Mad détective, film concept.

Des films avec des profiler géniaux les américains, du roman au cinéma en passant par la télévision, nous en produisent des brouettes, et toujours la même eau (Millenium, Profiler) un profiler a des visions, il poursuit un assassin génial, et avec ses visions, tadaa, le super profiler va coincer le méchant. Bon, mais quoiqu’il arrive, le profiler est à peu près sain d’esprit, du moins assez pour avoir une conversation normale avec ses collègues. L’ex inspecteur Bun (Lau Ching Wan) n’est pas dans cette catégorie. Il est tellement à fond dans ses enquêtes qu’il finit par péter un câble, et se retrouver avec une fausse oreille (je vous laisse découvrir pourquoi, le climat du film pose assez bien les choses et définit immédiatement le degré de folie). Mis à la retraite jusqu’à ce que son ancien élève, l’inspecteur Ho (Andy On) face à une enquête difficile, le sorte de celle-i.

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Bun prétend voir les démons des gens (démon, personnalité, on comprend comme on le veut) assez pour mettre un coup de boule à une femme parce qu’il voit autre chose. Sa méthode d’enquête c’est de se mettre en condition, il mange ce que son suspect mange, il s’enterre vivant, il se fait jeter dans les escaliers, bref c’est un médium plus qu’un flic classique et comme souvent avec ce genre de médium il est en effet passablement frappé. Et à mesure du film, à mesure où Ho va découvrir à quel point il vit sur une autre planète, il se mettra à douter et nous avec. Bun ne vit-il pas totalement dans un monde imaginaire, puisque celle qui prend pour un démon est en réalité bien sa femme, cette femme qui l’a quitté quand il a définitivement vacillé. Ou bien est-ce nous, spectateurs et ses collègues qui sommes incapables de voir ce qu’il voit avec son cerveau droit (comme il le recommande à son collègue « utilise ton cerveau droit, pas le gauche ») à savoir les multiples personnalités qui composent un criminel, par ailleurs flic lui-même (ça on le sait dès le début). Cette question restera posée jusqu’à son superbe final qui nous ramène aux grandes heures du cinéma, où dans une scène de miroirs éclatés Bun ira jusqu’à se remettre en question, en question le bien fondé de ce qu’il est lui-même, pas tant un fou qu’un type qui n’est ni mieux ni moins bien que tous les aveugles qui l’entourent et en tirera un genre de conclusion douloureuse. Car Bun est avant tout un type en souffrance, un homme génial et bizarre abandonné de tous et qui crève de solitude (toutes les scènes avec sa « femme » et sa femme sont assez parlantes là-dessus et on imagine bien la vie qu’il devait avoir avant de sombrer dans la dépression) mais aussi un teigneux qui ne lâche jamais, en dépit de tout, et ira jusqu’à se coller une indigestion pour entrer dans la peau de son suspect habité par 7 personnalités dont un goinfre.

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Film ultra conceptuel, Mad Détective, de Jhonnie To est non seulement une belle illustration sur la folie et ses apparences, un polard tout à fait digne de ce nom avec une enquête rendue d’autant complexe qu’on joue en permanence sur les identités (où ici l’identité d’un flic est définie par son arme à feu) mais également sur les faux semblants permanents où toutes les lignes de séparation entre la raison et la déraison, l’honnêteté, l’intégrité, la corruption et le crime sont constamment repoussées, déformées, laissées parfois à l’appréciation du spectateur et des protagonistes sans vraiment trouver de limite, puisque jusqu’à la fin, tous les fils qu’aura dénoué Bun seront à nouveau emmêlés par son disciple dans une sorte de puzzle fou où l’inspecteur Ho semble lui-même se perdre. Mais au delà de ça, Mad Détective dépeint aussi un métier de flic pas très excitant, complexe, fragilisé et par la violence et par la bureaucratie, où tous les flics sont finalement de petits bonhommes, des victimes comme les autres. Enfin c’est un assez sacré boulot de réal et d’acteur, qui arrive à faire passer parfaitement le fait d’avoir six types et une femme pour personnaliser un seul individu, et présente constamment des angles de point de vue différents au point de brouiller les cartes dans notre esprit. Lau Ching Wan est simplement bluffant dans son rôle de furieux lunaire, littéralement possédé par son enquête tandis qu’Andy On compose un homme à la fois volontaire et effacé, un type qui passe de l’admiration au doute et révèle finalement la personnalité d’un gamin effrayé que les choses dépassent.

Si vous ne l’avez pas vu et n’avez pas peur des expériences relativement étranges où tous les codes policiers sont joyeusement bousculés  je vous le recommande vivement.

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