Planck ! 34

MeatMeal était une de ces entreprises inscrites au registre du commerce d’un paradis fiscal sous un prête-nom lui-même prête-nom d’un autre prête-nom, etc… au cinquième prête-nom ils trouvèrent enfin un nom puis un visage qui leur raconta son histoire.

–          Un jour y’a un gamin qui est venu me proposer de lui prêter mon nom pour sa société. Il avait touché une petite somme voyez, et il voulait pas que le fisc… enfin bon… vous connaissez le truc j’parie vous à la D-Mart…. Je touche 5%, alors je me suis dit que y’avais pas de raison que je me fasse emmerder par le fisc moi non plus, alors j’ai payé un mec pour qui me prête le sien de blaze. Mais le mec il a payé un autre mec qui en a payé un autre, etc, résultat même moi je sais plus qui est qui dans l’affaire.

–          Et ce gamin, d’où il sort ?

–          Aucune idée, m’a pas expliqué.

–          Et à quoi il ressemblait ?

–          A un humain, ils se ressemblent tous non ?

Au registre du commerce il était précisé que l’entreprise avait été fondée par un kangourou du nom de Somerset Wonghan natif d’Esmaralia, constellation de Beltégueuse. Qui était donc cet humain dont il parlait. Qui était donc ce psychopathe qui marchandait au prix fort ses frères. Bon, d’accord, Fabulous avait un peu fait la même chose en achetant la terre. Condamné ses cousins d’Asie et d’Afrique, surtout quand il avait piqué l’Horloge à grand-père Diallo, mais c’était plus un effet collatéral comme on disait dans le jargon commercial. Là, ça dépassait son entendement. Chez les éléphants la solidarité était autant une nécessité qu’une tradition, et pas seulement avec ceux de sa race. Les éléphants enterreraient les ossements des autres, fauves ou pas, abritaient les rhinocéros, ces gros peureux, élaguaient les arbres, ces gros feignants. Alors vendre et acheter la chair de sa chair…

–          Vous l’avez revu depuis ?

–          Non.

–          Vous avez un moyen de le recontacter ?

–          Bien sûr, surtout en ce moment, ça marche fort pour nous.

–          Je veux le rencontrer, déclara Fabulous pas très sûr de lui. Rencontrer un monstre ?

–          Vous savez je suis pas sûr que ça soit une bonne idée.

–          Pourquoi ça ?

–          Bah je sais pas, mais j’l’ai trouvé bizarre moi c‘t’humain.

–          Bizarre ? Bizarre comment ? grogna le sergent Orcnos qui les accompagnaitK

–          Comme si y s’appartenait pas voyez… comme possédé…

Non, il ne voyait pas, ça dépassait ses compétences, mais peu importe les prête-noms étaient des gens superstitieux, l’appât du gain avait tendance à les rendre fous.

Finalement il réussit à le convaincre et ce fut non sans mal que Dieu se laissa convaincre d’écouter ses doléances.

–          Euh… à qui ai-je l’honneur ?

–          Je t’écoute mon fils.

–          Pardon ?

La première conversation qu’il eut avec celui-ci eut lieu sur le réseau à bord du Paloma, et en guise de gamin il ne vit qu’un halot de lumière. Il repensa à ce dont lui avait parlé Master D avant son départ, un pirate du réseau qui se faisait appeler Dieu. Etait-ce possible que… ? Il fallait absolument qu’il retrouve ce kangourou.

–          Tu n’as pas besoin de demander pardon, je t’ai déjà pardonné.

–          Euh… merci…

–          De rien, c’est mon rôle.

–          Votre rôle ?… ah oui, je comprends… Dites moi, je peux vous poser une question un peu personnelle…

–          Je t’écoute mon fils.

–          Ça vous fait rien de vendre des humains aux marchés au bétail ?

–          Je les vends aux Mécreants pour mieux les racheter.

–          Ah oui, dis comme ça bien sûr… alors c’est vous Ozone hein…

–          Je suis partout, je suis le Grand Tout, confirma Dieu.

–          Oui mais pourquoi… pour les racheter ? Vous allez les faire revivre… ?

–          Je suis la Vie, insista Dieu.

–          Oui… bien sûr… et ma colonie sur Terre vous pouvez la ramener à la vie aussi ? le défia Fabulous.

–          Ne doute pas de moi Giovanni Fabulous. Je suis en toi aussi.

L’éléphant ne sut pas comment interpréter le message, d’autant moins que réseau aidant il avait vraiment l’impression que ça lui venait de l’intérieur de lui-même. En réalité Dieu était en train de lui véroler le cerveau.

–          Non, non, bien sûr… alors faites-le si vous le pouvez, j’ai vraiment pas été sympa avec eux. Il avait dit ça sur un ton presque ironique, mais Dieu n’avait pas envie de sourire.

–          Accomplis ton Devoir envers Moi d’abord, ordonna Dieu.

–          Vous voulez que je prie ? Cette fois Fabulous commençait à se poser des questions. Etait-il possible qu’il soit réellement en train de parler à Dieu… autrement dit pour lui la Grande Servante, la Vie incarnée en un seul…. ? Le virus de Dieu faisait des progrès dans son cerveau.

–          Non, demander c’est prier, expliqua Dieu. Veux-tu être l’instrument de ma volonté mon fils ?

–          Euh… dites toujours.

–          Je veux que tu sacrifies un comptable.

–          Hein ?

–          Trouve Honoré Montcorget et sacrifie le, alors j’accéderais à ta prière.

Fabulous avait déjà entendu ce nom quelque part, mais impossible de mettre un visage dessus. Sûrement un humain, et après tout, comme l’avait dit le prête-nom, ils se ressemblaient tous non ? Dieu ne lui laissa pas le temps de lui demander une description, il se coupa de lui sans crier gare et pendant quelques secondes, l’éléphant se sentit étrangement orphelin. Pourquoi Dieu voulait qu’il détruise ce comptable ? Il réfléchit quelques secondes, mais les Voies du Seigneur n’est-ce pas… etc…

 

Mitrillon avait à peu près la même forme ovoïde que la terre et environ deux fois sa dimension. Il y avait des mers, des lacs, des forêts et des déserts tout comme sur terre. Des frontières et des nations, également, unies derrière le G.A.G qui y faisait office de super gouvernement. La seule chose qu’il n’y avait pas tout comme sur terre c’était ces deux baleines harnachées de technologie qui tiraient la planète vers son destin nomade. Ambassadrice, Mitrillon allait et venait d’un conflit galactique à un accord de principe tiré par ces deux baleines.

–          Le nec plus ultra de la technologie et de l’architecture planétaire, expliquait Boris. Entièrement biotechnologique, le summum. Zéro pollution, enfin on verra dans 300 ans…

–          Ah oui ? Pourquoi ? demanda Berthier qui faisait parfois semblant de s’intéresser à autre chose que son nombril.

–          La planète est reformatée tous les trois siècles de vos années, la dernière version est ultra moderne mais on ignore complètement où on va biotechnologiquement parlant, si vous voulez mon avis. J’ai lu un article là-dessus dans Le Polaris Newsweek, ils ne savent pas si cette version ne va pas provoquer des mutations incontrôlées, sans compter que ça poserait d’énormes problèmes de droit entre compagnies s’il y avait des mutations… remarquez, question procès, ça serait un vrai El Dorado. Mais question politique, un vrai bordel.

–          Ah vous connaissez cette expression aussi ?

–          De quoi bordel ?

–          Non El Dorado

Boris soupira.

–          Je vous ai dit nous sommes venus sur terre, les petits hommes verts vous vous souvenez ?

–          Bah en réalité c’était des avocats, souffla Montcorget.

Berthier lui jeta un coup d’œil de biais. Il faisait de l’humour lui maintenant ?

–          Euh… et lui ?

–          Lui ? Ah Krome… oui aussi mais dans des endroits où vous n’êtes jamais allés… si vous voyez ce que je veux dire.

L’intéressé ronflait dans un coin, ses bottes posées sur le tableau de bord, féroce jusque dans son sommeil.

–          Euh… je crois, répondit Berthier qui en était même tout à fait sûr. Il avait encore l’image du livreur de pizza dans la tête. Dites je peux vous demander un truc…

–          Quoi ?

–          Pourquoi y’a besoin de deux baleines pour tirer ce truc, avec toutes vos machines tout ça… c’était pas possible de faire autrement ?

–          Oh ça, c’est un symbole, l’architecte qui a construit cette planète Janus Cerasus a appelé ça la Raison sur la Nature. Oui, il y avait d’autres moyens et des plus simples mais que voulez vous le premier président du G.A.G tenait à marquer Mitrillion de son empreinte. Et c’était un grand amateur des créations de Cerasus.

–          La Raison sur la Nature ! Ah voilà un bon titre ! approuva Wonga.

–          Ah parce qu’il y a un président là bas aussi ?

–          Bah oui, élu tous les cinq mille ans, et si mes calculs sont bons on va arriver en pleine élection. Remarquez c’est pas plus mal, en période d’élection on écoute les doléances. Venez maintenant, il est temps de débarquer.

–          Et lui, vous ne réveillez pas ?

–          Oh non Mitrillon n’est pas une planète pour lui, trop de lois.

Ils empruntèrent un aéronef à propulsion verticale qui les expédia sans tarder dans la stratosphère de la gigantesque planète et ses 60 milliards d’habitants. En suspension dans les nuages des écrans surdimensionnés diffusaient les actualités locales à l’intention des visiteurs, Galactic Bad News avait la primeur. Jim Allbright le journaliste aux six bras riait à gorge déployée en annonçant les récents profits de D-Mart Armement depuis l’apocalypse d’Ozone. Un mal pour un bien, prétendait-il, la destruction massive ayant convaincu nombre de nouveaux clients que les bombes neutroniques de D-Mart Armement étaient fiables à 110%. Ils pénétrèrent finalement dans l’atmosphère rose, dorée et parfumée – et entièrement artificielle – de la planète. Sa surface était composée de trois continents informes au cœur desquels étaient dressées des îles parfaitement octogonales, séparées par de vastes et vigoureux océans, mais reliées au monde par de formidables ponts d’acier et de titane, arcboutés au-dessus des vagues émeraudes.

–          Qu’est-ce que c’est ? Des villes ? demanda Berthier émerveillé et qui devinait comme les autres un fourmillement continu entre les huit côtés des octogones.

–          Les trois capitales de l’univers, Zi la capitale industrielle, Crédit, la capitale économique et Paris, la capitale politique et artistique.

–          Paris ?

–          Eh oui je sais, mais après tout si la coquille d’un escargot reproduit à l’échelle près la forme de votre galaxie, fallait bien imaginer que ça arrive un jour ce genre de coïncidence.

–          Oui mais quand même Paris, répéta Berthier, ignorant l’allusion, trop flatté par l’idée. Pour une capitale politique et artistique… mazette.

–          Elle a été fondée par un français ? supposa Montcorget plus pragmatique mais pas moins ignorant de cette histoire d’escargot que Berthier.

–          Non, non, c’est la grande coïncidence de l’univers ça.

–          Les coïncidences ça existe pas, affirma Honoré Montcorget pour qui il y avait toujours une explication, une responsabilité, voir un coupable. Les coïncidences c’est ce qu’on dit quand on sait pas, martela t-il.

–          Je n’ai pas dit le contraire, mais pourtant elles sont bien là. L’ADN, l’acide desoxyribonucléique, ce qui est au cœur de toute vie prend la forme d’un huit, et bien avant cela on a donné à l’Infini le symbole d’un huit couché. Le huit qui s’écrit comme chance en chinois. Pourquoi une telle répétition   Je n’ai pas plus d’explication alors on appelle ça des coïncidences. Mais votre grand penseur relativiste Edmond Einstein ne disait-il pas qu’il ne pouvait y avoir autant de coïncidences dans l’univers sans qu’il y ait une explication ?

Indifférent à la poésie universelle, et pour autant révulsé par toute idée de relativisme, Montcorget le corrigea.

–          Albert pas Edmond.

–          Quoi ?

–          Albert Einstein, pas Edmond.

–          Ah oui, excusez mais moi les noms terriens…

–          N’empêche la capitale politique… continuait Berthier sur le même ton extasié.

Boris haussa les épaules, ne sachant quoi ajouter.

–          Oui.

Puis ils furent accueillis par un essaim d’appareils de combat de la P.I.G, section d’assaut au mufle camus, hérissés de canons à plasma, leur troupe envahissant bientôt tout l’appareil comme du lierre.

D’ailleurs non, pas « comme », c’était du lierre. Du lierre à pousse ultra accélérée qui s’infiltra absolument partout, jusque dans leurs vêtements, les palpant au passage, avant de disparaître avec un étrange bruit de bottes, des milliers de petites bottes minuscules.

–          Qu’est-ce que c’était que ça ! ? s’écria Honoré sous le choc.

–          Les troupes de combat des P.I.G.

–          La P.I.G ? Mais c’est des fontaines à eau normalement ! Non ?

–          Vous parlez de l’un de leur camouflage là. Unité 7 et 8, ceux là ont 6 générations d’avance.

–          Oui mais au moins ils sont pas armés, fit remarquer Wonga qui se souvenait encore de la première fois où il les avait vus manipuler leur étrange bras-canon.

–          C’est une façon de voir, s’ils peuvent s’infiltrer jusque dans les murs de cet appareil, imaginez ce qu’ils peuvent faire sur votre corps…

Les trois hommes échangèrent un regard effrayé, avant d’être à nouveau captivé par le spectacle qui les attendait au centre de Paris tandis qu’une voix mélodieuse s’infiltrait à son tour dans la cabine de pilotage.

–          Vous êtes autorisé à vous poser quai Alpha-740. La température extérieure est de 22° Celsius, il est 17h 10 heure locale, j’espère que vous avez passé un agréable voyage, bienvenue à Paris, planète Mitrillon.

–          22 dégrés ! Whouaou ! fit Berthier qui dès que le thermomètre parvenait à 20 sentait en lui les pulsions du printemps et les envies de vacances décharger leur flot de fantasmes érotiques et capiteux comme des décors exotiques.

Les tuyères rugirent, faisant vibrer l’engin jusqu’à ce qu’il se pose sur la carbonite lisse d’une zone d’atterrissage délimitée par trois cercles rouges lumineux d’où des batmen mécanoïdes leur faisaient des signes.

–          Et comment ça s’appelle ici ? s’exclama Berthier comme un enfant au spectacle, Charles de Gaulle ?

–          Non Ben Gourion.

–          Hein ? Encore une coïncidence ? grogna le comptable qui pour autant cette fois aurait refusé de le croire.

–          Non, construit par un martien juif. Un cousin converti.

Montcorget secoua la tête désabusé, alors c’était vrai, ils étaient partout ? Un juif martien ? ! Berthier s’interrogeait aussi.

–          Alors y a des juifs dans l’univers ?

–          Et des musulmans, et des bouddhistes… toutes les confessions que vous aviez sur terre ont tôt ou tard migré, avec l’aide ou non des Orcnos d’ailleurs. Ce martien dont je vous parle s’est laissé convertir par un Rabbis qui ne croyait pas en Dieu figurez-vous ! Mais à la Question, l’étude du Talmud et seulement ça.

Mais tout le monde se foutait de la question à vrai dire, juive ou pas. Berthier ricana pour lui-même :

–          Ben Gourion, juif de Mars…. Non mais je te jure.

Ben Gourion faisait à la fois astroport et astroPorte, les deux technologies de transport galactique cohabitaient au cœur du bâtiment central dans un ballet hallucinant de débarquement et de décollage, de Porte ouverte et de Porte fermée, des Planck ! retentissant d’un peu partout, mêlés aux hurlements des réacteurs, publicités parlantes et autres annonces aux voyageurs, le tout non pas dans une cacophonie mais dans une polyphonie musicale qui n’était pas sans rappeler quelques airs de fanfare. Les voix intervenant tel des chœurs ouvriers et les Planck ! comme des coups de tambour tribal battant le rappel. Comment était-ce possible ? Grâce à EQUALIZ-AIRMOZART 1.22Ò

–          Hein ?

–          Vous m’avez bien entendu… voyez c’est les Orcnos qui ont piqué votre Mozart, ils ont synthétisé son génie en programme, et ce que vous entendez c’est la version 1.22… heureusement d’ailleurs, sinon nos crânes exploseraient à mon avis.

–          Le bruit ?

–          Oui et la dépressurisation spatiale chaque fois qu’une porte fait Planck !

–          La quoi ?

Montcorget croisa le regard du martien. Il grommela :

–          Laissez tomber.

–          Un Planck ! Vous avez entendu un Planck ! vous ? demandait Berthier à Wonga tandis qu’ils s’enfonçaient dans la foule empressée.

Mais à mesure qu’ils avançaient le regard du réceptionniste se plissait de dégoût. Wonga n’était jamais allé ailleurs que sur Eiromage, puis brièvement dans l’espace avant déchouer au bagne. Il n’avait pas vu NewRose, où il serait probablement devenu fou, il connaissait la situation plus par oui dire qu’en l’ayant vu de ses propres yeux, il n’avait pas non plus rencontré les Régulateurs de l’univers. En fait, il ne savait pas grand chose et sa rencontre avec cette civilisation globale, universelle, hyper technologique et marchande fut frontale. S’arrêtant net sous un immense portique de bronze et de titane il contempla ébahi la flèche et le cercle qui marquait de leur sceaux l’entrée sur le territoire de Mitrillon . Déchiffrant les mots écrits au-dessous de lui sans trop savoir comment d’ailleurs, et une partie de sa cervelle se demandait s’il n’avait pas des hallucinations.

–          Paix, Fraternité et Economie de Marché ?

–          C’est la devise de la Grande Assemblée Galactique, eut le temps d’expliquer Boris avant qu’une espèce de portable avec des ailes d’oiseau-mouche ne se pointe et ne leur demande d’une voix aimable :

–          Paix, Fraternité et Economie de Marché citoyen, où puis-je vous conduire ?

–          Paix, Fraternité et Economie de Marché, nous voudrions rejoindre le Ministère de la Protection des Espèces, quel est le chemin le plus court je vous prie.

–          Je peux vous guider et ce service vous sera tarifé 2 crédits de la minute ou bien vous indiquer le chemin, ce service est gratuit. Je vends des cartes biométriques avec GPS intégré également.

–          Non merci, juste une indication, c’est tout.

Ils prirent un métrobus à propulsion neuronique, une espèce de suppositoire blanc émail qui les expédia au nord de la cité. Dans un quartier d’ambassades et de ministères divers, avec ça et là des monuments formidables, des parcs exotiques et des musées au bord desquels s’alanguissaient des véhicules de luxe comme des madones suspendues au-dessus du sol, allant et venant au rythme des grands fauves repus. Cette partie de la ville n’était évidemment pas très vivante et animée, sauf si on incluait les caméras de surveillance comme une forme de vie. Un paysage plus reposant pour les yeux si l’on peut dire, mais bien entendu pas pour Wonga qui bouillonnait intérieurement en se répétant les mêmes mots : « Paix, Fraternité et Economie de Marché ? »

Avocat accrédité, le martien n’eût aucun mal à les faire rentrer au ministère qui d’ailleurs était un endroit ouvert bien que hautement et secrètement protégé. Ce fut au bureau des plaintes proprement dit qu’ils se heurtèrent à un mur. Ou plutôt une queue. La plus invraisemblable queue que les trois êtres humains aient jamais vue de leur existence, et à vrai dire même le martien n’en revenait pas. Une queue de onze kilomètres qui serpentait dans une pièce malheureusement pas si vaste que ça avec tout au bout trois tous petits guichets dont un fermé.

–          Qu’est-ce qui se passe s’enquit Boris ahuris auprès d’un voisin.

–          Les Orcnos, ils envahissent l’espace, quelqu’un leur a donné une horloge furfurienne.

–          Quoi ? Mais c’est cataclysmique !

–          Je ne vous le fais pas dire.

Boris se tirait les oreilles.

–          Mama mia !

–          Bah quoi ? demanda Berthier.

–          Les Orcnos, partout !

–          Oui et alors ?

–          Et alors ? Les Orcnos sont des fossoyeurs ils dévorent tout ce qui est vivant, si possible avec de la viande autour et de l’intelligence dedans ! s’écria le martien. Les Orcnos dévorent, exploitent, détruisent, et ils ne respectent absolument rien sinon leur empereur et vous me dites et alors ?

–          Attendez, cette histoire d’horloge machin, intervint le comptable l’air soudain méfiant, c’est pas celle qu’on devait retrouver par hasard… vous savez celle dont vous disiez que c’était des conneries, des légendes….

Le ton pas plus que l’air ne prêtait pas à rire et d’ailleurs plus personne n’y pensait. Le martien roula des yeux effrayés.

–          Je suis désolé…

Montcorget était mauve, Berthier ne comprenait toujours rien et Wonga ruminait dans son coin, loin de tout ça.

–          Vous êtes désolé ?

Le comptable désigna la pièce d’un geste emphatique.

–          Pourquoi vous leur dites pas à tous ces trucs que vous êtes désolé…. Incompétent ! Crétin ! Imbécile ! Comédien ! Taxidermiste !

Sa voix avait enflé jusqu’au rugissement, quelques personnes, robots et machins se retournèrent, mais depuis 52 heures qu’on était là il faut avouer qu’on en avait vu d’autres. Et même la baffe qui s’en suivit ne les intéressa pas beaucoup plus. D’autant que le martien, plus rapide, avait évité la main.

–          Dites donc ! Vous aussi vous faites des erreurs !

–          Ouais et l’une d’entre elles est devant moi, rétorqua le comptable avant de bousculer tout le monde et de sortir de la pièce.

Mais où est-ce qu’il allait aller maintenant ? Il réfléchit quelques instants avant que la réflexion laisse place au souvenir de sa morsure. Oui, elle, sa morsure : Lubna. Celle qui aujourd’hui, il ne l’avait pas oublié, tournait dans des films pour adulte. Comment, pourquoi ? Ça l’écœurait, même s’il n’avait jamais eu d’avis particulier sur les femmes, peu concerné qu’il était jusqu’ici, il se demandait si les autres n’avaient pas raison : toutes des salopes alors ? Il fallait qu’il sache, car incidemment, sans trop savoir pourquoi il n’arrivait pas à y croire. Maman par exemple, dit-il tout haut avant que Moïse Wonga ne le bouscule à son tour.

–          J’en ai assez vu ! Je refuse de participer à cette mascarade ! A bas le capital !

Montcorget le regarda s’éloigner, haussa les épaules et s’en fut de son côté.

–          Mais où est-ce qui vont tous ! s’écria Boris en sortant à leur suite, suivi de Berthier pas moins surpris.

–          Cher ami ! s’exclama un genre de poulpe en venant à leur rencontre dans un bruissement de soie.

–          Ethnor ! Mon ami ! fit en retour le martien oubliant d’un coup Berthier et les deux autres.

La méduse et la souris verte s’embrassèrent. Plus tard Boris expliqua à Berthier qui était son ami, un puissant marchand qui avait ses entrées dans de nombreux ministères.

–          Ethnor va nous aider, je m’occupe de tout, vous ne vous occupez de rien, assura le gremlins from Mars, sans prendre l’accent – et ici l’auteur se dit qu’il va perdre une partie de ses lecteurs, mais il s’en fout, il aime les mecs qui mettent la main à la poche.

Pas le genre de phrase qu’il fallait répéter deux fois à François Berthier.

 

 

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