Les Sorciers de la Guerre – Prométhéus zob 1.

–       Mes chers amis, je commencerais ce discours par cette citation d’Ignacio Toledo, « il n’y a pas pire savoir que celui qu’on ne partage pas. Plus odieuse intelligence que celle qui ne sert qu’elle-même ». L’Union est la plus grande démocratie jamais conçue, une somme de civilisations et de peuples de toutes les espèces, ici représentée par cette honorable assemblée. Et je suis honoré que vous me laissiez l’occasion d’exprimer devant vous les désirs d’avenir auxquels aspirent les Wookies. La somme de nos intelligences et de nos technologies a permis à l’Union de surpasser toutes les grandes civilisations connues, l’Union s’est naturellement propagée, au gré de ses bienfaits, et des enrichissements que les autres peuples avaient à offrir. Aujourd’hui, l’Union représente huit galaxies, 76589 planètes, 5621 habitées et intelligentes, onze trillions de peuples et de races. Unis sous une même république, gouvernés par la voix du plus grand nombre et non de celles de quelques tristes privilégiés. Libérés de ses dictateurs et de ses rois. Car oui, je l’affirme, ce qui constitue avant tout notre force c’est la liberté. La liberté que l’Union Galactique  propose, celle de grandir et de prospérer à travers l’univers, qui que vous soyez. Participer à la plus grande œuvre jamais conçue entre des civilisations, ne former non plus qu’un seul peuple mais un seul désir commun, une seule aspiration. Et au lieu de la guerre, l’Union a pu choisir la paix. Mais qu’en est-il des autres races ? De toutes ces espèces, soumises par leur nature et non guidées par leur esprit ? Qu’en est-il de tous ces pauvres hères qui migrent ainsi dans les villes de l’Union, ou bien sont exportés, massacrés pour leur peau ou leurs dents sans jamais pouvoir ne rien revendiquer d’autre qu’une identité à peine animale ? Qu’en est-il messieurs et mesdames, des chiens des humains, ou des zookines de Chalbs ? Qu’en est-il des singes nos frères !? Yentl le sage disait : le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. Que vaudrait donc l’Union si elle ne tentait pas d’élever ses frères dits inférieurs. Que vaudrions-nous, nous tous, si nous ignoriions la fabuleuse promesse qu’offre le projet Prométhéus ?

 

Théâtralement et ponctuel, un long monolithe de graphite noir, parfaitement lisse sortit du centre des gradins avant de rester suspendu à quelques centimètres du sol. Un instant plus tard, des nano-machines volantes et minaudantes, se précipitaient vers les sénateurs en portant des casques de protection oculaire. Puis soudain un petit chien déglingué et miteux sauta sur la console devant le wookie. Une espèce de brouhaha indistinct couru sur l’immense amphithéâtre. Autour de son cou le petit chien avait un boîtier compliqué de fins petits clapets crachant des volutes grises tout en clapotant à mesure que le chien aboyait. Du moins cela aurait dû être des aboiements sans le fameux boîtier, mais au lieu de ça, il sortait des mots articulés de la gorge du chien. Tout le monde savait ce qu’il était et ce qu’il représentait. Il s’était d’abord appelé Max, pour Matériel Animal d’expérimentation, dédié au projet Prométhéus. Il avait été le premier de son espèce à développer des signes d’éveil qui s’étaient peu à peu développés au point d’atteindre un niveau d’intelligence équivalent à un humain. Jusqu’à ce que finalement il se choisisse lui-même un nom. Aujourd’hui il était le professeur Max Primus Hawks, le chien par qui le projet Prométhéus avait connu son aboutissement et qui en était aujourd’hui sinon le père authentique, tout au moins son maître à penser.

 

–       Chers amis sénateur, je ne peux que souscrire à la déclaration que vient de faire devant vous le sénateur Wewbaakô, cependant j’aimerais souligner que l’Union Galactique n’a pas toujours connu la sérénité. Nombre civilisations ont âprement lutté contre les bienfaits de l’Union, maints peuples ont tenté d’en dominer l’assemblée et conduire la plus grande démocratie de l’univers vers des guerres de conquêtes. Or la guerre mes amis n’est que l’expression de l’ignorance. Le génie de la civilisation aux ordres de la barbarie, la guerre est un échec. L’écueil sur lequel les plus grandes démocraties ont fini par s’échouer. Prométhéus est sa réponse. Ou plus exactement la réponse de l’Union à cet échec de l’histoire. Son vaccin. Car comment naissent les guerres sinon à travers l’incompréhension mutuelle ? L’ignorance de l’autre ? Comment naissent le racisme, la xénophobie, la haine de l’autre sinon à cause de différence entretenue par la violence et propagée par l’ignorance ? La barbarie mes amis, mutuelle ou partielle, le seul ennemi qui nous guettera toujours si nous continuons d’ignorer jusqu’aux plus infimes parcelles de l’Univers. Et que dire encore de son respect ? Que dire de la somme de connaissances que nous avons accumulée en côtoyant les civilisations les plus avancées comme les plus reculées ? Quelle meilleure opportunité d’apprendre des doryphores comme des pinkas, des chats et des vaches, des fourmis même ! Comment mieux respecter notre biotope et l’univers tout entier sinon en apprenant à communiquer et à penser avec ceux qui comme moi hier étaient privés de parole mais pas de pensée ni d’ignorance ? Mesdames et Messieurs les sénateurs Prométhéus est la réponse à toutes ces questions, la solution à toutes les guerres, les peurs et les ignorances.

 

Le professeur leva la queue pour couper son traducteur à valves et aboya. Le centre de l’amphithéâtre se déroba, sous le monolithe, découvrant une cuve profonde de cinquante mètres au centre duquel se tenait un byzantin, la pire espèce de prédateur de tout l’univers connue. Les byzantins étaient organisés comme des abeilles, se reproduisaient comme certaines araignées, plus rapides que le serpent bolide, et plus dangereux que des rats tigres en bande. Ils tenaient à la fois du bipède, du reptile et de l’insecte. Poussaient des hurlements de chat, possédaient une queue prédatrice et coupante comme le rasoir, une triple rangée de mâchoire que les byzantins projetaient dans le crâne de leurs proies. Des machines à tuer et à proliférer. Celui-ci naturellement crachait et griffait contre le titane de la cuve, impuissant, claquant des mâchoires dans le vide comme un imbécile cherchant à se faire des amis.

 

Une douche de lumière noire tomba sur le monolithe. Les nanos se mirent à flutter avec des voix suaves d’hôtesse de l’ère porno, mesdames, et messieurs si vous voulez bien brancher votre casque…

 

18.510 sénateurs au garde à vous, branchant leur casque morphique, et soudain le monolithe qui se met à bourdonner. Comme un fil à haute tension par grande chaleur. Se rapprochant lentement du byzantin qui peu à peu cesse de cracher et de griffer. Plus stupéfait qu’autre chose sur le moment en fait.

 

Soudain le noir complet, le monolithe comme disparu, et puis les lumières qui reviennent. Le monolithe bourdonne toujours puis s’élève dans le ciel de l’assemblée, avant de se désintégrer en minuscules et silencieuses particules.

 

Le professeur sauta de la console pour s’approcher du bord de la cuve, et aboya. Il n’avait pas rebranché son traducteur mais tout le monde avait compris car c’était ça la force de la Démocratie.

 

–       Ça va en bas ?

 

La créature leva sa lourde tête oblongue. Repérant sa forme et sa chaleur, ses yeux sous la carapace et sourit. En quelque sorte.

 

–       Ouais gros et toi ?

 

Le chien fit sa gueule de chien content. D’un battement de queue il rebrancha son appareil.

 

–       Ça va plutôt bien tout de suite.

 

–       Je peux manger quelqu’un ?

 

–       Non.

 

–       C’est bien ce que je craignais…

 

Il y eu un moment d’incrédulité dans l’assemblée des 18510 sénateurs de l’Union Galactique, puis le professeur Max Primus déclara.

 

–       Mais on peut vous faire un steak si vous voulez.

 

Tout le monde éclata de rire, pour autant que ça fût possible pour une méduse ou un anaconda à pattes de rire. Huit galaxies, ça regroupait tout de même un drôle de zoo si on l’observait d’un point de vue humain, ou même d’un chien. Comme ça riait une sécrétion ?

 

–       De vache ? Proposa le byzantin.

 

–       Oui, si vous voulez.

 

–       Et une vache tout entière, crue, ça serait possible ?

 

La démocratie, comme le progrès ne vaut que si elle est partagée par tous. Le professeur Primus était intiment persuadé que l’un n’allait pas sans l’autre. Plus il y aurait de races et peuples intelligents, évolués, tout comme il avait évolué, capables de conduire eux même leur destin, plus grande serait la force de l’Union face aux barbares du Centaure. Les monolithes furent chargés sur des cargos lancés à la dérive à travers l’univers, 20 millions par cargo, recrachés au hasard, toutes les huit années terriennes. Chiffre purement symbolique choisi par les collaborateurs du professeur pour son évocation de l’infini. Nombreux monolithes n’arrivèrent nulle part. Pulvérisés par un astéroïde, absorbés dans un trou noir ou défoncés par l’explosion d’un soleil. Mais ceux qui s’écrasèrent sur une planète, même incomplets, remplirent parfaitement leur mission. Des singes se mirent à se servir d’os comme gourdin, des scorpions à danser la java, des fleurs à pétiller de milles pensées éphémères, des poissons rouges à ourdir des complots de quatre minutes. Des espèces évoluèrent, physiologiquement et la maturation prendrait des siècles. Des grognements se transformèrent en borborygmes, des borborygmes en croassements, consonnes et circonflexes. La voyelle s’éleva dans le la d’un lichen, le premier langage articulée protozoaire.

 

Les monolithes atterrissaient parfois sur des planètes où l’intelligence était bien présente, avec une civilisation, certes inconnue, mais bien existante. Sa faune, sa flore. Et en théorie ils ne se déclenchaient jamais devant une forme d’intelligence de type A. Du type capable de construire une société tout entière, avec son histoire, sa technologie, ses inventions, sa culture. Cependant les critères de sélection, aussi larges avaient-ils été choisis répondaient aux normes connues de plus de cinq milles planètes, et des millions de races et de systèmes variés. Considérés donc comme une règle d’or, ne connaissant aucune exception. Il en fallait bien une.

 

L’exception, le hasard supposément impossible, appelez ça comme vous voulez, l’agent incertain du chaos, le dé magique qui voulait que même onze trillions d’individus, la plus grande Démocratie de l’histoire pouvait lamentablement se fourvoyer sur ce qu’elle considérait comme une intelligence de type A, comme Alpha.

 

Considérant que si le génie est au moins proportionnellement égal à la bêtise, il y a fort à croire qu’aucun des savants attachés à Prométhéus n’aurait pu prévoir que l’intelligence puisse se vivre autrement qu’à partir du seul cerveau ou des seules réalisations, cultures supposées et traditions. Tomber sur une occurrence sortie d’un conte de fée. Les contes de fée n’existent pas, foi de scientifique, et si les loups se prennent de parler pour entourlouper les chaperons rouges c’est soit qu’il ne s’agit pas de loups, soit qu’ils ont subi une modification génétique, soit qu’ils ont croisé Prométhéus. La magie ? Moins une foutaise qu’une chose qu’on n’avait pas su expliquer. Du point de vue des habitants de la planète terre c’était sûrement vrai considérant que personne n’avait la moindre idée de ce que pouvait bien être la science, ou du moins dans les termes que l’entendaient quelques millions de peuple assujettis à l’Union Galactique. Pas plus qu’il ne serait venu à l’idée de personne sur cette terre là qu’il existait ailleurs, une autre planète qu’on avait appelé la terre et que, comme les résidents de celle-ci, ceux de l‘autre étaient persuadés qu’elle était la seule planète terre de l’univers. Tout comme les premiers étaient persuadés d’être les seuls spécimens êtres humains, ce qu’avaient d’ailleurs longtemps pensé leurs cousins. Mais, à la différence notable des mêmes cousins, les terriens, puisque c’était ainsi qu’ils s’appelaient eux-mêmes, ne pensaient pas une seule seconde qu’il puisse y avoir une autre vie qu’ici même. Considérant le fait que de leurs observations, le ciel tel qu’il était la nuit, ne recouvrait rien de plus que le monde des Dieux et des Déesses, dont ils avaient établi une carte précise et détaillée, attribuant des lieux, des régions, et des pays bien déterminés à chacun d’entre eux, comme un miroir penché sur qui se passait sur terre. Mythologie d’un autre temps, auraient déclaré leurs cousins d’outre univers, instantanément balayé par Prométhéus d’une griffe d’intelligence, instillant le doute dans le mythe, distillant le relativisme et la relativité de toutes choses. Pour autant, ces terriens-là n’avaient pas calqué leurs cartes célestes sur le monde terrestre, ni même interprété, ils se les étaient faites dicter.

 

Selon les mythologies d’outre univers, leurs cousins les auraient probablement classé parmi les demi-dieux, les êtres fantastiques, pour la plupart. Il y avait pour autant bien dans ce panthéon des dieux pleins et entiers. Un pour les moissons, Illina la Vierge, qui descendait parfois sur terre sous la forme d’un âne borgne ou d’une jeune femme boiteuse. Un pour le printemps et un autre pour l’hiver, Job et Jol les deux jumeaux comme les deux soleils jumeaux dans le ciel, dont ils ne descendaient jamais, Toomoos, le dieu crocodile de la Vie et de la Mort, et Léos le dieu des dieux, le patron et le père dont ils descendaient tous, puisque ils les avaient tous créés ainsi que la terre et ses habitants. Léos avait deux résidences, une dans le ciel, une autre sur terre, connue sous le nom du Palais de Verre, niché quelque part aux creux des plus hautes montagnes du monde. Et où on ne le voyait plus guère depuis, paraît-il, qu’il était tombé amoureux dont on ne savait trop qui. Une terrienne à ce qu’on disait, et Léos était souvent amoureux, mais il s’agissait surtout de rumeurs. Les Dieux, en général, contrairement – ou non- à leurs homologues d’ailleurs, se mêlaient peu des affaires des hommes, qu’ils voyaient physiquement à vrai dire à peine. Quand on intervient directement au niveau des cellules et des quarks, le paysage et l’histoire humaine peut sembler un détail si insignifiant à votre esprit qu’il apparaît et disparaît comme une ombre. Les demi-dieux, en revanche, s’en mêlaient énormément. Probablement leur moitié humaine les rapprochait-elle des mœurs et coutumes de ceux-ci, quand bien même leurs nombreuses interventions donnaient lieu à des conflits, provoquaient des famines, des épidémies, et parfois des mariages. Comme cette fois où Crom le Valeureux, fils de Léos et de la Reine Arianax avait relevé le défi que lui avait lancé son marteau magique, à savoir de tuer plus de bêtes que Toomoos en une seule saison. Crom n’avait jamais brillé par son intelligence. Valeureux mais con comme un citron, disait le proverbe à son sujet. Il en avait massacré quarante-quatre milles en quatre jours, déclenchant une famine qui ravagea l’Angleterre dans son ensemble.

 

Car oui, pour une raison ou une autre les habitants de cette terre ci partageaient également la plupart des appellations des villes, pays et régions de l’autre terre. Seule la géographie différait. Elle n’était séparée qu’en seulement trois supers continents, et une constellation d’îles qu’on appelait l’archipel austral. L’Angleterre partageait ses frontières avec le royaume du Mali, Saigon n’était qu’à deux milles kilomètres de Moscou. Moscou était perché sur une montagne et ce que l’on appelait ici l’Himalaya et où était niché le Palais de Verre, culminait à 25.384 mètres. Peut-être s’agissait-il du pays des songes humains, peut-être était-ce de là qu’était apparu dans les esprits des poètes et des conteurs, des Anderson et des Stoker, le bestiaire formidable des mythologies et légendes. Comme un monde parallèle mais d’une même dimension, à la fois si proche et si opposé qu’elles communiquaient sans le savoir. Du point de vue du quantique tout était possible puisque tout n’était que probabilités. Mais cette humanité-là différait toutefois de sa cousine. Elle n’était pas seule, elle ne l’avait jamais été. Elle n’avait aucune raison d’imaginer un ailleurs puisque l’ailleurs avait toujours été là. N’avait non plus jamais ressenti le besoin de se prendre pour des dieux en les imitant, puisque les dieux étaient parmi eux et leur boulot avait l’air beaucoup trop délicat et prenant pour s’y risquer. Ni non plus n’avait tenté de les dépasser. Même si l’envie n’avait jamais manqué, ni Léos ni les autres n’avaient laissé faire, et ceux qui avaient tenté l’aventure, eh bien leur fin avait été exemplaire. Qui plus est ces hommes-là n’étaient pas désarmés contre l’impossible à devoir s’en remettre systématiquement aux dieux et demi-dieux, prier et sacrifier pour résoudre un herpès ou leur problème de couple, puisqu’ils avaient la magie. Oh bien entendu la magie ne résolvait pas tout, et demandait qui plus est connaissance et vaste énergie physique, mais certains aimaient ou voulaient à penser le contraire. On les appelait les Trois Mages.

 

Il y avait Malachia, Baltoz et Askar, seigneurs et sorciers respectifs des trois continents. Régnant chacun sur de vastes régions connues pour leurs très hautes concentrations en magie, que l’on appelait ici chan, kwazi, ou chadli et dont on ne parlait pas comme d’un phénomène mais comme d’un élément, au même titre que l’air et l’eau. Les Trois Mages avaient une conception très différente du monde et de ce qu’il tenait lieu d’en faire. Malachia considérait la magie comme sacrée, et tous les demi-dieux, et créatures fabuleuses comme les enfants pas moins sacrées de cette magie. Des êtres supérieurs, supérieurs aux humains, à la nature elle-même, et qui pourtant ne régnaient pas, une injustice qu’il comptait réparer. Un extrémiste. Baltoz ne voulait pas soumettre les hommes, il voulait les unir, créer une grande et vaste alliance entre les hommes, les magiciens et les dieux. Il voulait des dieux responsables et des hommes conscients. Faire en sorte que plus jamais, par exemple, Zerus, le dieu des sous-bois et de la luxure, ne se prenne l’envie de se farcir toutes les femelles loups-garous d’Allemagne. Déclenchant par là même une guerre mémorable. Baltoz le Gris l’appelait-on, car il allait et venait, inlassablement d’un continent à un autre, dans sa robe grise, accompagné d’Excalibur, son bâton de marche, convaincre elfes et farfadets de s’intégrer à la société humaine. Askar, lui, ne voulait tout simplement plus ni dieux, ni demi-dieux, ni créatures magiques d’aucune sorte sinon celles sorties de son imagination. Il avait longtemps observé les dieux, il avait même hébergé Illiana tout une saison et avait discuté brièvement avec Léos en personne. Il s’était aperçu que parfois ils disparaissaient d’eux-mêmes, tellement loin des contingences de la simple physique ou même physiologique, qu’ils en devenaient parfaitement transparent, oubliant qu’ils étaient également de chair et de sang et se contentant du pur esprit, à n’en finir qu’à être plus qu’une idée. Et les idées ça se combat beaucoup plus facilement qu’un être capable de transformer vous et votre environnement en tas de compost. Askar pensait que dieux et demi-dieux étaient motifs de désordre, de chaos, qu’ils empêchaient l’Homme de grandir, et sa société de prospérer. Société qu’il comptait, bien entendu, conduire sur la voie du bonheur.

 

Malachia croyait à la magie, il invoqua des armées de morts-vivants et fit surgir de la terre des bataillons d’orcs. Appuyé par les elfes noirs et leurs archers, et des hordes de dragons de combat, dans le but de soumettre ou d’exterminer l’humanité tout entière. Baltoz croyait en la diplomatie, il fit lever des armées humaines, et de demi-dieux, nains, elfes, trolls et ogres, pour contrer les noirs projets de Malachia. Askar croyait aux idées, il attendit tout en comptant les points.

 

La guerre durait depuis très exactement 40 ans, et elle avait fait déjà pas mal de dégâts. Assez longtemps pour que les alliances d’hier se désagrègent et que d’autres se forment au gré des trahisons et des victoires. Nombreux soldats et mages y avaient perdu la vie, plus encore les orcs ou les elfes qui avaient fini par s’exiler dans les archipels Australs avec leurs cousins farfadets et lutins. Et certaines régions étaient si concentrées en magie qu’il en apparaissait de nouvelles races, de nouvelles espèces biscornues comme la valise à dents ou les zombies savants. L’équilibre des trois continents était en péril et tout allait se décider aux abords du Passage des Trois Gorges, à l’ouest du Palais de Verre. Malachia d’un côté, dos à l’Himalaya, et ses hordes de démons noirs, Baltoz de l’autre et l’alliance des hommes et des demi-dieux. Askar attendait. Il attendait et observait. Au travers de son cristal, réfugié dans son château de Bretagne. Malachia et, Baltoz, face à face, chacun au sommet d’un à pic, dominant le carnage des armées déchaînées, jetées l’une contre l’autre. Et les Dieux dans tout ça ? Illina avait abandonné les hommes à leur sort stupide, printemps et hiver étaient deux frères terribles, la famine guettait, Léos courait la gueuze quelque part dans les cieux et Toomoos engraissait à vue d’œil, devenant de plus en plus tyrannique. Personne ne pouvait rien contre cette guerre. Malachia agitait ses mains devant lui tandis qu’un halo d’énergie pure se formait et se concentrait autour de ses bras, Askar le voyait qui articulait d’une voix de caverne, le sort de Shinkugu, mille dragons d’or qui surgiraient dans le ciel et foudroieraient les assaillants d’un feu d’enfer. Baltoz faisait tournoyer Excalibur au-dessus de sa tête ; la crosse noyée dans un vortex de magie. Un seul mot, un seul geste, et s’il visait juste il désintégrerait son adversaire. Askar aurait aimé posséder une telle arme, et clamer son nom sur ses ennemis. Mais pour le moment il préférait les regarder s’agiter tandis que l’absence des Dieux lui laisserait bientôt les mains libres pour détruire tous les autres.

 

Baltoz le Blanc, comme on l’appelait désormais, attendait ce moment depuis des années. Des années d’entrainement et de stratégie pour amener son adversaire là où il voulait qu’il soit. Pour enfin utiliser Excalibur à son plus grand potentiel, digne de la porter, servant et hurler son nom alors qu’un jet de magie commençait à se détacher  de la crosse, comme une flèche huit couleurs s’apprêtant à être décochée.

 

Le ciel était noir et chargé d’électricité et de magie. Volutes acides roses sous les nuages ardoise, en bas, le Passage grondait des hurlements, du choc des épées et des matin de Naples, des armures et des lances, des dents, des haches, des ongles, et des jets de sorts qui déchiraient l’ennemi comme une scie gourmande. Baltoz gonfla la poitrine.

 

Il ne vit pas ce qu’Askar regardait sombrer depuis quelques secondes maintenant. Une masse noire enveloppée d’une trainée de flammes dorées qui tombait du ciel comme une pierre. Il hurla.

 

–       EXCALIBUR !

 

Le toron de magie pure s’élança sur Malachia, puis rencontra le monolithe qui passait au même instant.

 

–       Zob ! Fit Baltoz alors que le monolithe se désagrégeait dans un nuage terrifiant de magie et de science. Ce serait son dernier mot.

 

Non pas que Malachia profita de la situation pour le griller vif, qu’instantanément les données changèrent. Car instantanément, tout ceux qui se trouvaient sur le champ de bataille se virent assaillis de pensées, d’idées, de questionnements et de savoir tels et à un tel rythme que plus personne ne pouvait ne serait-ce que lever un sourcil, à peine respirer, le cerveau accaparé quasi au complet. Les particules du monolithe formaient un nuage duveteux et ondoyant de génie qui se dispersait, croissant et exponentiel, Askar le regardait progresser, fasciné, se demandant de quoi il s’agissait, pressentant un pouvoir inimaginable, la clef de tous ses vœux de victoire sur les dieux Etait-ce possible que cela fut Léos leur envoyant ce qu’il espérait comme un témoignage de son existence ? Les jumeaux innovant dans la météo ? Aucune idée, ou plutôt un million.

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