Planck ! 29

Qu’est-ce que c’était ? ou plutôt, qu’est-ce que ça avait été ? Sur quelle base ça s’était formé ou déformé, on ne savait trop quoi en penser, l’idée de toute pensée à ce sujet pouvait même être néfaste pour sa santé mentale, on le sentait d’instinct. Qu’est-ce que ça avait été ? Impossible de le dire, qu’est-ce que c’était, difficile à définir, par où commencer ? Par le début ? Mais il était où exactement le début ? Une flaque ça a un début ?

Donc on pouvait le décrire, c’était une flaque, Monticello Corticori de Punjah était une flaque. Flaque de quoi… ? Restait à le définir. Les millions de drogues que le nabab avait essayées, les milliers d’alcools qu’il avait ingurgités, les tonnes de viandes, patates, gibiers, tranches de bacon frit, œufs géants baveux qu’il engouffrait cinq fois par jour comme une prière païenne, avaient fait éclater la totalité des vaisseaux de son épiderme en petites veinules d’un mauve sombre. Parvenu à son 5ème cœur et à son 18ème foie, sa rate et ses intestins changés deux fois, et ses 11 reins relayés par de la biocybernétique, le reste de sa viande avait pris la tangente, pourrissant sur pied, développant des métastases bientôt purulentes. Ses poumons étaient dans un tel état qu’on avait du lui inciser des branchies, ses gencives en plastique dur de couleur rose vif faisaient comme un filament de sang dans cette flaque exhalant une odeur de cadavre et d’excrément mêlés. Lubna jugeait donc qu’on pouvait définir Monticello Corticori de Punjah comme une flaque de merde. Et qu’est-ce qu’on fait quand une flaque de merde vous propose la botte ? On esquive. Mais bien entendu, on ne peut pas esquiver très longtemps quand tout le monde vous met la pression. Surtout pas quand le plus insistant est précisément ce monstre de 600 kilos ivre de came et d’alcool du matin jusqu’au soir. Heureusement qu’il y avait les autres filles pour le distraire. Heureusement, mais pas tout le temps, et alors elle sentait sa viande se refermer sur elle, sa grosse langue artificielle et pleine de moisissures lui glissant un souvenir bien baveux à l’entre jambe dont elle se dégageait avec la plus grande difficulté.

–          Pourquoi tu veux pas de moi poupée ? Je suis pas sexy ? gloussait-il alors généralement d’une voix horriblement froide et intestine.

–          Fous-lui la paix Cort, on va tourner là ! râla Cock

Bruno Bonoboss dirigeait une écurie de quatre étalons, les Bonobos donc, qui se comportaient un peu comme un boys band autour de son chanteur vedette. Ils en avaient l’allure d’ailleurs, visage carré, tatouages savants, corps bodybuildés et bronzés, impeccablement épilés, avec des bites d’éléphants. Sur le premier pont il y avait une piscine entourée d’un patio méditerranéen où s’amusaient déjà d’autres étalons de Vivian Inc. – Johnny English, Kamatsu Tran, Hugo X, enfin bref rien que des maîtres queue – avec des filles carénées comme des bolides de compétition, certaines même dotées d’ailes aux plumes nacrées et aux rires de sirène. Comme à leur habitude, suivant les indications du réalisateur, les Bonobos s’arrogèrent d’emblée les plus belles puis Bruno fit son apparition. Ce n’est pas tant ses dimensions qui étaient impressionnantes que son talent à faire jouir ses partenaires. Aucune ne lui avait jamais résisté. Il faut bien comprendre que la queue de Bruno pouvait s’adapter à n’importe quelle forme de vagin, qu’elle était dotée de capteurs de température, vibrait légèrement, et qu’en plus de ça son épiderme avait la texture de la soie chaude rehaussée d’un léger parfum chargé jusqu’à la gueule de phéromones mâles. Initialement programmé pour devenir gigolo, le Bonoboss avait malheureusement un défaut de fabrication son appétence sexuelle hors norme qu’une carrière de gigolo ne pouvait assouvir entièrement. Et puis d’abord Bruno n’aimait pas les vieilles, même riches.

Il besognait deux jeunes femmes alternativement, faisant moduler leurs plaintes de plaisir en un refrain entraînant et léger, à l’arpège près – un air qui avait été à la mode deux mois plus tôt – quand elle fit son entrée, mimant une nouvelle fois celle qui avait marqué leur rencontre, vêtue ou plutôt dévêtue de la même robe. Mais cette fois elle descendit dans la piscine et effleura les queues qui se dressaient devant elle, flatta les vulves et les clitoris, avant, toujours sur les ordres de Cock, d’embrasser à pleine bouche Bruno. C’était un baiser chaud, lumineux, un baiser qui le durcit instantanément, un baiser, pour autant, légèrement mécanique et que Bruno aurait pu qualifier de professionnel si son cerveau n’avait pas été entièrement occupé ailleurs au point de laisser son système nerveux central se débrouiller tout seul, ce qui provoqua pendant quelques secondes quelques problèmes vitaux chez la vedette…

–          Allez-y les enfants, lâchez-vous, faites comme si on était pas là, beuglait Cock, tandis qu’une centaine de caméras voletaient autour d’eux comme des mouches autour d’un cadavre.

–          Ouais, c’est ça, d’ailleurs vous êtes chez vous, grasseya derrière lui Monticello Corticori de Punjah avec un petit ricanement.

La piscine n’était pas, cette fois, remplie de sperme de baleine, mais d’un liquide au contact huileux dont la base était extraite du Pam-pam, le tout relié au réseau sur différentes chaînes spécialisées, de sorte qu’au même instant, un million et demi de personnes vivaient au centimètre carré de peau près la même scène, virtuellement, et ce avec le corps de leur choix. Sur la base du leur ou en empruntant celui de ces dieux et déesses du sexe pour une partouze qui promettait d’être phénoménale. Lubna commença par flatter les trois couilles de son partenaire tout en lui caressant savamment les reins, son sexe pointant contre son ventre, comme s’il voulait rentrer par le nombril. Il ne fallût pas longtemps avant qu’il l’attrape par les hanches et la soulève pour sucer ses larges aréoles, sa langue diffusant à travers la salive un suc aphrodisiaque qui agit rapidement. Sans s’en rendre réellement compte, Lubna abandonna le côté mécanique de ses caresses pour se laisser aller à sa propre fantaisie sexuelle, et elle avait de l’imagination de ce côté-là. Peut-être pas aussi riche que le substrat qu’avait révélé la colère de Montcorget, mais assez pour rendre fou un Bonoboss qui, une fois n’est pas coutume, eut beaucoup de mal à se retenir. Comme les autres, il l’a fit jouir non pas une fois, mais trois fois de suite, coup sur coup, en cascade, et elle aussi, bien malgré elle, se mit à chanter ce chant si particulier aux femmes, unique, qui nous bouleverse peut-être autant que leur visage quand elles aiment ou que leur chatte quand elles sont heureuses. Elle aurait voulu se garder tout entière pour Honoré, elle aurait voulu ne crier que pour lui, mais son corps en avait décidé autrement, et accessoirement elle lui en voulut, autant à l’un qu’à l’autre. Le premier pour l’avoir entraîné dans cette aventure mais comme toujours absent, le second pour trahison.

Cette première scène avait complètement retourné Monticello Corticori de Punjah – ainsi qu’une bonne dizaine de milliers de personnes branchées sur le système, dont pas mal d’entre elles en moururent d’extase – Mais la seconde, celle où Bruno prit Lubna en levrette après lui avoir longuement léché le clitoris et le cul le rendit littéralement fou. Il se glissa dans la piscine à son tour. Suant de came et d’alcool, il imprégna de ses élixirs et de son odeur tous ceux qui étaient là, plongés avec lui. Des filles et des hommes tentèrent de s’enfuir avec horreur, il les rattrapait par les chevilles, sa flaque déroulant une tentacule, les attirant dans sa viande avec des bruits mouillés et un petit rire aigrelet. Lentement, tout le monde fut trop défoncé dans la piscine pour tenter de s’échapper. Pour les clients branchés sur la scène, ce fut une expérience sensorielle sans limite… s’il n’y avait pas eu l’odeur… quoique… dès lors pour quelques dizaines de milliers la scatologie devint un passe-temps hautement sexuel et la merde sous toutes ses formes recherchée comme un aphrodisiaque puissant. Certains ne pouvaient tout simplement plus baiser sans avoir un étron à côté du lit. Lubna, droguée jusqu’aux yeux, le cerveau saturé de plaisir, pénétrée de toute part, ne voyait plus que de la chair et des organes sexuels qu’elle caressait, léchait, suçait sans distinction, avec la vague impression qu’elle était au cœur d’un malstrom de viande noirâtre mêlée de chairs dociles et harmonieuses. Du point de vue de Cock c’était hallucinant, 16 corps enlacés, baisant d’un seul rut, poussant des cris et des gémissements comme il n’en avait jamais entendu dans toute sa carrière, le tout mélangé à cette chose immonde qu’était Cort qui lui aussi poussait de petits cris, ignobles certes, mais qui ne simulaient pas leur plaisir.

–          Bon maintenant Bruno et Lubna vous sortez de là et vous continuez près des palmiers… voilà poupée c’est bien, monte l’échelle c’est ça… ah toi ma putain t’as ça dans le sang… ! Ouais Bruno, face caméra, montre nous ta queue, ouais Bruno vas-y, elle est belle ta bite, caresse là, pense à not’ public pédé… maintenant Lubna tu le rejoins…

Lubna obéit, ivre de sexe et de came, se collant à lui, envoyant à travers le réseau d’énormes décharges de plaisir, ses mains caressant le ventre musclé de l’acteur, se saisissant de son engin avec science avant de l’obliger de se mettre à genoux, et le sucer jusqu’à ce qu’il lâche son nectar au fond de sa gorge. D’aucun serait tenté d’y voir là une image éculée et un peu prétentieuse pour décrire du sperme vulgus si Bruno n’avait pas été équipé pour matérialiser son propre plaisir en un liquide tout à fait similaire au sperme humain, à l’exception de son goût. Un goût mystérieux, inconnu, que l’auteur lui-même serait bien en peine de décrire car son équivalence n’avait jamais existé sur terre. Disons que si on pouvait donner une couleur à ce goût comme on le fait d’un son celui-là était ambre. Un goût qui avait autant de variables que pouvait en exprimer le plaisir de Bruno. La plupart du temps, parce qu’il était avant tout acteur de porno, c’était un plaisir plat, fonctionnel et parfois pas de plaisir du tout, mais il y avait quelques grands crus qui se vendaient sur le réseau et dont les femmes autant que les hommes raffolaient. Pour autant c’était un sperme transformé par sa troisième testicule, absolument inutile pour la procréation. Ce sperme là avait une autre fonction, il était énergisant et addictif, un peu comme une cigarette, rendant ainsi tout son sens au mot fellatio : téter.

Lubna tomba dans ce petit piège d’amour sans même s’en rendre compte et ainsi ils alignèrent les heures de baise comme d’autres les boulons. Au bout de la cinquième, Cock lui-même épuisé, laissa les caméras tourner pendant que les autres s’entre-tringlaient avec une belle passion, et alla se reposer dans sa couchette. Deux jours plus tard, il avait de quoi monter onze films de deux heures et demie, sans compter les scènes coupées… Le plus célèbre deviendrait sans doute : Le Voyage de LubnaVers Numbaone. On y voyait Lubna et Bruno comme ils étaient déjà à la ville, en train de se caresser mutuellement tout en discutant de leur vie, jusqu’à ce que la jeune femme se penche sur lui et le cueille dans sa bouche. Une scène éclairée en demi-teinte, avec l’aide de ses assistants dont certains s’étaient mêlés à la partouze derrière, tandis qu’une voix off racontait leur histoire d’amour.

–          Il était une fois une fort belle jeune femme, venue de nulle part, qui croisa la route d’une célèbre vedette du spectacle…

Et tandis qu’il travaillait sur ce qui allait devenir son chef d’œuvre, Bruno et sa belle discutaient effectivement de la pluie et du beau temps. Que se disaient-ils ? Des trucs d’amoureux. Autant dire des propos creux, cérémonieusement babillés avec un petit emballage de mots sucrés. Lubna était tombée sous le charme, le souvenir du comptable quelque part enfermé dans le coffre aux trésors impossibles de son esprit. Son cœur était conquis, on aurait pu le croire, mais l’esprit est retord et la Vie pas moins…

Toujours est-il que le 1er film de Lubna et Bruno fut un succès interplanétaire, si bien que leur arrivée sur Numbaone fut traitée comme un événement, bientôt relayé sur tous les réseaux, leur nom se placardant partout sur les affiches tridimensionnelles en couleur des millions de systèmes pourvus de la technologie adéquat. Et par la magie de cette technologie de l’instantané et du jetable sans doute Dumba, Honoré et Berthier les auraient-ils également aperçus en passant par le centre, si une nouvelle fois la traversée de NewRose n’avait pas été fondamentalement anxiogène pour les trois humains. EdenPark était une improbabilité perchée sur les hauteurs de la cité, là où l’air était à peu près pur. Un parc entièrement voué au commerce de luxe, les magasins nichés dans les hauteurs d’arbres baobabesques, dont certains en grappes fixés à des lianes impossibles, fossiles d’une préhistoire extra planétaire qu’on avait fait importer il y avait si longtemps que tout le monde croyait ici qu’ils avaient toujours été là. La boutique qui les intéressait se trouvait planquée entre deux énormes branches sur lesquelles déjeunaient quelques familles, mais avant Mouloud tint absolument à ce qu’ils portent autour du cou de petits sapins désodorisants comme on en trouvait dans les voitures du temps de la terre. Bien entendu Montcorget se montra parfaitement hostile à cette requête.

–          Vous nous prenez pourquoi ? Des clowns ! ?

–          Ecoutez… euh… comment vous dire… mais vous ne sentez pas très bon, sans vous offenser et….

–          Quoi ! ? s’insurgea à son tour Dumba en arrachant son petit sapin, mais les éléphants nous ont rincés !

–          Euh… oui mais c’est à dire… euh… voyez-vous pour pas mal de gens les êtres humains puent.

–          Comment ça on pue ! ? s’emporta à son tour Berthier qui pendant un peu moins de trente ans s’était évertué à s’arroser d’after-shave tous les matins. Dites tout de suite qu’on veut pas nous oui ! Nulle part !

–          Mais si, mais si, tempéra Mouloud en agitant ses longs bras. Mais vous voyez, euh… comment dire… vous n’y pouvez rien, c’est comme ça, vos glandes produisent une odeur connue dans l’univers comme étant une des plus nauséabonde. C’est comme ça, c’est la nature, voyez. Votre chair est paraît-il succulente mais… vous puez…

–          Pour vous on pue pas pourtant ! fit innocemment Berthier.

–          Oh que si, mais je porte un micromasque voyez… fit-il en sortant de sa bouche/ventouse un petit appareil en silicone puis le fourrant bien vite là où il l’avait trouvé.

–          Je veux rien savoir ! rétorqua fermement Montcorget, moi je mets pas ça !

Et « ça » vola dans les airs près d’une famille de bidule qui leur rendit l’équivalent d’un regard furibard.

–          Allez mettre vos déjections ailleurs ! protesta un des êtres, le père.

Mouloud obéit sans un mot et agita le petit sapin au nez du comptable.

–          Vous rentrez pas sans ça, et si vous rentrez pas, un humain à cette hauteur, c’est les flics à tous les coups.

Bon gré mal gré Montcorget enfila sa décoration en roulant des regards mauvais vers les trucs qui les observaient, visiblement satisfaits. S’il espérait plus de compassion à l’intérieur il allait être déçu.

–          Whâ des puants !

–          Quoi encore ? grogna en retour le comptable.

Ah non, ça n’allait pas recommencer, pensa t-il. Quoi qui n’allait pas recommencer ? Après tout c’était la première fois qu’on lui expliquait que l’homme puait visiblement si fondamentalement que même un ordinateur portable au début de ce roman avait besoin de se rafraîchir à coups de désodorisant chimique pour ne pas être incommodé par l’odeur humaine. Alors qu’est-ce qui pouvait le scandaliser plus que ça ?

–          Hein ?

–          Vous êtes quoi vous encore ? Un robot ! ? continua le comptable en s’avançant vers le responsable du magasin pour essayer de lui tirer les poils.

L’autre écarta doucement son bras.

–          Eh oh le puant tu te crois où ? Dans ta chambre ?

–          Ah non, non, non, ça suffit ! s’exclama Montcorget en prenant la direction de la sortie. Pas ça !

Mouloud lui bloqua le passage, son ton se faisant soudain un peu plus menaçant.

–          J’ai dit que vous restiez ici !

Etre menacé par une chose orange et verte pomme, curieusement cela n’avait rien d’amusant, cela provoquait même un petit malaise qui figea Montcorget.

–          Je vous interdis de m’inter… mais sa phrase se perdit avant d’atteindre son point de non-sens. Obligé, il se retourna et eut une furieuse pensée contre la Création tout entière. Un singe ! un putain de singe ! Un putain d’ouistiti même !

–          Qu’est-ce qu’il a à me regarder comme ça le puant ? C’est quoi ton problème machin ?

Il faut dire que si Honoré Montcorget avait déjà beaucoup trop rencontré d’étrangetés pour sa misérable imagination, que les girafes en cuir et les éléphants parlant avaient été un coup pour sa raison, la présence de ce singe en était une pour ses plus intimes convictions. En effet, le comptable, qui n’avait jamais prêté beaucoup d’attention aux animaux, sinon aux pigeons qui chiaient sur sa fenêtre, qu’il comparait à des rats volants et qu’il nourrissait à coups de graines empoisonnées, tenait pour opinion que cette théorie de l’homme descendant du singe était non seulement absurde mais parfaitement abjecte. Il lui suffisait de se regarder dans la glace pour bien voir qu’il ne ressemblait même pas de loin à un chimpanzé et aucun gorille, primate de tout acabit, grand, moyen, petit n’aurait pu calculer des comptes à sept chiffres pratiquement de tête. Alors un ouistiti parlant… disons que ses dernières certitudes étaient en train de s’effondrer dans le désordre et que le bruit que ça faisait dans sa tête lui collait un mal de crâne cosmique.

–          Euh… bon… laisse tomber Zoltan si tu veux… euh… sont pas d’ici… tu vois.

–          Ah ouais ? C’est vrai que des puants à cette hauteur c’est pas courant, moi qui croyait que je serais tranquille quand j’ai quitté Ozone, mais non… arf, pourquoi vous êtes là d’abord ?

–          On a un service à te demander. On cherche un client à toi je pense.

–          Un client à moi ?

–          Un amateur d’ElfeÒ…

Zoltan le ouistiti posa délicatement sa lèvre inférieure sur son nez puis fit quelque chose comme :

–          Pflrflrflrpflrpfrlp ! Tu veux m’attirer des ennuis ou quoi ? Je donne pas le nom des clients qui achète des ElfesÒ.

–          Il s’appelle Giovanni Fabulous.

Le ouistiti déglutit.

–          Raison de plus.

Berthier regardait autour de lui comme un gosse dans un magasin de jouets. Partout, empilés, suspendus au plafond, en vrac, en colonne, dégueulant des rayonnages, des appareils de toutes formes, toutes tailles, tous plus étranges les uns que les autres et dont il croyait en reconnaître certains. Ici un sabre-laser, là un phaseur comme dans Battlestar Galactica, ailleurs une porte des étoiles comme dans Stargate, la Porte des Etoiles – Il s’agissait en réalité d’un roulement à billes de croiseur de frontière – … ah si seulement il avait pu prendre des photos…. Et ne captant pas l’opportunité que venait d’ouvrir malgré lui Zoltan il demanda :

–          C’est quoi des Elfes rrrr ?

–          Des quoi ?

–          Il veut dire des ElfesÒ traduisit Mouloud.

–          Ah… et profitant de l’occasion pour détourner l’attention, il sortit de sous son comptoir, une boîte transparente avec une serrure dans laquelle voletaient deux dizaines de petits êtres exquisement femelles. C’est ça…

–          Oooh, firent Dumba et Berthier en se penchant, et ça sert à quoi ?

–          Sex toys, vous voulez essayer ?

–          Non, non, protesta Mouloud, c’est des humains vont jamais supporter !

–          Allez rien qu’un petit coup… je vais les régler…

Et avant que l’extra terrestre ait le temps d’en ajouter, le ouistiti introduisait une clé et la tournait trois fois, relâchant un gaz qui étourdit les petites créatures.

–          Mais qu’est-ce que vous avez fait ! Vous les avez tués !

–          Non j’ai accéléré leur rythme d’ovulation, répondit l’animal en ouvrant soudain la boîte.

Elles sortirent tel un essaim de guêpe et se jetèrent sur le premier mâle venu, à savoir Berthier, s’introduisant par tous les plis de ses vêtements et d’une force prodigieuse, toutes ensembles le renversèrent sur le sol plastique. D’abord ce fut comme une longue et douce onde de chaleur, puis le commercial se mit à glousser comme un môme en train de jouer au docteur, jusqu’à ce qu’il atteigne ce que les amateurs appelaient le Tremblement de Terre, et que cela devienne épileptique. Presque comme une douleur qui aurait parcouru le long de sa colonne vertébrale dans les deux sens, irradiant ses côtes, ses bras, jusqu’à la cime des doigts un plaisir indicible, écrasant, qui recrachait par jet continu des endorphines et de la dopamine dans son cerveau. Il transpirait et il hurlait, c’était trop maintenant, Zoltan claqua deux fois dans ses mains en aboyant un « Ouk ! » autoritaire. Les fabuleuses remontèrent une à une sous la surface de ses vêtements, le laissant pantelant et ventre inondé, collant, fleurant le foutre et la sueur par tous les pores de sa peau. Il se redressa les yeux en tête d’épingle, le sourire en extase devant les deux autres parfaitement ahuris.

–          Oh mes amis quel pied ! Vive la technologie !

–          C’est pas de la technologie, c’est des êtres vivants, c’est pour ça que c’est interdit d’en attraper ou d’en posséder. Bon maintenant faut me foutre le camp, j’ai pas que ça à faire !

–          Et Fabulous ?

–          Mouloud, je serais toi, je le laisserais en dehors de tout ça…

–          Donne-moi son adresse ou je dis à ta femme que tu la trompes avec une chimpanzé.

Bien entendu, fugitivement, ils pensèrent qu’il plaisantait, mais si un singe pouvait parler dans cette partie de l’univers…

–          Ah t’as même pas d’preuve !

–          Non j’ai mieux j’ai un film entier, et tu le sais bien, on était ensemble…

–          Salaud tu avais dit que….

–          C’est pour Athem, coupa Mouloud.

Le ouistiti hocha la tête.

–          Ils connaissent Athem ces puants là ? Y me déçoit…. Bon si c’est pour lui… mais tu diras rien à Yalha ?

–          Promis juré, si je mens je vais en enfer !

Zoltan se brancha sur son ordinateur, quelques minutes plus tard ils ressortaient avec l’adresse.

–          Dites au fait, c’est quoi Ozone, une planète avec des humains dessus ? fit Berthier en montant à bord de l’astrojet.

–          Deux espèces d’humains différents, à ce que je sais, mais sinon tout comme la Terre.

–          Incroyable, j’ai encore du mal à m’imaginer qu’il y ait d’autres terriens dans l’univers.

–          Pas des terriens, des ozoniens, humains comme vous. On dirait que vous avez du mal à vous y faire hein…

–          De quoi ?

–          De pas être la seule espèce intelligente de l’univers, tous vos cousins de la terre sont pareils.

–          Remarquez, entre des fontaines à eau et des ouistitis qui parlent, moi… fit Dumba. Plus rien ne m’étonnera plus jamais.

Mais bien entendu il se trompait. Il lui fallut seulement tourner la tête de 40° pour s’en apercevoir, et quand cela fut fait cette révélation nouvelle sortit comme un cri du cœur.

–          Là ! Ma sœur !

Les trois têtes se tournèrent en direction d’un panneau publicitaire volant qui affichait en 3D Lubna et Bruno nus, enlacés et titré : Le Voyage de Lubna Vers NumbaoneBIENTÔT DANS VOS BACS !

–          Votre sœur ?

–          Lubna ! Là ! s’exclama à nouveau Dumba en suivant du doigt le panneau qui s’éloignait. Qu’est-ce c’est ! ?

–          ça ? C’est une pub pour un programme de cul pourquoi ?

Dumba, d’un regard, le massacra à coups de hache.

–          Un programme de quoi ? Ma sœur ?… il blêmit. SUIVEZ CE PANNEAU !

–          Pourquoi faire ?

–          Faut que je retrouve ma sœur !

–          C’est pas en suivant ce panneau que…

Mais Dumba avait cessé d’écouter jusqu’à sa raison. Il sauta de l’appareil et se mit à galoper sur la branche, disparaissant bientôt derrière un buisson de mousse.

–          Mais qu’est-ce qui fait, il est dingue ! s’exclama Berthier.

Mouloud poussa un sifflement lugubre avant d’enclencher les moteurs.

–          Le prochain qui me fait ce coup là, je le pulvérise, c’est compris !

Menace inutile, si l’un ne voyait aucune raison pour se mettre à courir sur une branche, l’autre avait le cœur déjà pulvérisé et de fait pas la moindre force pour imiter le zorzorien. Pour Montcorget la vie venait de s’arrêter et abscons à l’amour il n’était même pas certain de comprendre pourquoi.

 

 

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