Planck ! 24

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! ! ! ! ! »

C’est par ce mot que les trois hommes – encore couverts de débris de gélatine de Pam-Pam qui brûlaient sur eux avec des étincelles grésillantes et froides d’intelligence pure – traversèrent un ciel oxygéné et limpide avant de plonger dans un océan à la densité de l’huile, vert mousse et légèrement salé, qui dégageait un parfum de fleur abandonnée. Puis leurs trois corps firent Sprofl ! en pénétrant sous la mer, crachant autour d’eux les dernières étincelles d’intelligence du Pam-Pam qui ondoyèrent à travers le courant, nourrissant au passage des formes de vie qui passaient par-là et n’avaient jusqu’ici jamais trouvé nécessaire de savoir que deux et deux font quatre. Aspirés par l’épaisseur de l’eau, les trois hommes réagirent avec le même instinct, poussant sur leurs jambes comme s’ils s’appuyaient sur du solide pour surgir à la surface, le visage grimaçant de dégoût tandis qu’ailleurs… ailleurs une vache observait l’océan, dubitative. Expression commune chez les vaches, on peut en convenir, mais quand même.

C’était une vache tout ce qu’il y plus banale, avec quatre pattes, une queue, un début de cornes, un museau humide et rose, le pelage blond, qui broutait distraitement une herbe turquoise et salée par l’air marin et ses embruns huileux. Elle avait entendu un planck ! Un tout petit, venu de nulle part, comme un pet oublié, distraitement balancé par le vent. Puis la vache aperçut une bulle à la surface de l’eau et s’interrogea à la façon vache. Un genre de longue rumination de pensée qui s’absorbait elle-même dans la contemplation éternelle, quelque chose d’assez proche d’une conviction bouddhiste sur le fait que les convictions n’étaient que des freins à l’illumination. Mais quand même. A ce jour la vache n’avait jamais vu de bulle poindre à la surface de cette huile ; lentement son esprit fit : whaou !

Un océan aussi dense, s’était toujours dit la vache, ne devait pas beaucoup connaître la lumière et la vie se nourrit aussi de lumière. La vache n’avait pas tort, la lumière ne descendait pas à dix mètres sous la couche de l’océan, ce pourquoi dans ses grands fonds ce qui était vivant était également aveugle, très peu évolué, et habitué à se nourrir avec le minimum. Des énormes quantités de minimum qui à la faveur de la chute des trois bipèdes, apportèrent avec eux suffisamment de débris d’intelligence pour, faute de leur rendre la vue, laisser pensifs les monstres préhistoriques aux yeux laiteux et globuleux qui nageaient lentement dans les bas fonds. Nul n’aurait pu exactement dire ce qui se passa dans leur toute petite cervelle très, très lente, ni que cela se produisit chez chaque individu à la même vitesse ou même avec un effet identique. Si la plupart comprirent par exemple que plus d’oxygène et plus de lumière développeraient leur espèce, rares furent ceux qui osèrent se propulser vers la sensation étrange de chaleur qui leur avait toujours caressé le dos. La peur est la meilleure entrave à l’intelligence tous les hommes de pouvoir savent ça. Jusqu’à ce que le plus téméraire ouvre grand ce qui lui tenait lieu de branchies et crache sa bulle. Pour celui-là le processus de développement s’était déroulé à la vitesse d’une pensée. Un coup de chance, la faveur peut-être d’une lignée génétique bien faite. Il n’avait pas fallu long donc pour qu’il se dise que l’océan avait ses limites, que sous sa surface la nourriture était rare et qu’en profondeur c’était l’intelligence qui manquerait à jamais. Qu’il n’avait pas le choix.

Soudain elle le vit, énorme, la gueule béante, des millions de dents translucides et des yeux comme des globes de lait. Elle poussa  un meuglement terrible et désolé avant de terminer sa vie dans un craquement d’os.

Un éléphant, un peu plus haut sur la colline, regardait la chose désormais posée sur l’herbe rare à la place de sa vache. On aurait dit un gigantesque poisson-chat avec une cataracte et pas de paupières. Ça en avait la consistante un peu gélatineuse, la peau gris-noire. « Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? » se demanda l’éléphant. Le poisson respirait avec difficulté, la pesanteur le surprenait, et maintenant il était certain d’avoir fait une grosse bêtise. La dernière.

Au loin, Honoré Montcorget, François Berthier, et Dumba, nageaient tant bien que mal vers le rivage. Cette eau leur tirait des grimaces, son contact tiède était désagréable, lourd, fatiguant, et en plus ça puait. Mais personne ne parlait, réservant ses poumons pour tout cet oxygène froid qui balayait la surface. Ils parvinrent finalement, épuisés, sur la berge grise, alors que le soleil baissait son attention du midi. L’éléphant sur sa colline était parti depuis longtemps et le poisson-chat décédé quand Montcorget émergea de sa fatigue et des milliards d’images qui lui avaient traversé la cervelle depuis son éjection. Berthier, assis, regardait l’étrange océan l’expression pas moins étrange, comme si la folie lui avait transpercé le crâne. Dumba mâchonnait quelque chose.

–          Où on est ? grommela le comptable.

Personne ne se donna la peine de lui répondre, ne serait ce que d’un mouvement de tête. Montcorget se leva avec difficulté, comme ivre, et s’éloigna vers l’horizon sableux devant eux, d’où dépassaient des herbes rares et grasses comme des cheveux sur la tête d’une calvitie.

–          Où que vous allez ? demanda le commercial en se retournant, l’air toujours aussi perdu.

–          Qu’est-ce que ça peut vous…. Aaaaaaaaaaaah ! ! ! !

Dumba et Berthier échangèrent un long coup d’œil, puis chacun reprit son inactivité, paisiblement, comme deux vaches. Jusqu’à ce que de nouveaux cris les interpellent. Montcorget était encore vivant, la preuve il insultait la terre entière, et tant pis si celle-ci avait disparu.

–          Fonctionnaire ! Imbécile ! Encouilleur ! Bougnoule ! Chirac !

–          On va voir ?

Dumba haussa les épaules, les deux hommes se levèrent et suivirent le même chemin que le comptable…. Aaaaaaaah ! ! ! !

Même motif, même punition. Dumba et Berthier avaient buté dans un truc dépassant du sable, et dévalé la colline en roulé boulé jusque en bas, dans le gros tas d’autres trucs d’où émergeait un Montcorget gluant de crasse.

–          MAIS C’EST QUOI CA ! ? hurla horrifié Berthier en émergeant du gigantesque tas d’ordure qui exhalait une odeur de carnage oublié.

Il y avait de tout : plastiques, viande, os, métal, composants électroniques, tuyaux, fils de cuivre, Nylon, morceaux de cervelle, pellicules de yaourt, d’huile, de pétrole, fils optiques, boulons, étrons, cartons, vieux récipients, branches d’arbres, champignons, restes d’emballages, conditionnements divers, coques en plastique rouge, mégots, cendres, cadavres d’oiseaux bizarres, guitares électriques, ordinateurs portables, restes de vêtements, le tout sur une épaisse couche de décomposition quasi liquide, dans laquelle sinuaient des millions de vers blancs fins comme des fils de laine aux crocs acérés qui se plantaient sous la peau avant de venir vous ronger de l’intérieur.

–          Yeurk ! s’exclama Dumba en recrachant un morceau de perruque huileux et nauséabond qui s’accrochait à sa gorge comme une méduse.

–          Je veux sortir de là ! couina  Montcorget en se hissant sur un bidon, quand un machin passa par-là.

Un machin énorme et rouillé, comme un container propulsé dans le ciel dans un hurlement de turbine et qui au passage vomit une pleine gerbe de détritus sur leur tête avant de disparaître dans la direction du soleil. C’était pas leur journée. Disparus sous la nouvelle couche de merde, ils luttèrent pour ne pas se laisser complètement engloutir quand Berthier parvint à se saisir d’une chose rugueuse, froide et souple, qui le tira hors de la fange, avant de s’en débarrasser d’un mouvement négligeant qui envoya le commercial rebondir contre un tumulus de morceaux de plastique.

–          Dis-moi frère Og, ça serait pas homidé ça ?

–          Si et entier on dirait.

–          Ouais, et même vivant tiens, remarqua l’autre éléphant tandis que Berthier se hissait tant bien que mal. Eh humain ! On peut savoir ce que tu fais là ?

Mais tout ce que Berthier comprit fut un barrissement lancé par un éléphant formaté mammouth mais sans fourrure. Il l’avait retirée, faisait trop chaud.

–          Eh ! Y’en a d’autres, s’exclama Og en voyant Montcorget et Dumba émerger de leur tas.

–          Mais qu’est-ce qu’ils fichent ici ?

–          J’en sais foutre rien ! Eh vous ! Qu’est-ce que vous faites ici ! Où est votre engin ! ?

Mais le long concert de barrissements ne donna rien que trois expressions parfaitement ahuries. Des éléphants ? Ici ?

–          On dirait bien qu’ils ne comprennent rien frère Bok.

–          J’en ai bien peur… des bipèdes qui ne comprennent pas ce qu’on dit, ça doit venir de Gaïa ça.

–          Gaïa ? C’est où ça ?

–          A côté de Brââ, tu vois …

–          Ah, j’ai toujours cru qu’il n’y avait que Osrhâ à côté de Brâa… Mais comment ils ont atterri ici ?

–          Ça faudrait leur demander.

Un des éléphants s’approcha du bourbier, se racla la gorge et demanda d’une voix rauque :

–          Euh… pardon… vous comment arriver ici ?

–          Ah nom de Dieu ! lâcha Dumba qui non seulement n’avait jamais vu d’éléphant de sa vie sinon en photo, mais ne les aurait jamais imaginés capables d’articuler le moindre mot à la portée de sa compréhension. Quand aux deux autres, ils étaient bouche bée.

–          Vous parlez français ?

Les deux éléphants se regardèrent, l’un attrapa la trompe de l’autre, du langage d’éléphant qui voulait à peu près dire : ils sont vrais ces mecs ?

–          Non, pas parler français, vous comprendre comme ça parce que vous français… puis Og demanda à Bok, c’est quoi français ?

–          Je crois que c’est une planète à part près du centre de l’univers.

–          Ah bon ? Mais l’univers n’a pas de centre.

–          Oui mais à ce qu’on m’a dit les français pensent le contraire, ça leur donne de l’importance.

–          Ah… ils sont bizarres…

–          Bah…

–          Alors ceux-là ils sont pas terriens ?

–          Bah non on dirait pas… Eh vous ! ? Vous venez de Francie ?

–          De Francie ? Mais qu’est-ce qu’il raconte ce tas de viande ? se manifesta le comptable.

–          Ouh la ! Il est pas poli le chauve, « tas de viande » non mais… Espèce d’enfant de singe va !

L’insulte avait fusé dans un bon et intelligible français. Le visage du comptable s’empourpra.

–          Quoi ? Non mais je vous permets pas ! Et puis ça commence à suffire ! Les éléphants ça parle pas !

–          Si vous allez dans ce sens là, répondit Bok qui parlait parfaitement l’humain depuis qu’il avait fait un séjour en Asie, c’est la première fois qu’un bipède répond à nos insultes.

–          Ouaip, approuva frère Og, pourtant c’est pas faute de nous foutre de leur gueule.

–          Qui êtes vous ? demanda naïvement Berthier.

Un des éléphants exécuta une petite danse joyeuse.

–          Ah bah c’est une première ! Ah, ah, ah ! barrit Bok un homidé qui se demande qui on est et pas si on est comestible ! Nous ? Qui on est ? Bah moi c’est frère Bok.

–          Moi frère Og, vous ?

–          Euh… François Berthier.

–          Et moi Dumba, et lui là c’est Monsieur Montcorget, le comptable.

–          Et on peut savoir d’où vous venez ?

–          Bah de la terre ! D’où vous voulez qu’on vienne ! grogna Berthier.

–          La terre ? C’est vague, rétorqua Bok un brin hautain, le sol sous nos pieds c’est de la terre aussi, et pourtant ce n’est certainement pas la vôtre.

–          A côté de Mars, voyez, proposa un Berthier soudain légèrement désabusé. Des éléphants qui parlaient et en plus n’avaient jamais entendu parler de la terre… Il repensa à cette fois où ils avaient rencontré l’auteur et le maudit.

–          Mars ? Connais pas, grommela Og.

Bok agita les oreilles, nouveau signe éléphant qu’on aurait pu traduire ainsi : « laisse Charles, c’est des ignares. ». Puis il ajouta d’un bref coup de trompe :

–          C’est comme ça qu’ils appellent Brââ.

–          Ah, ça explique tout… Et comment ils sont arrivés ici ? Z’ont pris une Porte tu crois ?

–          Ça m’étonnerait, ils connaissent pas les Portes, seulement les portes.

–          Ah.

–          Je vais leur demander… Eh les humains, comment vous êtes arrivés ici, où est votre machine ?

–          On nous a balancé dans l’espace, expliqua Dumba, où on est d’ailleurs ?

–          Dans l’espace ? Et comment ça se fait que vous ne soyez pas morts ?

–          Aucune idée, fit remarquer le commercial, dites vous pourriez nous sortir de ce merdier ?

–          En quel honneur ? Vous êtes très bien là. Voyez, on aime pas beaucoup les bipèdes par ici. Alors des gaïens…

–          Allons Bok, tempéra Og d’un coup de trompe dynamique, soyons charitable, après tout nous sommes des citoyens de l’Ordre.

–          Mouais… tu veux vraiment les voir gambader partout autour de nous comme des bébés cons ?

–          Peut-être pas, mais c’est pas une raison, et puis si y nous emmerdent on aura qu’à leur montrer qu’on rigole pas, tu les connais…

–          Mouais, répéta un Bok pas très convaincu. Y’a quand même quelque chose qui me gratte…

Il s’enfonça dans les rives du merdier et s’adressa aux autres.

–          Dites donc, y’a un truc que je comprends pas, jusqu’ici et jusqu’à preuve du contraire vous n’avez jamais réussi à aller plus loin que le bout de votre lune, alors comment vous avez fait pour avoir été balancés dans l’espace, aussi loin de chez vous ? Qui vous a balancé d’abord ?

–          Un certain Mauvaise Haleine que’que chose, expliqua Dumba, vous connaissez ?

–          Non. Et comment il a fait ? Il vous a enlevé sur votre planète ?

–          Bah non, fit Berthier, y’a plus de terre, plus de Gaïa !

C’était imperceptible, mais même Montcorget aurait juré que l’éléphant avait pâli.

–          Comment ça y’a plus de Gaïa ?

–          Bah non, kaput, terminé, apocalypse, poum, y’a pu ! répondit Dumba en se hissant sur un bidon. Personne vous l’a dit ?

Pour toute réponse ils eurent un concert de barrissements affolés.

–          Quoi ? On avait une colonie là-bas ? s’exclama Og en apprenant la nouvelle de la destruction biblique.

–          Oui, Les Frères de la Grande Servante. J’en étais moi-même un des membres.

–          Ah je l’ignorais… alors ils ont tous disparu ?

–          Mais comment est-ce possible ? Il y avait les Portes ! Pourquoi ils ne sont pas venus ici avant que ça se produise ?

–          Aucune idée… Tu crois que ceux-là en savent quelque chose ?

Bok regarda son frère de biais.

–          Des humains ?

–          Ouais… remarque…

–          Va falloir qu’on en réfère au Conseil des Sages.

–          On les prend avec nous ?

–          Bin j’crois qu’on a pas le choix non…

–          Si tu le dis, répondit Og, pas contrariant.

Et avant que les trois hommes aient le temps de protester, ils étaient propulsés sur le dos des mastodontes avec une belle vigueur. Ainsi leur amerrissage et leur atterrissage sur une planète dont ils ne connaissaient du reste toujours pas le nom, – tout comme le lecteur, ce qui est j’espère pour lui le seul point commun avec les héros de cette aventure – se conclurent-ils par le même cri de désespoir :

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaahhhhhh……

 

Comme on l’a démontré dans un autre chapitre, chacun à sa façon de répondre à l’adversité. Moïse Wonga en ourdissant des complots comme on fabrique des cocktails Molotov incontrôlables, Bethier, Dumba, et Montcorget en s’y soumettant mais bien contre leur gré, Ronga et Superbe en hurlant de concert :

–          NO WAY !

Pourquoi parlaient-elles anglais ? Parce que le traducteur universel qu’on leur avait greffé dans le cerveau dès leur arrivée au marché aux esclaves de Pornwood le parlait, ainsi que la brute à six bras perchée au-dessus d’elles dans son siège antigravitationnel de réalisateur. Pourquoi hurlaient-elles ainsi ? Parce que Porn wood et pas Hollywood, et que forcément dans un univers pareillement régit par l’outrance on ne leur avait pas proposé de tourner un gentil petit film érotique en image floutée, mais quelque chose de beaucoup plus basique où un truc avec des cornes de taureau, une tête de crapaud et un corps d’homme bodybuildé, se faisait livrer deux filles emballées dans du cellophane pour satisfaire une bite monumentale que ses partenaires avaient affectueusement surnommé l’Iguane.

–          Listen to me bitch, ya’ll do what i ask ya to do, so now fuckin’ suck him and shut the fuck up !

–          Nononono ! Weren’t your bitch ! objecta Superbe avec véhémence.

–          Je vous ai achetées 60.000 crédits pièce, non seulement vous ferez ce que je vous dis mais si vous le faites pas, je vous vends au premier Orcnos venu !

–          Vous ne nous impressionnez pas ! lança bravement Ronga en bombant son torse cellophané d’où émergeaient deux seins dodus et pointus comme des promesses de bonheur sur un étalage de boucherie.

Le réalisateur soupira avant de se tourner vers Lubna.

–          Et la grognasse elle dit quoi ?

Le cou cerclé d’un collier d’asservissement, nue comme Eve, prête pour l’emballage, Lubna attendait son tour, gracieusement installée sur des coussins de soirine rose lilas, entouré par des assistants mécanoïdes.

–          Elle dit d’accord…

Puis elle se leva, déployant ses longues jambes et sa taille de guêpe et se dirigea d’un pas calculé vers l’étrange Minotaure. Elle avait des seins lourds, avec de généreuses aréoles brunes, une chatte de petite taille, brune également, et délicieusement fournie à l’entre jambe, des hanches étroites, un ventre musclé et rond à la fois, des fesses galbées sur des cuisses sportives et racées. L’acteur commençait à peine à bander, et déjà on aurait dit qu’il levait un engin mécanique. Il avait déjà tué quelques partenaires à coups de rein, ça arrivait en général quand il était de mauvaise humeur. Il les clouait au lit ou au mur après les avoir fait jouir une fois pour toute, mâle ou femelle, ça n’avait pas d’importance pour lui. Et ce jour là les deux filles avaient commencé par le rendre de mauvaise humeur, si cette salope là le suçait mal, elle allait avoir le crâne percé d’un coup de bite. Lubna le regarda d’abord dans le blanc des yeux, puis glissa lentement le long de son ventre en l’effleurant de ses doigts de fée qui continuèrent distraitement sur sa verge, la redressant. Elle était lourde, deux ou trois kilos, elle sentait le sang et le sperme. Lubna se mit à genoux et commença par lui lécher les couilles, longuement, de la pointe de sa langue, suivant l’arrondi, s’attardant sur le scrotum, léchant le côté gauche, puis remontant jusqu’au frein et redescendant à nouveaux vers la bourse. A ce stade l’Iguane était complètement réveillée et elle commençait à baver. La jeune femme avait été une professionnelle, elle ne prenait aucun plaisir à cela, d’autant que le monstre était rugueux comme un tronc, mais elle savait le simuler et ainsi salivait d’abondance, comme s’il avait fallu irriguer d’urgence quelque baobab. Avec calcul, elle continua de lui lécher le frein et tout autour de la corolle rouge cramoisie, laissant les veines se gonfler à craquer, attrapant au passage un peu de son méat pour en laisser un filet pendre entre le gland et la pointe de sa langue rose, parfaitement consciente d’être filmée de près, et par le regard fou de son partenaire, et celui des ces microcaméras qui bourdonnaient autour d’elle. Jusqu’à ce que d’une voix autoritaire il lui ordonne :

–          Ouvre la bouche !

Elle obéit, s’attendant pendant une fraction de seconde qu’il lui casse les dents avec son machin qui de près ressemblait à un missile thermonucléaire communiste enfermé dans du lierre bleuté. Il s’y enfonça avec prudence, comme s’il avait peur qu’elle réussisse à mordre ce qu’elle avait peine à engloutir, 15 cm de diamètre pour 47 centimètres de long, rien d’une plaisanterie… et pourtant… lentement, prudemment, Lubna l’avala tout entier, jusqu’à la garde. Pas une fois, mais deux, trois, quatre, cinq, six fois, ajoutant de nouvelles félicitations au menu, léchage de couille, de hampe, massage, caresse, jusqu’à le prendre entre ses seins de soie chaude et commencer à le branler doucement. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus du tout et supplie le réalisateur de lui laisser «lâcher la purée » pour illustrer son sens de la poésie. Le réalisateur accepta enthousiaste. La purée, en quelque sorte, en était bien une. Un jus épais, grumeleux, jaunâtre et nauséabond, qui devait sa consistante et son odeur à une très vieille blennorragie d’un genre exotique mais jamais soignée, pour autant Lubna, qui avait vu des pornos allemands au Zoror en lécha chaque centimètre cube, faisant disparaître la maladie dans sa gorge avec une grimace de dégoût imperceptible, professionnelle jusqu’à la racine donc. Il y eut un instant de stupeur. Un instant de silence complet, total, absolu, abasourdi. Un silence comme seul le cosmos avait su jusqu’ici en produire. Et puis… Un hourra général qui nage dans un torrent d’applaudissements, des mécanoïdes, des cyborgs, et des olusiens, des bip-bips, et des torons, toute la smala des assistants, machinistes, producteurs, co-producteurs, scénaristes – car à Pornwood on ne faisait pas les choses à moitié, même pour un gonzo hardcore on prévoyait un scénariste, pour les dialogues… – et autres maquilleuses qui se précipitèrent vers elle pour la féliciter de sa performance ; une nouvelle star était née. Puis quand le métha-champagne fut sablé et qu’un peu d’hypracocaïne fut sniffé, un 1er assistant hilare demanda  à son patron :

–          Eh ! Qu’est-ce qu’on fait des deux autres pétasses ?

–          On va pas s’emmerder avec ces veaux, tu me les largues à Cervale, et tâche d’en tirer un bon prix.

Cervale était un marché alimentaire à ciel ouvert dans la banlieue de Sexus, la capitale de la planète Nexus où l’on trouvait de tout. Méga courge de Négar, chien noir de Han, très prisé durant les banquets qu’organisait le GAG, et bien entendu toutes sortes d’homidés fraîchement tués ou bien vivants, pendus par les pieds ou enfermés à cinquante dans de minuscules cages en barbelé rasoir. C’est donc avec horreur et désolation que les deux jeunes femmes découvrirent la précarité et l’insignifiance de la condition humaine dans l’univers, tout comme l’avait fait bien avant elles Malraux en découvrant la Chine par ouïe dire. L’une d’elle fut vendue à un Orcnos en mal d’un petit sandwich à se croquer entre deux planètes, une autre à un prédator qui s’en servit comme appât pour la chasse à l’imbécile armé, une activité que le prédator appréciait particulièrement depuis qu’il avait capté sur un des détecteurs de son vaisseau une publicité pour la NRA sur Fox News. Ainsi donc Superbe termina sa vie dans une jungle étouffante, quelque part dans les confins de l’espace, poursuivie par de riches zilliardaires russoïdes amateurs de jolies poupées et de sensations fortes, qui, à leur tour, finirent par se faire zigouiller un à un par le prédator qui passa cette fois là un excellent week-end avant de retourner au bureau.

–          Mais comment est-ce possible ?

Des millions de kilomètres plus loin, le Conseil des Eléphants était sous le choc.

–          Vous avez entendu parler de la D-Mart ? demanda Berthier d’un ton morose.

–          La D-Mart ? Eh bien ils sont un de nos plus gros clients, nous recyclons 40% de leurs déchets, mais ils sont aussi un de nos principaux concurrents et également, je le crains, de gros ennuis pour tout le monde, ils ne respectent pas beaucoup les règles.

–          A qui vous le dites ! Ils nous ont volé la terre et ils l’ont détruite ensuite ! s’exclama Dumba.

–          Mais Gaïa était une zone sous protectorat des Conventions du GAG.

–          Ouais, quelque chose comme ça, approuva Berthier, c’est ce qu’on nous a dit mais visiblement ça n’a rien empêché. Faut dire qu’ils avaient un sacré commercial pour nous arnaquer, Monsieur Fabulous il s’appelait, vous en avez peut-être entendu parler…

–          Giovanni Fabulous ! ? s’écria Bok.

–          Oui, lui-même, vous le connaissez alors.

–          C’est mon neveu.

–          Hein ? mais non…

–          Puisque je vous le dis !

–          Mais non, allons, voyons… babilla Berthier en cherchant de l’aide autour de lui, que quelqu’un cesse cette folie. Monsieur Fabulous n’était pas un éléphant… et puis d’abord il était rose, plaida t-il dans un dernier souffle, pas certain d’avoir vraiment dit ça.

–          Tous les éléphants naissent, libres, égaux, debout et roses, le chapitra sévèrement un des éléphants. Un très vieux, avec un accent espagnol.

S’en était trop pour la cervelle de moineau de Berthier, les milliers d’images du Pam-Pam, le champ d’ordures, ça… il s’évanouit. Dumba et Montcorget le regardèrent s’effondrer sans faire un geste.

–          Qu’est-ce qu’il a ?

–          Je crois que son esprit n’a pas supporté, fit Dumba… alors comme ça vous naissez rose ? Mais alors pourquoi sur terre…

–          Rose, insista l’éléphant, plus foncé, mais rose…

–          Oui mais pas debout…

–          Non, car sur terre comme ici nous appartenons tous à l’Ordre de la Servante, nous mettre à quatre pattes est notre signe de soumission à la Grande Servante.

–          La Grande Servante ?

–          La Vie.

–          Et Giovanni Fabulous ?

–          Il est dit dans nos lois qu’un éléphanteau peut choisir de quitter l’ordre pour le monde, dès lors qu’il respecte le premier commandement, à savoir rester à quatre pattes, ainsi que le second qui stipule que si sa tentative d’indépendance est un échec ou indigne de sa condition d’éléphant, il devra réintégrer un troupeau.

–          En ce cas votre neveu a violé le premier commandement, je le sais, j’étais son garde du corps. Je savais bien qu’il y avait un truc de pas clair avec ce type là.

Bok poussa un barrissement scandalisé, ainsi que d’autres.

–          Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, fit le plus grand des éléphants, dont les longues et courbes défenses caressaient le sol poussiéreux et rouge du cirque de pierre dans lequel on les avait conduits. Comment se fait-il que nos frères n’aient pas utilisé les Portes ?

–          C’est un mystère… surtout qu’il y a toujours une Porte Sauvage qui se promène dans la nature… à moins que…

–          A moins que quoi frère Trôhl ?

–          A moins que Fabulous ait récupéré l’Horloge…

Silence pesant sur l’assemblée.

–          Sait-il seulement s’en servir, demanda le plus grand des éléphants.

–          Je crains que non, répondit Bok, il n’a jamais été très doué en calcul particulaire, mais Giovanni est un éléphant plein de ressources. S’il est responsable de la destruction de Gaïa et de nos colonies, il faut absolument qu’on le retrouve lui et l’Horloge avant qu’il ne fasse plus de mal !

Les autres approuvèrent.

–          Humains, vous savoir quoi être Porte ? demanda Og.

–          Une porte ? Bah oui on sait ce que c’est qu’une porte ! protesta Dumba.

–          Non pas une porte, une Porte, insista l’éléphant.

Montcorget observait la scène, l’expression naturellement mauvaise, bien résolu à ne pas s’en mêler. Pas question de parler avec des éléphants et encore moins des éléphants qui vous demandent si vous savez ce que c’est qu’une porte.

–          Je vois pas bien la différence, alors on va dire que non, concilia Dumba, expliquez-nous.

–          Une Porte Cosmique. Vous n’en avez jamais vu ? ajouta Bok.

–          Euh… non…

–          C’est un peu comme vos portes, mais au lieu de vous faire passer dans une autre pièce, ça vous expédie dans une autre galaxie. Très pratique pour les longues distances, beaucoup plus que toutes vos fusées et autres astronefs coûteux en énergie si vous voulez mon avis. Nous avons la nôtre réservée, mais elles sont normalement qu’ouverte à l’élite du voyage stellaire, une clef d’entrée ça coûte une fortune de nos jours.

–          Ah oui… balbutia Dumba un peu dépassé.

–          Le problème des monopoles… c’est qu’il n’y a que trois compagnies qui gèrent ce marché, dont une est à la D-Mart et l’autre une filiale d’un consorsium contrôlée par la même D-Mart. Heureusement il y a toujours les Portes Sauvages. Elles apparaissent à heure dite un peu partout dans le cosmos, on peut les programmer, mais pour les trouver faut une Horloge. Ce sont des Horloges très spéciales et très chères qui ont été créées spécialement par les furfuriens de la constellation de Bélarès. Assez chères en tout cas pour que sur terre elles ne soient confiées qu’à quelques tribus qui généralement les enterraient. C’est grâce à la propriété de notre ivoire que vous aimiez tant que nous pouvions les capter sur plusieurs centaines de kilomètres, en cas de nécessité nous nous transmettions les informations grâce à notre urine…. Bref Fabulous a probablement volé l’Horloge, il nous la faut, elle et lui.

–          Attendez… euh c’est à nous que vous dites ça ? C’est votre problème, pas le nôtre !

Berthier avait rouvert les yeux et visiblement ce qu’il avait entendu de l’explication ne lui plaisait guère.

–          C’est un voleur et un escroc, il a fait détruire votre planète, c’est notre problème à tous. Avec l’Horloge il peut recommencer partout où la D-Mart y trouvera son intérêt. Sans compter qu’entre de mauvaises mains elle pourrait conduire à une catastrophe. Imaginez les Orcnos capables de se rendre dans n’importe quel coin de l’univers…

–          Nous, tout ce qu’on veut c’est qu’on nous reconstruise la planète comme elle était avant ! s’exclama Dumba en cherchant l’illusion d’une approbation dans le regard résolument absent du comptable.

Il faut bien expliquer aussi que ce dernier sentait peser en lui un vide qu’il ne s’expliquait d’autant pas qu’il n’avait jamais ressenti ce genre de manque. Ce genre de manque qui vous fait taper du cœur. Ce genre de manque qui fait grommeler vos couilles ou vos ovaires, c’est selon. Ce genre de manque qui a toujours un prénom ou presque. Pour lui c’était « Lubna ». Lubna et il ne comprenait plus rien, comme toujours avec les Lubna.

–          Raison de plus, empêchez Fabulous et la D-Mart de nuire et nous appuierons votre projet auprès de nos clients, nombre d’entre eux travaillent dans l’industrie stellaire.

–          Et où on va le trouver votre neveu ?

–          En ce moment, tel que je le connais ce cochon, il doit être dans sa villa de NewRose entouré d’Elfes®

–          C’est où ça ?

–          Sur Toc-Toc, à 16 zitrillions d’ici, assez loin, j’en ai peur.

–          Mais comment on va faire pour y aller ?

–          Bin en prenant la Porte.

Là-dessus il y eut des cris de mouettes et de corbeaux, emportés par des bruits d’ailes confus, puis quelque chose tomba lourdement derrière eux. Dumba était encore en train de suivre les oiseaux disparaître dans le couchant quand cette chose fit un énorme boum ! avant de plancker leur crâne. C’était une Porte d’une banalité absolue, mais sans autocollant nounours dessus, banalement jaune, en bois apparemment, avec une poignée comme une cerise ronde et blanche guère moins banale. On ouvrit et on les poussa au dehors, ou plus exactement ailleurs dans une autre galaxie, un nouveau décor, un de plus.

 

 

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