Kilomètre zéro – Fish and Chips.

12h00, A. est de bonne humeur, il vient de recevoir des nouvelles de sa sœur et de sa mère, les bagages ont été faits et expédiés, dans deux jours elles prendront la route jusqu’à Kuyinté et son petit aérodrome, monteront dans l’avion via Kinshasa, puis direction l’Europe, Glasgow où il les attend. Deux jours, plus que deux jours sur les mille huit cent vingt-cinq jours qu’il a déjà attendus, une blague, une formalité ; il est heureux. Il rentre dans le pub et commande un fish and chips.

 

12h10 le serveur passe la commande sur la caisse informatisée. L’ordre est simultanément lancé en cuisine et envoyé dans la base de données de l’entreprise multinationale qui gère le pub ainsi que quelques milliers d’autres.

 

12h11 la commande de A. vient donc s’ajouter à quelques milliers d’autres commandes de fish and chips, compilée sur un chiffre global qui va augmenter jusqu’aux alentours de 15h.

 

12h14 le fish and chips est une recette anglaise basique et très populaire qui consiste à faire frire un morceau de morue non salée, dit cabillaud, dans une pâte à base de bière, d’eau pétillante, de farine et de Maïzenna. Traditionnellement accompagné de frites vinaigrées et d’une sauce tartare. Le cuisinier plonge le poisson dans la friture et secoue le panier pour que la pâte n’adhère pas au fond.

 

12h25 A. peut savourer son fish and chips tout en regardant la télévision sur laquelle se déroulent les drames habituels, mais sur un écran plat. Le poisson frit il a toujours aimé ça, tout ce qui est frit d’ailleurs, l’Angleterre est sa terre idéale. Pendant qu’il mâche, le prix de la morue se stabilise, c’est l’heure du déjeuner, tout va se décider dans les prochaines heures.

 

13h00 B. scrute ses écrans. A sa droite une courbe en dents de scie doublée d’une seconde dans une autre couleur, l’indice de vente d’hier superposé sur celui d’aujourd’hui. Dans l’échancrure de ces courbes B cherche une vérité. Face à lui, le marché, matière première, agro-alimentaire, marché du cours du poisson par catégorie. Sur sa gauche le marché. Cours des taux de change, de l’or, du baril, et un défilé de dépêches Reuter en bas dans un bandeau rouge, le pouls de la machine. Au-dessus de lui, le plus grand des écrans, des algorithmes combinés de statistiques et de probabilités qui tentent d’anticiper comme lui le système. Il y a une vérité là-dedans, B n’en n’a aucun doute. La demande, l’offre, et des centaines de milliers de paramètres infimes qui peuvent tout chambouler. Certains paramètres sont moins infimes que d’autres, ceux-ci ne sont pas forcément quantifiables avec précision mais les réactions sont souvent prévisibles. Toutes ces données sont intégrées à sa courbe de calcul personnelle, B est un outil de précision. Malheureusement il est un des rares à le savoir. B n’a pas les bons diplômes, pas la bonne origine sociale, le cercle des grands requins blancs de la finance et de la bourse lui sont fermés, aucune grande agence de notation, cabinet financier de prestige ne le chasseront jamais.

 

13h40. C. est pêcheur sur un bateau-usine, membre d’un équipage hétéroclite de mercenaires de la mer. Une saison ou deux pour telle compagnie, puis pour une autre. Il faut bien. Pas de poissons, pas de salaire, et dans certaines régions, le poisson se fait rare, difficile. La morue d’Atlantique est sur liste rouge comme le thon éponyme, la Mer du Nord une zone de stricte observation, le cheptel s’y reconstitue lentement, c’est une guerre des nerfs qui se joue en plus de celle de la bataille avec l’océan. Et elle va durer jusqu’à l’aube, à la vente. C connait chacune des étapes, de la pêche au conditionnement. Il a commencé en bas, à la réception des poissons. Un long toboggan en plastique gluant, des presque cadavres qui glissent vers le couteau, à la chaîne. Eventrés, éviscérés, puis stockés dans la glace. Il fait un froid coupant, les hommes portent du caoutchouc, des tripes et de la glace jusqu’au mollet, le visage gercé par la fatigue et le sel.  C. est sur le pont, il scrute la ligne qui s’enfonce sous la peau violette des vagues, il connait le tonnage exact nécessaire pour gagner de l’argent, il prie Bouddha d’être miséricordieux avec les poissons et abondant avec le navire.

 

14h 10 A. est retourné à son travail. Il est vendeur dans un supermarché, rayon informatique, spécialisation en jeux vidéo. Toute la journée il brasse des dizaines de titres, répond à des centaines de questions, conseille. Il est fan lui-même, il connait son sujet, les hardcore gamers se sentent en confiance avec lui, c’est un bon vendeur. Depuis deux jours une marque a lancé sa nouvelle machine sur le marché, tous les jours c’est la folie. A. pense à sa sœur et à sa mère, ça lui redonne de l’énergie, il se dépense sans compter, il est partout. Entre les rayons des dizaines de personnes attendent qu’on livre un nouvel arrivage de consoles.

 

14h 40 B. lance ses premiers ordres. Il est acheteur pour la compagnie qui gère l’ensemble des pubs de la marque. W.W est brasseur depuis 1795, ses produits sont commercialisés dans toute l’Angleterre, en Irlande, en Europe du Nord, les pubs en revanche se sont implantés dans le monde entier ou presque. On mange de la morue T4 cuisinée à la bière W.W dans 23 pays, jusqu’au fond de la Nouvelle Angleterre. W.W est sur la piste d’une formule pré frite de son fish and chips, à cuire au four à micro-onde à destination du marché américain. Tous les pubs ne se fournissent pas auprès de la centrale d’achat de la compagnie. En France, en Belgique, en Nouvelle Zélande les responsables se fournissent auprès de société locale et indépendante. Les prix sont négociés par les chefs de cuisine qui ont des barèmes et des objectifs de vente à suivre. Le cours de la T4 n’en varie pas moins et il se tient au courant des différentes négociations en cours dans le monde de la grande distribution. Lui aussi a des objectifs, ils sont plus personnels. B a divorcé il y a deux ans, la séparation et la garde de l’enfant continue de lui déchirer le cœur, il adore son fils, dès qu’ils se voient il le pourrit de cadeaux. Il sait qu’il ne devrait pas mais ça compense son absence hebdomadaire. B pense à sa prime, il s’est promis qu’il ferait le cadeau de ses rêves à son fils s’il la touchait. En attendant il lui a dit qu’on verrait, s’il travaillait à l’école, s’il réussissait à passer dans la classe suivante. B a confiance, c’est un challenge pas très utile, à peine un garde-fou, le fils de B est toujours dans les premiers.

 

15h30 L’indice de vente est calculé selon plusieurs paramètres simples comme le prix du tonnage vendu, contre le montant du tonnage ramassé. La saison vient de commencer, les premières pêches se sont montrées tout à fait prometteuses et abondantes, le prix de la morue T4, l’espèce la plus communément vendue, est stable, pour le moment. La bataille est rude dans les salles de change comme sur l’océan. Cela fait trois mois que le New Caroline, navire battant pavillon panaméen et dont le propriétaire est un armateur russe, sillonne la mer du nord. Il y fait un temps de chien. Cinquante-trois jours de pluie, gros grain, vent violent, des creux de trois mètres, quinze jours de neige, quatre-vingt-trois jours entre 0 et -10 degrés Celsius, et de nuits à – 20. -25 parfois voir -30 en bas, à la conserverie. L’enfer blanc où tout le monde débute. Le plus jeune des membres d’équipage a tout juste 17 ans, il travaille avec son père qui est second à bord, il est capable d’étriper une morue toutes les six secondes. Les pieds plantés dans la tripe et la neige, il porte déjà la barbe, et dans son regard ce même éclat minéral et sauvage qui brille dans les yeux des anciens. Comme C. il n’a jamais connu rien d’autre que la mer et la pêche. Il n’est pas monté sur ce navire par plaisir, par choix ou par goût mais parce que c’est comme ça dans sa famille. Et il ne questionnera jamais cette voie pas plus que ne le fera C. même si en réalité ils haïssent l’un et l’autre l’océan qui leur a déjà pris des vies et les asservit nuit et jour. Les câbles des filets remontent lentement en craquant sur leurs essieux, les moteurs qui les ramènent ronflent en crachant des volutes invisibles d’essence. Le capitaine a pris sa décision, on rentre.

 

16h45 A. vient de réaliser une très belle vente, le problème c’est que du coup il n’y a plus aucun appareil ni en magasin, si dans les arrières. Le chef de A. ainsi qu’un certain nombre d’autres chefs de rayons s’inquiète, on téléphone au sous-directeur du magasin qui appelle le directeur. Les ventes ont explosé, le succès est énorme, mais il nous en faut plus. La distribution des produits est négociée par lots auprès de la marque elle-même. Dans la négociation un certain nombre de facteurs, comme la réputation du distributeur, sa reconnaissance publique, ses emplacements, son réseau, et la férocité de ses acheteurs. Ailleurs, dans d’autres salles d’achat, une nouvelle bataille s’engage.

 

18h00 B. lève les yeux de son écran pour la première fois de la journée. Il a faim. Il commande par téléphone à un chinois voisin. Tout en notant sur son pager quelques informations récoltées dans la journée. D. son voisin du bureau de droite, se lève et lui sourit par-dessus le panneau de contreplaqué jaune qui les sépare. Il le félicite pour sa vente, B. sourit et fait remarquer qu’il a faim. D lui propose d’aller à la cafétéria et de commander un chinois. B lui dit que c’est déjà fait en ce qui le concerne. D appelle le chinois. D a des vues sur B. mais il ne lui a jamais dit parce que D et B ne sont pas censés avoir des vues l’un sur l’autre, pas selon l’éducation de D. ni selon les mœurs admises dans le cadre très masculin des acheteurs de grande compagnie. Alors D se cache. Mais il compte bien avoir B un jour. B passe commande de l’appareil qu’il a promis à son fils.

 

01h40. Panique chez le constructeur. Le dernier, l’ultime appareil disponible a été pré vendu à 18h00 en Angleterre, soit aux environs d’une heure du matin ici même. On réveille les responsables d’usine, il faut remettre d’urgence en route la machine, combien on peut en produire dans les prochaines 24h, combien on peut en distribuer dans les prochains jours. Le succès est faramineux, excessif par rapport aux prévisions, la surprise complète. Les directeurs de la compagnie, les cadres dirigeants devraient sabler le champagne mais en réalité ils sont furieux. Il s’agit d’une bataille commerciale, et aucune armée n’aime être prise par surprise. Des têtes vont tomber, mais en attendant il faut rassurer le marché sur sa capacité à fournir en temps et en heure. Il y a des milliards en jeu, et pas seulement ceux de la compagnie, mais également ceux de tous les groupes de distribution qui ont prépayé l’achat de lots et qui attendent d’être livrés. Si les commandes ne peuvent pas être honorées la tasse va être sévère. Ailleurs il est 18h19 et quelqu’un a vu le coup venir depuis le début de la matinée. Il travaille pour une banque privée, il vend et il achète. Il a suivi le départ des ventes des appareils, les a trouvés anormalement rapides, et s’est mis en chasse de tous les lots de minerais possible, quel que soit le montant demandé. Pour obtenir la ligne de crédit, il a triché ouvertement sur son bilan, fabriqué de fausses courbes de vente, c’est une pratique courante, il est sûr de lui, ça va être une tuerie.

 

19h15 A rentre chez lui, épuisé. Ça été la folie au magasin. Les chiffres de vente sont énormes, ils vont tous avoir droit à une prime à la fin du trimestre si ça continue. Mais il est un peu inquiet tout de même. Pour le moment aucune nouvelle livraison de matériel prévue après celle de demain. Il essaye de ne pas penser à ce qu’il arrivera s’ils ne peuvent plus répondre à la demande. Les gens étaient déjà à moitié fous aujourd’hui, ils seraient hystériques si jamais la rupture de stock se produisait en milieu de journée. Il ôte ses chaussures, se laisse tomber dans le canapé et allume la télévision. Il pense à sa sœur et à sa mère, plus que 24h…

 

20h00 B. est en train de parler à son fils qui lui raconte sa folle journée à l’école. B pense à la console qu’il lui a achetée, brûle d’envie de lui dire, de lui expliquer que sur le site, la sienne était annoncée comme la dernière disponible. Mais il a passé un genre de pacte avec lui, il faut que le gamin tienne ses engagements. Ce n’est qu’une pure formalité mais il pense que c’est son rôle de père de fixer des limites, même floues, et surtout de s’y tenir lui-même, ce qui reste le plus compliqué finalement. Il l’écoute babiller tout en tapant une note pour son patron. D, dans le box d’à côté se lève et fait semblant de chercher quelque chose, en espérant qu’il va raccrocher. Mais s’il reste trop longtemps ça va paraître suspect. Il n’écoute pas ce que B dit, sinon il saurait qu’il est en mode père de famille, il s’en fiche à vrai dire, son désir lui serre presque les tempes. Il n’en peut plus, il fait signe à B qu’il veut lui parler, ce dernier lui jette un regard distrait, plaque sa main sur son téléphone comme une femme plaque ses mains sur sa poitrine, surprise dans la cabine d’essayage. Une espèce de même geste de pudeur, comme s’il voulait non pas qu’on entende ce qu’il disait mais que les mots de l’autre n’atteignent pas son fils. B ignore tout des intentions de D à son sujet, il n’a rien remarqué, mais il protège son enfant avec la même énergie sauvage qu’une mère. D lui demande s’il vient les rejoindre au pub avec les collègues, B fait signe que non, il a un dossier à boucler. D est déçu mais il ne peut pas faire semblant de rester sans que ça paraisse suspect. Il s’en va en essayant de penser à autre chose.

 

 

20h45 La console de jeu fonctionne entre autre grâce à l’utilisation d’un minerai spécifique, au même titre que les téléphones portables, et qu’un certain nombre d’appareils électroniques usant de condensateur, comme dans l’aéronautique ou la navigation. Il est recherché pour ses propriétés anticorrosion, il est qualifié de minerai stratégique, l’astragale et le talon d’Achille de toute une industrie. Et 60 à 80 % des réserves mondiales sont situés dans une seule et même région du monde, où règne le chaos. Les directeurs des mines principales ont fait de mauvaises estimations. L’un d’eux pour plaire au bilan comptable de sa compagnie, et conséquemment aux actionnaires, un autre parce qu’il a sous-estimé le travail de ses contremaîtres, qu’ils ont pris du retard en raison du manque de moyen, bref qu’il a été imprévoyant. La quantité mondiale extraite a donc notamment diminué, et son prix a d’autant augmenté qu’un acheteur s’est précipité sur tous les lots disponibles depuis l’ouverture de la City ce matin. A 21h le prix du minerai flirte avec celui de l’or.

 

21h53. B rentre enfin chez lui. Il a la tête vide, se sert un scotch et s’enfonce dans son canapé. Reste quelques instants ainsi, à déguster son verre, les yeux fermés, et puis il allume la télé, zappe, jette la télécommande parvenu au programme qui lui convient, se lève et va se décongeler une pizza. Sur l’écran, plat, les drames habituels.

 

22h30 C rentre au port. La nuit est tombée depuis six heures, des bâtiments sont déjà là, les bateaux usines au travail, des étoiles d’acétylène et des barres au néon dispersées sur la voie lactée du port. Le ronron des machines, la glace fluorescente qui gerbe partout des caisses que l’on descend, s’écrase, visqueuse, sur le quai, mêlée au sang des poissons, à l’eau de mer, à l’essence qui miroite en petites ellipses arc-en-ciel sur la surface de l’océan. Pendant qu’on décharge il descend à quai et se dirige avec quelques membres d’équipage et le second vers une cafétéria ouverte près de la halle. Ils commandent des potages à la tomate et des cafés et ressortent avant d’être rejoints par le capitaine. Se dirigent vers la halle où sont déjà à l’œuvre d’autres équipages et d’autres acheteurs. Les prix de bases sont déjà fixés, la variation est au centime, le centime peut tout. Sauver une pêche ou la ruiner. Rarement faire sa fortune. La concurrence est à la fois violente et feutrée. Le monde des halles est un monde de négociations, de connaissances, de bavardages, les acheteurs ont des ordres mais ils ont aussi besoin des lots. Prendre les meilleurs, les plus frais, les plus lourds. Le capitaine, comme beaucoup, n’a qu’un seul client, et c’est le même que pour la majorité des pêcheurs dans la région. Ils sont trois et travaillent tous pour un groupe agro-alimentaire anglais qui possède, entre autre la compagnie W.W brasseur depuis 1795. La négociation ne se fait qu’une fois la pesée terminée. Le capitaine sait qu’ils sont à la limite, il connait les derniers cours, il se tient au courant depuis son bateau, il sait qu’ils ont tout juste de quoi rentrer dans leur frais, il espère que la pêche a été mauvaise pour tout le monde, comme ça le prix ne tombera pas. Mais les autres ont eu plus de chance, elle a été abondante plus au nord, le capitaine s’en veut de ne pas avoir écouté son second en contemplant la montagne de poissons morts qui passe dans un filet au-dessus de sa tête. Le négociant s’approche, il porte une blouse blanche de laborantin, et des bottes de pêche bleu pétrole, il lui sourit en lui tendant un papier. Le capitaine lit, il sourit à son tour. Quelqu’un, quelque part dans une salle d’achat a été prévoyant et a acheté des quantités de lots, les prix sont montés en flèche jusqu’à dix minutes après la dernière pesée. L’offre et la demande, et des centaines de facteurs infimes et immédiats. Le capitaine ne pense pas qu’à dix minutes près il était bon pour sa poche, il pense juste qu’il va enfin pouvoir se payer un salaire ce mois-ci. Il retourne vers C. et les autres, il est content. Tout le monde l’est, les payes vont être meilleures. On prend le temps de boire café et potage chaud, on parle de ce qu’on va faire au retour, de la famille, et puis ils y  retournent.

 

23h00 Oh Papa tu connais radio Afrique là dis ! Ça raconte vite, hein, c’est parti comme coup de feu quand cerbère l’a dit que caillou coute cher, tout Punia City l’est parti dingue. Colonel Cul Nu venir avec Enfant de Salaud, lui dire ceux qui vouloir venir prendre caillou aller avec lui. Lui dire que caillou appartenir à pays-là, que gouvernement bandit. Lui dire aller à Kuyinté prendre les avions des blancs que c’est prendre caillou.

 

0h17 B. a mangé sa pizza en bouclant son dossier, la télé en sourdine. Il en est à son troisième verre, il commande un film porno sur la chaîne payante, il paye par carte. Il est la 12854ème commande depuis 23h30, heure approximative à laquelle les pornos sont en vente. B n’a pas le temps d’une vie amoureuse, pas le cœur non plus et l’amour tarifé ne le fait pas du tout fantasmer. Il se pose sur le canapé, et en attendant que la chaîne libère sa commande zappe sur les programmes au hasard.

 

08h14 du matin, à l’autre bout du monde, un directeur commercial raccroche son téléphone en souriant. Les autres le regardent interrogatifs, il fait signe que oui, l’un des dirigeants de la compagnie claque sa main contre le bureau d’enthousiasme. L’acheteur de Londres a dit oui sur une offre ferme. Ils auront du minerai pour les commandes en cours. Après on verrait. Des négociations ont déjà lieu avec les brésiliens qui détiennent également des réserves.

 

0h40 A joue à World of Warcraft sur son ordinateur. Il y est Shinobi Wizard, un elfe noir avec des pouvoirs spéciaux qu’il a acheté avec sa carte bleue. Cela fait quatre ans qu’il a ouvert son compte, il a des amis désormais dans ce jeux, des gens qu’il a rencontré en IRL, au magasin entre autre, à des conventions. A a vingt-quatre ans, il est venu dans ce pays avec son père. Son père n’a pas supporté la vie en Europe, il est reparti et nul ne sait ce qu’il est devenu depuis. A a vécu chez une tante, il a été scolarisé, trop jeune pour avoir la nostalgie, il s’est vite adapté. Il jette un coup d’œil distrait à son portable, vérifie l’heure et se donne encore une heure de jeu. Demain la journée risque d’être infernale.

 

1h13.Des coups de feu éclatent quelque part dans la nuit. Le staccato mécanique de l’AK 47, des cris, des rires. Des bruits de courses dans la forêt.

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