Planck ! 4

Il y eut soudain un silence et tout le monde fixa l’assassin avec les yeux du bourreau. Berthier, incrédule, les dévisagea les uns après les autres, son esprit refusant obstinément de comprendre ce que ses nerfs lui transmettaient, à savoir le panel d’odeurs et d’expressions propres à l’homo sapiens sapiens dans pareil cas, tout entier stocké dans la mémoire de son reptilien et qui ne signifiait qu’une seule chose : ils étaient sérieux, pire, furieux. Le cerveau de Berthier était en train de buger.
Et quand un cerveau n’est plus capable de suggérer la moindre explication cohérente, il passe le relais au reptilien, âme simple s’il en est, qui réagit conséquemment à des milliers d’années d’expérience. Berthier eut un réflexe de recul et chercha l’issue de secours la plus proche. En conséquence de quoi les cerveaux reptiliens de ses interlocuteurs, et qui pour au moins deux d’entre eux faisaient la loi dans leur esprit, reconnurent instantanément les reliquats d’une tentative de fuite, et sans se consulter ordonnèrent au corps d’intercepter l’individu. Berthier se retrouva rapidement aplati au sol, le bras tordu, sous le poids de la baba, tandis que le barman lui flanquait des coups de pieds dans les jambes. Soudain une voix glaciale souffla.
– Qu’est-ce qui se passe ici ?
Si la vie était ainsi faite qu’elle se mettait en scène conformément à nos sentiments, fantasmes et autres désirs, elle aurait jeté la lumière sur les épaules de la nouvelle arrivante comme un sac tombant d’un ciel de néon, projetant sur son visage des ombres aussi intenses que des nuits sans lune, l’aurait habillée d’une veste de combat, de lunettes noires et de bottes de moto à bouts ferrées. Bref si la vie avait été pareillement en harmonie avec nos fantaisies intérieures que, par exemple, des petits bonhommes sous le tapis puissent contrarier la connerie dans ses tréfonds, la baba du 5ème, Baba 5 donc, aurait ressemblé à Arnold Schwarzenegger dans Terminator, au lieu d’un bloc de granit en robe-rideau bleu avec un visage aussi attrayant qu’une grue de chantier. D’un autre côté l’expression de l’existence se suffisait sans doute à elle-même puisque l’on ressentait en sa présence le même sentiment de plénitude que Sarah Connors face à l’inexorable mécanique.
Instantanément, Moïse Wonga se mit à chevroter.
– Madame la vice-secrétaire ?
Respectant à la lettre les préceptes sémantiques de ses formateurs, Wonga avait attribué à chacun un titre. Ainsi, il n’était lui-même pas le directeur de l’établissement, terminologie bourgeoise ignoble, mais 1er secrétaire de la zone de repos Welcome. Les babas avaient celui de Membre affilié de la zone de repos Welcome chargé aux bonnes mœurs et à la sécurité. Le barman celui de responsable technique des boissons et amuse-gueule et Baba 5, puisqu’il s’agissait de son épouse, vice-secrétaire de la zone de repos Welcome et 1er administrateur des membres affiliés aux bonnes mœurs et à la sécurité. Autant dire que si Moïse Wonga avait cédé à l’habitude bourgeoise des cartes de visite, sa femme en aurait eu une plus longue que lui. Ce qui, somme toute, n’était, métaphoriquement parlant, pas complètement une vue de l’esprit.
– Qu’est-ce qui se passe ici ? Réitéra le bloc, sans lui accorder un regard.
Elle fixait Berthier, et si celui-ci avait pu l’apercevoir au lieu de l’entendre grincer, il n’aurait certainement pas braillé comme il le fit.
– Au secours, au secours, libérez-moi, ce sont des fous !
Et n’aurait donc conséquemment pas reçu un coup de poing sur la tête de la part de Baba 15 qui l’expédia quelques secondes sur Beltégeuse.
– Cet individu a tué J.R madame la vice-secrétaire, j’en ai la preuve ! brailla t-elle aussitôt au garde à vous.
– La preuve ?
– Moi aussi ! gueula en retour le barman.
– Oui, il a parlé à Lubna, plaida enfin Wonga, réalisant à l’instant même où les mots franchissaient ses lèvres qu’il venait de s’engager sur un terrain miné.
Lubna – Responsable technique des Maladies Sexuellement Transmissible – était un sujet de vif controverse lors des réunions internes du Parti Welcome où il n’était pas rare qu’on s’entre déchire pour savoir si la longueur de sa mini jupe était conforme à l’orthodoxie marxiste ou au contraire un desiderata de l’esprit bourgeois et phallocrate de la société capitaliste.
– ça suffit ! Tonna Baba 5.
Rebasculant soudain dans la pleine conscience de sa situation, mais le crâne douloureux, et toujours soumis à la pesanteur de sa gardienne, Berthier se crut un instant sauvé. Un instant où il eut dramatiquement tort. Dramatique est sans doute un mot un peu fort, mais au regard de la brièveté du dit instant, l’on peu considérer qu’il y avait bien quelque chose d’énorme là dedans, comme une suspension d’incrédulité, quand la magie du temps et de l’action vous fait croire à l’incroyable. Le silence avant la tempête.
Et ça fit Planck !
Pourquoi Planck ?
Pourquoi pas.

2nd Partie

Les sots sont toujours malheureux, prime ordinaire de la maladresse.
Baltasar Gracian.

C’était un petit Planck ! et en même temps si long et si énorme qu’il englobait le grand tout en une seule sonorité, le temps tout entier et chaque action, réaction et transformation. Un Planck ! Si fondamental que seule l’oreille d’un Dieu aurait pu le percevoir et pourtant présent dans l’inconscient de tout organisme vivant, protozoaires inclus. C’était comme un éternuement, quand toutes nos fonctions vitales se suspendent pour l’expulsion et qu’en même temps la suspension en soi signifie la vitalité elle-même. A la fois une explosion et une implosion, un blanc et un bruit, un silence et une onomatopée articulée par l’absolu. C’était Le Planck ! Et tout à la fois absolument rien, le néant.
C’était un accident.
Quelque chose qui n’aurait peut-être jamais dû se produire, mais qui sait ce qui doit ou non arriver, une cumulation d’énergie contraire, collision d’improbabilités longuement distillées, le bruit d’une maille qui saute dans le tissus complexe de la réalité.
Car qui observe ce qu’il nomme réalité avec un œil critique remarquera tôt ou tard que cette réalité n’est en fait qu’un tissu de mensonges. Etoffe conjonctive qui réagit à la vérité en battant des paupières.
Qui observe son réel en face aura de la poussière dans les yeux. Il aura mal, il pleurera, aveuglé, mais comprendra qu’il observe un entrelacs complexe et fragile qui réagit au déséquilibre tout en prenant conscience que ce déséquilibre est une chose plus relative à ce qu’on en perçoit qu’à la réalité elle-même. Bref, que tout est relatif.
Ainsi l’histoire n’a pas retenu le Planck ! Décisif qui retentit dans le silence d’un soir de 1905, quand Albert Einstein considéra sa table avec méfiance, comprenant au terme de ses calculs, que ce truc sur lequel il reposait ses coudes et qu’il avait acheté 39 marks, n’était pas celui qu’il prétendait être, mais un élément instable en perpétuel mouvement et dont l’orthodoxie physique, et conséquemment sa valeur réelle, ne reposait que sur la bonne marche de quelques électrons.
Pas plus que l’humanité ne se souvint de cet autre Planck ! Qui jaillit, solitaire, du néant dans lequel fut plongé Galilée quand soudain il réalisa qu’il se tenait debout sur une grosse boule, pire, que Ptolémée, qu’on tenait alors pour la référence ultime, avait tort. Ni moins sur celui qui claqua dans la conscience hébétée du pape quand les navigateurs démontrèrent que le même Galilée avait eu raison sur le catholicisme. Et ne se souviendrait non plus des Planck ! Qui retentirent quand on se découvrit des cousins dans les arbres et les rivières, qu’une théorie ou une certitude universellement prise pour vraie s’avérait fausse et vis versa, qu’une une race ou une civilisation, brontosaure, dodo, Olmec, réalisait soudain le sens du mot éphémère. Car il faut bien comprendre que le Planck ! est un objet sonore silencieux qu’on ne rencontre qu’à l’heure de la baffe. Et qui aime se souvenir des baffes ?
Cependant, dans certaines conditions, suspendu par exemple, entre l’incrédulité et l’intime conviction de sa fin prochaine, l’esprit égaré, peut percevoir l’espace d’une nano seconde le Planck ! plancké. Il ne saura jamais que sa réalité s’est enrichie d’une autre dimension, il ne percevra pas l’énormité de l’événement, mais dans l’intimité de son être quelque chose aura fait Planck !
Alors invariablement, la créature planckée, dodo y compris, cherchera une porte ou une fenêtre qui claque, sans vraiment savoir pourquoi – bon d’accord, les dodos et les brontosaures moins que les autres. Ce que fit Berthier quand Baba 5 marcha sur lui d’un pas lourd. Ce qu’ignora Honoré Montcorget lorsqu’au terme de son exploration, il constata que la tête de gnou avait disparu de son mur. Mais Honoré Montcorget est un cas d’exception. Il est imperméable en tout. Peut-être même est-il lui-même un imperméable dans une autre dimension mais à cela aussi il aurait été imperméable. Ceci était un tapis en poil de quelque chose, et il n’y avait rien en dessous, ici s’était trouvé une connerie de trophée avec des yeux de verre, là il y avait un lit qui n’était pas à lui, ça c’était sa valise, par ici la sortie.
Raoul le regarda partir avec curiosité. Cette fois se fut la porte qui fit Planck !
Mais, me direz-vous, que se passe t-il quand la réalité file son bas, je serais tenté de vous répondre qu’on en voit la chair. Ce qui n’existait qu’à travers une brume savante, ce qui apparaissait comme gigantesque et unique, unidimensionnelle et sans plus de relief qu’une conscience, même large, ne pouvait en percevoir, ce qui derrière se cachait, prenait une autre consistance, suggérait des contours, laissait l’invisible et l’impensable exister, un petit peu. Un petit peu seulement.
Pour l’instant.
Mais l’infiniment petit et l’infiniment grand n’étant qu’une affaire de point de vue sous le pouce des dieux, même un petit peu suffit parfois pour que l’incroyable cesse de l’être. Ici un esprit pointilleux pourrait toujours avancer que ceci est aussi relatif que la stabilité d’une table achetée 39 marks, que ce qui paraît incroyable à l’un ne l’est pas forcément pour l’autre, et c’est bien pourquoi cette fois ce le fut en toute réalité, puisque pour quiconque le croisait Giovanni Fabulous était effectivement très difficile à croire, et pour cause.
Mais nous ne débattrons pas pour le moment de la cause, l’effet se suffisant à lui-même. Le lecteur est donc ici prié de se tenir tranquille, prendre un verre et dire Planck ! à haute voix, ça lui donnera une petite idée de ce qui passe alors quand saute une maille du réel.
Attention, un, deux, trois…

PLANCK !

« Oh mais dites-moi, c’est très intéressant tout ça ! »
Nul dans le restaurant ne fit attention au nouvel arrivant. Nul ne l’avait entendu, tous occupés à vociférer à propos du procès stalinien qu’on se proposait de faire subir à François Berthier. Puis un élément parfaitement étranger à des narines léninistes vint se poser sur leur muqueuse, leur arrachant une grimace universellement commune à l’humanité, et qui signifiait à la fois ahurissement et dégoût.
C’était pourtant un parfum parfaitement banal qui flottait autour de Giovanni Fabulous comme un nuage de vapeur délicatement mauve. Une synthèse de violette rehaussée de citron et de musc qui n’était pas sans évoquer un déodorant ménager. Mais en l’état il s’agissait de beaucoup plus, comme si l’usine de déodorant avait connu une fuite sans précédent. Comme de plonger dans la cuve même de son jus, être soudain assailli par un wagon de chiotte, de sticks bon marché, de tampons féminins neufs. Le vociférage s’éteignit d’un seul corps.
L’inconnu ayant toujours ce même effet qu’il commande au reptilien de prendre le relais, et ce dernier n’ayant pas 36 fonctions, l’on peut diviser les réactions des protagonistes en trois catégories distinctes : le refus, la négociation, l’acceptation.
Il en est ainsi de tous devant la mort et plus généralement devant l’inexorable. Si Giovanni Fabulous n’avait rien de mort, il y avait sans conteste quelque chose d’inexorable chez lui. Inexorable comme une évidence que l’on a toujours tentée de nier et qui se pose un jour devant vous avec l’assurance… des évidences.
Ainsi dans la catégorie refus il y eut un «dégage lopette » arraché de la bouche du barman et un «c’est quoi ça ? » commun à Moïse Wonga et sa femme. Berthier promit de l’argent si le nouveau venu voulait bien instamment changer de parfumeur, Baba 15 resta bouche bée ce qui constituait le seul moyen pour son cerveau d’appréhender ce qui se tenait devant eux, et, en quelque sorte, de l’accepter.
Il mesurait aux alentours de 2m 10, pesait sans conteste 195 bons kilos, dont 90 rien qu’au niveau de la taille, son ventre comme une gigantesque baudruche affaissée retenu de justesse par un gilet psychédélique, barré par la courbe d’une longue chaîne en or au bout de laquelle se cachait dans une des nombreuses poches du gilet une montre gousset du même métal et d’un genre particulier. Il portait un costume immaculé si vaste qui l’accompagnait chacun de ses mouvements comme une marée de coton, en petites vaguelettes dociles et silencieuses. Il avait les bras courts, les doigts en cuir rose au raz des manches, les jambes courtes posées sur de minuscules chaussures vernies noires à bout rond. Il avait sur la tête un chapeau andalou blanc à large bord, fermé par une voilette pourpre qui masquait son visage et d’où s’échappait une voix fluette et un peu précieuse.
A ses côtés se tenaient Dumba et Radji, tous deux équipés de masque à gaz sophistiqués qui leur faisait des têtes de cosmonautes de l’enfer.
– C’est un genre d’accouplement ? Vous n’êtes pas censé sortir vos sexes à un moment ?
Mais avant que quiconque ait saisi le sens de sa question, Radji et Dumba comprenaient la situation et en un instant Baba 15 était éjecté dans les chaises, le barman broyé d’un coup de crosse et Berthier vigoureusement redressé, épousseté, poussé vers Giovanni Fabulous, par Radji qui brailla à travers son masque.
– ça français, affaire Z3000.
– Oh ! Je vois… hé bien enchanté… laissez moi me présenter, Giovanni Fabulous, représentant pour le Zorzor de D-Mart Inter.. euh… International.
– Eh bien bonjour… François Berthier, répondit François Berthier quelque peu décontenancé, tandis que l’autre lui secouait vigoureusement la main.
– Que vous voulaient ces personnes ?
– Me faire un procès.
– Ah ces gens sont américains ?
Il pivota sur lui-même et regarda le couple de Ternardier figé entre stupéfaction et indignation.
– Comme c’est étrange…
Puis il enveloppa Berthier par les épaules de son large bras et l’entraîna doucement avec lui. Pendant quelques secondes le commercial eut le sentiment que ses pieds ne touchaient plus terre.
– Venez monsieur Berthier nous n’avons que peu de temps avant de rencontrer Sa Majesté Président Docteur et Grand Sage Papillon, et beaucoup à nous dire.
– Qui ?
– Eh bien le dirigeant de ce pays, qui d’autre ?
Honoré Montcorget était parti depuis longtemps quand l’étrange cortège pénétra dans la suite. Déterminé à ne plus rien avoir à faire avec ce pays de sauvage et surtout pas avec ses moyens de transport, il était partit à pied, sa petite valise à la main, direction l’aéroport. Direction n’est sans doute pas le mot le mieux choisi, car de direction Montcorget n’en avait aucune, mais disons que la volonté qu’il donnait à ses pas pour s’orienter rapidement vers la sortie pouvait tenir lieu de direction, sinon de profession de foi. Hélas, l’ambiance animée et l’attitude parfois familière des populations du tiers-monde, combinée à l’humeur massacrante du comptable, ne tarda pas à mettre une fin brutale à son errance. C’est ainsi qu’après avoir échappé de peu au lynchage, Honoré Montcorget se retrouva débarqué dans une minuscule cellule surpeuplée par quatre malabars dans des uniformes approximatifs de policiers pas moins approximatifs.
Il y aurait fort à dire des prisons du tiers-monde, à commencé par le fait qu’elles ne décevaient jamais, quelles que soient les idées préconçues que l’on en avait. Par exemple leur hygiène, leur surpopulation, la brutalité de leur gardien et leur vénalité, toujours à l’égal de l’exotisme qu’on en attendait. Les prisons du tiers-monde n’ont pas cette pudeur qui sous des cieux plus cléments consiste à recouvrir cette même misère, cette même absence d’hygiène et de sécurité, cette identique corruption qui donne loi au plus fort, sous une belle couche de règlements, de déclaration d’intention et d’ormeta administrative. Car il faut avouer qu’au tiers de ce monde on savait bien que la pauvreté constitue le quotidien des deux tiers du dit monde et qu’en fait de tiers restant les plus riches représentaient la part la plus infime. Bref que la majorité allait aux plus faible et qu’en toute raison il n’y avait guère besoin de sauver les apparences. Après sept heures enfermées dans un nuage de vermine, avec des exhibitionnistes, des prostitués mâles, femelles ou transsexuels, des lépreux, des voleurs, des obsessionnels compulsifs, des assassins et un ou deux hommes politiques, Honoré Montcorget était donc logiquement rendu à l’égal d’à peu près n’importe qui en ce cas, hirsute, gluant de crasse, aux limites de la raison, et prêt à tout, même à tuer, pour retrouver ses pantoufles.
Et pourquoi sept heures ? Et bien ici la nature ne garda pas son secret car la nature n’a rien avoir là dedans, même s’il parut tout à fait naturel à Radji et Dumba de tabasser tous ceux qu’ils trouvèrent sur leur chemin jusqu’à ce qu’ils retrouvent le comptable à peu près sain et sauf, quoique passablement cinglé. Après quoi un certain docteur M, médecin traitant du palais, lui administra un calmant de sa fabrication, si puissant qu’Honoré Montcorget sombra dans les bras accueillants de Morphée dix heures durant.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s