Planck ! 15

4ème Partie

 

 

Les gens ne sont pas une marchandise ordinaire.

Nicolas Sarkozy

 

 

             Dans les récits épiques qui plus tard contèrent l’extraordinaire épopée de cet homme qui voulait rentrer chez lui, et qui pour autant s’en éloignait chaque fois un peu plus – Toute ressemblance avec l’odyssée homérique est totalement fortuite, mais après tout tout a déjà été écrit – nombreux furent ceux qui prétendirent qu’il partit seul ou presque, avec comme seul compagnon, un collègue de bureau.

Bien entendu d’autres affirmèrent que le héros mesurait trois mètres de haut, ingurgitait 3 sangliers entiers, 11 poulets, 14 lapins, 7 canards et 8 rôtis de bœufs au petit déjeuner, pouvait assommer un bataillon d’ogres d’un seul coup de poing et satisfaire en une seule nuit sept femmes à la fois, mais nous n’en tiendrons pas compte et le lecteur aura l’obligeance de ne pas se demander pourquoi.

Quelques autres récits en revanche prétendirent que ses apôtres l’avaient suivi, que sa mère l’avait accouché en le faisant passer à travers son hymen, qu’il mourût sur la croix en récitant un passage de l’Ancien Testament, nous n’en tiendrons pas compte non plus, et le lecteur pas plus.

Nous ne tiendrons compte que de la vérité, tel qu’elle serait contée, bien plus tard, de cent mille autres manières, car finalement toutes les histoires de voyage et de héros, de prophète et de chemin n’en forment qu’une, et celle que nous allons narrer ici en vaut bien une autre.

En vérité Honoré Moncorget ne partit pas seulement accompagné de Berthier. La conviction avec laquelle il s’était dressé contre l’inexorabilité du sort réservé à la terre et à ses habitants par quelque mystérieuse et omnipotente entreprise, avait rallié à sa cause, Jean-René, zombie pour le moment désespéré, les trois jeunes femmes, curieuses pour deux d’entre elles, et furieuse pour la troisième et Dumba qui ne s’expliqua pas sur ses raisons. Moïse Wonga, son drapeau troué, et ses suivants courroucés, avaient préféré continuer à lutter sur place, estimant qu’il n’y avait rien à attendre de toute façon de la police martienne au service du capital, sinon une nouvelle trahison, un nouveau crime à l’endroit de l’humanité. Mazore expliqua qu’il se sentait mieux ici, même avec un trou dedans, parmi les hommes, que dispersé dans les étoiles. La vedette qui aurait adoré les accompagner au contraire, être enfin avec les étoiles, dût décliner devant l’insistance véhémente de sa femme que le vide avait toujours angoissée, alors intersidéral…

 

Des missiles disparaissent et James Bond est arraché des bras d’une beauté callipyge avec un nom en A, quelque part dans les confins des mers du sud, quelques tueurs mystérieusement vêtus de noir se lancent à sa poursuite – une vieille vengeance du S.P.E.C.T.R.E – James s’en débarrasse à l’aide d’une minuscule mitrailleuse avec un chargeur de 9000 cartouches, avant de disparaître sur fond de boule de feu, derrière son sourire enjôleur et un générique pop plein de femmes avec des noms en A. Il réapparaît, rasé de frais, une cravate en soie sous son costume d’alpaga coupé sur mesure, sentant bon les mers du sud et les filles avec un nom en A, dragouille la secrétaire de son patron, histoire de vérifier qu’il n’a pas perdu son mojo en route, puis va prendre connaissance de sa mission, et accessoirement sauver le monde.

Un officier américain est fait prisonnier par des officiers soviétiques fourbes et cruels avec des yeux pâles, John Rambo arrête de brosser sa statue, noue ses cheveux avec un bout de chiffon, fourre son poignard et ne disparaît pas derrière un générique, il y a pas de filles avec un nom en A, il démastique tout ce qui bouge, sauf les chiens et les lapins, et accessoirement sauve l’honneur de l’Amérique.

Mec un vend de la coke, mec deux jette sa montre, ils s’en vont en chopper, générique – Born to Be Wild- mec un et deux fument un joint avec des filles avec des noms à base de Framboise et de Liberté et accessoirement s’en battent les couilles du monde ou de l’Amérique.

 

Finalement, comme on vient de le voir, toutes les plus grandes aventures commencent d’une manière banale. Il n’y avait pas de raison pour que celle-ci ne déroge. Celle-ci, et l’on pourrait y voir un symbole, commença par une chaussure. Une chaussure de femme, taille 38, de couleur rouge – évidemment – Ou plus exactement par la disparition de cette chaussure-ci, et là aussi on pourrait y voir un symbole. Mais non. Pas de symbole là dedans, simplement un télétransporteur biomoléculaire à sensation froide surmagnétique inversé, mais défaillant.

–          Je vous demande pardon ?

X911 répéta obligeamment :

–          Télétransporteur biomoléculaire à sensation froide surmagnétique inversé, mais défaillant. Pour faire court nous on dit des TBSFSI.

X911 ne procédait pas par initiales, il crachait tout d’un coup, comme si c’était un mot avec un nombre de voyelles décentes. Ça ressemblait à un genre de sifflement bafouillé terminé par un petit crachat en l’air. Il y eut un instant d‘hébétude générale.

–          Défaillant ? répéta Superbe en retrouvant ses esprits.

–          Défaillant… c’est comme ça… Qu’est-ce que vous voulez, on est sous budgété depuis des lustres, alors forcément on nous fourgue des TBSFSI en sous marque et forcément la sous marque, genre Probyl™ ou Voltox©, c’est pas des as question TBSFSI, à force y s’usent les TBSFI ! Vous pensez bien qu’on leur a dit à l’usine de T…

Chaque fois qu’il prononçait son acronyme de l’enfer on avait l’impression d’écouter R2D2 parler avec une trachéotomie dans le sifflet, parfaitement exaspérant.

–          Oui, oui, bon ça va, vous voulez dire que votre machin truc là y m’a piqué ma godasse ?

Le machin truc en question avec quelque chose de la fleur et de l’engin de guerre. Une fleur dont les pétales ressemblaient à des petits canons piqués de rouille et de taches de graisse en acier dépoli. Le cœur de l’étrange pâquerette était monté sur un piston fixé au plafond et actionné par un axe rotatif qui crachait de temps à autre un peu de vapeur, des tuyaux noirâtres étaient reliés à l’ensemble disparaissant dans le treillage métallique du plafond. C’est ce qui les avait tractés depuis l’île.

–          En quelque sorte.

–          En quelque sorte ?

–          Oui, c’est à dire que lors du transfert, le TBSFSI disperse notre continuum ionique et projette les molécules dans le vaisseau à une vitesse sublumineuse, évidemment à cette vitesse là les atomes ont tendance à s’emmêler les pinceaux, y’a de la déperdition.

–          Déperdition ?

–          Oui, surtout si votre correcteur de masse déconne ! Et le nôtre on dirait qu’il a inventé le mot, jamais vu un correcteur de masse déconner comme ça, rendez compte c’est mon troisième bras depuis cet hiver ! Heureusement on a le rétracteur, expliqua un autre robot à l’eau.

Superbe avait la bouche légèrement entrouverte, l’œil éteint ou alors dirigé vers très loin à l’intérieur d’elle-même. A côté d’elle Ronga fixait sévèrement la fontaine à eau. Elle demanda dans un croassement d’hostilité.

–          Le quoi ?

–          Le rétracteur. Parfois y rétracte ce qu’il faut, vous voulez qu’on aille demander ?

Superbe et Ronga regardèrent méfiantes la coursive mal éclairée qui semblait sinuer comme un serpent de mer le long du vaisseau. Il en émanait une odeur d’eau saumâtre et d’algues de rivière.

–          Je veux ma chaussure ! Je ne vais pas voyager dans l’espace avec une seule chaussure !

–          Oh vous savez dans l’espace personne ne vous entend marcher.

–          …

–          Oui, excusez-moi mon programme d’humour n’est pas terrible non plus, à mon avis ils ont demandé au même professeur péruvien qui m’a refilé mon anglais d’écrire un livre de blagues.

Il pivota sur lui-même et avança vers une coursive devant eux, guère moins sinuante, guère plus éclairée.

–          Venez, c’est par-là.

Mais les jeunes femmes hésitaient, et ses messieurs aussi. D’autant que Superbe poussa un petit cri, comme si un serpent venait de lui mordre les fesses.

–          Qu’est-ce que c’est ? Mais qu’est-ce que c’est ! ?

Elle se grattait le talon, essayant d’extirper un minuscule éclat de cuir vernis rouge qu’elle venait d’y découvrir incrusté.

–          Ah ça je vous avais dit, le correcteur de masse ! Répartition foireuse ! Mauvaise distribution ! Ah y vont m’entendre là haut ! Allez, venez je vous emmène à l’infirmerie.

Superbe blêmit.

–          A l’infirmerie ? pourquoi à l’infirmerie ?

–          Bah pour retirer votre chaussure !

Pendant quelques secondes tout le monde se demanda si c’était une nouvelle tentative d’humour péruvien. Et c’est bien difficile de savoir si c’est du lard ou du cochon quand ce n’est que du plastique et de l’eau. X911 fut le premier à comprendre le quiproquo.

–          Votre chaussure là que vous tripotez, les atomes se sont amalgamés avec ceux de votre corps… vous comprenez ?

Pas très bien non, et puis Berthier, toujours en veine d’une référence imbattable s’exclama :

–          Ah comme dans la Mouche !

–          Je vous demande pardon ?

–          Son ADN s’est mélangé avec l’ADN de la chaussure !

–          Eh bien c’est à dire…

X911 ignorait complètement ce qu’était l’ADN, les organismes vivants du côté de la galaxie où s’était trouvée la terre n’avait jamais été sa spécialité.

–          Si ça se trouve vous allez devenir une femme-chaussure ! continua Berthier à moitié sérieux.

–          Bon ça suffit ! Emmenez là à l’infirmerie et qu’on en parle plus ! ordonna Montcorget qui regardait la coursive avec méfiance et l’engin au-dessus de lui avec inquiétude.

C’était une chose de piquer une colère, d’exiger et tout ça, mais est-ce qu’on ne se rendait jamais compte des conséquences de nos actes ? C’était pire que l’avion à Bamako, pire que la circulation zorzorienne, c’était pire que tout…. Ouais sauf que là c’était lui qui avait demandé. Porté volontaire. Même si bien entendu tout cela ne serait jamais arrivé si le Directeur du Département Commercial avait fait son travail… Mais c’était arrivé donc, et la fin du monde aussi, et si ce genre de chose était possible, tout était possible, devenir une femme-chaussure, un homme-pantalon ou terminer sur une planète avec des monstres de onze kilomètres de haut plein de dents ne mangeant qu’exclusivement des comptables. Si ça se trouve même, des trucs qu’on n’avait jamais vus dans la lucarne ! Il aurait sans doute laissé couler la sueur froide le long de son dos, selon l’expression consacrée, s’il n’avait pas encore plus craint sa propre panique, s’il n’avait pas senti que pour le coup il avait assez d’incidence sur le monde pour entraîner des gens avec lui, et que cette panique pourrait être contagieuse. D’une contagion qui ne les aiderait certainement pas dans ce périple. Or, comme disait Cocteau, quand les choses nous dépassent il vaut mieux faire mine d’en être les organisateurs, Montcorget avait décidé qu’il ferait comme s’il savait ce qu’il faisait.

Devancé par les robots, ils longèrent un serpent de câbles emplâtrés d’algues bleutées qui couraient le long du plafond grillagé. Tous les cinq mètres environ une veilleuse jaunâtre leur indiquait le chemin, quelque part dans le fin fond de l’appareil, on entendait mugir des moteurs continentaux. L’infirmerie, n’avait pas d’infirmière, ou plus exactement l’infirmerie et l’infirmière ne faisaient qu’un, d’ailleurs X911 n’invita t-il pas Superbe à s’asseoir sur son genou ? Même si à vrai dire ce qu’il désignait comme tel avait beaucoup plus l’air d’une bitte d’amarrage en bronze plantée au milieu d’une petite pièce circulaire d’un blanc laiteux, comme un totem au milieu d’une flaque de sperme. Obéissante, la jeune femme s’approcha timidement de ce substitut naval d’un genre particulier, et s’assit en croisant les jambes nerveusement, regardant sur le côté telle une call girl qui aurait décidé de faire la retape sur le Vieux Port. La pression de son corps activa automatiquement l’infirmerie-infirmière, des bras tentaculaires surgissant de partout en cliquetant de leurs longs et fins doigts qui s’agitaient à leurs extrémités. Avant que Superbe n’ait le temps de hurler ou de s’enfuir, deux tentacules s’enroulaient autour d’elle et de la bitte, l’y maintenant fermement, pendant que les autres la palpaient. Cela n’avait pas la texture du métal, plutôt de petites boules de silicones qui allaient et venaient sur elle à la façon d’une colonie de fourmis occupées à déménager. Ce n’était pas désagréable ma foi, Superbe se calma vite.

–          Vous n’êtes pas douillette vous au moins ! admira X911.

–          Non, ce n’est pas douloureux.

X911 paru surpris. Bien que paraître soit un mot ici, qui se contente de paraître justement, il ne décrit rien , il est bien incapable d’expliquer à quoi ça ressemblait la surprise sur une façade en plastique avec des robinets qui lui font comme deux yeux vairons. Pourtant il parut bien aux yeux des autres, c’était comme ça, la propension de l’érectus à l’empathie.

–          Bin je vais vous dire, mettez un Orcnos ou un veldasien là dedans et vous l’entendrez chanter !

–          Ça leur fait mal ? questionna Berthier qui avait un peu de mal à suivre.

–          Non, les Orcnos ne supportent que la douleur et les veldasiens ça les chatouille. A votre échelle se serait comme quelque de chose de très douloureux sous morphine.

–          Comme d’aller chez le dentiste ? fit Superbe dont les dents limées se souvenaient encore du bruit de la fraise.

–          Je ne sais pas ce qu’est un den… comment vous dites ?

–          Eh !

Une des tentacules lui avait attrapé la jambe et soulevé jusqu’à hauteur d’épaule, comme si elle avait voulu tester sa souplesse. Berthier eut la rapide distraction d’une petite culotte blanche lui faisant un clin d’œil. Une voix sortit de nulle part commença à marmonner.

–          Mmm, incrustation bioatomique avec complication moléculaire, mmm, on pourrait essayer une thérapie quark ou bien peut-être, mmm une ablation spectroscopique à onde courte, mmm… Ça va monter dans les 300 crédits tout ça, mmm…

–          Ce n’est pas biotechnologique, c’est du naturel, pure race, tu pourrais me le faire moitié prix ! protesta X911.

–          Moitié prix, mmm, c’est que je vais avoir des frais moi, trois unités de calculs, au moins pour la thérapie, mmm et un cordon onxydile de réforme si tu veux l’ablation, mmm, qu’est-ce t’en penses mmm… ?

–          J’en pense que j’en ai marre que vous autres des compagnies vous essayiez toujours de nous arnaquer sur les tarifs !

–          Mmm, arnaquer, mmm, alors je peux te faire bénéficier de la promotion de printemps chez Zortor™ si tu veux, mmm, mais pour ça faut que je signe un contrat d’exclu avec ton navire, mmm.

–          Ça va, ça va, dans une minute tu m’auras vendu 4 polices d’assurances différentes et un canard en plastique comme cadeau de bienvenue. Tu veux 300 C ? Tu les auras, mais répare-là ! Elle est précieuse, c’est une humaine !

–          C’est quoi une humaine, mmm ?

X911 leur expliqua qu’ils devaient tous sortir maintenant, on n’était pas autorisé à observer le processus, secret industriel.

–          Vous payez une société pour votre infirmerie ? s’exclama Berthier une fois la porte du sas refermé sur Superbe.

–          Ce n’est pas exactement une infirmerie, plutôt un atelier de réparation voyez-vous, il n’y a aucun organique sur ce vaisseau à l’exception de nôtre capitaine, que du biotechnologique. Et les unités biotechnologiques ont toutes été fabriquées par une entreprise ou une autre. Théoriquement nous pourrions avoir notre propre atelier si nous en avions les moyens, mais faute d’argent nous faisons appel aux sociétés privées spécialisées.

–          Un peu comme nous avec les voitures et les garages.

–          Oui sauf que vous n’êtes pas une voiture, et moi, pour reprendre votre analogie, si.

–          Et vous dépendez d’une entreprise pour vous soigner… dit Ronga.

–          Exactement, répondit X911 sur un ton qui expliquait que ça ne l’enchantait pas particulièrement. Vous comprenez, c’est un peu humiliant quand même de n’être qu’un produit d’usine.

Soudain une idée vint à Berthier. Une angoisse plutôt.

–          Et nous on est des produits d’usines ?

–          Vous ? Non, je l’ai déjà dit, vous êtes des organiques pures races, des purs jus de planète, tout droit sortis du grand magma sublime, de la soupe aux champignons magiques, la grande fiesta qui a fait d’un caillou en chaleur une boule de vie ! Et même si vous n’êtes pas les seuls humains de l’univers, vous êtes les derniers terriens, je suis obligé de vous soigner.

L’information eut du mal à parvenir jusqu’à l’endroit ou c’était intéressant dans le cerveau quand on voulait comprendre. Et la question resta en suspens. Superbe venait de refaire son apparition, superbe, et souriante. Une gravure de mode avec une chaussure rouge et un pied tout neuf. Pas les seuls êtres humains dans l’univers ? Oui la question ne franchit pas les limites de la réflexion et ne tomba conséquemment pas non plus de leur bouche. Superbe racontait ce qui c’était passé.

–          Non, non, ne dites rien, on va avoir des ennuis avec le Service de Protection des Organisations Commerciales.

–          Quoi ?

–          Procédé secret je vous ai dit, protection industrielle, vous comprenez ?

–          Et alors qui le saura ?

–          Le SPOC a des oreilles partout, croyez-moi, venez.

–          Où allons-nous, voir le commandant de bord ? demanda Superbe qui avait repris ses minauderies comme si, son intégrité physique rendue, elle se sentait une nouvelle fois importante, différente. Après tout elle avait vécu une drôle d’expérience, même si de son point de vue ça ressemblait à une chirurgie au laser, avec une curieuse façon de concevoir l’anesthésie tout de même. Quoique pas inintéressante…

–          C’est moi le commandant de bord. Je vous emmène voir vos couchettes, un conseil allez-y avant que nous sautions dans l’hyperespace, ces choses là sont paraît-il très désagréable pour les organiques.

–          Eh attendez ! Et moi ! Ce truc peut peut-être me réparer moi ! s’exclama Jean-René qui n’avait pas encore remarqué la perte d’une de ses oreilles, avalée par le TBSFSI.

–          Euh vous… c’est un peu plus compliqué que ça.

–          Qu’est-ce qu’il y a de compliqué ? C’est trop cher c’est ça !? s’emporta le zombie qui croyait avoir compris comment tout ça fonctionnait.

–          Eh bien, non, c’est à dire que vous, vous n’êtes pas complètement ici voyez-vous. Et on ne peut pas réparer une voiture si on n’a pas toute la voiture.

–          Pas complètement ici ? Comment ça pas complètement ici ? Vous voulez dire que je suis entre le Monde des Morts et le Monde des Vivants, un fantôme, c’est ça ?

–          Non, vous êtes entre ce monde ci et celui des Orcnos. Mais d’une certaine manière c’est être un peu comme d’être mort.

Jean-René s’était arrêté au milieu de la coursive, et la lumière que jetaient sur lui les veilleuses le rendait passablement inquiétant.

–          Comprends pas.

–          Les Orcnos sont des chasseurs et des carnassiers, ils ont aussi un gros besoin d’esclaves. Quand ils chassent, ils ne tuent pas réellement leur proie, ils la laissent pourrir, un peu comme vos crocodiles ou vos araignées. Mais la proie, elle croit qu’elle est morte, et tout le monde le croit aussi.

–          Comprends toujours pas.

–          Quand une araignée pique un insecte et qu’elle le tient au chaud dans son cocon, elle le garde en état de léthargie. Pour le dévorer vivant. C’est ce que fond les Orcnos avec leur proie. Les Orcnos sont également des Disperseurs, ils ont élevé et dressé des quantités de variétés de vermines et d’insectes, de bactéries à transmuter. La viande est digérée et transformée en énergie pure, et pour être bien certain que personne n’y touchera à part eux, là plupart du temps ça a les apparences de la merde et de la pourriture. Ensuite, puisqu’il ne s’agit que d’énergie on peut la trimballer d’un bout à l’autre du cosmos si on a le matériel pour. L’énergie est réappropriée à son état premier, de la viande, et l’Orcnos mange, ou s’il vous a gardé entier, vous vous retrouvez à travailler dans une de leur mine de cobalt.

–          Ça veut dire qu’ils sont en train de me bouffer tout de bout ?

Le zombie, pour autant que cela soit possible, était encore plus vert.

–          En fait oui et non, la vermine fait son boulot mais l’énergie n’est pas évacuée et vous êtes parfaitement conscient de votre sort. Ça c’est parce que vous n’êtes plus dans le piège.

–          Le piège ?

–          Les Orcnos se servent d’entité stellaire semi-minérale pour piéger les planètes qui les intéressent. Un peu comme des braconniers mais en beaucoup plus ambitieux. Sauf que pour vous les terriens c’est un peu plus compliqué, ils vous revendiquent comme un de leurs anciens cheptels, un ancien territoire. Ils prétendent qu’ils avaient piégé la planète bien avant l’apparition des amibes. Ça m’étonnerait les connaissant, mais la disparition des dinosaures, vous pouvez comptez dessus, c’est eux. Vous pensez, tous ces milliers de tonnes de barbaque ! A mon avis c’est ça qui les a attiré sur votre planète. La viande agit comme une drogue sur eux.

–          Vous voulez dire qu’ils sont là depuis le début !? s’exclama Berthier.

–          Oui, ou à peu près, en tout cas avant vous. Mais quand vous avez commencé à prendre conscience, il a fallu qu’ils se camouflent parce qu’à partir de ce moment là votre planète a été classée Parc Naturel par la Grande Assemblée Galactique. Et le mieux c’était de prendre votre apparence, après tout ce sont à peu près tous des homidés, comme vous. Ils prétendent aussi qu’ils ont dressé votre tempérament violent, affiné votre sauvagerie, en tout cas ils se reconnaissent en elle, et c’est vrai que de ce point de vue les Orcnos et les humains sont assez cousins. La seule différence c’est que ce que vous appelez la mort, eux ils appellent ça chez eux. Et la destruction, toutes les formes de destructions est leur terrain de jeu.

–          Vous voulez dire que c’est à cause d’eux qu’on meurt ? s’exclamèrent les six humains d’une seule voix.

–          Ils sont une des conséquences de vôtre trépas surtout si vous mourrez de mort violente, mais il y a le Piège aussi et lui vous reprogramme… et puis la D-Mart bien entendu.

–          Il nous reprogramme ?

–          Oui, les organismes intelligents ont en principe dans leur système des moyens de rajeunir leur horloge biologique, on appelle ça une Clé et le Piège déprogramme cette clé.

–          Pourquoi vous appelez ça une Clé ?

–          Parce que s’en est une. Le lien intime qui lie un organisme intelligent à sa planète. Une sorte de cordon ombilical mémomnique entre lui et elle et qui permet à ses cellules de se restructurer. A ce que j’en sais c’est une glande remplie d’eau, de l’eau primaire, située quelque part dans le cerveau, excusez, je m’y connais pas bien en anatomie humaine. Mais dès que le Pam-pam vous piège, il vous pirate avec son eau à lui.

Lubna haussa un sourcil amusé.

–          Le Pam-pam ?

–          Oui, le Piège, c’est comme ça que ça s’appelle, un Pam-pam, parce que quand on passe au travers ça fait ce bruit là dans la tête : Pam-pam !

–          Une glande remplie d’eau dans le cerveau ? grommela Montcorget. Ça c’est sûr vous vous y connaissez pas beaucoup en anatomie ! On a jamais eut de glande dans le cerveau avec de l’eau dedans ! Jamais.

–          Et jusqu’ici vous n’aviez jamais non plus navigué dans un vaisseau spatial en compagnie de cinq personnes et cinq fontaine à eau il me semble, fit pertinemment remarquer un autre P.I.G.

Et à ça, personne ne sut quoi répondre.

–          Et la D-Mart là dedans, qu’est-ce qu’elle vient faire ? bougonna finalement Montcorget.

–          Eh bien, ne le prenez pas mal monsieur, mais on m’a recommandé de vous conduire à la Grande Assemblée Galactique avant de vous en dire plus. Vous comprendrez mieux là-bas.

 

En fait de couchettes il s’agissait de sorte d’œufs semi-transparents remplis d’un liquide visqueux qui avait toutes les apparences d’un formol de compétition et suspendus au plafond par des câbles d’alimentation. On y entrait par une petite trappe à la base de l’œuf.

–          On va dormir là dedans ? Vous plaisantez !? gronda Montcorget.

–          Oui pourquoi ? Vous allez voir, c’est très facile, vous levez les bras et vous vous laissez absorber.

–          Absorber ?

Visiblement Lubna n’avait pas du tout envie d’être absorbée par quoi que ce soit. Montcorget sursauta, il venait de réaliser sa présence. Jusqu’ici c’était la défiance qui avait prévalu, mais à force de ne rencontrer que des trucs bizarres sur son passage, la défiance s’émousse et l’esprit s’égare. Il s’égare sur un profil, il s’égare sur un regard, et il tremble.

–          Oui, oui, vous verrez, il paraît que c’est très agréable. C’est un organique comme vous qui me l’a dit.

–          Tout ce que tu veux papa mais moi je monte pas là-dedans !

–          Je suis désolé mais nous nous devons d’insister, et puis vous savez, hyperespace ou pas c’est pas la porte à côté Mitrillon.

–          Où ?

–          La planète où siège le G.A.G… expliqua une des fontaines à eau.

–          En fait c’est toute la planète qui est un siège, ajouta X911 construite aux frais du contribuable, et elle se déplace, une énorme ambassade itinérant si vous préférez.

–          Alors ce n’est pas une planète, c’est un vaisseau spatial, fit remarquer Berthier qui avait vu la Revanche des Sith sept fois.

–          Non pas Mitrillon. Elle n’a aucun engin de propulsion, elle se fait tracter à la demande. Ça coûterait beaucoup trop cher en énergie de lui mettre un moteur.

 

 

 

 

 

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