Planck ! 27

Bien entendu c’était un mensonge, mais John-Willy Cock n’était pas devenu ce qu’il était devenu dans l’industrie –la qualification de ringard ne l’effleurait pas, dans cette ville on était ringard dès lors qu’on n’avait pas fait deux succès de suite- sans s’arranger avec la réalité et les plannings des uns et des autres. Bonoboss et sa bande, les Bonobos, travaillaient beaucoup, pour le rencontrer il fallait se rendre à des fêtes. Pour rentrer à ces fêtes, ne pas être un ringard. Mais on n’était pas un ringard du moment que sa maquilleuse était une des meilleures amies du Bonoboss…

–          Bruno, Bruno ! faut que je te cause.

–          On se connaît ?

–          On a tourné ensemble, c’est moi qui ai lancé ta carrière, John-Willy Cock !

–          Ah, on m’a dit que t’étais mort… alors ça va vieux, qu’est-ce tu fais ici ? Tu connais quelqu’un autour de cette piscine ?

–          Euh… cette fille là-bas, répondit-il négligemment en signalant du doigt le phénomène en approche

Bruno Bonoboss tomba en arrêt. Réellement en arrêt, son cerveau brièvement court-circuité par la petite ruse de Cock et il ne fut pas le seul à se retrouver soudain complètement dépourvu quand la baise fut venue. Oui car il est bien entendu que ce n’était pas à une petite bise qu’on pensait quand Lubna d’un feulement de ses cuisses interminables traversait la pelouse mauve d’un patio, où s’étalait une immense piscine de sperme de baleine dans laquelle batifolaient des couples des quatre sexes : mâle, femelle, hermaphrodite, hermaphrodite quand ça l’arrange.

Des bouches encore pleines de crème glacée une seconde plus tôt se desséchèrent en un instant, des yeux s’écarquillèrent si grands qu’ils éclatèrent, des queues déchirèrent des braguettes, des femmes se mirent à babiller des mots incompréhensibles, on compta douze cas de lesbianisme spontané. Plus tard il faudrait même faire venir les secours psychiatriques pour certain(e)s. Il faut dire que Fraise s’était surpassé : deux bandes de soie pour cacher ses seins lourds se rejoignant sous son nombril en forme d’amande douce, et se terminant sur une robe fendue jusqu’en haut de ses cuisses, les épaules et les seins mystérieusement voilés d’une étole de fréon dans laquelle passait un courant électrique de bas ampère qui donnait à l’ensemble une aura rose bonbon.

–          Bruno, je te présente Lubna, ma nouvelle découverte, fit Cock en retenant de sourire comme un renard venant de découvrir l’entrée du poulailler.

Mais la star l’avait déjà oublié. La bouche légèrement entrouverte, la pupille fixe. On avait beau être un professionnel, voir autant de cul dans sa vie qu’un gynécologue et en baiser beaucoup plus, on n’en pouvait pas moins être stupéfié par ce que ce corps merveilleux dégageait en plus comme sensualité. Du sexe à l’état pur qui le toisait derrière ses yeux clairs et pas le moins du monde impressionné par les traits réguliers de l’acteur, sa présence ou même les évanouissements qu’elle provoquait.

–          Enchanté, alors on va travailler ensemble il paraît ? fit rapidement Bruno en lui serrant délicatement la main, un sourire magnifique au visage.

L’hébétude chez lui n’était jamais très longue, pas tant qu’il était plus vif d’esprit que la moyenne, que son ego surdimensionné agissait sur ses réactions comme un acte réflexe. Il lui fallait cette femme, cette femme était un trophée sans équivalence à tous points de vue. Cock faillit applaudir la poignée de main historique. « Zorzor » faillit répondre Lubna.

Au fond d’elle, elle avait la haine. Cette scène avec l’Iguane l’avait horrifiée, les manières de Cock, l’ambiance générale, l’écœuraient mais Lubna avait le sens de la survie chevillé au corps et quelque chose qui la faisait tenir : l’espoir de le revoir. On pourrait lui mettre toutes les bites du monde en travers de son chemin, elle le retrouverait. Car elle n’en aimait qu’un, elle en était sûre. Alors au lieu de répondre le mot célèbre d’Oiseau-Tonnerre, elle dit :

–          Oui, il paraît.

 

Prudent, Cock n’alla pas chez le vice-Duc Monticello Corticori de Punjah, dit également Cort, avec elle. Il se contenta de lui passer le film de ses ébats avec l’Iguane. Cela suffit, il savait où trouver un mémobiologiste et était même prêt à lui prêter un de ses vaisseaux, seul problème, il voulait être du voyageur. John-Willie Cock se demanda comment la jeune femme réagirait quand Cort exprimerait son souhait de la baiser, et craignait un voyage infernal. Ce fut tout le contraire.

 

Mauvaise Haleine Assassin et Tabor imaginaient tout le contraire, un voyage parfait, et ce fut tout le contraire qui se passa également. Mauvaise Haleine et son complice était parfaitement certains que dans ce coin de l’espace, personne n’entendrait Tabor jouer à docteur Frankenstein avec l’hyper-réacteur à particule dont était doté l’intercroiseur. Parfaitement sûr qu’il maîtrisait la situation et que la fortune était au bout. Après tout, mainte fois l’engin avait servit à transformer des marchandises volées en monnaie sonnante et trébuchante, voir en hyperdrogue, Mauvaise Haleine avait un petit faible pour le trafique de stupéfiant. Ici il s’agissait de collusionner les atomes d’un canidé hanté et des restes peu reluisant d’un chanteur de reality-show, certes encore vivant, mais plus pour très longtemps. Une opération, toute fois, qui réclamait un doigté à la portée du seul zeltakien, pendant que Mauvaise Haleine s’était enfermé dans sa console de jeu en attendant que ce qu’il qualifiait de «grosse connerie à la mord moi les couilles » soit terminée.

Tabor, du bout de ses moustaches, qui sentait l’énorme potentiel qu’il avait dans sa machine, activa l’hyper-réacteur fébrilement, et pour autant parfaitement certain qu’au bout il aurait de quoi façonner un biocyborg d’une puissance colossale. Puissance colossale il y eut bien, mais pas exactement dans le sens qu’il l’espérait. Que se passa t-il ? La vibration particulière sur laquelle mugissait le souvenir de Raoul le gnou, rendue élastique dans ses conceptions du monde par la texture d’un chewing-gum, épousa de tout son désir de vivre l’énergie cosmique qui activait l’hyper engin, et contamina jusqu’au moindre atome de ce milshake de quark. Le transformant en un noyau d’énergie solide il rebondit à travers l’hyper-réacteur à la façon d’une balle de caoutchouc jusqu’à prendre la dimension d’une tête d’épingle, une tête d’épingle littéralement vivante. En tendant bien l’oreille on pouvait même entendre la voix de Jean René brailler : I Will Survive. Elle finit par traverser la coque de la machine pour s’enfoncer dans les circuits de l’ordinateur central. A ce stade Tabor sentait bien qu’il venait de faire une monumentale connerie, mais cela se précisa quand l’ordinateur lui-même, celui qui commandait tout l’appareil, se mit à chanter I Will Survive, bientôt repris par Mauvaise Haleine dans sa bulle. En effet ce ion «d’intelligence » et de vie, se comportant comme un virus à vive allure, se démultiplia à la faveur du circuit informatique du vaisseau, également branché sur le cerveau du pirate. Ce qui grilla ce qui lui restait de synapses mais également, puisque la console était en ligne, d’en faire de même avec un nombre faramineux d’autres cerveaux et des plus exotiques. Bientôt tout le réseau intergalactique fut envahi par un fantôme s’enrichissant à chaque passage dans une tête de parcelle supplémentaire de mémoire vive et d’intelligence. Intelligence entièrement asservie à une seule idée fixe : trouver Honoré Montcorget et le… euh… le piétiner ! L’économie en tremblait déjà, assurément les membres du GAG avaient du mouron à se faire.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s