Univers – L’homme le plus dangereux du monde.

 

Jean-Pierre était un type banal, avec une vie banale, un boulot banal de taxi, dans une voiture qui pleurait la banalité. Ses journées étaient ponctuées de courses et de longues attentes aux bornes des gares et de l’aéroport. Il déjeunait le plus souvent sur le pouce, d’un kebab ou d’un tacos. Avait des maux de crâne et des problèmes d’aérophagie, buvait trop de café, fumait trop, et s’ennuyait banalement. Il vivait seul avec son chien Rex et son ordinateur, dans un petit deux pièces sur les hauteurs de Lyon, près de la Duchère. Le soir, quand il n’était pas de tournée, il regardait la télé sur son ordinateur ou bien fréquentait des réseaux sociaux. Il y donnait son avis sur toutes sortes de choses, y publiait des photos de son chien, de son taxi, de lui dans son taxi, seul, avec un copain. Le seul, Mark, qui était barman dans un pub à St Jean. Parfois aussi il jouait à des jeux vidéo, il pouvait même y passer la nuit. Et bien entendu, comme tout le monde, il avait des folies banales d’homme ordinaire. Il avait parfois l’impression que les caméras de surveillance le filmaient. S’imaginait un complot et s’imaginait comme celui qui le découvrait. D’ailleurs il en cherchait parfois sur internet. Il s’inventait en super espion, et faisait comme s’il était entouré de supers ennemis. Parfois un regard, un geste, une façon de se tenir ou de le regarder, et il y croyait. Il avait même poussé le jeu à s’acheter des armes. Des fausses, airsoft, très réalistes, en métal et tout. D’abord un pistolet qui lui arrivait de porter sous sa veste, le soir, quand il promenait Rex. S’il n’y avait personne en vue, il parlait tout seul, inventait une conversation mystérieuse avec un mystérieux et dangereux rendez-vous. Jean-Pierre aimait pas mal les films d’espionnage. Pas James Bond, il trouvait ça exagéré, faux. Non, les trucs réalistes comme 24h, Jason Bourne, les films d’action aussi, surtout quand il y avait des histoires d’enjeux internationaux, des complots mondiaux. Plus tard il s’était acheté une reproduction de pistolet-mitrailleur, comme ceux qu’avaient les espions dans les films, HK MP5K, qu’on pouvait aussi glisser sous une veste, avec une bretelle de tir rapide. Mais il ne sortait pas avec par contre, il préférait jouer avec chez lui, faire des actions. A une époque il avait même été membre d’un club d’airsoft. Se réunir le week-end, en banlieue, dans des usines désaffectées et jouer à cache-cache-en-Irak. Puis il avait rencontré une fille, et sa passion s’était éteinte d’elle-même, les armes au placard, c’était puéril, limite bizarre non pour un homme de trente ans ?

La fille s’appelait Lena, une russe, blonde, rencontrée sur un site dédié. Au départ une histoire de fesse, et puis c’était devenu plus sérieux. En tout cas pour lui. Lena était jolie comme une poupée, une poupée qui voulait profiter de ses 25 ans, au début elle joua le jeu, et puis très vite elle recommença à flirter à droite à gauche. Quand il s’en aperçut, le cœur fendu, il la somma de choisir, il voulait des enfants, un mariage, une vie à deux. Elle s’enfuit. Jean-Pierre retomba dans la solitude le cœur lourd. Il alla se saouler dans le pub où travaillait Mark, pendant un mois, deux fois par semaine au moins. Et puis ça passa. Il jouait de plus en plus au jeu vidéo, regardait des pornos, la télé et les documentaires animaliers sur la 4, mais ne toucha plus ses armes qu’il finit par oublier au fond d’un placard.

–          C’est quand même dingue ça, non ? Y se plantent en championnat, y se foutent sur la gueule sur le terrain, y glandent comme des as à l’entraînement, et en plus y trouvent le moyen de se faire chopper avec des putes mineures !

–          Ah bah le fric quoi, ça tue le sport !

Le type leva la tête de son journal.

–          Ça c’est bien vrai ! On les paye trop !

–          C’est pas eux qu’on paye trop ! C’est qu’il y a trop de fric !

–          Ça je suis bien d’accord, eux encore, elle dure quoi leur carrière, 10 ans max, mais les clubs ?… les abonnements, tout ça.

–          Et pis le niveau !

–          Et pis le niveau, absolument.

Ils se serrèrent la main.

–          Victor.

–          Jean-Pierre.

Deux bières plus loin ils en venaient à leur boulot respectif. Victor était informaticien dans une usine chimique du côté de Feyzin, le paradis des usines qui craint comme il disait. Il faisait les trois huit, surveillance des machines, réglages, paramétrages et réparations dans les pires des cas parce que ça voulait dire risque de fuite. Au choix, acide chlorhydrique, chlorate de soude, nitrate de zinc…des trucs à faire des trous dans les murs. Ça le stressait d’ailleurs beaucoup Victor. Enfin, il n’y avait pas que ça. Il avait eu des problèmes d’alcool, alors avec son boulot, son divorce, sa fille en pleine adolescence, c’était bien le diable que de ne pas rentrer dans un bar pour se torcher au Picon. Jean-Pierre voulait bien comprendre, des fois lui aussi, après 4h sur le périphérique avec un client qui râlait derrière, et l’autre connard devant qui voulait pas avancer, il avait parfois envie de rentrer dans le premier rade et de se vider le crâne à coups de Ricard et de bières. Ce qu’il faisait parfois du reste, au pub, ce qu’il avait fait ces derniers temps, mais il s’était ressaisi, il n’avait aucune envie de perdre sa licence, conduire c’était sa seule compétence, son permis, son seul diplôme.

Victor et lui devinrent copain. Victor était un type curieux des autres, qui posait beaucoup de questions et s’intéressait à ce que vous disiez. Un type serviable aussi, il aidait les mamies à traverser la route, disait jamais non si vous aviez un truc de lourd à ramener chez vous, ou besoin d’un petit service. Jean-Pierre ne savait pas où il vivait, apparemment à cause de son divorce, il louait un petit studio dans le coin, où il ne ramenait jamais personne parce que son ex lui avait déjà collé des détectives, cette dingue, et que ça allait bien comme ça avec ses histoires.

–          Elle m’a tout fait je te jure, même porté plainte pour coups et blessures alors que je l’ai jamais touchée !

–          Tu veux bien m’aider à déplacer ce truc.

Jean-Pierre s’était racheté un nouveau canapé, à l’initiative de son nouveau copain. Il avait passé trop de temps à pleurer son ex petit ami, il allait se secouer, pour commencer il se débarrassait du canapé défoncé qu’ils avaient acheté ensemble et qu’il gardait par nostalgie. Victor l’aida à déplacer la lourde de table du salon.

–          Dis donc c’est un sacré matos que t’as là, fit-il remarquer en apercevant les deux écrans dans sa chambre, la tour noire avec le logo Intel, qu’il reconnu aussitôt en pro de l’informatique qu’il était. Un Intel Deep Blue, bin dis donc tu t’emmerdes pas ! Combien tu l’as payé ?

–          1500 d’occase, non configuré.

–          C’est toi qui l’as configuré ?

–          Nan c’est un mec que je connais.

–          Ah ouais ? Et c’est lui qui te l’a vendu ?

–          Ouais.

–          Il en a d’autres des comme ça ?

–          Ça arrive, il a une boutique, il bricole.

–          Putain donne-moi son tel, je tourne avec des bécanes pourries ! Et la boîte veut pas renouveler le parc !

Mais trois jours plus tard, ils apprenaient dans le journal que le magasin avait brûlé avec son propriétaire, un accident à ce qu’ils en disaient, Victor gueula qu’il avait la poisse, que c’était pas possible, puis il pensa au pauvre gars et dit que c’était horrible de mourir comme ça.

Le goût pour l’espionnage, les films de complot ne l’avaient pas quitté. Mais il ne jouait plus au super espion aussi sérieusement qu’avant Lena. Il lui arrivait encore de croire qu’il était suivi, filmé, ou plutôt d’aimer se le faire croire, comme un agent en territoire ennemi. Un soir, alors qu’il venait de prendre son service après un après-midi ciné, la tête encore pleine des aventures de Jason Statham et Robert de Niro en tueurs à gage sympas, il se fit même un peu peur. Son premier client, un grand balaise du genre taiseux l’attendait devant le siège d’Interpol face au parc de la Tête d’Or, et s’était fait déposer dans son propre quartier, à deux pas de chez lui. Quand il rentra cette nuit-là et qu’il découvrit qu’il avait oublié de fermer la fenêtre de la cuisine, sur le moment il ne pensa pas à un oubli, il eut un bref accès de panique, alluma toutes les pièces, ouvrit les placards, la porte de la salle de bain, comme s’il s’attendait à voir le grand balaise surgir. Avant de se rassurer en se disant que de toute manière Interpol n’avait rien à voir avec les histoires d’espion, que le plus gros crime qu’il n’avait jamais commis c’était de télécharger illégalement, jeux, films, musiques, rien qui relève d’un organisme de lutte contre la criminalité internationale. Il se faisait trop de cinéma.

Ce qu’il préférait dans ces histoires d’espions, de services secrets, de complots, c’était cette idée démiurgique d’événements, de faits, fabriqués de toute pièce, contrôlés, manipulés, tellement plus rassurante que d’imaginer le monde aux mains du hasard, de l’incompétence et du génie mélangés, aux mains des fortunes, des disgrâces et de la folie humaine. Un pouvoir qu’il pouvait s’accorder le temps d’une partie de Global Domination, son jeu de stratégie préféré. A la tête d’une civilisation de son choix, sur une carte de son choix, refaire l’histoire, lancer ses espions, décider de la politique, découvrir des technologies nouvelles, faire la guerre et développer des cités et des frontières. Ce qu’il y avait de bien en plus avec ce jeu c’est qu’il prenait en compte des éléments comme le temps, les désastres écologiques, qui se déroulaient sous ses yeux dans un effet d’animation ultra réaliste. Des accidents naturels qui voulaient que parfois naisse un grand personnage ou en meurt un autre. Le jeu comptait un nombre impressionnant d’événements filmés, assez impressionnant en tout cas pour que jamais il ne retombe sur exactement la même image, le même petit film.

Il pouvait jouer pendant des heures, sa plus grosse partie avait duré 12h d’affilé. A la tête de la civilisation japonaise, il avait vaincu économiquement l’Amérique et l’Europe, avait envahi la Chine, la Corée et occupé une large portion du Pacifique. En niveau deux, Novice. Il jouait en niveau trois aussi, et parfois quatre, mais c’était un jeu qui se complexifiait facilement et pour libérer le niveau suivant il fallait parvenir à terminer une partie dans les niveaux précédents. Un jeu très réaliste en tout cas, tellement fin et bien construit, qu’il avait réussi à recréer quasiment à l’identique les évènements des années 60, comme l’intervention au Vietnam, la contre-culture, Prague et l’invasion russe.

Un jour, dans la rue, il se fit agresser par deux types. Ils se jetèrent sur lui, le rossèrent à coups de pied et de poing, lui volèrent son portefeuille et son portable avant de s’enfuir sous l’œil bovin de quelques passants. Jean-Pierre eu un certain mal à s’en remettre. Sa parano ludique, son goût pour les mystères, sa manie de se prendre pour un super espion commença à emprunter un caractère plus sérieux. Il avait souvent peur d’être suivi, vérifiait dans le reflet des vitrines, sortait brusquement de la rame s’il croyait repérer quelqu’un de suspect, ou s’arrêtait d’un coup dans la rue pour refaire des lacets imaginaires. Il lui arrivait aussi d’appeler le commissariat, à cause d’un véhicule garé devant chez lui ou d’un inconnu qui l’avait regardé de travers dans l’ascenseur. Mike le trouvait de plus en plus bizarre, Victor essayait de lui démontrer qu’il délirait, mais quand il lui affirma qu’on avait pénétré chez lui et ouvert son ordinateur, se mettant presque en colère quand il lui posa des questions, il fut convaincu qu’il devait aller voir un psy. Assez en tout cas pour le lui dire et même se proposer d’appeler.

Tant bien que mal Jean-Pierre restait un garçon raisonnable. Il était peut-être tout à fait certain de n’avoir jamais mis ce fond d’écran sur son ordinateur, il voulait bien admettre que depuis l’agression il n’était plus tout à fait le même homme. Le lendemain il prit rendez-vous avec un psychologue, une adresse que lui avait donné Victor. Il s’agissait d’une femme, la cinquantaine bien conservée, avec un regard neutre et des questions dirigées qui le mirent un peu mal à l’aise, et à vrai dire accentua sa paranoïa. Elle lui expliqua que son esprit cherchait simplement à se défendre contre le traumatisme de l’agression, qu’il serait bon également qu’il consulte un psychiatre, et se fasse prescrire.

Mais deux semaines plus tard, quand la police débarqua, il eut de sérieuses raisons de douter du diagnostic. Victor était avec lui cette fois-là. Les flics avaient sonné, trois officiers de police en civil, Police de l’Air et des Frontières… Ils lui présentèrent l’autorisation du juge de perquisitionner son appartement. Il demanda de quoi il était soupçonné, les flics répondirent qu’il devait bien savoir, que ce n’était pas la peine de jouer à ce petit jeu là avec eux. Victor tenta d’intervenir, ils l’écartèrent, lui demandèrent ses papiers et finalement finirent par les arrêter tous les deux quand ils découvrirent les armes.

–          C’est quoi ça ? demanda le flic en montrant le pistolet-mitrailleur dans sa housse en nylon.

–          C’est rien, c’est un jouet.

–          Un jouet ?

–          Airsoft !

Le flic regarda son collège, qui regarda Jean-Pierre en retour, puis il sortit l’arme du placard, découvrant le pistolet derrière.

–          Dites donc, c’est tout où il y en a d’autres ?

–          C’est tout ! Mais je vous jure c’est des fausses.

–          Vous vous en servez pourquoi ? demanda l’autre flic soupçonneux.

–          Euh… avant je faisais parti d’un club.

–          De tir ? demanda le premier en délogeant le chargeur.

Il était plein. Plein de vraies cartouches de 9 mm, la bouche de Jean-Pierre s’ouvrit en grand.

–          Hein !? Mais c’est quoi ça !?

–          A vous de nous le dire.

–          Mais je vous jure, j’ai jamais eu d’arme chez moi !

–          C’est pas à vous ça ?

Si… euh… mais non… moi je vous jure j’avais des airsofts !

–          Des airsofts hein ? Alors comment vous expliquez ça ? demanda le flic en désarmant le pistolet, lui aussi chargé.

–          Je comprends pas, je vous jure !

–          Allez ça suffit…

Victor et lui furent embarqués et conduits au premier étage d’un commissariat, dans une cellule en verre épais, sous l’œil plein de reproche muet d’un bleu. Victor était dans tous ses états.

–          Mais c’est quoi ces conneries Jean-Pierre ? C’est quoi ces armes ? t’es un terroriste ?

–          Quoi ? Mais non je te jure ! C’était des airsofts que j’avais dans mon placard, j’ai jamais vu ces armes !

–          Attends, tu veux me dire que quelqu’un les a remplacées par des vraies ? Qui ? C’est quoi ces histoires !?

–          Je ne comprends rien !

Effectivement il ne comprenait rien et même il commençait à complètement paniquer. Les évènements additionnés les uns aux autres, l’ordinateur, le type bizarre dans son taxi, la fenêtre ouverte, cette impression qu’on le surveillait, et maintenant ça ! Mais comment les flics avaient su d’ailleurs ? Pour avoir une autorisation du juge il fallait bien des preuves non ? Quelles preuves ? Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien avoir contre lui ? Il était taxi ! Rien d’autre !

–          T’es sûr que tu me dis tout ?

–          Mais oui à la fin !

–          Ils sont pas venus chez toi par hasard, ils avaient un papier du juge ! Qu’est-ce que t’as fait !?

–          Mais rien je te jure ! Tu vois je t’avais dit qui se passait des trucs bizarres ! Victor t’as un avocat ?

–          Un avocat ? Dans quoi tu m’as embarqué JP ? Si t’es innocent on n’a pas besoin d’avocat !

–          MAIS JE SUIS INNOCENT ! explosa Jean-Pierre au bord des larmes.

–          Eh on se calme là-dedans, grogna le bleu derrière.

Victor le regarda un moment sans rien dire, JP était tout rouge, les yeux inondés, perdus.

–          Ecoute, je suis sûr qu’il y a une bonne explication, que tout peut s’arranger, mais il faut que je sache moi si je peux avoir confiance, tu comprends ?

–          Je te dis que oui !

Il avait presque dit sa avec colère, les poings serrés.

–          Eh oh ça va ! Mets toi à ma place quoi merde !

–          Et à la mienne hein !? T’y as pensé à la mienne !? Je ne sais pas ce qui se passe je te dis ! Je ne sais pas d’où viennent ces armes, je ne sais pas pourquoi les flics ont un papier du juge ! Je suis taxi Victor ! Rien d’autre.

Nouveau silence, puis Victor recommença.

–          T’es vraiment sûr que t’as rien à cacher ?

–          Oui, oui, et encore oui Victor, je te jure !

Il regardait ses pieds, assis sur le banc, Victor poussa un soupir.

–          Bon, moi j’ai fait ce que j’ai pu… tant pis pour toi Jean-Pierre…

Jean-Pierre leva brusquement la tête, Victor faisait signe à quelqu’un dans son dos, il leva les yeux au-dessus de lui et aperçut l’œil quasiment invisible d’une webcam.

–          A qui tu parles Victor ?

–          A toi mon gars à toi…

–          Mais…

Un coup d’œil vers la caméra, puis un autre sur le bleu qui se levait. La porte du couloir s’ouvrit, des types en civil.

–          Victor ? Mais qu’est-ce qui se passe ?

–          A toi de nous le dire Jean-Pierre.

–          Nous ?

Un des civils entra dans la cage avec le bleu, ils lui enfilèrent des menottes tandis que Victor sortait.

–          Victor ? Mais t’es qui à la fin ?

Victor ne répondit pas, et même il disparut complètement quand soudain le civil bascula sur une cagoule sur sa tête.

–          AU SEC…

D’un coup de poing violent il le fit taire, et puis il sentit qu’on le trainait dehors. On lui fit descendre des escaliers, monter d’autre, prendre un ascenseur. Désorienté, affolé, il criait qu’il était innocent, qu’il s’agissait d’une erreur judiciaire, on le jeta finalement sur une chaise, poignets verrouillés à une table et puis on lui arracha sa cagoule. Un homme d’une cinquantaine d’années se tenait devant lui. Il portait un costume et une cravate, avait un regard sévère, tenait une feuille de papier entre les mains devant un dossier ouvert.

–          Bonjour monsieur Martin. Comment allez-vous ? Je suis le capitaine Delacour, attaché au ministère de la Défense.

–          Euh… qu… qui… qu’est-ce qui se passe ?

–          C’est une excellente question Monsieur Martin, c’est aussi celle que nous nous posons figurez-vous.

–          Je… Je vous jure que je ne sais rien s… sur ces armes !

–          Oui, j’ai cru comprendre… mais ce n’est pas ce qui me préoccupe pour le moment…

–          Ah oui ?

–          Oui… ce que je voudrais comprendre c’est comment vous avez fait pour pirater les communications du COS.

–          De quoi ? Le COS ? C’est quoi le COS ? J’ai rien piraté du tout !

–          Vous ignorez ce qu’est le COS ?

–          Mais je vous jure !

–          Oui, vous jurez beaucoup, j’ai remarqué… le COS, monsieur Martin, c’est le Commandement des Opérations Spéciales, c’est lui qui dirige et organise toutes les opérations extérieures qu’effectuent nos régiments d’élite. Le 16 septembre de cette année une unité stationnée dans le Golf d’Aden a reçu l’ordre de s’introduire sur le territoire iranien et de faire sauter un certain nombre d’installations sensibles. Cet ordre a été donné vocalement par l’officier supérieur en charge de ce type d’opération, et confirmé par mail, il a été signé par le ministre, comme vous pouvez le voir ici même.

Il fit glisser la feuille devant son nez, en tête du ministère de la Défense.

–          Le seul ennui c’est que le 15, le 14 ainsi que le 16, le ministre n’était pas en France et donc qu’il n’a pas pu signer cet ordre. Nous avons analysé cette lettre… il s’agit en réalité d’une copie, d’un scanner si vous préférez. Et la première question qui me brûle les lèvres c’est comment se fait-il que nous en avons trouvé une copie dans votre ordinateur.

–          Hein ? Mais je… je… vous ju… mais j’ai jamais eu ça dans mon ordi !

Etait-ce possible qu’en téléchargeant un fichier il ait attrapé ça !? Jean-Pierre cherchait une explication rationnelle et ce qu’il avait devant les yeux était complètement dingue.

–          Non ? Pas plus que vous n’avez jamais eu en votre possession un logiciel espion appellé God Finger’s ?

–          De quoi ? Mais God Finger’s c’est dans GD !

–          GD ?

–          Global Domination ! C’est un jeu de stratégie auquel je joue ! Dedans il y a une fonction qui s’appelle God Finger’s.

–          Ah oui ? Et à quoi sert-elle ?

–          Euh… avec on peut autoriser son espion à assassiner un personnage ou à saboter une construction…

Le colonel l’observa quelques instant sans dire un mot, puis il se pencha sur le dossier.

–          Intéressant, il se trouve que le logiciel espion God Finger a été fabriqué pour pirater le système de commande des missiles Tomahawk.

–          Euh…

–          C’est surprenant d’avoir chez soi un Intel Deep Blue quand on est un simple amateur de jeux vidéo. Je sais que les jeux vidéo sont parfois gourmands en carte mémoire, mais quand même… Je me demande même comment vous avez réussi à vous le payer…

–          C’était une occasion ! Je l’ai eu par un gars dans un magasin !

–          Oui… je sais… et ce magasin a récemment brûlé avec son propriétaire…

–          Mais j’y suis pour rien !

–          Personne ne dit le contraire.

Son cerveau marchait à toute vitesse, essayait de comprendre de quoi on l’accusait, de comprendre ce qui se passait, cherchait dans sa mémoire un indice. Mais rien ne venait et plus il avait peur.

–          Demandez à Victor ! Il me connaît Victor ! Je suis personne ! Rien qu’un petit chauffeur de taxi de rien du tout !

Le colonel fit un signe de tête à la caméra qui les filmait, la porte s’ouvrit, c’était Victor.

–          Victor ! Dis-lui qui je suis ! Dis-lui que je suis qu’un chauffeur de taxi !

Victor le gifla à toute force.

–          Maintenant ça commence à bien faire, tu crois qu’on est là pour rigoler ? Tu crois que c’est un jeu !?

Jean-Pierre avait la tête qui lui tournait et les pensées qui ne tournaient pas rond,.. Il n’avait pas d’explication, il ne comprenait pas pourquoi il était là, il ne savait même plus à qui il avait à faire, c’était un cauchemar.

–          Je vous jure que je n’ai rien fait, murmura-t-il à bout de souffle.

–          Tu n’as jamais commandé une opération clandestine vers l’Iran ?

–          Mais non !

–          Tu n’as jamais volé des secrets militaires !?

–          Mais non ! Je sais même pas comment ça se vole des secrets militaires !

–          Alors comment tu as ce logiciel dans ton ordinateur hein ?

–          Je ne sais pas, c’est peut-être quelqu’un qui l’y a mis !

–          Comme les armes ?

Tout jouait contre lui et il en avait parfaitement conscience, ça se voyait, comme la panique et la peur se lisaient. Les deux hommes avaient une certaine habitude des interrogatoires, et de certains comportements récurrents chez les suspects. Ils étaient entrainés à remarquer et comprendre le langage du corps, à comprendre que tout ce qu’un homme taisait pouvait se lire dans sa voix, l’observation de ses gestes, son regard. Et ils étaient partagés. D’un côté toute sa personne qui criait l’incompréhension la plus totale, et de l’autre les preuves. Il n’y avait pas uniquement celles qu’on lui avait rapportées, il y avait pire. Une surveillance électronique à distance de son ordinateur avait démontré qu’il avait lancé depuis chez lui un bombardement en Afghanistan avec des avions américains. Information qu’ignorait encore la CIA, et qui faisait de lui potentiellement l’homme le plus dangereux du monde. Pour le moment il était connu sous le nom de code Trident, l’affaire la plus brûlante qu’ai jamais eu à traiter la DGSE depuis la Guerre Froide.

–          Je vous dis que c’était des airsofts ! j’avais les mêmes mais c’était des airsofts !

Victor venait de poser les photos qu’ils avaient trouvées sur son ordinateur, lui en treillis camouflage et en arme dans la forêt de Fontainebleau.

–          Et lui c’est qui ?

–          Mohamed un copain de là-bas.

Bon dieu il fallait qu’il lui montre la seule photo où il était avec un arabe…

–          De là-bas ?

–          Bah Fontainebleau !

Soudain la porte de la salle d’interrogatoire s’ouvrit à la volée. Exactement comme dans ses films d’espionnage, il entendit le bruit étouffé d’un silencieux, Victor, atteint en pleine tête, s’effondra, le colonel fut le suivant. Comme dans les films d’espionnages, un type tout en noir, cagoulé, le libéra, avant de lui injecter de force un truc dans le bras. Plongeant Jean-Pierre dans le coma.

La première chose qu’il entendit quand il revint à lui fut « ah il nous a foutu dans un beau bordel » et il su qu’on parlait de lui. Du coup il hésita à ouvrir les yeux mais la curiosité fut la plus forte. Jabba. Jabbah the Hutt, en personne, devant lui, qui occupait la moitié de la chambre. De quoi ? Il ferma les yeux, les rouvrit. Un gros type en cravate occupait la place de Jabba… il n’avait pas l’air content, il parlait à un autre type face à lui. Et Jean-Pierre était certain de l’avoir déjà vu quelque part.

–          Nous allons arranger tout ça, je vous le promets, comme stipulé dans le contrat.

–          J’y compte bien bon dieu ! sinon je vous jure que vous aurez de mes nouvelles !

Il pointa un gros doigt comme une saucisse vers Jean-Pierre.

–          Et vous je ne vous félicite pas !

Jean-Pierre ferma les yeux, les ouvrit en espérant que tout ça allait disparaître qu’il allait retrouver sa vie, sa chambre, que tout ça n’était qu’un rêve. Mais au lieu de ça Jabba the Hutt lui tournait le dos et s’éloignait sur une petit plateau en lévitation. Jean-Pierre ferma les yeux, il allait devenir dingue.

–          Eh Jack ! T’endors pas c’est pas le moment !

Le gros était parti, l’autre était penché sur lui.

–          Je m’appelle pas Jacques, je m’appelle Jean-Pierre.

–          Hein ?… Non tu t’appelles Jack Speed, tu es TC de niveau trois, et t’es encore implanté.

–          Quoi ?

Une infirmière s’approcha, avec ce qui ressemblait à une grosse seringue, elle appuya sur une commande à côté du lit, des bracelets se refermèrent sur ses chevilles et ses poignets.

–          Mais qu’est-ce qui se passe !? Qu’est-ce que vous allez me faire !?

–          Reste cool Jack, c’est la procédure c’est tout, faut qu’on te retire ton implant.

Matrix ! Il pensa tout de suite à Matrix, à la scène du film où la fille enlevait l’espèce d’émetteur du nombril de Néo. Il beugla.

–          Je suis dans un jeu vidéo c’est ça ? C’est la Matrice hein ?

–          De quoi ? Oh la, la, la… fit l’infirmière avant de lui fourrer la seringue dans l’oreille jusqu’au tympan.

Jean-Pierre hurla, puis il y eu comme une détonation dans son crâne, et le bruit d’un craquement d’os, et enfin elle arracha la seringue.

Après ça il se sentit comme soulagé, plus calme, même les couleurs autour de lui, la lumière semblait plus claire. Comme s’il s’était libéré d’un poids, que l’inquiétude du réveil, la peur qui trainait encore dans ses veines avaient soudainement disparu, même la tête de langoustine de l’infirmière ne l’inquiéta pas.

–          Je suis mort hein ? Je suis au paradis ou quelque chose comme ça ?

Jean Pierre n’était pas très porté sur ces choses-là, et la langoustine là, elle ne  ressemblait pas trop à un ange. Le type échangea un regard avec la langoustine.

–          Bon, bon, tiens prends ça, lui dit-il en lui mettant dans la main une gélule. Ça va revenir.

–          De quoi ?… oh… mais je me souviens où je vous ai vu. Devant Interpol, le grand type !

–          Oui c’était moi, et j’ai demandé à ce que tu me conduises dans ton quartier et t’as pas percuté, j’ai mis le signal, et t’as pas percuté non plus. Je suis ton Jedburgh.

–          Mon quoi ?

–          Jedburgh, ça te dis rien non plus ?

–          Non.

–          Ouais… ton implant déconnait, j’en étais sûr, c’est pour ça que t’as pas percuté au signal…

–          Quel signal ?

–          Ton fond d’écran, c’était censé activer ton implant. T’étais censé te réveiller.

Jean-Pierre réfléchit quelques instants.

–          Comme dans Matrix ?

–          Oh mais oh tu me saoules avec ton Matrix là ! Hey Speed ça a foutu un sacré bordel en bas tu sais !

–          Il faut lui laisser du temps monsieur, l’implant agit encore, fit la langoustine.

–          Oui, oui… mais je te préviens Jack t’as drôlement intérêt à te dégourdir la cervelle parce que Stranx est furieux, ! lança t-il en quittant la pièce.

–          Stranx ?

–          Le client monsieur, fit l’infirmière à tête de crustacé.

–          Le client ?

–          Oui monsieur, vous êtes employé par Planet Concept, vous êtes…

–          Planet Concept ? C’est quoi ça ? la coupa t-il.

–          Vous ne vous souvenez vraiment de rien ?

–          Non.

–          Ce n’est pas grave, ça va revenir.  Il faut vous reposer maintenant.

Il écouta son conseil en se disant qu’il n’y avait sans doute rien de plus normal que d’écouter les conseils d’une langoustine même s’il n’arrivait pas à comprendre exactement pourquoi. Il s’endormit en se disant que quoiqu’il en soit ça serait sûrement plus clair demain, quand il se réveillerait chez lui près de la Duchère, au-dessus de Lyon.

Dehors le Jedburgh discutait avec une créature aux traits félins et au corps kangourou. Un kangourou sans queue. Et apparemment il n’était pas très content non plus.

–          Je travaille avec des incompétents Rollins ! On nous colle un TC de niveau trois pour un terraforming Prince, logé sur place en plus ! on nous fournit des implants nodulaires au rabais et nos TC ont des pertes complètes de la mémoire ! Et avec ça nous avons des problèmes avec la chaîne d’A145 parce que les usinages ont été faits sur Andorra où les contrôles techniques coutent moins cher !

–          C’est ce qui s’est passé ? Un défaut dans la molécule A145 ? C’est pour ça qu’il y a eu des interférences ? Vous êtes sûr que ça ne vient pas du système de commandement ? Ou de l’opérateur, son implant déconnait sérieusement, il ne sait même plus ce qu’est un Jedburgh.

–          Il a pourtant bien suivi la procédure en achetant les armes.

–          Il croyait avoir acheté des jouets.

–          Bien entendu, ça fait partie du programme de protection contenu dans l’implant.

–          Et le matériel de commandement, insista le Jedburgh, s’il y a un problème il faut vite qu’on le sache.

–          Non aucune chance, fit le kangourou catégorique. Global Domination est une plateforme de commandement indépendante du système général, il intervient directement sur les paramètres moléculaire, la technologie en cours sur la planète ne permet pas de repérer son émission.

–          Et les documents qu’ils ont trouvés chez lui ? les ordres de commandement depuis son ordinateur.

–          L’A145 bien sûr. Une interférence même infime peut changer toute la chaîne de calcul, les paramètres de la planète change d’une manière peut-être infime, mais plus on se rapproche de la zone du contrôleur, plus il y a des chances qu’apparaissent des problèmes. Le Terraforming est une science délicate. Mais attendez-vous à d’autres extractions, j’ai deux autres projets en cours actuellement et devinez quoi c’est encore des under belt, et on nous a encore fourni les mêmes implants !

Le Jedburgh secoua la tête. Cette nouvelle mode de vouloir vivre under belt, coupé du reste de l’univers, la mémoire effacée, remplacée par une mémoire artificielle, des civilisations qui commençait au siècle et à l’année de leur choix sur des planètes qui n’avaient même pas deux ans d’existence. Des millions dépensés en reconstitution mémorielle et physique, comme si le travail n’était pas déjà assez compliqué. Et puis il avait raison, quelle idée de mettre un TC sur place, et pas sur un satellite comme ça se faisait normalement. Mais pour ça bien entendu il aurait fallu que Planet Concept accepte de construire au minimum une base pour l’opérateur et ils préféraient dépenser l’argent à peaufiner des victoires faciles et des décors sublimes pour leurs clients. Sans compter cette histoire d’implant…

Fabriquer une planète de A à Z coûtant extrêmement cher, les compagnies de terraforming s’étaient mis en tête qu’elles contrôleraient non seulement l’évolution de la planète mais l’excellence et l’épanouissement des colonies qui s’implanteraient dessus. Hors de question de voir une colonie sombrer dans la barbarie ou que les côtes et les océans qui avaient coûté si cher à fabriquer soient détruits par la pollution, la guerre ou dieu sait quelle catastrophe hors de leur contrôle. Alors on avait formé des Terraformer Controler. En équipe ou seuls, ils contrôlaient la totalité des points clefs de la planète concernée, le temps, la démographie, les réserves naturelles, et souvent avaient le contrôle complet d’au moins une ou deux nations, généralement celles auxquelles appartenaient les clients. Ce qui signifiait aussi bien ce qu’on y fabriquait, décidait, l’armée, l’industrie, la culture, comme les hommes politiques. Pour leur simplifier le travail, les TC travaillaient à travers une plateforme ludique qui donnait le tout l’apparence d’un jeu. C’était une bonne manière d’appréhender une question si complexe. Mais bien entendu donner le pouvoir d’un dieu à un seul ou à un collège d‘individus n’est pas sans conséquence. Une responsabilité et un pouvoir trop grand pour qu’on ne soit jamais tenté d’en abuser, surtout à travers ce qui ressemblait à un jeu. Alors tous les TC étaient implantés. L’implant leur donnait une nouvelle identité, leur faisait percevoir le monde tel qu’on avait besoin qu’ils le perçoivent, et bien entendu ils n’avaient aucune conscience qu’en jouant, ils répondaient non seulement à une commande de leurs clients mais surtout dirigeaient et contrôlaient la totalité d’une planète.

Mais bien sûr, un implant de bonne qualité coûtait cher, toujours la même histoire… bien sûr la compagnie préférait se fournir chez des fabricants de secondes zones, souvent du matériel récupéré, et on se retrouvait avec un TC en plein délire schizophrénique. Et maintenant cette histoire de molécule. Un infime rouage nanotechnologique et c’était toute la structure qui se mettait à bugger. Toujours à cause de fournitures bas de gamme…

Le Jedburgh retourna dans sa division, rejoindre ses appartements. Y vivait toute l’équipe, chacun son logement, une salle de réunion commune. Leur boulot consistait à protéger les TC, d’eux-mêmes ou des autres. Se trouver sur place ou non loin et pouvoir intervenir en cas de pépin. Les TC étaient censés pouvoir se débrouiller seuls, d’où l’achat d’armes, mais parfois pas. Dans le cadre d’une planète comme celle-ci, les Jedburgh vivaient sous une fausse identité et employaient à peu près les mêmes moyens qu’un groupe d’espions en territoire ennemi. Pas vu, pas pris. Où qu’ils interviennent il y avait toujours une équipe de nettoyage derrière eux. Elle faisait disparaître les corps, les faits, l’existence même de certaines personnes. Mais parfois ils se contentaient simplement d’ajuster un implant, que le TC ait ou non conscience de ce qui se passait d’ailleurs. Parfois c’était simple. Il entra dans sa cuisine et ôta le haut de sa combinaison. La moitié supérieure de son bras était une prothèse, un modèle d’entrée de gamme pour les amputés de guerre comme lui, avec tout le mécanisme à nu et un carénage rudimentaire. L’armée ne s’était pas foulée, pourquoi dépenser une fortune pour un simple caporal. Après quoi ils l’avaient mis à la retraite. Jedburgh s’était trouvé un job dans ses cordes, qui payait bien, mais pas encore assez pour racheter son bras à l’armée et remplacer la prothèse par un modèle androïde. La vie était tellement mal faite que parfois il se disait qu’il vivait dans un univers vieux de deux, ans, fabriqué avec des pièces de maintenance et tenu par un TC à l’ouest.

Pourquoi pas après tout, Terraformis Consorsium avait bien racheté la moitié des planètes orbitant près de la voie lactée, ils projetaient même d’y construire un Mars habitable et de faire pousser des arbres sur la lune !

Qui sait si lui-même il n’était pas implanté, ou sa mémoire refaite ? Qu’un pauvre colon participant sans le savoir à un genre de jeu vidéo cosmique.

Oui, qui sait, comment savoir… ?

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