Les Sorciers de la Guerre – Le troisième millénaire 1.

–       Comment il s’appelle le gros vert ?

–       Hulk

–       Ouais, v’la Hulk, t’as remarqué un truc, pourquoi il a tous ses vêtements qui se déchirent sauf son pantalon.

–       Vont pas montrer sa bite non plus.

–       Tu parles, avec ce qu’ils montrent aujourd’hui ? Je sais pas, au moins son cul ! Non même pas. Tu sais pourquoi ?

–       Non vas-y

–       C’est parce que quand Banner s’énerve et se transforme en Hulk, il devient impuissant. C’est ça que ça veut dire. Tu l’as jamais vu la bite à Hulk nan ?

–       Nan, j’avoue.

–       Bin voilà…

–       Tu veux dire qu’il a plus de bite ?

–       Non je veux dire que sa bite elle devient toute petite, minuscule, comme ces connards qui font de la muscul. et tapent dans la gourde.

–       Ouais, mais ça explique pas pourquoi son pantalon il pète jamais.

–       Ni pourquoi il est violet.

–       Ni pourquoi il est violet, c’est juste.

–       Il a tout le temps un pantalon violet même quand il est normal ?

–       Non, le docteur Banner tu vois c’est pas un hippy, lui c’est plutôt le genre prof à lunettes avec le velours côtelé, mais dès qui se transforme en Hulk, paf, le bennard  violet.

–       Et inviolable.

–       Et inviolable.

–       Moralité ?

–       Moralité il a une toute petite bite qui sert à rien, et on veut pas nous la montrer pour pas casser le mythe.

–       La suspension d’incrédulité.

–       De quoi ?

–       C’est comme ça que ça s’appelle, la suspension d’incrédulité.

–       Qu’est-ce qu’il raconte ?

–       Je sais pas, qu’est-ce que tu racontes ?

–       C’est un terme de cinéma, le moment où quelque chose d’impossible se passe dans un film, et qu’on y croit quand même.

–       Hein ? Mais de quoi tu parles ?

–       Du pantalon de Hulk. C’est un procédé. C’est pas un symbole.

–       Comprends rien, un procédé de quoi ?

–       C’est une façon de faire, je veux dire.

–       Une façon de faire quoi ?

–       Une façon de faire passer un truc impossible.

–       Mais justement il passe pas, on se pose la question.

–       Oui, avec vous il passe pas parce que vous êtes des geeks.

–       Des quoi ?

–       Des geeks…

–       C’est quoi ça ?

–       Des connards à lunettes.

–       Ah ouais ? Vous êtes des connards à lunettes vous deux ? Ah, ah, ah ! Elle est bien bonne celle-là !

–       Qui est-ce que tu traites de geek, je suis pas un geek !

–       Mais si t’en es un, déjà quand on était môme tu kiffais Daredevil.

–       Ah Dardevil ça c’est bien ! Moi j’aime bien ce mec avec son armure et ses super armes.

–       Non, tu confonds, ça c’est Iron Man.

–       T’es sûr ?

–       Ouais, Daredevil il est aveugle et il a un collant rouge.

–       Tout ce que tu veux, mais je connaissais Hulk avant tous ces mecs et je suis pas un connard à lunettes.

–       Bon si tu le dis…

–       Oui je le dis ! Tu m’as regardé ? J’ai l’air d’un connard à lunettes ?

–       Non, non, j’ai pas dit ça, j’ai dit que toi et Tony vous connaissiez ces trucs par cœur parce que vous êtes des geeks, la suspension d’incrédulité ça marche pas sur vous, enfin pas là.

–       Mais qu’est-ce qu’il raconte ?

–       Ouais, tu racontes quoi ?

–       Laissez tomber.

–       Non mais vas-y, explique !

–       Rien, rien, je dis que c’est des trucs les gens y remarquent pas c’est tout ! Ils l’acceptent, c’est comme le smoking à James Bond.

–       Eh insulte pas James Bond, moi j’aime bien ce mec, il a la classe !

–       Je l’insulte pas, j’adore James Bond, je dis juste que quand les gens le voient dans son smoking en train de se battre, bin ils trouvent ça normal qu’il se déchire pas le smoking. Parce que c’est James Bond.

–       Attend, tu veux dire que le smoke à Bond c’est comme le fute à Hulk ?

–       Ouais en gros.

–       Eh mais il est pas violet son smoke à Bond.

–       J’ai pas dit ça.

–       Si c’est ce que tu as dit, tu as dit que le smoke à Bond c’était comme le pantalon du gros vert.

–       Oui parce qu’il se déchire pas.

–       Aaaaah…. Mais pourquoi il se déchirerait le smoke à Bond ?

–       Bah quand même, dans une bagarre ça arrive qu’on se déchire les fringues non ?

–       Ouais, mais c’est Bond…

–       Bin voilà.

 

Depuis combien de temps ils se connaissaient tous les trois ? Depuis la communale ? Non avant. Tony venait avec sa mère déjà au square quand Eddy y était. C’était après qu’ils avaient rencontré Franck, à l’école justement. Franck était un peu plus âgé qu’eux deux, de deux ans environ. Tout de suite entre Eddy et Tony ça avait fonctionné. Peut-être leur différence de caractère. Tony le bouillant, le charmeur, Tony l’ambitieux, et Eddy le calme, le studieux. Celui qui réfléchissait avant de l’ouvrir, le timide aussi. C’était lui le connard à lunettes de la bande après tout. Mais Tony avait toujours été fan de bédé.

–       Tu sais ce que ça veut dire si l’oncle rentre dans l’affaire.

–       Ça veut dire quoi ?

–       Ça veut dire que si ça merde, ils s’occuperont de nous.

–       Super, un peu plus de pression, j’avais besoin de ça…

–       C’est la règle, c’est comme ça. Faut l’accepter c’est tout. Alors comment ça se passe ton boulot ?

–       Cool, je m’éclate bien.

–       Tu sais, si cette affaire marche, je suis bon. Avec les connections de Franck et le fric… mon pote…  on va parler vrai argent là.

–       Je comprends pas, pourquoi t’as besoin de cet argent là… enfin je veux dire ce truc…

–       Tu crois que j’ai le choix ?

–       Quand même… Personne t’oblige non plus.

–       Tu piges pas hein ? C’est dans le sang.

Ils avaient grandi dans le même quartier, leurs parents se connaissaient tous. Ils passaient leur noël, leur jour de l’an, les vacances ensemble. Les parents d’Eddy tenaient un Delicatessen dans la 8ème rue au-dessus de chez Moe. Tony, lui, avait perdu son père très tôt, c’était un peu le père de Franck qui l’avait élevé. Franck lui c’était différent des deux autres, il était né dedans, il avait pas 21 ans qu’il était déjà affranchi. Son père était capitaine dans la famille Lucchese.

–       Regarde cet enculé de Gravano ! Cette salope de balance, il a buté 19 mecs sans sourciller, il est plein ras la gueule de fric, les Feds le mettent sous protection, il se refait faire la gueule, et quoi ? Il repique au truc !

Leurs chemins s’étaient séparés après le secondaire. Tony avait commencé à bosser à droite à gauche, Franck avait lâché l’école en 4ème et s’était mis à travailler avec son père, Eddy avait poussé jusqu’à l’université, avant de se faire pécho en train de barboter les questions des examens de 1er année dans l’ordi du directeur. Il était le seul aujourd’hui à avoir un travail avec un salaire. En Floride à Miami. Et ça marchait plutôt bien pour lui. Il avait rencontré un mec là-bas, un ancien de la NSA qui travaillait sur des algorithmes de statistique boursière. Il lui avait raconté des trucs très intéressant sur le cryptage, les règles en vigueur aux Etats-Unis. Et la faille dans le système qu’il avait trouvé. Alors Eddy s’était dit que si on pouvait mettre cette faille à contribution, on se ferait des montagnes de fric.  Il en avait parlé à Tony. Tony était un mec intelligent, il avait tout de suite compris. D’ailleurs Tony connaissait un mec dans l’informatique, Steve Vitello. Fournisseur pour Intel, Microsoft… Un type sérieux, rencontré à une table de jeux. Tony savait qu’il avait besoin d’un garant là-dessus. Une banque par exemple, et il en avait une en quelque sorte. Franck était blindé, mais surtout il avait derrière lui des gens qu’on ne nommait pas. Tony avait présenté le projet au gars avec Eddy. Ils ne lui avaient pas tout expliqué, mais assez pour l’intéresser. Un programme de décryptage des données. Le mec avait dit banco. Evidemment.

–       Je veux dire, j’encule ce fils de pute de Sammy Gravano, cette balance qu’il crève en enfer, mais c’est la même chose, c’est dans le sang. C’est comme ça, il y a plein de mecs qui auraient pu devenir des capitaines d’industrie, bosser dans le légal, on connaît tous les histoires, mais tu peux pas lutter contre le sang.

Vitello savait qui était Tony, Franck, et surtout son oncle. Ils allaient dans les mêmes cercles de jeu. Mais à vrai dire il n’avait pas beaucoup d’estime pour eux. Des bouseux à peine capable de s’habiller correctement, pas assez intelligents pour gagner leur blé autrement qu’en cognant et en tuant. Bref, des brutes. Qui n’avaient même pas vu tout le potentiel du projet qu’ils proposaient. Le blé monstre qu’on pouvait se faire avec ça… Steve Vitello était un homme confiant dans sa réussite, qui avait déjà fait affaire avec des gens louches, gagné de belles sommes, avait dans ses relations des hommes politiques de second rang, des anciens employés de la CIA et du FBI. La mafia ? Suffisait de les regarder, ces mecs-là, pour être d’accord avec ses copains, rien de plus qu’une bande de voyous qui réussissaient parce que les gens étaient trop cons ou trop peureux pour les laisser faire… Et ils étaient pourtant si sous-développés…. Quand il contemplait son carnet d’adresse, son bureau, sa maîtresse, sa voiture, Vitello était saisi d’une sorte de lucidité extrême dû notamment à la cocaïne, qui lui faisait voir et comprendre toute l’étendue de la puissance qu’un simple type comme lui, parti de presque nulle part, pouvait accumuler. A condition de craindre ni les paris, ni d’user sa cervelle  comme Napoléon devait gérer ses batailles.

Alors quand Tony leur avait présenté Franck à lui et à son associé, il leur avait aimablement dit non. Franck était furieux. Il se prenait pour qui de l’avoir fait venir pour rien ? Tony pensait que le mec avait eu peur. Que quelqu’un lui avait parlé d’eux. Ça arrivait. Les mecs réfléchissaient après, se mettaient à écouter toutes les conneries qu’on disait sur eux et voilà… Mais non. Eddy avait le nez sur sa boîte mail depuis le début. Eddy avait vu que le gars essayait de contacter son pote ancien de la NSA. D’après Eddy le mec lui dirait rien, mais Vitello en savait assez pour commencer à bosser, à extrapoler sur un programme. Et voilà comment on en était arrivé à l’oncle de Franck.

 

On baise pas un affranchi.

 

–       Alors voilà ils nous disent, le mec doit partir. Okay, le mec en question fait deux mètres, c’est un russkov, genre tu vois un grizzly. Alors nous on se dit, vaut mieux qu’on lui fasse la surprise, c’est mieux quand tu chasses le grizzly de le faire pendant qu’il hiberne.

–       La nuit, quand il dort ?

–       Voilà, tu connais, t’as pigé. Tony et moi on rentre dans sa chambre, le mec dort, Tony sort le pétard et va pour lui en coller une, et bing ! D’un coup le gus ce réveille comme s’il avait fait un cauchemar, et il crie, et il attrape Tony par le cou !

–       Le mec m’étrangle, je lâche le flingue !

–       Et il est l’est là, pendu au mec qui me dit « gne fingue, agnrappe le fingue ! »

–       Ah, ah, ah !

–       Mais moi je sais pas où il est tombé le flingue, c’est la nuit, il dormait, la chambre est éteinte. Alors je me fous à quatre pattes et je cherche.

–       Pendant que l’autre il essaye de m’arracher la tête.

–       Ouais, et je trouve pas le flingue, je trouve ses clubs de golf à ce cul ! Je prends un club et je lui en mets un coup, et encore un autre, je tape comme un bûcheron, putain ! Au bout de cinq en pleine poire, le mec enfin il calanche. Tony trouve le flingue juste après merde ! Putain j’en ai chié, je veux le finir. Je prends le pétard, bang, bang, je me dis c’est bon, et quoi ? Le mec se réveille !

–       Non ?

–       Si ! Un grizzly je te dis

–       Ouais, et c’est lui qu’il attrape maintenant !

–       Non ?

–       Si, authentique ! Le mec se met debout et il m’attrape par la gorge, putain j’avais l’impression d’être un con de jambon à un crochet !

–       T’as fait quoi ?

–       Bah qu’est-ce que tu voulais que je fasse, le flingue est tombé !

–       Encore ?

–       Bah ouais !

–       Mais je l’ai vu cette fois, alors je l’ai ramassé et j’ai tiré… Putain, combien il y a de balles dans le Beretta ? 15 ? 16 ?

–       15.

–       15, j’ai dû lui tirer 10 balles facile en plus.

–       10 ?

–       Ouais, douze en tout. Mais ça s’arrête pas là ! Attends !

–       Putain ! Nan !?

–       Si ! Bon… le mec il doit pu être là demain matin. Alors on l’emballe dans le tapis, avec la couverture, les draps, tout. On nettoie comme il faut.

–       Je refais le lit.

–       Il refait le lit, et on prend notre colis. Putain qu’il était lourd ce con !

–       Putain, une tonne ! On en a chié sévère.

–       T’imagines ? Deux mètres le gars ! Il devait peser combien ?

–       Je sais pas 150, 180…

–       Voilà, genre… bref on arrive, on le met dans le coffre, et on se barre dans le New Jersey. On se cale près d’un coin que je connais, c’est peinard, y’a pas beaucoup de passage.

–       Mais au moment où on arrive, on entend du bruit derrière.

–       Le mec dans le coffre ?

–       Ouais !

–       Nan !

–       Si je te jure, douze bastos dans le buffet, je l’ai matraqué sept fois je sais pas dix, et il était toujours pas mort cet enfant de pute !

–       Incroyable, le Guiness Book !

–       Ah mais attends, c’est pas le plus beau… Bon, le mec est vivant, quand on ouvre le coffre il gueule après nous même ! Il a douze balles de 9 mm dans le corps et il nous traite d’enculé !

–       Putain…

–       Alors je me dis, tant mieux après tout, on n’aura pas besoin de se le coltiner une deuxième fois, et vu qu’il a l’air en forme pour un mort, bin il va creuser lui-même, je me dis.

–       Et on le fait sortir du coffre.

–       Voilà, et on lui dit d’avancer. On s’arrête un peu plus loin, à une centaine de mètres de la route environ, je lui file la pelle et vas-y creuse.

–       Tout le long du chemin il nous a traités !

–       Ouais, et il continue en faisant semblant de creuser, avec moi derrière, qui tient le flingue. Je l’avais rechargé hein…

–       Ouais.

–       Et d’un coup le mec se retourne et me balance la pelle dans la gueule.

–       Incroyable !

–       Je te jure !

–       Et il se barre en cavalant en plus !

–       En cavalant ?

–       Comme un putain de lapin ! Douze bastos dans le corps, la tronche emplâtrée !

–       Et alors ?

–       Alors qu’est-ce tu crois, on avait que ce flingue, je l’ai ramassé et j’ai tiré !

–       Tu l’as eu ?

–       Ouais putain que je l’ai eu ! Ouais ! J’ai vu sa tête qui a penché d’un coup, comme s’il se prenait un caillou… mais l’enculé a continué de courir !

–       Whaou ! Terminator !

–       Rambo ouais plutôt. Ils nous appellent le lendemain, tu sais quoi ? Ils nous disent faites gaffes les mecs c’est un ancien militaire, Forces Spéciales, ces trucs là.

–       Non ? Le lendemain seulement ?

–       Ouais !

–       Et alors ?

–       Bah alors on n’ jamais retrouvé le mec.

–       C’est vrai ?

–       Ouais, on lui a couru après, on l’a cherché, disparu, même pas de trace de sang, que dalle !

–       Putain je te jure, le Retour des Morts-Vivants…

–       Putain… incroyable cette histoire… tu crois qu’il est toujours vivant le mec ?

–       Bah va savoir, peut-être qu’il est toujours en train de cavaler dans cette forêt, peut-être même qu’il y habite maintenant, je sais pas, mais si je dois y retourner, la prochaine j’emmène un exorciste !

–       Et des explosifs.

 

Franck avait parlé à son oncle, il lui avait expliqué le coup de salope que l’entrepreneur essayait de faire sur leur dos. Il y a des règles, il y a des choses qu’on peut pas laisser courir. Il avait aussi parlé à Johnny Irish. L’ancien du NSA avait accepté un rencard avec Vitello mais à la place c’était Irish et un autre gars qui s’étaient pointés, Léo Fats, son garde du corps. Ils avaient fait ça propre, plop, plop, plop, avec des silencieux, pro.

–       Qu’est-ce que tu fabriques ? On est des animaux ou quoi ? avait fait Johnny en voyant Fats piquer sa montre au mec.

–       Eh c’est une Patek Phillipe, ça vaut une blinde ce truc !

–       Et alors ? Repose ça, et va plutôt chercher la bagnole.

Ils avaient largué les corps dans l’Hudson, après quoi Irish s’était rendu dans les bureaux de la compagnie, récupérer tout ce qu’ils avaient sur leur projet. Pas de bol pour le mec du ménage, Il avait dû faire passer ça pour un cambriolage. Ça n’avait pas été très long, le mec n’avait pas beaucoup souffert, Johnny Irish, le roi du lacet.

–       Non, faut dire ce qu’il est, c’est le rock’n roll qui a fait la différence. Ça a tout changé dans le business.

–       Le rock’n roll ? Tu veux dire Elvis tout ça ? C’est vrai que c’est un bon filon, mais de là à dire qu’Elvis a tout changé…

–       Non je veux dire, le rock’n roll il a amené quoi à part Elvis ?

–       C’est plutôt Elvis qui a amené le rock’n roll.

–       Si tu veux, bon et alors ? Ça amené quoi le rock ? Ça amené la came, et la came ça a tout changé.

–       Pas faux.

–       Sans le rock, pas de came, et sans came, il reste quoi pour faire du vrai argent ?

–       Ouais, mais même ça, ça a changé, c’est plus comme avant. Dans le temps tu te prenais cinq piges à tout péter. Dix avec la loi RICO… allez 15 en tout, max, et tu pouvais te faire jusqu’à deux bâtons par semaine, mais maintenant… Avec toute leur surveillance électronique, et les graisseux qui contrôlent là-bas, les cubains, les mexicains, les colombiens, les salvadorien putain…

–       Ouais c’est plus pareil, ça rapporte sévère hein, je dis pas.

–       Mais c’est plus difficile.

–       Voilà, on est d’accord, le rock est mort, donc la dope aussi… alors il reste quoi pour les mecs ? Les dépôts ? Les camions de marchandise ? Ils prennent des risques pour combien, allez 20.000, putain c’est même pas le prix de ma montre !

–       Les mecs croient qu’il suffit de grimper dans un camion pour se faire de l’argent !

–       Ouais, je sais pas, on a fait quand même quelque beau truc nous, hein ?

–       Ouais.

–       C’est trop de risque.

–       Il a raison, moi je dis on est à l’ère d’internet, des ordinateurs à la maison, des jeux vidéo, c’est le troisième millénaire les mecs, c’est là où est le vrai blé aujourd’hui. Les gars n’y connaissent rien, quand ils pensent ordinateur, ils pensent marchandise volée ! Moi je dis qu’il est temps de les mettre au parfum, temps de faire renter cette Chose à Nous dans le troisième millénaire !

–       Salud !

–       Salud !

L’oncle de Franck était très loin d’être n’importe quel clampin, sous-chef de la Famille Gambino, l’aristocratie, le haut du panier. Le genre de mec qu’on rêvait de rencontrer quand on était un affranchi, comme les civils avec Brad Pitt ou le Président des Etats-Unis, et à peu près autant d’espoir que ça se produise. Les stars ça s’approche pas comme ça. Autant dire que décrocher un rendez-vous avec lui et les autres, pour Tony et Eddy, c’était comme d’être reçu par les patrons de General Motors. D’ailleurs ce n’était pas qu’une image si on tenait compte qu’à elles seules les Cinq Familles tenaient 40% du marché de la construction pour l’ensemble de la côte est, 38% du marché des ordures, dont 25% rien qu’à New York, et ça c’était qu’une partie du business légal. Sammy Gravano, l’affaire avec Gotti, ce putain d’Henry Hill, tout ça avait foutu un beau bordel, parce qu’avant eux c’était presque du 80%, mais les choses évoluent, les gens passent et depuis que Di Stéphano avait été nommé à la tête de la Commission, on disait que tout était en train de rentrer dans l’ordre. Ce n’était pas forcément l’avis de tout le monde. A vrai dire personne ne le supportait ce Di Stéphano. Un putain de paysan, selon les gars, débarqué du vieux pays il n’y avait même pas 15 ans, et qu’on leur avait imposé, à cause des autres là-bas. Ils disaient qu’il fallait un ancien, un vrai comme chez eux qui respectait le silence et savait faire discret, comme Provenzanno. Mais quoi ? Di Stéphano se prenait pour un empereur. Encore moins discret que Gotti en pleine gloire, et même pas foutu d’avoir sa classe. Il s’était pointé à la réunion en Rolls, immatriculée Cappo 1. C’est possible ça ? Le type il ne voulait pas des teeshirt Cosa Nostra non plus ? Les gars étaient dégoutés Et fallait voir sa tenue… tout en blanc, avec un Marcel, une grosse chaîne en or autour du cou et un médaillon de San Gennaro… Pas possible ce mec, il se croyait encore dans son quartier à Palerme… La vérité c’est que ce type s’était imposé devant des mecs comme l’oncle de Franck qui lui était un gars d’ici. La vérité c’est qu’il voulait sa part sur tout, et qu’il prenait pas à moins de 70%, qu’il leur laissait des miettes, comme ce foutu Costello, et les mecs tiraient tous la langue à cause de lui. Comment on pouvait vouloir faire affaire avec ce mec. Comment ? Sans son accord, plus rien ne se faisait. Mickey avait convoqué aussi Jimmy « Big J » Balleria, et Carlo « Ace » Di Cocco, respectivement sous-chef et consigliere de la Famille Genovese. Des anciens eux aussi, des mecs très sérieux en tout cas, et que eux tout le monde respectait. Il savait que s’il les intéressait eux aussi, Di Stéphano suivrait, les Genovese avaient encore toute leur réputation.

–       C’est quoi ça ?

–       Un brouilleur de fréquence, c’est pour pas que les Feds nous entendent.

–       Putain !

–       Bon on peut  y aller maintenant ?

–       Messieurs, d’abord merci d’être venus, je sais comment votre temps est précieux, je ne vais pas vous abreuver de détails …

–       Vas-y, vas-y abreuve !

–       Bien, internet, l’informatique est en train d’ouvrir tout un monde de nouvelles opportunités pour nous, en terme plus trivial, nous avons trouvé un moyen de pirater les gens sur l’autoroute de l’information.

–       Eh Mickey c’est pour ces conneries que tu m’as fait venir ?

–       Tu veux bien écouter ce que le gamin a à dire ouais ?

–       Mes gosses ont un ordinateur à la maison, tous ces trucs, le jeu vidéo, moi j’aime pas, trop violent. Et puis Internet c’est tout neuf, c’est une mode, ça va passer.

–       Mouais… bon, on a trouvé un moyen d’avoir accès à tous les comptes et les centres de paiement d’Amérique du Nord, et par conséquent un moyen de les siphonner. Evidemment, tout le truc c’est de les siphonner sans être pris.

–       Et vous avez trouvé un moyen de faire ça ?

–       Mon ami Eddy ici présent va vous expliquer.

–       J’ai un associé qui travaille au Nasdaq, un ancien de la NSA. Il a trouvé un moyen de pirater Pegasus.

–       C’est quoi ça Pegasus ?

–       C’est le satellite de communication des trois quarts des banques et des sociétés de paiement par carte du pays. Voyez, chaque fois que quelqu’un exécute une opération financière, l’ordre est donné sous une forme cryptée, à travers le satellite. Avec notre système on est capable de décrypter le message pendant une courte période. Après quoi on place ce qu’on appelle un Sniffeur, un programme qui va nous permettre de ramasser tous les codes et les numéros des compte auxquels ces opérations seront attachées. Carte bleue, ordre de virement, ce qu’on veut.

–       Putain mais qu’est-ce que j’en ai à foutre moi de tous ces machins et ces trucs !

–       Tu veux bien écouter ce qu’il a dire oui ? S’il te plaît !

–       On peut faire ça parce que toutes les banques américaines, utilisent des clés de cryptage à 40 bits secondes, s’ils reçoivent une autorisation fédérale pour utiliser des clés de cryptages de 128 bits seconde, c’est foutu, ça ira trop vite. En résumé notre fenêtre d’opportunité c’est maintenant.

–       Explique-leur pour les clés à 128 bits. Pourquoi il faut une autorisation.

–       Il faut une autorisation parce qu’après la seconde guerre mondiale, le gouvernement américain a décrété que tous les matériels de cryptage seraient considérés comme des armes de guerre. En conséquence de quoi, le gouvernement autorise les entreprises à ne travailler qu’avec des clés de 40 bits parce qu’elles sont trop courtes pour une utilisation militaire.

–       Mais qu’est-ce qu’il raconte à la fin ce môme ?

–       Je parle d’algorithme cryptographique.

–       Hein ?

–       Attends… Jimmy, tu vois quand tu te sers de ta carte bleue et que tu payes un truc sur internet ? Bin là t’as des mecs qui peuvent pomper ton compte rien parce qu’ils ont réussi à brouiller le signal entre toi et ta banque.

–       Une fois qu’on aura accès aux codes bancaires on pourra directement faire transférer les fonds sur un compte off shore à Cuba

–       Mais les banques, elles vont bien voir qu’il y a de l’argent qui manque nan ?

–       Non, parce qu’elles ne verront rien. On prendra pas beaucoup, juste quelques cents sur chaque compte, ça sera invisible.

–       Et si elles le voient quand même !?

–       Ecoutez, mettons que vous avez une note de téléphone qui monte à 115 dollars en moyenne, et là, au lieu de ça, elle est à 119 dollars, vous allez vous faire chier pour 4 dollars ?

–       De toute manière, dans le pire des cas, même si elles soupçonnent quelque chose, elles ne remonteront jamais jusqu’à nous ! Les banques les organismes de crédits, ils ont des assurances contre ça, ils préféreront payer plutôt que leurs clients gardent leur fric au coffre !

–       Okay, mais pourquoi Cuba ?

–       Castro est trop contant qu’on pompe le fric des banques américaines, il veut 25 millions et une commission sur le blanchiment.

–       Okay, concrètement, vous attendez quoi de nous ?

–       On a besoin de 15 millions de dollars, cash.

–       15 millions cash ?… t’es sûr de toi ?

–       C’est du solide Monsieur Rizzo, on a une opportunité de trois jours, juste pour la période de Noël, en trois jours on compte ramasser entre un à deux milliards, voir plus.

–       Un à deux milliards voir plus ? Un ou deux milliards… D’où tu viens môme ?

–       Brooklyn

–       Et toi ?

–       Brooklyn.

–       Vous avez grandi ensemble ? Vous êtes allez à l’école ensemble ?

–       Ouais.

–       Vous êtes de Brooklyn et vous avez besoin de 15 plaques… T’es sûr à quel point de ton truc, petit ?

–       Je parierais ma vie dessus

–       Ça pourrait arriver en effet…

–       Porca miseria che faccio ! Mickey perque mi hai demanda de venir ?

–       Antonio t’es à New York ici, s’il te plaît !

–       Ah ouais c’est vrai j’avais oublié que ces enculés ne parlaient pas notre langue !

–       Qui est-ce que tu traites d’enculé fils de pute !

–       Franck ! Montre un peu de respect s’il te plaît !

–       Ce tas de merde ne sait même pas ce que respect veut dire ! Ce tas de merde est né avec une petite cuillère en argent dans la bouche !

–       Tu veux bien te rassoir oui ?

–       A qui que tu dis de se rassoir toi !? J’en ai plein le cul de ces conneries ! Rizzo, ça suffit, je me casse… allez Joe, on y va on se barre de cet asile de dingue ! Rien à foutre de leur histoire ! Rien à foutre de cet endroit !

–       Je t’avais dit que cet enculé ferait chier.

–       … Bon… revenons-en à nos moutons… Vous prenez combien là-dessus ?

–       400 millions, le reste est pour vous, et si on se fait un autre milliard au passage, on s’arrangera…

–       Attendez deux secondes, si j’ai bien pigé vous êtes en train de nous dire qu’on va ramasser des centimes et vont va se faire des milliards ? Ça fait un paquet de centimes.

–       En effet.

–       Bon… allez faire un tour.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s