Femen, Zemmour, vive les femmes

Petit avertissement : cet article avait été publié sur Tak.fr en mars de cette année, Zemmour n’ayant pas encore sorti une nouvelle énormité rafraichissante histoire qu’on parle de lui, il me semblait intéressant, en prévision, de garder ici en mémoire un exemplaire de sa pauvreté d’esprit. Pour les Femen, elles se débrouillent toutes seules, leur narcissisme sans égal est toujours un régal renouvelé.

 

L’actualité est parfois riche en petites farces de toutes sortes. Ce mois-ci, deux magnifiques, la Femen et Zemmour ont fait très fort chacun à leur manière. Et j’avoue, avec les mauvaises intentions qui me caractérisent, que je savoure. Et d’autant que nous voilà pris dans le petit hold-up du sens de nos camarades catholiques courroucés du saint mariage pour eux et eux seulement.

Les salopes à la mosquée !

Il faut dire qu’ils sont bien aidés nos petits amis du bénitier. Une vraie armée de maîtres-nageurs en face. Un président qui dit oui, puis oui mais non, puis encore oui. Pour enfin, juste histoire de les conforter dans leur rôle favori de martyrs, ce qui manquait à leur nouvelle panoplie de désobéissants fort civils, envoyer le gaz. Et ce pile-poil au moment où ils étaient en train de se dire : « On est trop des rebelles on va mettre des jeans. »

Une gentille ministre du camp des gentils fumeurs de pétard qu’elle est trop lol en tête de cortège chez ceux d’en face. Et quelques agités intiment persuadés d’être à la pointe du progrès parce qu’ils défendent un texte qui est déjà en activité dans vingt-trois pays. Ils ont bien essayé d’annoncer des cadors nos prieurs courroucés, comme Guéant qui se croyait en train de libérer le Québec, ou l’inénarrable Frigide Barjot, sa coke, ses cheveux jaunes, son sweet rose-trop-cool-quoi-les JMJ. Ou encore Christine Boutin dans son numéro désormais bien rodé de Maria Callas meet la Dame au Camélia. Elle n’avait pas encore osé l’évanouissement, ça nous manquait.

Mais il était difficile de faire plus contre-productif et totalement inutile que les Femen torse nu, déboulant dans Notre-Dame à base de « à bas le pape ». Difficile de faire plus ridicule aussi. Non seulement le pape n’est pas exactement le plus grand péril pour les femmes en ce moment. Non seulement ça va exactement à l’encontre de ce qu’avaient fait et déclaré les Pussy Riot par exemple – il ne s’agissait pas d’attaquer l’Eglise mais la relation que le pouvoir veut entretenir avec elle – Mais toutes ces choses ont été faites avant et pas dirigées contre l’Eglise mais la société tout entière.

Les filles de 1968 se souviennent toutes de l’usage qu’on faisait alors des soutiens-gorge dans les manifs du MLF. Qui plus est cette agressivité dans la manière de se manifester n’invite pas particulièrement à comprendre, d’ailleurs j’ai bien peur qu’à part des questions de marketing, il n’y ait pas grand-chose à comprendre. Et partant de là, nos amis chrétiens, leur cœur sur la main, et le couteau dans le dos, de les défier d’aller faire la même dans une mosquée, on rigolerait moins.

Amina Tyler, tunisienne, elle rigole moins justement. A l’instar de sa camarade égyptienne Aliaa el Mahdy, qui avait déjà posée nue pour les mêmes raisons (mais pas au nom de la Femen), Amina Tyler a décidé de défier les barbus au nom de la Femen. Poser seins nus avec une cigarette et « Mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne » écrit en arabe sur son torse. On imagine bien que ça ne va pas beaucoup émouvoir l’âme chrétienne, qui parlera très sûrement de manipulation, mais en attendant le résultat ne se fait pas attendre. Montrée du doigt, giflée par son cousin, Amina est chez elle, cloîtrée, sous antidépresseurs à chercher à communiquer avec le monde extérieur par le biais de son ordinateur. Quant à Aliaa, on se rassure, une organisation musulmane a déposé plainte contre elle, elle est devenue un peu une égérie pour certains, gageons que si les barbus finissent par boucler le pays selon leurs vœux étroits, elle trouvera sûrement terre d’accueil en nation chrétienne. Comme les soixante-quinze mille femmes violées chaque année en France le savent, nous sommes si exemplaires.

Zemmour, l’incarnation du mâle

Deux choses sont maintenant inséparablement attachées à Eric Zemmour : son goût polisson du scandale et sa capacité faramineuse à se faire passer pour une sommité. Le BHL réac on pourrait dire, sans les chemises blanches.

Friand de bruit et de gloire pas chère, Eric Zemmour n’adore rien de moins que de sortir des énormités avec un ton docte et voir les ambulances affluer. Et de ce point de vue j’admets qu’il a toujours été délicieusement servi. Il le fallait bien. Quand on veut faire émerger une certaine absence de réflexion à la faveur d’un type de téléspectateurs un peu sous représenté, en dépit de ses parts de marché, on veille à n’opposer à son champion que des cibles faciles. Il brillera à peu de frais. Ça fera de l’audimat, il pourra vendre ses livres, et tout le monde est content. Ses facéties lui ont tout de même valu des procès gagnés d’avance et une éviction d’une émission dont il avait fait la gloire dans son rôle de schtroumf grognon et d’une station de radio. Alors peut-être espère- t-il raviver le filon en faisant à nouveau parler de lui, c’est bien possible, et je l’en remercie.

Zemmour, qui a pourtant été élevé par des femmes et s’en vante comme un raciste se vante de manger du couscous, nous avait déjà gratifié de perles magnifiques. Comme « les femmes ne sont pas assez transgressives » qui expliquait pourquoi, selon lui, il n’y avait pas de femmes artistes ou scientifiques (ah bon ?) ou son invitation à mettre à l’amende les mères célibataires qui, toujours selon lui et en dépit qu’il est lui-même le fruit d’une mère célibataire, ne sont pas capables d’élever seules un enfant. A ce dernier enfilage de perles vient aujourd’hui s’ajouter une nouvelle assertion savoureuse, qu’il considère bien entendu comme une évidence (car tout ce qui dit Zemmour est évident) : « Depuis vingt ans, il y a une montée de la présence féminine dans la vie politique. Or, parallèlement, le pouvoir s’évapore du politique… Je pense qu’il y a un lien entre le pouvoir et la virilité. Les hommes ont inventé le pouvoir. »  Quant aux femmes, elles « n’expriment pas le pouvoir, elles ne l’incarnent pas, c’est comme ça. Le pouvoir s’évapore dès qu’elles arrivent… J’avoue que devant tant de bêtises instiller avec ce ton docte, certain et évident, je me suis offert deux minutes de complète hilarité

On va vite glisser sur la quantité invraisemblable de femmes de pouvoir qui l’ont conquis au nez et à la barbe des hommes et ont conduit leur peuple sous les meilleurs auspices. On va glisser sur Boudicca, Néfertiti, Cléopâtre, Isabelle la Catholique, Anne d’Autriche ou Angela Merckel (qui n’exprime aucun pouvoir comme les Grecs le savent), on s’arrêtera juste à l’époque de monsieur Zemmour, à la reine Victoria. Victoria qui incarne parfaitement les affirmations évidentes de ce petit monsieur ambitieux, comme le fait que la politique et son pouvoir s’éteint devant le vagin.

Voilà une dame qui échappa à six attentats (dont un qu’elle provoqua volontairement pour qu’on arrête le régicide raté), régna durant soixante-trois ans d’une main de fer et sous le règne de laquelle l’Angleterre connut ses plus grands bouleversements économiques, politiques et sociaux, et accessoirement devint un empire. Elle réforma le système électoral en faveur des hommes, et était contre le vote des femmes (une femme pleine de bon sens donc selon Zemmour), fit pression sur Disraeli pour qu’il agisse contre les Russes dans cadre de la guerre russo-turque, rapprocha l’Angleterre de la France et acheva de transformer la monarchie constitutionnelle que nous connaissons aujourd’hui, le tout en se mêlant bien plus de politique que ne l’autorisait même son statut.

On le voit : il y a ici même ni rapport entre l’abaissement du pouvoir politique et l’arrivée d’une femme au pouvoir, bien au contraire, ni beaucoup de lien entre pouvoir et virilité ; qui connaît un peu le sujet sait d’ailleurs qu’entre elle et le Prince Albert, le pantalon n’était pas tenu par ce dernier. Rappelons également qu’en plus de tout ça la reine fit huit enfants et eut quarante-deux petits enfants, et que son règne débuta alors qu’elle n’avait que 18 ans. Encore une femme qui n’incarna pas le pouvoir pour des millions de gens en Europe, jusqu’à ce jour.

Guignol’s band

Le grand brassage d’air qui agite en ce moment la sphère chrétienne et conservatrice en France lui fait naturellement prendre sa vessie pour une lanterne. Pendant que des jeunes femmes risquent leur vie ou leur santé mentale d’une manière bien concrète en Egypte ou en Tunisie, il propose à leurs consoeurs d’aller de se jeter dans des bras pas beaucoup plus intolérants mais plus expressifs. Ne voulant surtout pas réaliser qu’en dehors de leur propre religion c’est contre toutes les religions d’interdits, de différenciation et de confinement des femmes (à savoir 90 % des religions, bouddhisme compris) que luttent ces deux jeunes femmes (pour les Femen c’est plus contre l’oubli qu’elles luttent, je crois). On ne peut pas leur en vouloir complètement de monopoliser le débat avec leur certitude, le nombrilisme est un travers si français.

Observons Zemmour, dont l’œuvre se limite à quelques scandales de télé pas cher, une fiction sur la France et quelques déclarations outrancières dont le but essentiel est moins de proposer matière à réflexion que pirouette et cotillon à son public acquis. Sur quoi exactement a-t-il prospéré ? Sur un lissage du discours politique, pour ne pas dire son nivellement, sur une déculturation grandissante d’un public privé de parole, sauf si c’est scandaleux et que ça passe en boucle sur Youtube. Sur des oui-dire qui n’expriment pas grand-chose sinon une envie brûlante d’un procès lui donnant une caution de victime (car les victimes ont toujours raison). Bref sur du bruit. Ce même bruit qui fait croire à nos phénomènes qu’ils sont les hérauts de la civilisation en péril, ce même tintamarre de foire qui continue de bercer ce pays dans la certitude que sa littérature dit quelque chose, que son cinéma ne survit pas qu’au sponsoring d’Etat, que sa presse n’est pas aux ordres et que globalement le monde à quelque chose à faire de ses petites agitations. Ce n’est plus seulement la léthargie et l’apathie qui caractérisent ce pays, c’est l’égotisme. Pour le coup, sur ce sujet, la France est très moderne et complètement avec son époque. On ne peut pas se planter partout non plus. Cela étant, comme souvent, ce sont les femmes qui révèlent cette pitrerie généralisée, alors vive les femmes !

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Une réflexion sur “Femen, Zemmour, vive les femmes

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