Planck ! 17

Berthier entra dans le petit salon de loisir situé au-dessus de la salle des couchettes, précédé d’un des acolytes de X911, en clamant à qui voulait l’entendre :

–          Ah ! J’ai une faim moi ! Qu’est-ce qu’il y a au petit dej’ ?

Les autres, déjà réveillés depuis une dizaine de minutes lui adressèrent un regard morne. Devant eux, dans des bols en plastique d’usage courant, flottait une espèce de bouillie grisâtre dans laquelle était plongée une grosse paille du diamètre d’un doigt. Visiblement personne ne connaissait l’usage des couverts dans ce coin ci de l’univers.

–          Oh dites donc, j’ai fait un de ses rêves moi ! continua Berthier sur le même ton en s’asseyant à table, ignorant le fard que venait de piquer une des filles. Puis prenant le bol devant lui et remuant le contenu il demanda : qu’est-ce que c’est ?

Personne ne répondit et personne ne touchait non plus à son bol, eux aussi avaient fait des rêves, très réalistes même et personne n’avait envie d’en parler. Berthier avait trop faim, et trop bien « dormi » pour se poser de question. Il plongea un doigt dans le machin et goûta. La grimace de dégoût qu’il fit ensuite aurait sans doute gagné le concours des grimaces de dégoût au concours international des enfants-qui-traînent-à-table-devant-leur-ratatouille-froide. En fait c’était plus proche de la grimace horrifiée que celle d’un simple dégoût, le genre de grimace qu’adoptait le ou la célibataire en se réveillant le matin, réalisant à quel point l’abus de spiritueux pouvait altérer son choix en matière de partenaire sexuel. Quel goût cela avait ? Et bien pour le savoir précisément, pour le décrire le plus justement, il faudrait que l’auteur se porte volontaire pour déguster un mélange à base de vomi de nouveau-né, de merde de veau, de morve, et de muqueuse cancéreuse, ne comptez pas sur lui, pour une fois servez-vous de votre imagination !

–         Ça se mange ça !? s’exclama Berthier le visage encore figé par l’horreur.

A cela non plus personne ne répondit parce que personne ne s’imaginait une seconde que cela puisse vraiment être une question. Exception faite bien entendu du seul qui dans l’assemblée était complètement dépourvu de papille gustative, X911, qui fit son apparition quelques secondes après le commercial.

–          Bien entendu, ne me dites pas que vous n’avez jamais entendu parler du porridge !

Si Berthier en avait entendu parler, il en avait même goûté lors d’un séjour scolaire au Royaume-Uni, bouillie de flocon d’avoine fadasse selon lui qui l’avait certifié dans une de ces convictions qu’ont les français à propos de leurs voisins d’Outre-Manche : qu’ils mangent n’importe quoi et que leur cuisine est la plus déplorable, la plus immangeable de toutes les cuisines. Il est vrai que les français mangent rarement du cabri à la rwandaise ou des œufs de mille ans et que le haggis ressemble quand même à un genre de mauvaise idée la première fois qu’on en sent.

–          Désolé, mais ce n’est pas du porridge ! affirma le même Berthier qui se souvenait quand même que le porridge, pour autant que sa consistance et sa couleur se rapprochaient du truc dans son bol, avait quand même quelque chose dans son goût qui autorisait à croire que les anglais étaient des êtres humains, en dépit de leur appétence pour les pantalons de golf à gros carreaux rouge et vert, et le mobilier Chippendale.

X911 ne voulait pas en démordre, il ajouta même que c’était un produit de luxe sur certaines planètes.

–          Tout le monde ne mange pas à sa faim vous savez dans l’univers, tança t-il sur le ton du professeur de morale, celui qui vous explique, après que vous lui ayez conté vos problèmes, qu’il y a pire, attraper le choléra par exemple ou répondre à un sondage de 45 minutes sur les automobiles avec des questions à base de « le constructeur automobile BMW est innovant dans l’intérêt de l’innovation, veuillez noter cette affirmation sur une échelle de un à cinq »

–          Peut-être bien, répondit Ronga qui elle non plus n’avait pas l’intention d’en démordre, mais d’abord je vois pas pourquoi on devrait avaler ça, la couchette là, l’œuf, le truc y nous nourrit de toute façon d’après ce que vous avez dit, et puis moi je mange pas ce que je trouve dans mon mouchoir.

X911 ne comprit pas l’allusion.

–          L’induction dermique ne fait pas fonctionner votre estomac ni votre appareil digestif, et puis ce n’est pas dans votre mouchoir, c’est dans votre bol !

Plus pour longtemps, un des bols vola à travers la pièce, éparpillant son contenu avec un bruit mou et humide. C’était Dumba, minéral et silencieux comme il savait si bien l’être. X911, qui avait un peu de mal avec la biologie de leur côté de l’univers, en avait aussi avec certains aspects du caractère humain. Les protestations non verbales étaient pour lui aussi absconses qu’un mode d’emploi de 16 pages en japonais moderne l’était pour le lambda essayant de régler son réveil. Il protesta qu’on ne jouait pas avec la nourriture. Ce à quoi Ronga, particulièrement de mauvaise humeur, pour une raison qu’il ne s’expliquait pas non plus, répliqua que ce n’était pas de la nourriture, en tout cas, pas qui puisse être ingéré par un être humain.

–          Ah mais désolé ma chère, mais c’est ce que précisément fabriquent les Célénniens Et les Célénniens sont des êtres humains, comme vous !

–          Ah bon, il existe d’autres êtres humains dans l’univers ? s’étonna Berthier.

–          Evidement ! Je vous l’ai déjà dit, râla l’engin que l’attitude des bipèdes vis à vis de la nourriture commençait à agacer. D’autant mieux qu’il n’avait rien d’autre à leur offrir et que ces chefs avaient recommandé qu’il les soigne.

–          Bin une chose est sûre, ils doivent pas être complètement fabriqués comme nous, fit le commercial en se levant. J’espère qu’ils ont de la vraie nourriture sur Mirmidon, au fait quand est-ce qu’on va voir à quoi ça ressemble votre Etoile Noire ?

–          « Mirmidon, Etoile Noire » ? questionna la fontaine à eau qui n’avait jamais vu la Guerre des Etoiles et ignorait complètement les aptitudes des êtres humains sur la question de la mémoire sélective.

Lubna traduisit de mauvaise grâce.

–          Là où vous nous emmenez, les Nations Unies, tout ça…

–          Unies ? Oh non, si elles étaient unies ça se saurait… eh bien justement, nous n’y sommes pas encore, nous avons dû faire un détour.

–          Un détour ? grommela Montcorget que la perspective de rallonger son séjour dans un œuf enchantait d’autant moins que son premier séjour l’avait mis dans un état qu’il avait bien du mal à oublier, surtout assis à quelques centimètres de la dite Lubna.

–          Oui… une guerre stellaire entre les Adorateurs et les Vrais Croyants.

–          Qui c’est encore ceux-là ? fit Jean-René le visage maussade et ouvragé comme une belle tranche de gruyère qu’on aurait oublié pendant quelques années dans une pièce surchauffée.

–          Des ordres religieux, expliqua X911, les premiers prétendent que l’œuf de l’Univers a été conçu avant la Grande Poule, et les seconds affirment que c’est le contraire.

Il y eut comme un flottement.

–          La Grande Poule ? questionna un Berthier qui ne savait pas s’il devait rire ou se mettre à courir en rond avec un bol sur la tête en hurlant des mots sans suite.

X911, un peu épuisé par l’ignorance crasse des terriens et se rendant compte soudain à quel point sa mission allait être compliquée, expliqua toutefois poliment.

–          les Adorateurs prétendent que l’univers est né d’un œuf cosmique et du vide. Que l’œuf a éclaté au contact de celui-ci, et que l’univers serait né dans une grande explosion qu’ils appellent…

–          Le Big Bang ?

–          Ah vous connaissez cette théorie ? En fait les Adorateurs appellent plutôt ça le Gros Planck ! J’ignorais qu’on croyait à ce genre de chose sur terre. Les Vrais Croyants au contraire prétendent qu’avant l’œuf il y a eut la Grande Poule, qu’ils appellent Gallena, qui aurait pondu l’œuf d’où seraient nés les Enfants des Etoiles, l’autre nom que se donnent les Vrais Croyants.

–          C’est complètement absurde ! fit Ronga avec mépris. Une poule géante, et pourquoi pas un coq de l’espace ?

–          Ah vous connaissez aussi celle-là ? s’étonna à nouveau la fontaine à eau, eh bien non, en fait ça c’est ce qu’affirment les Fils de la Vraie Foi, mais c’est un courant assez minoritaire je le reconnais.

–          Un œuf cosmique, une poule, un coq, ces gens sont complètement cintrés ! L’univers n’est pas une basse-cour ! s’écria à son tour Jean-René en grattant distraitement un des trous dans sa joue. Les autres le regardaient avec un mélange de dégoût et de… eh bien de dégoût.

–         Ça se voit que vous n’avez jamais assisté à un débat de la Grande Assemblée, fit remarquer X911 l’air de rien Et puis après tout ce n’est pas beaucoup plus étrange qu’un buisson à combustion spontanée ou un bonhomme avec des ailes commandant un bouquin à un nomade illettré.

Personne n’étant musulman dans la salle, ils ne comprirent pas la deuxième allusion, mais la première venait faire dans leur tête comme un étrange écho. D’autant plus étrange qu’après tout, tous autant qu’ils étaient, ils avaient appris à un moment ou un autre de leur éducation ce genre de chose, tenue comme vérité avérée par quelques milliards d’individus. Et visiblement la vérité, avérée ou non, était quelque chose de plus complexe que ce que des siècles de judéo-christianisme leur avaient inculqué.

–          Bon, fit Montcorget, toujours plus préoccupé par l’éventualité de rallonger son voyage que des questions d’ordre religieux. Ça nous dit pas quand est-ce qu’on arrive.

–          Eh bien ça, ça dépend des Régulateurs.

Ici le comptable afficha un air franchement dégoûté.

–          C’est quoi encore ces machins là ?

Là X911 aurait affiché à peu près la même expression si… mais donc… Puis en poussant un profond soupir qui n’était pas sans évoquer le sifflement de la bouilloire joyeuse annonçant l’heure du thé, les conduisit dans un genre de terrier explicatif où aucun lapin blanc ne se serait jamais aventuré avec une petite fille. Ce qu’il y avait au bout du terrier, esquissait à peine le monde dans lequel ils se trouvaient, mais parfois une esquisse suffit, au moins pour savoir qu’on n’est pas fait pour le dessin.

En effet, comme n’importe quel scientifique à peu près concerné le savait, l’univers évoluait et il évoluait à chaque seconde qu’ils nous a fallu, vous et moi, pour parvenir au point qui conclut cette phrase. Ainsi, pendant que vous et moi avançons parmi les signes, quelques millions d’étoiles éclatent en supernova, des planètes naissent, et d’autres disparaissent après un passage de onze secondes dans la réalité tangible. Les scientifiques, même beaucoup plus concernés, avaient toutefois plus de mal à établir comment tout ce machin fonctionnait, et à vrai dire aucun n’était capable de répondre à la question : « pourquoi ». Mais aucun scientifique, sur terre du moins, n’avait jamais entendu parler de la Loterie Solaire et en fait, il aurait bien été difficile de leur expliquer que tout cela n’était pas seulement une question d’énergie, de masse et de vitesse, mais également une question d’argent. De gros argent, de très gros argent.

–          L’univers est joué en bourse !? s’exclama Berthier, au bord du vertige.

–          Quand des civilisations sont capables d’effacer des planètes entières, l’univers devient rapidement pour eux un grand réservoir de marchandise, expliqua amèrement l’engin en glougloutant du réservoir – clic ! Ou plutôt Planck ! Montcorget venait de comprendre que ces bouillonnements intempestifs étaient une forme d’expression faciale- Un réservoir infini pour tout dire, et bien entendu la valeur d’une chose n’augmente pas quand on peut s’en procurer à profusion…. Ni ne baisse si tout d’un coup elle disparaît complètement. C’est pourquoi certaines étoiles disparaissent et d’autres pas, pourquoi votre Jupiter est un des plus gigantesques réservoirs de gaz d’hydrogène de votre galaxie et qu’accessoirement il n’y plus de forme de vie intelligente sur Mars.

–          Vous voulez dire que ce sont des entreprises qui fabriquent l’univers !? s’écria Berthier.

–          Pas exactement non, elles se servent de l’univers, elles l’exploitent, comme vous, vous exploitiez votre milieu naturel. Seulement effacer un soleil ou construire une planète à base d’ammoniac et de soufre ce n’est pas comme de faire un trou dans la terre pour faire pousser des choses, il y a des règles à respecter, des équilibres à ne pas déranger, c’est un peu comme de l’écologie mais à très grande échelle. A ceci près qu’il vous a fallu des millions d’années avant de saturer l’atmosphère de vos villes avec du plomb et du dioxyde de carbone et vos poumons avec du goudron, alors qu’il suffit d’une nano seconde pour transformer une planète comme la vôtre en petit tas de poussière stellaire. Une erreur d’interprétation, un mauvais calcul et vous avez vite fait de vous retrouver avec une nébuleuse ou un trou noir gros comme une galaxie. C’est pour ça que les Régulateurs sont là. Pour s’assurer que tout sera fait dans les règles et que les planètes habitées ne soient pas transformées ou effacées par erreur. Ni que des petits malins profitent d’une maille dans le filet pour exploiter une zone interdite ou protégée par les lois universelles.

–          C’est pourtant ce qu’a fait la D-Mart non ? remarqua Ronga, vous n’aviez pas dit que la terre avait été classée parc naturel quand nous sommes devenu intelligents.

Obligeamment, X911 ne fit aucune remarque sur cette dernière assertion, il se contenta d’expliquer que la D-Mart avait arraché des autorisations spécifiques concernant certaines zones protégées de l’univers.

–          Le pouvoir de l’argent, conclu t-il avec ce détachement qu’on ceux que l’argent n’a jamais vraiment concernés.

–          Alors ce crétin de réceptionniste avait raison, grinça Montcorget, l’univers est aux mains des capitalistes.

–          J’ignore ce que sont des cannibalistes, répondit X911 qui n’essayait pourtant pas de faire l’ironie, mais s’il s’agit d’augmenter son influence en arrachant des passe-droits aux institutions, on peut dire ça oui, et auquel cas la D-Mart est passé maître en cannibalisme.

Après quelques secondes de silence et de remue méninge douloureux, Berthier demanda :

–          Okay, ça veut dire quoi tout de suite, on doit aller se recoucher ?

–          Je crains que non, les Régulateurs vont vouloir vérifier ce que nous transportons, et décider si nous sommes autorisés à passer par leur territoire.

–          Et ça peut prendre longtemps ?

–          Compte tenu de leur goût pour les règlements et la paperasse, entre cinq heures et cinq mille ans…

 

Quand on a tout vu, ou tout ou moins qu’on se le persuade, un dictateur de farces et attrapes, des chanteurs de karaoké, la fin du monde, des fontaines à eau bavardes, des goules, des trous, des zombies, deux soleils dans le ciel, Dieu en vache ou vache en Dieu, un machin grand comme un paquebot avec une odeur de rivière et l’espace tout entier offert comme un spectacle à travers le hublot de navigation qui bouclait la salle de contrôle, derrière l’aquarium et son putain de dauphin. Quand on a tout vécu, l’ignorance, la surprise, la terreur, l’hébétude, la catatonie, quelque sous espèces de dépression nerveuse, l’exaltation, la détermination, la peur, la colère bien entendu, surtout la colère, le dégoût, la déception mais également l’excitation sexuelle et cet étrange sentiment qu’enfante chez nous l’étrange… – oui c’est fait exprès, pfff ! – on a une certaine tendance, bien naturelle, à ne plus s’étonner du reste. C’est une erreur – grosse même –

Le voyageur un tout petit peu expérimenté sait que pour autant tous ces sentiments, tous ces paysages et ces spectacles, peuvent à tout moment s’interchanger, s’altérer, se relativiser, que surtout, et c’est bien l’intérêt du voyage, à tout instant, au croisement de la rue Mohammed V, Essaouira, à l’angle de la 13ème rue, New York, devant le pont Alexandre II du temps où ça s’appelait encore Leningrad, au milieu du souk du Caire ou dans un palace de Nairobi ou de la Haye, quelque chose peut se pointer, changer un peu de votre vie d’une façon ou d’une autre, d’au moins un souvenir. Le souvenir d’une mariée libanaise aux yeux de chat et aux hanches d’odalisque dans sa robe de perles, un jour de l’an au pied des pyramides, d’un petit déjeuner au champagne en pleine brousse Out of Africa, d’un bloc de béton immonde à la place d’un souvenir ému d’enfance dans le West Side, de la neige sur une coupole d’or, d’un camion sur une route au crépuscule. Le souvenir de la St Jean sur une plage refroidie par l’hiver, d’un ballet urbain, sur fond de ciel rose et de Gymnopédie. D’une femme douce, que douce. De ses yeux bleus, de son cou de cygne, d’un con doux, et de quelques autres. Des souvenirs de soleil, de plage, de Méditerranée au cagnard d’août sous un ciel italien, de cocktails étranges, salés sucrés au creux d’une hacienda mexicaine par vent chaud. Tout autant de petites breloques, de bijoux de mémoire, ciselés, cristallisés par la nostalgie, qu’on arrive même à personnifier, parfois, d’un bel objet, un truc exceptionnel, ou pas tout à fait, quelque chose qu’on aura acheté ou pas, par choix seulement, et si seulement c’est une façon de remercier au lieu de posséder. Et si pas, si rien ne décide de partir en voyage avec vous de retour, ni objet, ni ami(e), ni objet ami, si rien ne vous emporte, au moins cette image pas tout à fait figée, où quelque part vous avez un peu de vous-même et qui demeure dans votre esprit, d’abord comme cette photo que vous n’avez jamais prise, parfois comme une courte bande animée, et puis ça finit par ressembler à ce genre de chanson qu’on arrivera à jamais à composer mais qui reste comme un parfum. Le parfum reste toujours, l’odorat est notre premier acte de mémoire, la madeleine fameuse qui jamais, ou tout à fait, ne nous quitte.

 

Oui… bon…

 

Mais donc le voyageur un tout petit peu inexpérimenté n’aura guère tout ceci dans sa petite tête bien rangée, à part l’attentat sur sa personne que chaque mètre en Etrangie, le pays étranges des étrangers, lui auront coûté, l’auront entrepris dans ses fondations, l’auront fait vaciller dans ses certitudes et jamais vraiment pour le meilleur. Mais pas non plus pour le pire à vrai dire. En Etrangie l’étranger devient exotique et ce n’est pas une maladie, c’est un petit chromo sur un Polaroïd high-tech, enfermé dans sa petite cage de papier, ramené inoffensif le negro, dans l’album photo. A condition, bien entendu, que le voyageur, même sans expérience, fusse volontaire. L’accidentel, le conditionnel – seulement et seulement si je pars au frais de la société, par exemple – l’involontaire ou réfractaire, le réfugier, n’aura pas loisir du petit Instamatic binaire, n’en aura même pas le goût. Il traîne, au fond le voyage l’emmerde, ou bien le cloue de terreur. Et pour autant se lasse vite. Rien ne l’étonne parce que plus rien ne lui est dissimulé. Il attend la mort. C’est le touriste absolu. Partout où il se trouve, tout est pareil, tout passe, tout lasse, autant passer vite alors. Mais bien entendu il y a toujours ce garde derrière la frontière, ce flic au barrage, le fonctionnaire au comptoir qui parle charabia, et jamais le loisir de se dire qu’on va s’acheter un cendrier ou une girafe en bois pour compenser.

D’ailleurs, pas une girafe à l’horizon… enfin si… enfin non… enfin merde, c’est quoi ça encore ?

 

Une girafe.

 

Ah non, une girafe ça vole pas dans l’espace, non monsieur. Non la girafe c’est sur terre en train de mâchonner lentement un arbuste, point barre. C’est pas habillé d’une combinaison en cuir non plus.

 

Une girafe en cuir ?

 

Est-ce bien raisonnable ?

 

 

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