Univers – Invasion

–          Oh la, la, mais c’est quoi ce bordel ?

–          Vous êtes qui vous ?

–          Service sanitaire, fit Ron l’Infect en exhibant son badge.

–          Eh bien il va falloir attendre parce qu’on n’a pas encore fini.

–          Vous en avez pour longtemps ? C’est que moi je suis pas payé par la ville, et le temps c’est de l’argent.

–          Si vous arrivez à nous expliquer comment ce truc est venu ici et par la même occasion ce qui a bien pu se passer, on s’en va de suite.

–          Qu’est-ce que c’est ?

Le flic releva la tête de son cadran et regarda son collègue.

–          Si j’en crois l’analyse biochimique, de la merde de chauve-souris.

–          Des chauves-souris ? Ici ? A Oslo ? s’étonna Ron l’Infect. Avant de regarder vers le mur maculé de sang séché. Peut-être des vampires… qui est mort ?

–          Le petit ami de la femme qui vivait là.

–          Et elle ?

–          Disparue.

–          Bah alors c’était peut-être elle la vampire.

L’autre flic posa son regard sur le petit gros en combinaison blanche qui venait d’arriver sur leur scène de crime. La cinquantaine, la calvitie en bataille, mal rasé, le teint cyanosé du vieux fumeur, même pas une trace de correction plastique, avec les poches sous les yeux, à l’ancienne, toute une autre époque. Le manque de fric sans doute. Il avait un accent anglais, probablement un de ces chômeurs de l’IW qui avait trouvé un job à l’autre bout de l’Europe.

–          Un vampire hein ? Bon, ça va aller maintenant, on vous appellera quand on aura fini.

–          Subito hein ? fit Ron en faisant signe vers son poignet.

Le flic ne comprenait pas ce que ce geste voulait dire, peut-être un signe de l’ancien temps, un truc de vieux. Il promit.

–          Subito, maintenant dehors.

On le surnommait l’Infect parce qu’il s’était spécialisé dans le sanitaire, tout simplement. Pourtant, quand on était encarté International Worker, on avait drôlement intérêt à être polyvalent. Mais Ron avait développé sa polyvalence dans un seul et unique domaine, le nettoyage. Pour lui le constat était simple, les gens, quoiqu’il arrive, chiaient, pissaient, mouraient, polluaient, bref salissaient, et donc quoiqu’il arrive il en faudrait d’autres pour nettoyer. Du travail garanti en somme. Aujourd’hui à Oslo, demain à Dublin ou Paris, Ron pouvait se payer le luxe de ne prendre que des missions en Europe. Pas question qu’on tente de l’expédier dans un atelier clandestin de Shanghaï ou une usine de recyclage à Johannesburg ou Villa Tokyo, il détestait les voyages aériens. D’ailleurs il n’était jamais monté dans un jet, et ça ne lui disait rien de bon. Ron était de ces vieilles familles de mineurs à l’ancienne comme il en était réapparu après que les banques et les compagnies aient fini de se foutre sur la gueule. 18 ans ça avait duré leur merdier ! Et ils n’y étaient pas allés seulement à coups de hausse des prix de l’énergie, déroute bancaire et foirage spéculatif, comme dans le temps. Non, ils avaient vraiment fait parler les armes. Un bon moyen pour faire fermer les usines et prétexter que les gisements d’ici ne valaient plus rien. Pour foutre en l’air des pays vieux de 3000 ans ! Et transformer tout le monde en client et en bête de somme. Et tout ça à cause de quoi ? A ce qu’il paraît on s’était installé sur la lune, sur Mars et ailleurs encore… Les grosses compagnies étaient parties avec leurs robots et leurs usines de poche et ils avaient trouvé du charbon, du zinc, de l’or, du pétrole, mille fois plus qu’ici.

Ron avait entendu parler de cette époque. On disait qu’alors des centaines de gens étaient parti immigrer dans les étoiles, que c’était à cause de ça qu’on avait des frontières dans l’espace maintenant… qu’ils avaient fait fermer… Ron n’y comprenait rien, tout ça se situait très loin au-delà de sa tête. Rien qu’à son niveau le monde avait déjà tellement changé qu’il avait du mal à tout comprendre.

–          Oh la, la, mais ça va être la guerre !

–          Quoi encore ? Qu’est-ce qui se passe ?

Enfin… il y avait des trucs qui ne changeaient pas heureusement. Le pub par exemple. Le King’s par exemple était le rendez-vous favori des IW anglais, irlandais, écossais. L’endroit idéal pour causer et raviver les vieilles rancœurs de l’ancien Royaume Uni. Du coup il y avait souvent des bagarres, à l’ancienne. On se tapait un bon coup dessus puis on se payait mutuellement des pintes, c’était bon esprit. Ou alors on réglait ça aux fléchettes, au billard, voire en organisant dans l’arrière-cour des matchs de rugby ou de foot selon les vieilles règles oubliées depuis longtemps par les fédérations internationales. Souvent, le prétexte, c’était un des vieux matchs enregistrés des siècles passés. On jugeait le travail de l’arbitre, on appréciait les prouesses d’un joueur, on se passionnait pour des matchs qu’on avait déjà vu dix fois, et éventuellement on insultait pour la dixième fois le camp adverse ou sa propre équipe quand elle se montrait lamentable. Mais ce soir-là, sur l’écran au-dessus du bar c’était autre chose qui se passait. Une foule, quelque part loin d’ici, des sirènes de police, ce qui ressemblait à un incendie. Ron demanda à nouveau ce qui se passait, Jim et William, deux de ses collègues, semblaient inquiets, et tout le monde ne parlait que de ce qui se passait là-bas, apparemment en Australie.

–          Fanjar, ils ont tué Fanjar !

Qui c’était celui-là encore ? Ron le reconnut  à cause de la photo, il l’avait déjà vue sa tête sur la toile, savait plus ou moins qu’il s’agissait d’un homme politique important, mais ce n’était pas comme si c’était un membre de sa famille non plus. Il commanda une pinte, se mêla à la conversation que ne manqua pas de déclencher l’événement, donna son opinion avec force, il n’en avait aucune, mais avec 2 grammes dans le sang on trouve toujours très rapidement toutes sortes d’arguments qui, dits avec style, finissaient même par vous faire croire que vous étiez un brillant connaisseur de la politique. Mais le lendemain, en se réveillant avec une gueule de bois carabinée dans le compartiment de son Tube, il devait bien admettre en jetant un œil sur l’écran que le monde actuel le dépassait complètement. Il y avait d’abord ce qu’ils racontaient sur le réseau, tous ces gens qui parlaient de l’homme qu’on avait tué la veille, un type exemplaire à ce qu’il paraît, mais les morts le sont toujours. Et aussi des japonais qui étaient accusés d’avoir commis l’attentat, et des émeutes dans l’Union Panindienne que la mort de ce type avait provoquées. Il reconnu cette vieille ganache de président Winslow, le patron de l’Angleterre, faisant une déclaration comme quoi c’était très triste la mort de ce type, et que les terroristes allaient payer. Pendant une heure complète, sur tous les serveurs principaux, on parlait que de ça. Il n’avait pas de boulot tant qu’on l’appelait pas pour nettoyer le merdier d’hier, il resta au lit à regarder un documentaire sur les nouvelles unités ultra secrètes des forces d’élites. Il apprit que l’armée employait des monstres de nos jours, des mutants, mais le journaliste n’avait pas le droit de montrer à quoi ils ressemblaient quand ils étaient en monstre… Des mutants… il y en avait de plus en plus en liberté de nos jours. Avant encore ça allait, on en voyait dans les combats de MixFight, parfois un vrai dans un film pour faire le monstre de service, mais maintenant ça devenait carrément n’importe quoi. Le gars en bas par exemple, le mec qui gérait le Tube derrière son écran, il avait quatre bras ! A quoi ça pouvait bien servir d’avoir quatre bras quand on était le cul assis toute la journée à mater un écran ? Et puis c’était pas un humain du coup, et on pouvait pas dire que c’était un animal non plus. En tout cas, Ron voulait rien n’avoir à faire avec ces trucs là, ces machins de laboratoire. Il trouvait pas ça normal. Mais c’est vrai, qu’est-ce qui l’était de nos jours ? Avant par exemple, les gens avaient des maisons et des appartements rien qu’à eux. Ron se souvenait très bien par exemple de quand il était gamin et que sa famille et la famille Woens partageaient une maison à New Hampton. Lui, il n’avait jamais connu. Depuis qu’il était en âge de travailler, Ron n’avait jamais vécu ni longtemps au même endroit ni dans un chez lui rien qu’à lui. Toujours des Tubes, parfois un petit studio loué pour lui par la boîte. Du coup, difficile d’avoir des objets personnels, des meubles ou même de vêtements, des témoignages que sa vie ne se résumait pas à des boulots itinérants et des chambres d’hôtels industrielles. Sa vie, ses amours, ses voyages, était stockée sous forme d’images et de films sur un serveur quelque part dans le monde, consultable à la demande si tant est qu’il payait son dollars par mois. Mais le médaillon qu’il avait autour du cou, sa paire de chaussures Holocraft, son jean et ses chemises Seems, sa boîte à musique en bois véritable programmable qu’il emmenait partout, sa figurine KFC du 20ème siècle, sa mini carte de l’ancien monde, son portefeuille en cuir synthétique, et même sa valise, sortait d’un de ces kits PersonaLife qu’une compagnie proposait de composer soi-même aux travailleurs comme lui. Quelqu’un avait remarqué que les itinérants perpétuels comme lui avait besoin d’objets auxquels s’identifier, se rattacher, sous peine de développer un genre de déprime très mauvaise pour la rentabilité industrielle, des nostalgies illusoires, fabriquées par l’esprit et qui finissaient parfois par vous rendre fou. Les kits PeronaLife étaient censés compenser cette absence d’attache personnelle, et même que si on avait un peu de fric on pouvait se faire faire des objets uniques, garantis comme tel, comme le médaillon qu’il s’était offert et qui représentait une carte de l’ancien Royaume Uni, d’avant les inondations de 2040, et d’avant les superstructures greffées aujourd’hui sur ce qui restait de l’île. Encore un truc qui avait changé d’ailleurs. La géographie physique. Il n’y avait quasiment plus d’île qui ne fut pas une reconstitution artificielle, les côtes, comme elles étaient dessinées sur sa carte n’étaient plus qu’un souvenir chaotique rattaché aux guerres sporadiques que les spécialistes avaient surnommés conflits climatiques et qui encore aujourd’hui émaillaient l’actualité. Ron commençait à avoir une petite faim, il se commanda deux Supaburgers et un litre de soda d’usage, c’était moins cher que les marques. De ce côté-là au moins les choses n’avaient guère changé depuis qu’il était môme. Ils avaient bien essayé de lancer la mode de la bouffe en tube, puis en pilule, comme les astronautes, parce que c’était moins de temps perdu sur les chaînes de montage, mais non seulement ça n’avait pas marché mais en plus on s’était aperçu que ce n’était pas forcément bon pour le corps de n’avoir rien à mâcher ni même pour le cerveau de ne pas différencier un steak d’un tube de dentifrice. Les patrons comprenaient rien aux traditions culinaires comme un bon Supaburger entre copains dans une cafétéria professionnelle, tout ce qui les intéressaient c’était le rendement. D’ailleurs à ce propos il venait de recevoir un signal, il était attendu pour le nettoyage dans une demi-heure. Ron se dépêcha de manger, prit l’ascenseur jusqu’au métro et fila retrouver la scène de crime. Son travail était assez simple, disposer des boîtiers Cleanset aux endroits où il y avait des souillures et attendre que les bactéries qu’ils contenaient aient fini de phagocyter les taches sur les murs et le plancher. Puis disposer une bombe ionique Cleanset 2 au milieu de la pièce qui détruirait à son tour les bactéries, et enfin lessiver le tout au détergeant afin de détruire toute trace possible de l’ADN bactériel pour que personne ne puisse relever et recopier les dites bactéries en laboratoire, exclusivité Cleanset. Disposer enfin des diffuseurs de parfum de confort CoolHome, de sorte que les prochains locataires se sentent immédiatement bien ici et veuillent s’y loger. Pas plus dur que ça, l’opération prenait environ une heure, chaque module de nettoyage étant doté d’un compteur, l’entreprise qui l’employait savait à la minute près le temps qu’il avait mis et le payait en conséquence, impossible de rabioter ou de rallonger la durée, à moins de trafiquer les compteurs ce qui d’ailleurs n’était pas dans ses compétences. Un de ses collègues avait essayé, il s’était rendu compte trop tard que ces engins dépendaient de la technologie militaire, il y avait perdu trois doigts, et sa carte de travail IW. Comme il n’avait rien à faire pendant le temps que les bactéries travaillaient, Ron lisait un bouquin électronique, en général sur les chats. Il rêvait d’en avoir un. Les chats étaient indépendants, gracieux, intelligents, doux, et surtout ils étaient propres, et Ron avait naturellement un rapport particulier avec la propreté. Mais bien entendu c’était très difficile, un rêve de riche. Les grandes villes avaient depuis longtemps décidé que la propriété d’un animal domestique avait des conséquences financières astronomiques. Il y avait les déjections canines, les abandons, les kits de vaccination multiple, la stérilisation obligatoire, pour en posséder un aujourd’hui il fallait posséder un permis, dûment visé non seulement par les autorités mais également par les services de la protection animale. Avec les années et les divers désastres écologiques concomitants de la disparition de quantités d’espèces celle-ci avaient pris un grand pouvoir sur la société, au même titre que les organisations écologistes aujourd’hui divisées entre les pros et les antis chimères. Faire preuve de cruauté envers un animal dans certaines parties d’Europe, comme ici à Oslo, était passible de la prison psychiatrique, parfois il arrivait même que des sentences de mort soient prononcées, et dans la plupart des pays, de peines de prison ferme. Ron trouvait ça parfaitement normal d’ailleurs. C’était aussi indécent d’abandonner une bête que de jouer avec la bouffe de nos jours. On ne se moque pas de ce qui est si rare et si précieux qu’à une période la mode des animaux électroniques avait fait fureur. Seulement pour posséder un permis d’adoption, il fallait non seulement démontrer de son équilibre psychologique devant un médecin spécialisé, mais qui plus est pouvoir garantir un environnement stable, et des moyens suffisants pour l’élever. Pour ce qui s’agissait de son équilibre personnel Ron avait déjà des doutes, pour le reste il avait des certitudes, ce n’était ni sa carte IW, ni son salaire qui pourrait lui assurer un tel luxe. Alors il rêvait. Il lisait des livres sur les félins en général et les chats en particulier, regardait des documentaires, il en connaissait toutes les particularités, jusqu’à la sensation de toucher que l’on pouvait reproduire dans les jeux virtuels. Mais même virtuel, ce n’était pas dans ses moyens, les sauvegardes, les comptes, les boîtes mails, ça douille à force… L’économie s’était déplacée depuis des lustres dans le monde parallèle, elle y prospérait à égalité avec le monde réel qu’elle avait totalement transformé à ses besoins. Les machines avaient bel et bien gagné finalement, avec l’aide des gens. Leur vielle peur de terrien des anciens temps pour de vrai. Et plus personne n’avait peur, tout le monde trouvait ça normal. C’était d’autres chose qu’on avait peur maintenant, des mutants. Et on allait faire pareil, un jour ils allaient tous les avaler, avec l’aide des gens. Les gens sont cons. Dieu est un con.

 

.. Dieu est con…

 

Ron ne pensait pas beaucoup à Dieu. Sauf quand il regardait des chats. Il se disait qu’il pouvait pas y avoir de truc aussi gracieux sans que quelqu’un, quelque chose l’ait créé. Un artiste. Le plus grand artiste de l’univers. Pire, l’univers fait artiste, un génie gros comme une montagne. Et accessoirement un sacré enculé. Et un con. C’était pas possible sinon. Est-ce que les chats étaient cons eux aussi alors ? Peut-être bien. Mais quand on regardait leurs yeux… bin y avait tout dans leurs yeux, sauf la connerie. La connerie ça devait être un truc que réservé aux humains. Et comme il nous a fait à son image à ce qu’il paraît. CQFD.

 

–          Dieu est con.

–          Ta gueule Ron, faut pas dire ça !

–          Rien à foutre.

–          Laisse tomber Larbi il est bourré.

–          N’empêche, faut pas dire ça.

Ron, Larbi, Carlos étaient installés devant des pintes de 80 cl de pisseuse noire et rousse 11° dans un bar automatique Bavaria près de Massy Palaiseau. Réunion entre collègues, tous IW, tous spécialisés dans le nettoyage, et tous actuellement sous contrat avec une grosse boîte française.

–          Pourquoi ? Tu le connais personnellement ?

–          Non mais faut pas dire ça ! C’est péché, c’est comme ton père Dieu ! Tu sais ça ? Comme ton père et ta mère.

–          Bah justement, rigola Ron.

Carlos se marra.

–          Eh ça vous dirait de fermer vos gueules ? J’essaye d’écouter, aboya un gars au bout du comptoir. Le format suffisant pour qu’au moins on l’écoute.

–          Eh mon pote faut pas faire la gueule, vient boire un coup avec nous ! lança Ron qui était effectivement bourré.

–          J’ai c’qui faut merci ! gueula le gars en levant sa pinte.

Ron regarda par-dessus son épaule l’écran holo posé sur le comptoir, un journaliste qui parlait d’un type, quelqu’un de célèbre apparemment, et mort assassiné, encore un.

–          C’est qui ?

–          Crain.

–          C’est qui ?

–          C’est qui ? Non mais t’étais où toi ces trente dernières années ? Eh les mecs vot’ pote y connait pas Arthur Cairn.

–          C’est vrai Ron tu connais pas ? demanda Carlos.

–          C’est le président à vie des Etats de l’Union, c’est même lui qui les a fait, continua Larbi.

–          A vie ?

–          Bah ouais.

–          Et il est mort ?

–          Ouais, on l’a assassiné, fit l’homme :

–          C’est vrai putain !? s’exclamèrent en chœur Carlos et Larbi.

–          Ouais !

Les deux autres se pointèrent, on parlait que de ça dans l’écran. Pas difficile de connaître tous les détails, qui étaient d’ailleurs systématiquement les mêmes d’un site à l’autre. Arthur Cairn et sa femme avait été attaqués par une horde de zombies, et dévorés. Ron était complètement largué. Des zombies ? Ça existait ça aussi maintenant ? Pourquoi il n’en avait jamais entendu parler lui ?

–          Des zombies ? s’exclama Larbi ? Il y a des zombies sur terre ! Mais c’est la fin du monde !

Ron se sentit brièvement rassuré sur son ignorance. Mais il avait besoin d’une deuxième pinte, ces conneries ça commençait à le dessaouler.

–          Putain mais vous sortez vous vous autres !? fit le gars. Vous savez pas ça ? Qui a des zombies sur la Côte Est ?

–          Si moi je sais, fit Carlos avec un genre peur dans la voix. La venganza de Montezuma.

Ron avait juste compris Montezuma, mais ça avait suffi. Ça il savait, tout le monde savait sur la planète, la Vengeance de Montezuma, Septembre 2 comme l’avait appelé les américains d’une côte à l’autre, du nord au sud, et puis bien sûr le monde entier. Alors maintenant il y avait des morts-vivants en plus ? Mais comment c’était possible.

–          C’est un genre de virus à ce qu’on dit, ça transforme les gens, expliquait le bonhomme alors que sur l’écran justement, des zombies déambulaient dans la jungle new yorkaise.

Soudain la tête de l’un d’eux éclata. Gros plan sur des « Regulator » à masque de clown… C’était quoi encore cette invention ricaine ? Les régulators ? Fallait vraiment qui fassent rien comme les autres ceux-là.

–          Pourquoi faites-vous ce métier Bozo ? demandait une splendide journaliste à tête de clown.

–          Parce que c’est trop rock’n roll cette question !

Un plus petit s’approcha.

–          On tue des gens qui sont déjà morts c’est trop fun !

Ron se retourna vers le robot écœuré et montra les verres.

–          Eh la boîte de conserve, la même !

Cette nuit là Ron fit d’horribles cauchemars, des zombies dévorant des chats, des chats zombies aux yeux crevés et aux oreilles rongées, rendus fous par la maladie le dévorant lui. Il se réveilla au milieu de la nuit, commanda des tranquillisants par carte, la pharmacie du Tube lui répondit qu’il était hors forfait. Mais s’il voulait, pour 1 crédit de plus, il aurait droit à 11h de porno gratuit. Ron partit faire un tour.

 

Non, la vie de Ron n’était pas rose. Et le monde autour de lui, tel qu’il devenait, tel qu’il était, ne l’était pas plus. Et il allait ainsi d’un bout à l’autre de l’Europe nettoyer la merde. Mais Ron tenait. Il était comme une vieille brique. Avec son teint de fumeur, sa calvitie bien apparente et sans complexe, sa sale gueule de petit. Comme son père et sa mère, et leurs parents avant. Des générations au ras du front. Il était comme une vieille tique, bien attaché à survivre, puisqu’il n’y avait pas d’autre choix.  Avec son rêve de chat, et ses souvenirs bidons. Comme une vieille trique, raide dans ses pompes, étroit, étranger à ce monde qui l’envahissait, suivant sa petite ligne droite et tortueuse, obstiné. Comme son père et sa mère avant lui. Mais après tout se disait-il parfois pour se remonter le moral, s’il n’était qu’un pauvre con, il l’était à l’image de Dieu. .

–          IW ?

–          Oui, qu’est-ce qui se passe ?

Un troupeau de flics au milieu d’une gare de métro sous Berlin, ils arrêtaient tout le monde, vérifiaient les papiers.

–          Vous avez votre autorisation de circuler ?

–          Ma quoi ?

–          Passe bleu.

–          Euh écoutez, moi je sais pas de quoi vous me parlez, je suis sous contrat avec Krupp Agrotech, si je suis pas là-bas dans une demi-heure, je perds mon contrat, vous savez combien…

–          Je ne veux pas le savoir, passe bleu, insista le flic en tendant la main.

Il l’avait croisé avec un robot celui-là ou quoi ?

–          Mais depuis quand on a besoin d’un passe pour circuler en ville !?

–          Depuis aujourd’hui.

–          Mais pourquoi ?

–          Parce que c’est comme ça ! vous êtes un travailleur immigré, il vous faut un passe.

–          Mais je suis pas un travailleur immigré je suis un IW.

–          Ah ouais ? Vous êtes berlinois ?

–          Non anglais.

–          Alors c’est bien ce que je dis un travailleur immigré.

–          Mais où ce que ça se trouve ça un passe bleu.

–          Ça se trouve pas, c’est que pour les berlinois, maintenant circulez.

Ron joignit immédiatement le central d’IW, il n’y comprenait rien. La fille du centre non plus. Elle ne sortait quasiment jamais de la caisse à savon qui lui servait de bureau, relié uniquement au monde par un supercalculateur de supervision qui n’acceptait pas toujours les demandes de pause, ni n’appréciait qu’on mange sur le lieu de travail. Elle se renseigna, Ron apprit que des terroristes arméniens avaient attaqué une gare aérienne et massacré beaucoup de monde avant de se donner la mort. Des représailles ils disaient sur le réseau, mais à quoi, c’était pas très clair. En plus un type apparemment connu s’était fait tuer, mais encore un que lui connaissait pas, y paraît un savant militaire. Et il n’y avait pas que Berlin qui était fermée sa frontière, toute la coalition nord européenne, jusqu’à Moscou. Des histoires d’accords à ce qu’ils disaient.

Mais c’est le lendemain que les choses se sont mises à totalement déconner.

 

Le réseau en panne.

 

La totalité du réseau mondial, en berne, pendant exactement trois heures. Trois heures de blackout complet, dans l’air, sous terre, partout, liaisons satellite, câbles, émissions radio. Un chaos planétaire, des hôpitaux automatiques qui tombent en berne, de cellules qui s’ouvrent et des flics sans bases de données, des bateaux qui s’échouent, et quantités de jets qui s’écrasent… Et puis c’était revenu d’un coup, sans explication. Ron se souviendrait ce jour de toute sa vie. Le jour où il avait caressé un vrai chat. Dans une maison de riches, face à la mer, quelque part au Portugal. Le chat ronronnait, Ron était en extase. Soudain l’animal lui griffa la main en crachant, et disparut. Ron regarda sa main lacérée d’un air attendri, ils étaient comme ça les chats… avant d’entendre un grondement dans le ciel. Il se retourna vers la mer. Un gigantesque vaisseau était suspendu entre les nuages. Pendant un instant son esprit buga si bien qu’il n’arriva même pas à mettre un mot sur ce qu’il voyait. Puis le vaisseau sembla rugir. Les vitres autour de lui explosèrent en même temps que des dizaines de gros jets surgissaient des flancs du monstre. Ça y est c’est la fin du monde pensa Ron, les extraterrestres…

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