SMP Thank you Mr Bin Laden 2.

–       Eh Fazir bordel de merde, c’est quoi ces conneries !?

Résidence Centurion, une ancienne maternelle dans la zone verte, louée une fortune à Tonton Sammy. Des lits de camps, des caisses de munitions, des rations de combat, un super écran plat grand comme une voiture qu’on a réussi à se filouter avec un sous off du PX contre de la bonne dope, un radio-émetteur satellite et Allah, le chat errant et estropié qui nous a adopté. Il a plus qu’une seule oreille, plus de balafres qu’un champ de bataille, et il trône sur le pieu de Moscou. Stone est toujours à l’hosto, putain de grippe, Gaston deux côtes cassées et le bras en écharpe, j’ai du shrapnel dans l’épaule et va falloir que je me fasse opérer, sans compter les brûlures dans le dos qui me font un mal de chien. Bob n’a rien à part la tête au carré que lui ont fait les ZZTop, et Moscou s’est pris une balle dans le mollet qui est ressortie en lui fêlant le tibia, il boite avec son plâtre et lui aussi s’est fait tabassé par les cowboys. On est furieux, mais je crois que je les bats tous sur l’échelle de Richter de la furie. De l’autre côté du bigot y’a le commercial qui chevrote, il ne comprend pas, il arrive dare-dare, il a nos paies, tu parles ! Avec ce qu’on vient de se coltiner il a même intérêt à faire péter les petits fours, parce que pas un de nous n’est jouasse pour prolonger le contrat. C’est la seule chose qui sauve cette boîte, ils nous ont jamais jusqu’ici envoyé au casse-pipe. Le patron a trop besoin de nous c’est pas comme chez la concurrence. Tous les incidents qui ont eu lieu ces derniers mois avec des contractants, tous les mecs de Blackwater et de KBR qui se sont faits flinguer dans le dernier gros convoi, une soixantaine de pauvres cons qui se sont fait canarder, égorger ou lyncher l’ont été parce que les cadres de ces compagnies n’en n’ont rien à branler de leurs mecs. Expendable comme ils disent, du jetable, valent pas plus que les ramettes papier dans leur bureau. D’ailleurs la plupart des cadres ne sont même pas sur place. Ils ont tout le renseignement qu’ils veulent, le coin où se sont fait canarder les gus était connu comme point chaud et en plus c’était en plein Aïd. Se taper du mécréant en pleine fête du sacrifice, trop le bonheur ! Il parait qu’il y avait tellement de terro là-bas qu’ils y sont allés avec des chars et des Apaches pour les déloger, et encore, deux jours ils ont mis. Alors si Centurion commence à nous faire des plans pareils ça va pas être compliqué, et le premier à en causer c’est Moscou.

–       Boîte pourrie ! Faut qu’on s’arrache !

Techniquement il n’est pas russe, mais Ukrainien. Il a trente-deux piges, donc il avait dix-huit piges quand le Mur est tombé, mais il était déjà dans l’armée depuis un an. Il n’a pas échappé à la Tchétchénie, il n’a fait qu’une seule des deux campagnes, ça lui a suffi pour vouloir prendre le large. Dans l’armée russe aussi les gars sont jetables. Il a vu ça le gros, comme à Verdun, mais version popov, et il a perdu le sens de l’humour sur ce sujet. Fazir débarque le lendemain, jet lag à mort qui essaye de donner le change avec un sourire coincé sur la gueule quand le gros commence à lui prendre la tête. Et puis on veut savoir où est notre chauffeur. On a téléphoné partout, j’ai fait le siège du service pénitencier des ricains, Bob est allé voir des potes chez Northbridge qui s’occupent des interrogatoires, queue dalle, rien, Taras s’est évanoui dans la nature.

–       Ecoutez, pour le moment on ne peut rien faire, plaide Fazir

–       Bah tiens, fait Bob derrière lui, tu peux jamais rien, un touriste.

–       Il sert à rien, gronde Moscou… Iranien, francais ? Ici ? Merde qu’il se barre ! On a déjà eu la gestapo, je reprendrais pas du rab.

Tu parles, quand ils ont su qu’on était français Gaston et moi, après nous avoir tabassés ils nous ont pissé dessus et obligés à lécher leur pisse. Des poètes. Merci Chirac.

–       Et Stone ? Il est passé où ? Je demande parce que j’ai pas eu le temps d’aller le voir et qu’il y a des rumeurs comme quoi il serait plus là-bas.

Fazir confirme, il a fait un crochet en venant.

–       Disparu.

–       Disparu ? Il était cloué au lit à ce qui paraît !

–       Je n’ai pas plus de renseignement.

On se regarde tous, ça sent le plan foireux où on s’y connait pas.

Bon Fazir est peut-être une buse mais il sait quand il faut donner le change. Il nous sort un papelard de sa serviette, tamponné de l’aigle impérial. Ca dit que Taras Boulba, de son vrai blase Amar Hashni a été enfermé au BCBD, Bagdad Central Detention Center, aka Abou Grahib, 32 bornes à l’ouest d’ici, l’ancien parc à jouet de ce taré d’Oudaï Hussein.

–       Clause 140 ? C’est quoi cette connerie ?

–       Une clause votée dans le cadre du Patriot Act, ça veut dire qu’ils peuvent le garder tant qu’ils voudront. Il était armé, il est afghan, il a essayé de résister…

–       Mais il était avec NOUS ! aboie Gaston.

–       Je sais bien mais…le colonel va s’occuper de ça, il a des amis au Quai d’Orsay mais il ne faut pas trop espérer vous savez…

Et juste avant que Moscou n’explose, il sort également des enveloppes de sa sacoche.

–       Vos paies…

10.000 chacun, il y a une prime. Le paquet n’a pas été perdu et il est retourné chez lui par le premier avion à peu près sain et sauf. Fazir va se coucher à son hôtel et on se retrouve avec nos liasses et une sale envie dans la bouche. Gaston veut partir à la chasse, il veut retrouver Stone, c’est pas clair cette affaire. Et s’il s’était fait enlever ? Bon, en général on n’est pas le thème préféré des enlèvements dans cette ville où tout le monde règle ses comptes avec tout le monde. C’est plutôt entre eux que ça se passe, mais dans une guerre l’exception est la règle. De toute façon c’est bizarre. Et puis faut sortir Taras des mains de ses tarés qui trouveraient pas Ben Laden même s’il s’asseyait sur leurs couilles. On sait comment ça se passe là-bas, on vient de subir mais ça peut toujours être pire. On a un pote de chez CACI, un traducteur qui parle un arabe d’illettré mais que les ricains ont engagé quand même parce que c’est des billes et qu’ils ont du blé à en crever. Il nous a raconté de ces trucs qui se passent là-bas, les contractants s’éclatent… et le comble c’est que c’est eux qui dirigent cette taule, les trouffions sont aux ordres. Des mecs de Blackwater, Dyn Corp, et pas seulement du militaire, du civil, de l’ex poulet comme moi, payé au résultat. Du coup ils torturent pas mal et la moitié des informations qu’ils captent sont fausses. Tu dirais pas n’importe quoi si tu ne savais rien et qu’on te passait à la gégène ? Le comble c’est que si par hasard l’info bidon d’un mec se recoupe avec une autre info bidon, le mec va pas juste passer une sale semaine, ces balourds vont l’expédier à Cuba dans leur donjons rien qu’à eux. Taras à Guantanamo, après tout ce qu’il a fait pour nous, rêve pas. Bref on est gros sous tension et on ronge notre frein. Forcément ça devait péter à un moment ou à un autre.

Il y a des dizaines de régiments ici, et comme dans toutes les armées ils ne sont pas au même traitement. Le mess du 1er de Cavalerie, régiment prestigieux s’il en est, est sans doute un des plus confortable et moins trouffion de toute l’armée. Ils ont dû claquer un blé hollywood pour la déco. T’es dehors il fait 45° et tu bouffes de la poussière pendant que le muezzin fait son appel de 17h, et tu te demandes d’où va partir le premier tir. T’es dedans t’es aux States dans un bar pour fan de country, de baseball et de gros flingues. Il y a des photos d’hélico partout, l’emblème du régiment noir et jaune avec le canasson, tu peux t’acheter un jeu de cartes de la mort (rien que des as de pique) ou un jeu de sept familles comme on dit entre nous, avec la gueule de tous les mecs de l’ancien régime qui n’ont pas encore été attrapés. Mais aussi des teeshirts, des zippos, des porte clé, des stetson de la cavalerie, le merchandising c’est leur dada les ricains. Du coup c’est aussi le rencard favori de tous les mercos du secteur. Anglais, russes, italiens, américain, chacun leur style.

–       Hey mais c’est les petits pédés qu’on a attrapé l’autre fois ! se met à beugler un ricain quand je rentre dans le mess.

Un mètre quatre-vingt-dix, cent dix kilos sous stéroïdes, la boule à zéro et la grosse barbe, putain de look qu’ils adorent. Avec le treillis de combat, le flingue à la ceinture et l’AR15 en bandoulière parce que ces connards adorent exhiber leur puissance de feu où qu’ils aillent. Gaston arrive derrière moi mate le gros et me demande en français c’est qui ce connard.

–       Tu le reconnais pas ? je fais en anglais, en fixant le mec et ses trois potes, c’est la pute qui a essayé de te sucer l’autre jour en taule.

Gaston met quelques secondes à piger de quoi je parle et puis son visage s’éclaire.

–       Aaaah oui la folle qui voulait voir si on était de la jaquette comme lui !

Ça met pas deux secondes pour que le gros fasse claquer la culasse de son flingue, mais heureusement un rital se lève et s’interpose.

–       Hey mon pote tu fais quoi là ?

–       OFF MY WAY GREASE ! gueule un autre ricain en pointant son flingue à son tour.

Ces mecs sont tous cinglés. En trois secondes, trois secondes on se retrouve en plein mexican stand off comme ils disent. D’un côté les ritals qui portent tous les cheveux longs et ont des looks matrix, lunettes noires et veste en cuir, de l’autre les rockers à barbe, et nous qui évidemment ne sommes pas armés parce qu’on est con comme des français. Silence général, tout le monde mate tout le monde et le premier qui mouftera aura une balle dans le crâne. Là-dessus un anglais, avec un de ses accents qu’ils ont façon sa majesté fait remarquer que la pièce est un peu petite pour ce genre de sport, et de proposer un règlement moins létal. Instant de flottement, et puis le ricain qui a commencé rigole et pose son flingue, avant de pointer le doigt vers nous :

–       Vous, vos culs sont à moi.

–       Hey gros tu pourrais arrêter de nous parler de ta sexualité cinq minutes ? je fais en me marrant.

Tout le monde rigole. Il devient livide et se jette sur moi. Mais mec tu savais que tu pouvais pas me faire plus plaisir ? Il a pas le temps de poser ses grosses pognes, que je fais un pas de côté et lui balance un spécial cinq en pleine poire en y mettant tout mon poids. Avant j’étais au 13 tu vois, mais à la même époque et un peu après je me suis fait une petite carrière dans le combat en cage, le Mix Martial Art. C’est de là d’où me vient mon surnom. Je suis une maladie quand je commence à te tomber dessus, et j’en ai rien à branler du nombre de pote que tu vas faire venir. Le gros tombe sur un rital, et boum, ça dégénère direct. Bagarre général. Ils ont dû faire venir une quinzaine de MP et une douzaine de Marines pour calmer l’affaire, et je te dis pas comment on leur a retourné leur joli mess.

Une semaine de trou pour tout le monde, et comme, en dernier recours on dépend quand même du commandement ricain nous voilà dans le bureau d’un connard de la US Army, avec Fazir convoqué d’urgence. Un capitaine le mec, genre de bœuf comme ils en produisent à la chaîne au Texas je suppose, avec des yeux d’imbécile méchant. Il veut rien savoir, on a attaqué des membres des Forces Spéciales à ce qui paraît, Dyn Corp mais intégrées à l’U.S Army dis donc. On va passer en jugement pour « assaut » comme ils disent, en attendant on jarte de la zone verte. Putain j’ai pas quitté les flics et l’armée pour me faire niquer mon boulot par un enculé de gradé yankee ! Gaston sent que je chauffe, il se penche et me dit de rester cool, Fazir fait signe qu’on se barre. Je laisse pisser, on roule.

–       Alors ? on lui demande quand il sort.

Il nous regarde l’un après l’autre et soupire. C’est plus le petit commercial au petit soin avec ses seuls employés, c’est Monsieur Tchitaz, représentant légale de la société Centurion au capital de 200.000 euros, de réputation mondiale !

–       Ah ! vous restez bien entendu !

–       Cool, fait Gaston.

–       Cool ? 25000 dollars ça m’a coûté !

–       Ouais, ça aurait été dommage, sans nous t’aurais personne pour te payer ta Mercedes, je fais en rigolant.

Il me jette un regard façon serpent.

–       Vous n’êtes pas du tout irremplaçables vous savez.

–       Ouais, mais pour le moment t’as que nous, tacle Gaston.

Là il sourit, il nous prend pour sa souris et il croit qu’il nous a gobés.

–       Justement, et comme je n’ai que vous, c’est vous qui allez rendre ce service au commandant.

–       De quoi ? Quel service ? Je rends pas de service aux yanks moi.

–       Vous préférez vous trouver un logement hors de la zone verte ?

–       C’est quoi ces conneries ? Je croyais que t’avais dit…

–       25000 dollars ce n’est pas beaucoup pour un officier de l’US Army, à peine une année complète…

–       Putain…

–       Et c’est quoi ce service ? fait Gaston.

Il nous regarde l’un après l’autre, cette fois le sourire pourrait trancher un mur en deux.

–       Zarqaoui

Enfoiré…il nous a gobés !

Il y a trois ans de ca, les yanks, comme d’habitude sont arrivé couille en avant et ont cru qu’en rasant tout ils allaient se faire des potes. Et le prétexte de cette connerie ? Al Qaïda aime Saddam et réciproquement…. Putain de ta mère j’étais encore au 13 pendant la première invasion, et si on y était c’est parce justement les arabes y voulaient pas de l’aide d’Oussama pour virer ce cochon d’As de Pique…. Al Qaïda aime Saddam ? Mes couilles Al Qaïda aime l’Iraq sans Saddam oui, merci les ricains. Ça fait presque trois piges qu’on dit que Zarqaoui est là. Dès 2003, quatre mois après l’invasion il faisait sauter le QG de l’ONU ! Bonjour bienvenue à l’abattoir ami américain, faux frères occidentaux. Mais c’est comme avec son pote Oussama il est partout et nulle part. Les ricains payent des fortunes pour le moindre tuyau. Mais faut voir la fanfare ! Quand ils ont coxé les fils de Saddam, les deux dingues… 200 paras du 101ème, un Apache, un bombardier et un commando au complet des FS qu’ils ont mit… quatre heures de combat bordel ! Et ils ont trouvé quoi ? Quatre cadavres, les deux frangins, un garde du corps et un ado de même pas 15 piges ! Bordel de cowboy d’éléphant ! Tu connais la blague ? Comment il fait le général Petraeus quand il veut chasser une mouche ? Il convoque l’aviation. Et là, en plus, comme donc c’est des putains de cowboys qui se croient dans le far West, ils ont mis 25 millions de dollars sur son cul ! 25 millions ! Exactement la même que pour Saddam ! C’est dire le morceau de roi…  combien ça fait de mort de faim pour aller à la chasse ? Ici, où le second contingent derrière la coalition c’est nous les mercos ? Et attention, quand je dis nous, c’est d’abord les irakiens. Environs 80.000 mecs armés, bottés, encadrés par les gros de Global Security et autre. Enfin, encadrés… pour 25 millions tu fais des heures sup, du noir, tu braconnes. Et tous les jours, tous les soirs, les mecs du renseignement américain sortent une nouvelle info bidon. Tous les jours, tous les soirs, des civils se font buter parce qu’on les a pris pour notre barbu. T’as idée du nombre de mecs qui ressemblent à un autre barbu ici ? Et dans la tête du trouffion Mr USA, tu sais à quoi ça ressemble en plus un irakien ? A un autre irakien. C’est plus une guerre c’est une battue.

Bref le capitaine a eu un tuyau, et lui aussi il veut jouer à Casino Al Qaïda, la Roulette russe des gagneurs. Le problème c’est que s’il en parle à sa hiérarchie, il aura plus la main, et en plus il ne peut même pas débaucher sans que ça se voit. Alors il a demandé à des potes à lui de chez KBR de fournir. Mais comme ils sont pas assez nombreux selon lui, nous voilà. Halliburton et son orchestre tu connais ? Quatre 4×4 Mitsubishi, moteur gonflé, blindage latéral, suspension renforcée, plein ras la gueule de tatoués sous speed. Toit ouvrant, mitrailleur en position, lunettes noires, uniformes de l’armée, keffieh et crâne ras. Enfouraillé comme des porte-avions, 100 km/h dans les rues de Bagdad, klaxon à fond, barre-toi ou on tire. On aurait pu refuser remarque. Se casser avant qu’ils nous serrent et dire va te faire enculer à Centurion, ça aurait été plus sain sans doute, mais qu’est-ce tu veux, on est joueur ou on l’est pas. 25 patates… du coup même Moscou y veut en être, et son plâtre ? Sa cheville fêlée ?. Y’a qu’un seul truc qui est vraiment fêlé chez ce mec-là, c’est sa tête. Bob on sait pas, ça l’a rongé cette histoire de traquenard il est parti à la chasse au Stone. La rumeur dit qu’il est avec la concurrence depuis un moment, une taupe… Bon j’y crois pas trop, v’la la taupe de quoi ? Nous espionner nous ? Centurion ? t’es sûr ? Mais Bob il veut en avoir le cœur net.

Dark Vador serait à Samarra à ce qui parait, environ une heure de Bagdad par l’autoroute 1. Le souci c’est que pour sortir du secteur et rejoindre la 1, il faut qu’on passe par la route de l’aéroport à partir de la zone verte jusqu’à Route Aeros. Route Irish ils ont appelé ce passage, ne me demande pas pourquoi, et il se trouve que de toutes les zones les plus mortelles de ce pays c’est un cas d’école. D’abord parce qu’il y a des dizaines de convois qui passent par-là, jour et nuit, et comme c’est dans le centre, il n’y a pas que les convois. Des centaines de bagnoles de camions, de mobylettes, de vélo, de charrette, et tu peux jamais savoir si dans le tas ils n’auraient pas glissé une quenelle en forme de bombonne à boulons. Tu vois, comme à Panam dans les années 80 mais en mieux. Pour faire sauter le standard composer le un. IED dans le jargon, Improvised Explosive Device… en français, engin explosif improvisé. Pas une invention bien neuve, mais avec Oncle Sam tout est toujours nouveau. Les Viets leur ont fait le même coup, tout ce qu’ils balançaient, qui pétaient pas où qu’ils abandonnaient ça pouvait leur revenir dans la gueule tôt ou tard. Et les ricains ils jettent énorme ! Sans compter que les irakiens, c’est pire que les yankees, un moustachu sans sa kalach ici c’est pas complètement un homme.  Résultat, trente explosions par jour ! Dont une bonne dizaine rien que sur cette route. Et puis il y a les snipers aussi. Faut pas croire, Il n’y a pas que de notre côté qu’il y a du mercos. En face aussi, et des pointures. Des anciens de Tchétchénie, Bosnie, encadrements baltes, turcs, kurdes, la foire aux fusils. Et eux aussi ils ont leurs tarifs. 5.000 dollars le trouffion de base, 10.000 le mercos, 30000 pour les sous off et les officiers et tous les mecs des spéciaux. Le roi du stand de tir il se faisait appeler l’Epée d’Allah, ils l’ont buté il y a un mois, 47 bonhommes au compteur, tous à plus de 800 mètres. Une bombe de 250 kilos ils ont lourdé sur sa gueule, mais c’est pas grave, il paraît qu’il y a un petit nouveau dans le nord qui fait des miracles, le Vengeur du Prophète… 25 bonhommes au dernier comptage… Bref Route Irish.

Les mecs de KBR ont choisi la seule méthode qu’ils connaissent, on fonce et on discute pas, tout ce qui est suspect, même un peu, ils défouraillent. Braa, braaaa ! L’âne crevé et le pépé sous sa charrette qui beugle sa mère, blam, blam, le chauffeur d’une Toyota fait une méchante embardée et réussit à s’enfuir. Ce con a essayé de nous griller la priorité. Bang, bang ! Prends ça sale arabe, t’avais qu’à pas être sur le côté de la route. Deux gars qui réussissent à se cavaler pendant que leur pote se fait trouer. Paow ! Bang ! Braaa ! Blaaam et reblam ! Tac à tac ! Un cartoon en enfer. Ils bousillent un camion, ils arrachent les vélos sur leur passage, ils canardent en se marrant et font des yeepeekaï motherfucker parce que ces couillons se croient à la fête foraine. Gaston et Moscou sont dans la seconde voiture, je suis dans celle de tête, l’ouvreuse, et je me suis carrément collé le cul par terre parce que ça va pas tarder à répliquer. On est à 600 mètres de l’aéroport quand ça démarre. Tir d’AK en direction de l’ouest, et soudain une roquette. Enfoiré ! Elle nous passe juste devant le pare-brise avant d’aller s’éclater sur l’autre voie, choper un bahut et ses deux remorques qui se désintègrent sous le choc. Pluie d’acier sur ma tête, les étuis de balles brûlant qui rebondissent sur mon casque en cascade, virevoltent autour de moi, tintent comme des clochettes de verre contre l’habitacle. Le mitrailleur balance son riff au petit bonheur, le doigt collé à la détente, Sa machine alimentée par une grosse boîte verte de deux cent cinquante cartouches, 7,62 Otan. La vitre éclate au-dessus de moi, les balles ronflent comme des hannetons berseck, le mec à côté de moi réplique au hasard par rafale de trois, l’autre sur le siège avant pareil. Et d’un coup, le calme revient. On a dépassé la zone critique, le chauffeur bondit sur Aeros et pique droit vers le sud. Au passage on accroche une Renault qui fait une tête à queue avec toute la petite famille au complet, dans le choc je vois une des portières qui s’ouvre et un gamin qui tombe sur la chaussée en se fracassant le crâne. Les dingues hurlent hasta la vista baby… Highway Uno, ligne droite, paysage desséché de chaque côté, des collines là-bas d’où parfois partent des tirs, et encore des flots de bagnoles, de semi-remorques qui roulent et déboitent à leur guise. On dirait un genre de danse sur le thème de la roulette russe. Les excités klaxonnent même plus, ils tirent des rafales au-dessus des caisses. A environ une dizaine de bornes de Samarra on tombe sur un énorme barrage avec tank, auto mitrailleuse et croisillons sur la chaussée. Ils font ralentir tout le monde. Il y a deux semi déchiquetés derrière à une soixante de mètres d’un cratère comme t’en trouves que sur la lune, IED, quand on parle du loup. De loin on aperçoit le logo Pepsi à moitié cramé qui git sur un bout de taule au milieu des débris. Les mecs se mettent à gueuler en chœur « Muthar ! Muthar ! Muthar ! » C’est quoi un nouvel argot killer qu’ils ont inventé ? Nan, c’est Gaston qui m’expliquera, Muthar Kent, le PDG de Coca….  C’est bien possible qu’ils essayent de se faire péter entre eux, on a bien fini au trou à cause d’une affaire entre deux concurrents, enfin si j’en crois le « Desmond enculé » qu’a lancé le britton avant l’embarquement.

–       En Bosnie les mecs de Bouygues appelaient les ricains pour qu’ils bombardent des routes, et puis derrière ils se pointaient avec des contrats de réaménagement, fait Gaston alors que les mecs du barrage nous font signe d’avancer.

–       Pourquoi t’es pas resté au 13 avec nous ? Tu serais parti quand même…

–       Parti au nom de quoi ? De  l’ONU ? De je me tâte les couilles pendant que Mladic trafique des organes ?

Gaston c’est le soldat idéaliste. L’armée au fond c’était pas pour lui. C’est même pas le mercenaire nouvelle école avec plan de carrière et épargne logement, c’est celui de l’ancienne, de Bob Dénard et des Affreux. Mais lui c’est pas le communisme son truc, c’est les causes perdues. Il est pas musulman mais il filait un coup de mains aux Bosniaques, et quand il est pas sous contrat Centurion, pour ses vacances il va tous les ans ou presque former la guérilla karène au Myanmar. Un romantique, c’est l’aventure, la cause, l’action qui le motive, limite le fric il s’en fout.

–       Ain’t give a fuck man ! We are suppose to be in Sammy at one eight sraight and that’s exactly what we’re gonna do !

Dix-huit piles en ville, il est dix-sept quinze notre chef de groupe s’en tape totale qu’il y a peut-être d’autres IED dans le secteur. Il est yanks mec and it’s good to be the king. Ouais, peut-être bien mais là tu vois le gars c’est un sujet de la reine. Or non seulement les rosbifs et les ricains peuvent pas se piffer par ici mais en plus celui-là c’est le modèle victorien post moderne, le trouffion de compétition made in Brittania Rules. Rien que sa gueule ça te dit que pour se marrer avec lui faudra se coincer la bite dans une porte. Et bien sûr le ton commence à monter, et quand des mecs armés jusqu’aux dents se mettent à se lancer dans un concours de zizi, en général ça vire.

–       Eh les toutous, vous allez vous aboyer longtemps dessus où il y en un qui va mordre.

Je reconnais la voix, dite avec un accent comme s’il bouffait des cailloux en parlant. Moscou est descendu de bagnole.

–       De quoi ?

–       Je vous demande pardon ?

Font l’english et l’autre en matant le bestiau qui se pointe.

–       Je vous demande si vous allez continuer d’aboyer les roquets, vous êtes sourds ou juste lents du cerveau ?

Ah la diplomatie russe… ça fait pas deux, les autres trouffions de la reine pointent leurs pétards vers la montagne, on dirait des terriens résistant à une invasion extraterrestre dans un film des années 50. Mais finalement le sous-off lève la main, je crois qu’il a compris l’avalanche qui se prépare. Je parle pas de ses hommes, je parle de ce que tu lis dans le regard de Moscou quand il devient diplomate. On dirait une voilure de bombardiers au-dessus de Londres. Le britton fait signe de circuler, vite, tout le monde en voiture. Moscou s’est fait de nouveaux potes. Ils en peuvent plus tellement ils rigolent du numéro qu’il vient de faire. Ils auraient moins fait la fraise si l’anglais avait été plus con d’un point et demi. J’ai déjà vu ce que ça donne la diplomatie russe. Ça taches.

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