Les Sorciers de la Guerre – La Vida Loca 2.

Le français était un ancien gendarme, il parlait un espagnol aussi approximatif que son anglais, mais c’était pour ça qu’ils l’avaient choisi, son espagnol. Les trois autres ne parlaient qu’anglais, avec l’accent terroir et l’acholi.  On leur avait confié un GPS et l’ordre de localiser les puces précisément. Les quatre hommes n’avaient aucune connaissance en matière de renseignement, pas la moindre information sur la situation locale, sauf ce qu’on pouvait lire dans les journaux. Tout ce qu’on leur avait donné comme indication c’était d’être prudents et discrets, on ne leur avait pas non plus autorisé à emporter d’arme avec eux. Leur mission était théoriquement simple, une fois les puces localisées, ils alertaient leurs supérieurs, et repartaient. Rien de plus, et rien donc qui justifiait l’emploi possible d’armes. Bien entendu puisqu’ils n’avaient aucune compétence ni expérience dans le domaine, aussi discrets pouvaient-ils essayer d’être, trois noirs et un blanc bien propres qui trainaient ensemble à Ciudad Juarez, on les avait immédiatement pris pour des flics américains. Un Ojos, un guetteur, qui n’avait rien de mieux à faire, les avait logés au cas où, et avait prévenu ensuite le chef du secteur. Le chef du secteur en avait référé à son propre chef, qui lui-même avait téléphoné sur la côte. Vingt-quatre heures après avoir atterri au Mexique, les quatre contractants étaient déjà repérés, un seul coup de fil et ils étaient morts.

 

Pour l’ancien caporal Mornier, s’il ne s’agissait tout de même pas de vacances – qui aurait l’idée de passer des vacances dans une ville pareille ? Ça en avait tout de même un peu le goût, comparativement aux deux mois qu’il venait de passer en Irak. Il était payé deux milles dollars la journée, avec deux jours de repos inclus, uniquement pour encadrer ces trois gars, et s’assurer qu’ils savaient se servir d’un GPS. Pour Hope, son subordonné immédiat, avec qui il était également allé en Irak, même comparativement à Bagdad ou Sadr City, ça restait un travail, dangereux et mal payé. Mais il n’en avait pas d’autre, n’en connaissait pas d’autre.

 

 

 

Aussi loin qu’il s’en souvenait, il n’avait jamais connu autre chose que la guerre. D’abord comme une rumeur qui grossissait et se réduisait à mesure des progrès et des défaites des armées. Ensuite comme une composante quotidienne de sa vie, quand vers l’âge de 11 ans la NRA, la National Resistance Army, l’armée devenue nationale du président Museveni, l’avait enrôlé de force, lui et tous les hommes du village. Ceux qui avaient tenté de fuir ou de résister avaient été tués. Les vieillards, estimés inutiles, également, les filles et les femmes avaient toutes été violées sans aucune exception d’âge ou de condition. On en avait laissé quelques unes s’enfuir pour qu’elles passent le message aux autres villages alentours, on avait embarqué de force quelques jeunes filles, on avait massacré tous les autres. Tout ça parce qu’un jour un illuminé du nom de Kony s’était pris l’idée d’instaurer un genre de charia chrétienne en Ouganda. A la tête de la Lord’s Resistance Army, il comptait virer Museveni et instaurer un état régi par les Dix Commandements, la Loi de Dieu selon lui. La guerre avait commencé en 1988, s’était officiellement arrêtée en 2006, mais en réalité les forces de la LRA avaient continué à se battre de l’autre côté de la frontière, en RDC. En 2007, Hope avait été officiellement libéré de ses obligations militaires, lui ainsi que 20.000 autres enfants-soldats. Il s’était retrouvé à Kwate, un quartier pourri de Kampala, à mendier et voler pour survivre. Tout le monde savait qu’il avait été un enfant-soldat, personne ne l’aurait jamais engagé pour faire un boulot normal, assimilé qu’il était, comme tous les autres, à un petit voyou violent et sans éducation. Quand ils tombaient sur eux, les flics s’en donnaient à cœur joie, et tous les jours on déplorait des vols et actes de violences dont les responsables étaient toujours ces gosses perdus. Hope savait bien qu’il y avait sûrement du vrai là-dedans, que la guerre en avait rendu fou plus d’un, mais c’était une excuse pratique pour taire les exactions dont se rendait elle-même responsable la police. Une façon aussi de nier tous ces gamins que l’armée nationale avait enrôlés de force, en dépit des accords internationaux. Museveni était soutenu par les Nations Unis, la NRA avait jeté dehors la LRA, autrement dit les Nations Unis avaient violé leur propre loi en reconnaissant la victoire d’une armée illégale, une armée qui avait entre autre valu à d’autres, comme Charles Taylor, d’être jugé à la Haye. Hope était le seul des trois qui savait lire l’anglais, il avait lu des choses là-dessus et compris que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Un jour, il était tombé sur une annonce de DSS dans le journal. Une organisation spécialisée dans la sécurité et qui cherchait des gens ayant une expérience militaire. Ça ou survivre dans les rues de Kampala, 400 dollars par mois, nourris, logés, c’était même mieux que les 10 dollars par semaine qu’il touchait quand il était dans la NRA. Mais maintenant qu’il était au Mexique, à pas plus de huit cent mètres de la frontière des Etats-Unis, il se prêtait à rêver de foutre le camp de toutes les guerres à venir ou présentes, s’installer en Amérique et profiter de tous ses avantages.

 

Ils étaient installés dans un motel au nord-est de la ville.  Une chambre d’hôtel standard, comme on en trouvait sur tout le continent, avec un lit double, meubles en contreplaqué, l’eau courante, une douche et une baignoire, de l’électricité en permanence, une télévision câblée. Ce qui en soit constituait pour un gamin de Kampala, né dans la brousse et qui avait grandi avec les atrocités de la guerre, un genre de miracle permanent. En Irak déjà il avait pu voir l’Amérique et son formidable pouvoir. Les installations gigantesques, les supermarchés interminables, les piscines d’eau potable au milieu du désert, les convois de nourriture acheminés sous protection militaire dans les coins perdus. En tant que sous-traitant de Blackwater, il n’avait pas eu accès à toutes ces facilités, à l’exception des PX où l’on pouvait absolument tout acheter, même des maisons clef en main et à crédit pour le retour au pays. Mais il avait pu les voir, et en rêver. A la télé américaine et mexicaine c’était un défilé quasi constant de publicités sur toutes les chaines, locales, nationales, internationales. Avec des gens beaux, souriants, heureux, de présenter ou consommer des quantités invraisemblables de produit. Hope avait compté jusqu’à 53 marques de céréales différentes rien qu’en passant deux heures devant la télé. Pour tous les goûts, au miel, soufflé, au chocolat, au caramel, avec des morceaux de guimauve ou bien encore garanties sans sucre, spécial régime. Il avait trouvé ça extraordinaire. Dans ce pays, tout ce qu’on voulait, rêvait, et même ce à quoi on ne pensait même pas, devenait réalité. Comme un conte de fée, avec de la nourriture de conte de fée. Et ce n’était qu’à quelques centaines de mètres d’ici. Quelques centaines de mètres qui le séparait du paradis, et cette mission. Retrouver des gens disparus grâce à une puce électronique. Ça aussi il n’y avait que les américains pour pouvoir faire ce genre de chose, pour avoir la volonté de le faire. Sa mère, son père, ses grands-parents, il aurait bien aimé qu’eux aussi aient rencontré la volonté américaine.

 

Il n’avait jamais cherché leurs cadavres, à quoi bon, il les avait vus mourir, et depuis leurs restes avaient dû finir dans l’estomac d’un prédateur… ou d’un rebelle. Ces choses-là arrivaient souvent là-bas. Son chef d’unité de l’époque ne mangeait-il pas le cœur de ses ennemis ? Pour se rendre invincible disait-il.

 

Ils avaient éteint l’air conditionné et mis en route le ventilateur. Les ougandais n’aimaient pas l’air conditionné, cette odeur de glace recyclée, et tous les maux de crâne et mauvais rhumes qu’on attrapait. Et puis c’était complètement inutile contre les moustiques. Ils étaient installés ensemble dans une chambre familiale, le français avait une chambre pour lui seul, c’était le chef. Les deux autres étaient assis à côté de lui, une bière à la main, ils commentaient une émission à la télé avec Tom Cruise. Le souffle chaud qui lui parvenait par l’entrebâillement de la fenêtre lui rappelait l’Irak. Un Irak avec un parfum mêlé d’essence et de pâte de maïs chaud. Il avait remarqué aussi que les gens ici avait des têtes différentes que les irakiens, ou les américains, ils étaient en général petits, assez épais, avec beaucoup de pauvres, de mendiants, de paysans montés et perdus à la ville. Il y avait une vibration particulière pourtant ici, une vibration qui lui rappelait encore plus l’Irak que la chaleur. Quelque chose d’électrique, de lourd, de permanent, cette chose qu’il avait senti dans la brousse aussi, en traversant des villages, abandonnés ou non. La violence qui bourdonne dans l’air.

 

Hope se demanda s’il existait un pays au monde où il n’y avait pas la guerre.

 

Le téléphone sonna.

 

–       Hope, on se bouge, c’est l’heure.

 

DSS leur avait loué une voiture sensément discrète pour la surveillance. Ils avaient dû virer les autocollants et les PLV publicitaires avant de pouvoir s’en servir. Hope s’était même arrangé pour lui donner une couleur locale, poussière et flancs cabossés, et tant pis pour la garantie. Ils suivirent les indications du GPS. Le signal semblait venir d’une maison grise, fermée par un mur d’enceinte coiffé de tessons de bouteilles. Comme chez lui à Kampala, comme en Irak, et tous les endroits où les flics étaient plus dangereux que les voleurs. Il en avait même développé une théorie, suite à un voyage en Europe, là où l’état s’absentait, les tessons apparaissaient. Ils notèrent également la présence de deux caméras panoramiques, l’une au dehors, l’autre de l’autre côté de la grille. La rue était déserte. Pas une fenêtre allumée, pas un bruit, à part ceux au loin de la ville, Hope n’aimait pas ça, mais il ne dit rien, il savait que Mornier n’écouterait pas. Il n’écoutait jamais, ou presque, pour lui il était tout juste un boy, et les deux autres des porteurs. Les français, les anglais, ils étaient tous pareils, l’histoire est écrite par les vainqueurs… Il le laissa observer, prendre des notes, se disant qu’on devait sûrement très bien le voir grâce à la panoramique, même de nuit, même à distance, parce que ceux qui s’étaient installés ici étaient probablement bien mieux équipés qu’eux, et plus organisés aussi. Et pour le coup, il fut bien heureux d’être noir. Ils restèrent là une demi-heure, histoire de voir s’il y avait du mouvement autour de cette maison. A Bagdad, à Sadr City, faire ce genre de chose c’était l’exacte bonne manière pour s’attirer tout un tas d’ennuis. Mais comme le danger était visible et permanent, peut-être que ça conditionnait certains réflexes. Hope savait que c’était faux. Il savait d’expérience, et pour son malheur, qu’un guerrier a un mal fou à se débarrasser de son habitude du danger, que la mort et la violence lui manquent, et que la paix est pour lui une forme d’obscénité déplacée. D’ailleurs il sentait cette tension en lui et observait le décor comme une proie cherche les crocs. Mais il ne la sentait certainement pas chez l’ancien gendarme. Et pour cause, en Irak s’il était bien armé comme les autres, il ne s’était jamais contenté d’autre chose que de commander depuis sa chambre, et faire le beau à oreillette quand le client débarquait à l’hôtel. Il n’avait probablement jamais tiré un coup de feu de sa vie en dehors des périodes de manœuvres, et certainement ni jamais tué, ou blessé quelqu’un, même s’il avait été à Bangui, et au Tchad, un gendarme de caserne avec un beau CV.  Hope l’enviait.

 

 

 

–       Hope ! Va nous chercher des pizzas, on a la dalle !

 

Mornier avait appelé le bureau américain, transmit les informations, l’affaire était dans le sac, il était content de repartir. Trois jours à Juarez, c’était comme trois jours dans une grande ville américaine mais en beaucoup plus pourris. Mornier n’aimait ni l’Amérique, ni ses villes, ni ses citoyens, il travaillait avec eux uniquement parce qu’ils payaient lourd pour des boulots qu’on aurait pu confier à des gamins. En Irak par exemple, quasiment aucune de ses très nombreuses compétences n’avaient été utilisés. Il avait été entrainé à la protection des grandes personnalités, il n’avait eu à faire qu’à des cadres moyens d’entreprises pas moins moyennes. Il était breveté commando, mais rien d’autre que des missions de protection de convois où on pouvait très bien se passer de lui. Il parlait parfaitement anglais et un peu d’arabe, mais on avait insisté pour leur fournir un traducteur, un imbécile qui plus est.

 

Hope avait obéi, il était allé à la réception, avait demandé où on pouvait trouver des pizzas, mais comme la femme ne comprenait pas son anglais ou l’anglais tout court, il sortit et s’était égaré dans le quartier sans la moindre idée de la direction à prendre. Au bout d’un quart d’heure, harassé par la chaleur il avait arrêté un passant et lui avait demandé :

 

–       Pizza ?

 

Le type lui avait fait un vague signe empressé vers le bout de la rue, et finalement il avait trouvé un Pizza Hutt faisant la pute au coin d’une rue, dans son habit tout rutilant de mauvais goût plastique. Il entendait déjà Mornier râler sur la qualité des pizzas américaines, mais il s’en fichait. Ce barnum jaune, noir et rouge, l’attirait. C’était fascinant, la taille, la disproportion, la propreté pharmaceutique, le régal d’images spectaculaires comme si les pizzas vous donnaient des pouvoirs spéciaux et pas quelques kilos de plus. Tout ça au milieu d’une ville desséchée, plombée, vrombissant la violence. C’était le rêve américain, sa promesse d’être un havre perpétuel, perpétuellement répété, partout, sous toutes les formes, du marketing. Mais pour Hope c’était plus, comme un symbole, son premier pas vers la liberté, et la paix. Alors au lieu de revenir avec les pizzas, comme un bon boy, il mangea d’abord sur place, seul, ou plutôt en compagnie d’autres gens seuls, la plupart, comme lui, les yeux rivés sur un écran où un autre. Au mur, ou sur leur table, entre leurs mains, picorant du doigt des données informatiques sur un bloc de verre. Une autre curiosité pour Hope. A Kampala ce genre d’engins c’était pour les riches et dans les films, ici, en occident, ils en avaient tous. Et tous, absolument tous, passaient des heures à le tripoter. Seul ou en groupe, qu’ils soient amis, connaissances ou pas, ils ne parlaient plus, n’écoutaient plus, ne lisaient même pas si ça se trouve, ils digitalisaient. A la télévision il y avait un match de base-ball.

 

 

 

Immédiatement, quand il rentra, il sentit que quelque chose n’allait pas. Il avait à peine approché le motel que ce truc spécial en lui, ce truc qu’on apprenait quand on avait souvent été proie et prédateur, se déclencha. Et il n’aurait su dire quoi sur l’instant. Mais instinctivement il posa les boîtes de pizza et attendit en retrait que quelque chose lui explique. Il savait que parfois il se trompait. Il savait que parfois c’était juste sa vieille peur qui réclamait un peu d’action. C’était pour ça qu’il n’avait jamais cherché à se marier, à avoir une vie de famille, c’était trop de risque.

 

Finalement il les vit. Deux types, jeunes, l’air de rien, dans une voiture. Quelque chose qui se dégageait d’eux, même l’air de rien, même ni spécialement baraqués, ni particulièrement menaçants. Et pourtant la menace était là. Ils attendaient, ils avaient l’habitude, ils étaient prêts. Hope s’empara lentement de son téléphone et composa le numéro de Mornier. Pas de réponse. Il insista, tomba sur le répondeur et ne laissa pas de message. Bien… il essaya le numéro d’un de ses collègues, toujours pas de réponse. Et soudain ça lui sauta au visage. Et soudain sa vieille peur l’avala tout cru.

 

Il n’était plus lui-même, Hope, le petit gars de Kampala, ou le caporal Sans Pitié de la NRA, il était une chèvre qui essayait de filer à l’anglaise devant un troupeau de lions. Il tremblait, incapable de se maîtriser, et se mit à reculer, tout en se maudissant parce qu’il savait intiment que cette vieille terreur là attirait systématiquement les prédateurs, comme le nord magnétique, comme une odeur. Il recula, jusqu’à ce que la voiture disparaisse de sa vue, crut apercevoir un des gars tourner la tête puis il courut. De toutes ses forces.

 

 

 

Le capitaine Carmichael s’était trouvé absolument génial quand il avait eu l’idée de l’opération Fantôme, il se trouva également génial quand il imagina une armée de mercenaires pucés, voire pourquoi pas, téléchargeables. Et il se faisait déjà fort de trouver des financiers pour soutenir ce nouveau projet. Mais en attendant, et précisément à cause de ce défaut, les quatre contractants de Blackwater, ou plus exactement de DSS avaient disparu. Pas de nouvelle aucune depuis une semaine. Soit DSS était une entreprise africaine à ce qu’il avait cru comprendre, et tout le monde s’en foutait un peu. Mais il y avait paraît-il un français dans le lot, et ces salopards de français ne se prenaient pas pour la moitié du nombril du monde. Le directeur n’était pourtant pas complètement contrarié. Avant de disparaître, le français avait transmis et faxé des informations précises, il autorisa donc le capitaine à produire un faux document, stipulant que Rita Lopez travaillait pour le gouvernement des Etats-Unis, ce qui théoriquement donnait de facto droit aux mêmes Etats-Unis d’enquêter sur place au sujet de sa disparition. Quarante-sept heures après la disparition des contractants, la fanfare de la DEA débarquait à Juarez. A la cinquantième heure, les unités spéciales de la police mexicaine étaient conviées à la suivre à la villa indiquée. Il n’y eu aucune fusillade. La maison avait été simplement vidée, les caméras retirées, les seuls traces de présence qu’ils découvrirent c’était quelques résidus de cocaïne et une bouteille de vodka cassée, la Vida Loca, comme ils disaient. Ils n’avaient même pas pris la peine de déplacer les cadavres. Une centaine.

 

Il fallut quelques mois pour les identifier tous. Nombreux étaient dans un tel état, décomposition ou supplice, que même un génie n’aurait pu les remasquer. Mais cela n’avait plus beaucoup d’importance. Pas mal d’argent dépensé à graisser des pattes, un échantillon de femmes à travailler avant de trouver le machin électronique et confirmer l’information. Toutes les bonnes femmes de l’usine de chaussures étaient pucées. Difficile de savoir exactement combien d’autres usines américaine avaient fait la même chose avec leurs filles, .Alors on avait interdit d’embaucher les ouvrières des gringos. Et tué toutes les autres, dont Rita Lopez et sa fille Maria Consuela. Tous les bras pucés furent soigneusement découpés. 300 bras emballés, congelés et expédiés à l’adresse personnelle du capitaine Carmichael.

 

Le capitaine Carmichael se fit muter en Europe.

 

Hope ? Eh bien comme son nom l’indique…

 

 

 

La légende aztèque prétend que c’est en voyant un aigle sur un cactus, selon les prédictions du prêtre, que le roi de Culhuacan décida de s’installer sur le lac Texoco. Qu’il fonda sa capitale, auquel il donna le nom de Tenochitlan, et ceci explique accessoirement l’aigle qui flotte sur le drapeau mexicain. Comme disent les guides touristiques, le Mexique est une terre de contraste, Mexico, feu Tenochitlan, se trouvait donc dans une cuvette, à deux mille mètres d’altitude, les pieds à la fois sur une zone marécageuse et sismique, le tout encerclé d’une alliance de gaz noir comme la suie. Mais passé cette frontière nocturne, on découvrait un paysage autrichien fait de collines et de sapins bleus à l’infini, qui disparaissait peu à peu dans la chaleur blanche du sud-ouest. Avant de se transformer à nouveau, touffus et verdoyants, dans la région de Xochimilco, plein de couleurs comme les aimaient tant les guides touristiques, jusqu’au lac de Tsehuilo. Où se trouvait justement, une attraction touristique. Pour amateur de frisson. On l’appelait la Isla de las Munecas, l’Ile aux Poupées. Il y avait là des centaines de poupées accrochées, pendues à des bouts de fils de fer, les yeux vidés, borgnes, clos, fixant le vide. Des têtes de poupées, des bras, des poupées bleuies par la pourriture ou à demi brûlées, noires, fondues. Des poupées tailladées, ficelées par des nœuds compliqués à des ponts plein d’autres poupées décapitées ou démembrées. Des poupées pourries, abandonnées, retrouvées, collectionnées, pleines de terre, en l’état dans un étrange dédale de film d’horreur. L’île était habitée par un ermite qu’on ne voyait presque jamais, et les touristes étaient friands de ses rares apparitions. Un petit homme qui marchait avec les bras bien le long du corps. Un jour, sans qu’on sache trop pourquoi, il avait décidé de quitter sa famille, et s’installer ici. Il y avait fait la connaissance du fantôme d’une petite fille, et pour ne pas qu’elle soit seule et triste, il lui avait ramené ces poupées trouvées. C’était l’histoire qu’il avait raconté aux journalistes venus le déranger dans sa solitude. Par ici on le connaissait sous le nom de Don José, sa famille disait qu’il était un peu fou. Une nuit il s’était réveillé les mains autour du cou de sa femme. En plein cauchemar il avait manqué de la tuer. Alors il était parti. Parti le plus loin possible de la Vida Loca. Il faisait moins de cauchemar quand il était ici, ces poupées c’était comme une thérapie en quelque sorte, une forme d’art peut-être. Et comme tout le monde le croyait fou, personne ne faisait vraiment attention à ses allées venues. Ils voyageaient beaucoup pour un ermite. En première classe évidemment, la Vida Loca c’était aussi ça. Ailleurs, dans une autre vie, un autre monde, loin des horreurs touristiques, on l’appelait Al Novio, le Fiancé. Parce que quand il parlait aux filles, juste avant de leur montrer ses outils de travail, il lui disait : « ne t’inquiète pas, je vais te présenter à ma famille. »

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