pour faire signe aux siens    de s’approcher sans peur, mais ils avaient disparu avec le vaisseau. Tant pis, se dit Dieu tandis que le gardien lui ouvrait la porte avec le lapin et le nounours, rien de plus que de nouveaux martyrs à faire ressusciter. Les gamins, curieux, s’étaient assemblés devant la porte et quand celle-ci s’ouvrit ce fut non pas sur un Monsieur Patate au nez morveux mais sur un étrange halo d’un bleu vif, Dieu dans sa forme la plus pur ou du moins celle qu’il était maintenant capable d’adopter devant chacun, même hors du réseau. Les enfants furent un peu déçus, des lumières magiques il y en avait plein dans leur monde, réelles ou imaginées, quand on avait tant de pouvoir sur l’univers, la différence n’importait plus tellement ou alors pas très longtemps. Toutefois ils accueillirent le nouveau venu comme il se doit, en lui imposant une partie de Sida.

 

Une partie de quoi ?

 

Eh bien en dépit des précautions des Anciens, la sexualité débridée dont avait été témoin la Crèche lors du passage d’Honoré Montcorget n’avait pas moins laissé des traces, non pas sur les jouets qui avaient tous été remplacés mais sur les murs et le sol qui tout métaphoriques qu’ils étaient ouvraient tout de même sur le cosmos tout entier. Ces enfants là, s’ils n’avaient rien dans leur tête ou entre leurs jambes qui ne les motive, n’en étaient pas moins parfaitement conscient que cette histoire de rose et de chou était non seulement ridicule mais presque criminelle compte tenu du nombre de joyeusetés que la nature pouvait produire dans la gamme des virus. Aussi, également au courant que le Sida ne s’attrape pas en se touchant ; pour rigoler, ils se poursuivaient et jouaient à chat en hurlant à chaque prise : « T’as le Sida ! ». Un jeu innocent et sans conséquence quand on est à l’école, beaucoup moins quand on a au bout des doigts, par chacune de ses actions, supposés innocentes, les clefs de l’univers…. Or le Sida était une marque déposée Orcnos, une « bombe gluante » comme ils appelaient ça, sans que personne n’est jamais trop sut ce que ça voulait dire. Jouer avec revenait à renforcer l’empire Orcnos tout en propageant un peu n’importe où cette maladie pas rigolote du tout. Jouer au Sida avec un Dieu vivant c’était à la fois l’imposer à l’univers tout entier comme un grand jeu d’autodestruction mais faire croire à des milliards d’individus qu’il s’agissait d’un châtiment divin.

Heureusement pour tout le monde, et plus particulièrement l’univers, on jouait aussi au docteur, et ces docteurs là soignaient grâce à plein de trucs vachement savants et compliqués. Tout le monde ne survivait pas, parce que jouer au docteur n’inspire jamais très longtemps des enfants asexués, mais c’est comme ça que ce soir là Dieu mourut du Sida… et ressuscita. Rien de mieux pour prêcher dans le désert des moins convaincus. Et à mesure qu’ici s’entamaient d’autres jeux, ailleurs s’enflammaient des prophètes et autant d’ordres religieux qui se livrèrent des guerres pour savoir s’il fallait éliminer tous les comptables ou seulement Honoré Montcorget alors qu’au même moment, ailleurs, des moines fous se portaient volontaires pour attraper des MST les plus exotiques et les plus virulentes. Des chasses aux sorcières furent lancées et des pogroms ressuscités, tout cela s’ajoutant à la folie Orcnos, autant dire qu’on tua dès lors beaucoup et un peu partout. Mais ce ne fut pas le pire phénomène qui se produisit. Car en livrant les clefs de l’univers à un dieu fou on ne pouvait que rendre fou ce même univers. Et de voir des plantes et des pierres prier Dieu, des germes de lumière pousser au creux des arbres, des colonies d’oiseaux se mettre à chanter des louanges à une notion qu’ils avaient jusqu’ici soigneusement ignoré, et des armées d’insectes d’hisser des tours babyloniennes à la gloire de ce même Dieu. Comme si un genre de civilisation superstitieuse s’invitait au cœur même de la nature. Au lieu d’être physique la vie devenait métaphysique, au lieu du biologique on avait la gnose, l’abstinence devenait un mode de fonctionnement naturel, même les virus se mirent à jeûner et les planètes à marmonner des versets sacrés. Comme il l’avait fait ailleurs, Dieu agissait sur la vie comme un virus infestant jusqu’au plus petit de ses secrets et au lieu du Vivant on avait le Croyant. Peu à peu un étrange mal se répandait depuis les confins : la vie polluée par des idées de vengeance à l’égard d’Honoré Montcorget, obsédée par une Prostituée, et pire, ressuscitant tout ce qu’elle pouvait par brassés entières et peu importe l’état du ressuscité. Partout où cette vie là se répandait des zombies apparaissaient. Insectes, bipèdes, à huit pattes, trois, ou pas du tout, intelligents ou non, comme un cancer du vivant qui dépassa rapidement les Orcnos eux-mêmes. Un mal pour un bien comme aurait sans doute jugé Master D. Mais l’était-ce vraiment ? Des plantes qui se flétrissent d’elles-mêmes parce qu’elles pensent avoir péché, des serpents qui sont massacrés jusqu’au dernier par des oiseaux fanatisés, et des colonies entières de petits dieux, demi dieux, formes de vie spirituelle sous tous ses aspects qui se retrouvent impitoyablement chassées par les civilisations qui les ont conçues, inventées, vues ou senties et tout ça parce que le temps du Dieu unique est venu. Unique, uniforme, unidimensionnel, énorme et écrasant comme une stèle dressée devant la tombe du cosmos. Sur des millions de mondes pourtant on s’en félicitait. La Nature avait enfin une Justice, elle ne serait plus le foutoir savant qu’elle avait toujours été, on allait pouvoir enfin vivre en parfaite harmonie avec ses convictions, Dieu devint un effet de mode à la Loterie Solaire, les marques se mirent à vendre des lessives divines, « inspirées » chimiquement et à coller l’étiquette « saint » au lieu de « sain » à n’importe quel produit. Heureusement quelques-uns ne se laissèrent pas embarquer dans l’hystérie générale. Quelques civilisations plus sages que les autres ou pas encore frappées par le phénomène, ou bien encore quelques consortiums effrayés à l’idée de devoir partager ses dividendes avec Dieu lui-même, mais parmi tous ceux là un seul homme était capable d’évaluer à la virgule près les proportions du cataclysme.

 

Il n’était pas comptable, ou alors très polyvalent. Son lieu d’exercice était vaste, abstrait, comme une toile jamais finie, il y avait trouvé l’arme ultime pour réguler l’univers en dépit des excès des entreprises et des pollutions de toutes sortes, il était un des mathématiciens les plus vénéré et les plus célébré du cosmos, une figure de la science connue lui-même à « son époque », comme il disait en parlant du temps de sa pleine gloire, comme un Dieu vivant de cette science magnifique et étrange où tout était toujours possible pour les entreprenants explorateurs de la pensée. Un homme qui avait poussé si loin l’abstraction que sa vision et sa philosophie de la vie s’en étaient forcément trouvé élargie au point d’en avoir compris l’essence même de l’Existence. Et il le savait, cette Existence possédait sa propre force immanente, sa propre Volonté, son propre substrat spirituel qui animait les êtres, intelligents ou non, et ne pouvait s’embarrasser d’un Dieu unique sans les conséquences les plus graves. Cet homme là avait fondé la Crèche, inventé la Mathématique des Jouets, l’Echelle de Clown, s’était servi de ses talents et de ses inclinaisons pour créer la race des Elfes -marque déposée par lui-même- et présentement regardait, un brin inquiet, son chat se fustiger d’avoir tué un oiseau.

Timothy Arlington Wiz n’avait pas bien supporté les années ni le dernier lynchage dont il avait été victime quand, vingt ans auparavant, on l’avait trouvé au lit en compagnie de deux petites filles de onze ans. Il vivait au trois quarts paralysé dans une chaise roulante automatique sophistiquée que lui avait payé le G.A.G avant de l’exiler seul sur une minuscule planète où il vivait dans une cabane, tel un ermite, avec pour seul compagnie, son chat Gaston, un tableau noir et ses chers livres de mathématique et de physique quantique. Gaston était un gros matou marron généralement paisible, et généralement trop feignant pour chasser quoique ce soit, sauf parfois quand, pour des raisons qui n’appartiennent qu’au chat, il sautait des genoux de son maître pour se lancer dans une crise de folie qui se terminait parfois sur le meurtre d’une araignée ou, plus rarement d’un oiseau, car tout chat qu’il était, Gaston était un animal peu discret. Mais Wiz ne l’avait jusqu’ici jamais vu se frotter dans les orties après avoir tué un oiseau, non jamais, ni entendu geindre comme il le faisait. Et s’il comprenait le sens de ses grimaces c’est que le métabolisme même du chat se modifiait sous ses yeux pour lui permettre de grommeler une prière qu’il avait pourtant jusqu’ici toujours trouvé jolie à écouter : la illah i Allah Mohamed rasoul Allah. Il tourna les yeux en direction du tableau noir, couvert d’explications et d’implications en forme de signes cabalistiques et de chiffres, soupira puis d’un de ses trois doigts valides, appuya sur la commande micro de sa chaise roulante. Deux diodes vinrent se coller contre sa gorge noueuse, il toussa pour se dégager la trachée, puis grommela un S.O.S. à l’adresse du satellite qui tournait au-dessus de sa tête. Il était temps de partir, temps que quelqu’un le sorte de sa retraite forcée, l’heure était grave.

« Que faut-il faire ? Garder cette vieille formule du G.A.G, Paix, Fraternité et Economie de Marché, non je m’y refuse. Car Dieu est paix et fraternité ! Aujourd’hui la Grande Assemblée Galactique doit rendre à Dieu sa place ! Celle du cœur de chacun ! C’est pourquoi je propose que  nous changions la devise du G.A.G par Dieu est Economie de Marché   »

Le candidat Wa-Wa avait enfilé une aube de toile blanche au milieu de laquelle était dessiné un halo bleu et blanc, il martelait chacun de ses mots avec la force du converti de frais, le visage légèrement auréolé d’un halo de même couleur parfaitement artificielle mais du meilleur effet sur les foules, le tout en rythme avec sa guitare. Honoré effleura la touche tridimensionnelle en poussant un soupir et l’image disparut.

–          On avait le même à la maison et c’était pas mieux.

–          Les hommes politiques, tous les mêmes, grommela Krome avant de lâcher un glavio par terre. Eh Toxic quand est-ce qu’on arrive ?

–          Dans six heures environ.

–          Où est-ce qu’on va ? demanda Honoré.

–          Là où personne va nous emmerder pour des questions de Dieu, Regala c’est the place to be pour tous les pirates de l’univers, petit père.

–          Mais je ne suis pas pirate moi ! protesta le comptable.

–          Bah va falloir faire croire le contraire mon coco, rétorqua le singe en faisant virer l’appareil sur bâbord, tandis qu’une grossière planète verte apparaissait à l’horizon dans l’angle du hublot. Tiens à ce propos faut lui trouver un surnom, ajouta t-il en se plantant un gros cigare pile sous le X de sa cicatrice. Son visage en cuir luisait sous les diodes bichrome du tableau de bord.

–          Ouais c’est vrai ça, comment est-ce qu’on pourrait t’appeler ? fit  Krome en se retournant vers lui, les yeux brillants comme de la braise.

–          M’appeler ?

–          Pourquoi pas le Chauve ? C’est simple le Chauve, et c’est vrai.

–          D’abord je ne suis pas chauve, rouspéta le comptable en détournant les yeux, j’ai une calvitie ! Ensuite je vois pas pourquoi je devrais avoir un surnom alors que vous n’en avez même pas !

–          Ah parce que tu crois qu’on s’appelle vraiment Toxic et Krome ? se marra le singe en crachant une fleur de fumée verdâtre.

A vrai dire oui, avec des tronches pareilles ils ne pouvaient porter que des noms bizarres, Honoré en avait été jusqu’ici persuadé, mais il ne le lui dit pas parce qu’il sentait que c’était une mauvaise idée. Des types pareils on ne faisait pas d’allusion à leur apparence, jamais, et impossible pourtant de l’ignorer cette apparence.

–          Je sais pas, répondit-il platement.

–          Bah non tu vois, c’est pas nos vrais noms. Dis lui le tien Krome.

–          Je ne m’en souviens plus, grogna le monstre l’air sincèrement désolé. Avec la perte de Boris il avait également perdu pas mal de ses propres souvenirs comme il l’expliqua plus tard.

Le pilote se battit la poitrine.

–          Bah moi je m’en souviens, je suis le Prince Nyagaktha Takanyakhô de la planète Abâ !

Montcorget n’en revenait pas.

–          Alors les singes ont leur propre planète aussi ?

–          Les singes je sais pas, répondit Toxic avec mépris, mais nous si. Et avant que ma planète soit envahie par les industriels, les Orcnos, et Dieu sait quoi encore nous étions un grand peuple arboricole.

–          Parle pas de Dieu ici, grommela Krome, ça va énerver les machines.

–          T’inquiète je les ai stérilisées et à part l’écran rien ne nous relie au Réseau. Bon alors, c’est bon pour le Chauve ?

–          Je vous dis que je ne suis pas chauve !

–          Et comment tu veux qu’on t’appelle alors ? le Comptable ? Remarque t’es sûr comme ça que les ligues religieuses vont t’adorer, ricana Krome.

–          Remarque le Comptable ça peut faire peur de nos jours, ils sont encore moins aimés que nous, fit remarquer l’autre.

Toxic laissa une nouvelle bouffée lui caresser le visage, frémissant de plaisir.

–          Ouais ça serait un peu comme si on l’appelait Maladie ou Choléra.

Le sujet commençait à plaire à Krome, ou bien était-ce l’odeur lourde et sucrée du haschisch et aiguë de l’herbe qui émanait du cigare ? Il souleva son énorme masse et fit disparaître sa main dans la poche arrière de son jean crasseux ramenant une flasque ronde en titane et argent, légèrement cabossée. Il s’en accorda une lampée et tendit l’objet à Montcorget qui n’osa pas refuser.

–          Remarque Choléra Joe ça pourrait être pas mal.

–          Non il existe déjà celui-là, tu te souviens pas, on l’a rencontré à Butcher Bay. Un borgne, tout petit et nerveux. Tu vois pas ?

Krome haussa les épaules. Non, ça aussi il avait oublié et c’était dommage parce qu’autant qu’il s’en souvenait –c’est à dire par bribes discontinues- Butcher Bay avait été un séjour marrant. Honoré renifla l’alcool avec prudence mais le monstre lui fit signe de boire et pas faire d’histoires. Quand il sentit l’odeur d’essence il était trop tard.

–          Alors Malaria Jack ! renchérit Krome.

Le goût n’était pas désagréable, mais il manqua de tout recracher. L’atterrissage … comme d’avoir de la lave dans l’estomac. Il devint tout pâle, verdâtre, vomit un peu de bile, puis tout rouge, et soudain…. Soudain tout son corps se mit à transpirer abondamment tandis que sa cervelle s’envolait vers le plafond de l’appareil. Ivre mort en une seule lampée. Il rendit la flasque sans demander son reste et maugréa d’une voix avinée :

–          Pourquoi vous voulez m’donner un nom d’maladie d’abord ! ?

–          Bah parce que ça sonne bien et que c’est toujours mieux que le Chauve vieux père, non ? fit Krome.

–          Ouais mais pourquoi d’maladie, chuis pas une maladie bon Dieu d’merde !

–          Alors tu proposes quoi ? demanda Toxic en passant le cigare à Krome.

Honoré leva les yeux vers le cigare et l’attrapa au passage.

–          Eh doucement vieux père, c’est pas pour les enfants ! protesta le pirate.

Mais Honoré était trop saoul pour écouter les conseils de qui que ce soit. Il tira une grosse bouffée sur le cigare, puis une autre, sans prendre le temps de respirer, avant de considérer l’engin longuement, et d’en tirer une troisième bouffée d’un air satisfait. Krome lui arracha des mains avant qu’il n’en tire une quatrième.

–          Pourquoi pas Règle en Fer ?

–          Règle en Fer ?

–          Ouais, moi ch’trouve que ça sonne bien. Ou bien Stylo Quatre Couleurs, ça aussi c’est cool

–          C’est cool ?

Krome pencha son énorme masse vers lui et l’examina en ricanant.

–          Eh bé vieux père on s’lâche ! ?

–          Hein ?

–          Non Stylo Quatre Couleurs ça le fait pas, fit le pilote. Au moins dans Règle en Fer il y a fer.

–          Ouais mais ça veut rien dire Règle en Fer.

–          Bah si ça veut dire sûrement quelque chose, eh Règle en Fer ça veut dire quoi ton blaze ?

–          Ça veut dire que… bleuuuuuuaaaaaarh !

–          Meeeerde !

L’estomac et la cervelle d’Honoré « Règle en Fer » Montcorget, peu habitué à ce genre de mélange étaient rentrés en désaccord et ce qui devait rester en bas avait décidé de remonter vers le haut et vis versa. L’impression soudaine d’avoir le cœur dans les talons et le cerveau dans la bouche, avec une grande gerbe blanche pour arroser les genoux de l’énorme face à lui. Mais Krome n’était pas bégueule, il se marra.

–          C’est plutôt Dégueulis Bill qu’on devrait t’appeler ! Ah merde, un jean tout propre.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s