Kaddish

Aaron avait une mémoire de cirque. C’est comme ça qu’il la surnommait parce que chaque fois que d’autres la mettaient à l’épreuve, on finissait par pousser des oh et ah ! Et ensuite on le regardait bizarrement. Ce n’était pas de l’hypermnésie mais parfois ça y ressemblait. Il suffisait par exemple qu’il voit une fois ou deux un visage pour s’en souvenir et si ce visage était lié à un évènement quelconque, il situait quasi immédiatement où et quand. Sur certains sujets, comme le cinéma qu’il affectionnait, il se souvenait toujours des noms des acteurs, parfois même des dialogues au complet s’il avait déjà vu le film et qu’il l’avait marqué. Quelques années auparavant il avait passé des examens écrits pour un diplôme. Parvenu au bout d’une année pénible liée à divers évènements, il n’avait plus le goût d’apprendre. Alors trois jours avant l’examen, il avait passé ses cours devant ses yeux et comme il disait, il les avait flashés. Le jour de l’examen, sans difficulté il avait terminé avec une heure d’avance, à la grande désolation des autres élèves, restituant sans mal ce qu’il avait non pas appris mais donc photographié. Ça y ressemblait, d’où le mot qu’il utilisait. Il regardait une page et ne cherchait pas à enregistrer chaque mot mais en quelque sorte à photocopier dans sa tête ce qu’il voyait. En prenant la page dans son ensemble et en utilisant des points de repère, comme on fait une mise au point.

Dans la petite ville dans laquelle il vivait c’était parfois une expérience curieuse pour lui. Comme cette fois où il vit un soir une fille en larme qui attendait son petit ami, et qui était en pleine panique parce qu’elle était seule depuis une heure au même endroit. Elle ne se souvenait pas de lui, mais lui si, il l’avait vue deux jours auparavant dans les transports, l’avait trouvée assez jolie et avait imaginé qu’elle s’appelait Laetitia.

Elle s’appelait bien Laetitia.

C’était une autre particularité d’Aaron, et elle le troublait parfois presque autant que les autres, il devinait les choses à l’avance. Impossible de lui cacher votre âge, il le lisait dans le fond de vos yeux. Et parfois c’était encore plus bizarre. On lui présentait quelqu’un, ou il se mettait à discuter avec une ou un inconnu et avec un naturel désarmant il devinait si cette personne avait des enfants, s’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon, et encore d’autres choses si spontanément qu’il fallait qu’il ruse et se retienne pour amener l’autre à dire de lui-même ce qu’il savait déjà. Au choix, ça fascinait ou ça effrayait et Aaron avait aussi du mal avec ça. Parce qu’en réalité ça l’isolait souvent. Quand on devine tant de choses, on en vient parfois à ne plus faire l’effort d’aller vers les autres. Et puis parfois c’était les autres qui l’évitaient parce qu’en somme il était dangereux. La vie est une somme de compromis, et de petits mensonges avec soi ou l’autre, mais que faire d’une personne qui les devine tous et semble mieux vous connaître que vous-même ?

Mais les morts eux ne l’évitaient jamais. Les morts en sursis, ceux qui vont mourir d’ici peu, pour une raison ou une autre, et qui arrivaient systématiquement dans sa vie. Une amie à lui, atteinte du sida, avait une théorie à ce sujet. C’était sa mémoire. Ils venaient vers lui pour qu’au moins une personne puisse raconter leur histoire. Qu’une au moins se souvienne d’eux tels qu’ils étaient et non tel qu’on les retisserait le jour de leur mort. Parce qu’en plus du reste, Aaron était effroyablement honnête.

Soit…

La première fois où il avait fréquenté la mort c’était celle de son cousin. L’artiste de la famille, juste avant lui, qui passerait à son tour plus tard pour un autre artiste.  Pierre avait toujours eu un comportement autodestructeur. Peut-être était-ce à cause du divorce de ses parents, ou bien son intelligence lui était plus cruelle que bénéfique. Peut-être était-il juste là pour un temps déterminé afin de confronter les siens à leurs contradictions. Aaron n’avait aucune réponse à ce sujet. Un soir Pierre était rentré chez lui ivre mort, avait joué avec un revolver de collection qu’il s’était acheté, une arme de western, une balle dans la bouche… Il n’était cliniquement pas mort immédiatement. Son cœur avait battu pendant quatre heures encore alors que son cerveau, son si brillant cerveau n’était plus que de la bouillie déchirée. C’était peut-être ça qu’il cherchait au fond, s’abolir de toute pensée et n’être plus qu’un cœur qui bat. Sa mort avait créé un véritable drame au sein de sa famille. Comme souvent avec les suicidés personne ne comprenait et cherchait d’autres explications.  Le soir de sa mort, Pierre était avec un ami, le père d’Aaron l’avait interrogé avec en tête l’idée possible d’un meurtre. Mais il n’en était pas à sa première tentative, celle-là avait réussi, voilà tout. L’enterrement avait été atroce, il faisait beau. Un temps magnifique, jutant l’été par tous les côtés, et la fumée noire et grasse de l’incinérateur pour ponctuer ce ciel de porcelaine. Aaron avait pensé à ses arrières grands parents morts à Dachau. Et s’était demandé ce que ça avait été de voir ce spectacle tous les jours en sachant que ses parents, ses amis, ses enfants étaient dans cette fumée généreuse et molle. Juste avant l’incinération, ils avaient assisté à l’homélie du prêtre. Le beau-père de Pierre, catholique acharné, avait veillé à ce qu’il ne fasse pas allusion au suicide. Dès lors, en entendant les platitudes religieuses énoncées, il avait détesté en bloc les enterrements, les deuils, les homélies et les oraisons qui toujours, faisaient de chacun un héros qu’en réalité personne n’avait jamais rencontré ailleurs que dans ses regrets.

Son second mort fut peut-être plus terrible encore. Elle s’appelait Elise, il l’avait aimé comme un fou pendant plus d’un an et avait fini par la quitter. Elle n’avait pas supporté son départ pas plus que la solitude dans laquelle sa famille avait fini par la confiner. Elise avait reporté son mal être sur lui. Un an auparavant, alors qu’ils n’étaient plus ensemble, elle était venue le voir dans un état délirant. Une dépression profonde, il avait fini par la faire interner. L’année suivante, sortie de l’hôpital, elle l’avait appelé pour lui annoncer qu’elle se mariait à la fin de l’été. Il n’avait pas percuté, il l’avait félicitée, souhaité plein de bonheur sans se poser de question. Sans se demander pourquoi elle lui annonçait, ni comprendre l’allusion à la fin de l’été. C’était à la fin d’un été qu’ils s’étaient rencontrés la première fois. Mais finalement, à la fin de cet été-ci, c’était le trottoir qu’elle avait épousé. Sept étages.  Il avait fini par apprendre sa mort par l’intermédiaire de sa grand-mère. Une vieille dame un peu perdue, dominée par sa fille et ses petits-enfants. Il avait fait allusion à son mariage, elle n’était pas au courant, il lui avait demandé de lui envoyer une photo d’elle, il avait fait disparaître toute trace de son existence dans sa vie, lettres, photos … alors la vieille dame lui avait envoyé une photo de son cadavre. Il n’avait jamais compris pourquoi elle avait fait ça. Une diapo prise à la morgue, elle avait encore le pansement sous le menton qui devait masquer la destruction de sa mâchoire.  Il l’avait reçue le jour de Noël, un an après la mort de son cousin. Le plus terrible pour lui fut de se dire qu’au fond il l’avait souhaité ou peut-être senti. Au lendemain de sa rupture il avait imaginé ça, exactement, son suicide parce qu’il l’avait quitté. Il trouvait que dans un roman ça aurait été une fin parfaite pour une histoire qui ressemblait déjà à un genre de mauvais roman d’amour.  D’ailleurs un auteur l’avait lui-même imaginé pour un récit célèbre à l’époque, adapté au cinéma. Et si son héroïne ne s’appelait pas Elise, elle en avait quelques traits de caractère.

Puis les morts l’avaient laissé tranquille durant un temps. Etrange décennie.  Les années 80 avaient été marquées pour lui par le suicide de jeunes de son âge d’alors, la décennie suivante serait une hécatombe pour les enfants. Il y eu d’abord Tassadite, une jeune femme qu’il connaissait par son amie d’alors, tuée par le sida. L’enterrement avait été mémorable. La jeune femme, proche des Frères Musulmans, dans une période pour elle où la croyance revenait à trouver une structure dans sa vie, fréquentait donc une communauté rigoriste et passablement raciste. Le jour de l’enterrement au fait que c’était soi-disant interdit par leur religion, les fanatiques avaient tenté d’empêcher le cortège de partir avec les enfants. Eux qui avaient assisté à l’agonie de leur mère pendant trois semaines, devaient être privés de ce deuil au fait d’une interprétation extrémiste. Ce fut la seule fois où il vit un membre des pompes funèbres sortir de sa réserve pour obliger les barbus à céder, il en conçut une détestation solide de ce genre-là. Puis, ce fut la fille de Tassadite qui partit.

Une autre affaire encore. Aaron comptait l’adopter elle et son frère. Ce n’était pas son idée de départ mais celle de sa compagne. Les enfants avaient été confiés à une amie de la mère, sa compagne trouvait son comportement étrange vis-à-vis de la maladie, et elle craignait par-dessus tout qu’elle cherche à se débarrasser de la gamine et sépare la fratrie. Que de cette séparation éponyme de la séparation de ses parents, la petite fille imite sa mère en se laissant mourir une fois son frère placé. Connaissant les institutions, il l’avait avertie sur certaines nécessités comme un bon avocat. Mais elle envisageait la vie comme un roman personnel et narcissique, et elle n’avait écouté aucune de ses recommandations. Trois ans plus tard, au terme de moult procédures et de batailles juridiques, la petite fille se laissait mourir, pouponnée par une famille d’accueil qui avait manipulé tout le monde pour récupérer l’enfant. Et la fratrie avait été séparée. Il se souvenait encore de cette phrase qu’avait prononcé sa compagne le jour où finalement le garçon avait été confié à son grand-père : « c’est mieux comme ça, je crois que de toute façon ce n’était pas mon histoire. » L’ironie du sort était que toute cette affaire n’avait qu’une seule origine, la mère des enfants ne voulait surtout pas que le grand-père hérite de son petit-fils, lui qui l’avait bannie de chez lui le jour où il avait appris sa maladie. Et si l’ironie a une saveur, que sa compagne d’alors était précisément une spécialiste des problèmes inhérents à la maladie, aujourd’hui « psychologue clinicienne »…

Il y eu aussi les six frères. Toujours par le biais de cette compagne, il était parfois amené à faire l’accompagnateur pour des sorties. Une fois, chez Disney, il se chargea donc d’une fratrie de petits pirates, débordant d’énergie et forts comme des turcs. Puis il n’entendit plus guère parler d’eux autrement que par leur mère, elle, malade. Un jour qu’il passait devant un libraire, il fut surpris par un fait divers, la une de détective « IL NOIE LES 6 ENFANTS DE SA COMPAGNE » avec les photos des petits pirates. L’ami de leur mère, par jalousie, avait tué l’ensemble des gamins dans le lac du Bois de Boulogne. Comme des chatons. Il se souvenait de la force et de l’énergie de ces gamins là et se demanda comment il avait fait. Quand il en parla à sa compagne, lui reprochant de ne pas l’avoir prévenu, elle ne montra pas la moindre émotion, apparemment les relations que lui-même entretenait avec le reste du monde ne comptaient simplement pas.

Puis il y eu Lou. Qu’il n’enterra pas, mais qu’il vit agoniser debout. Comme on peut agoniser lentement quand la vie vous trifouille la viande pour mieux la faire hurler. Dieu et son scalpel aurait-il dit à cette époque là. Lou avait tous justes 5 ans, mais le Sida ne voulait pas qu’elle grandisse. Alors elle aurait le corps d’une gamine de trois ans paralysée jusqu’au cou. Privée du loisir de grandir un jour, on la berçait. Refusant d’avaler autre chose que du gâteau au fromage dont elle raffolait, le reste était vomi en bloc. Quatre fois dans la même soirée, Aaron avait fini par éclater de rire, et tout le monde s’était d’un coup d’étendu. Mais il y avait aussi ses crises de tétanie provoquées par une des saloperies opportunes que provoquait la maladie. Son corps devenait comme du bois, tous les muscles bandés, impossible à masser, à réchauffer, et la gamine qui hurlait de douleur. Sa foi, déjà bien maigre alors, s’était effondrée exactement là. En tenant cette gamine hurlante de douleur dans ses bras alors qu’en vain il priait pour une idée, un miracle, n’importe quoi qui puisse alléger ses souffrances. Elle était morte aujourd’hui, il ne l’avait plus jamais revue après cette soirée, et le Lou avait dévoré les restes de dieu en lui.

Quand quelques mois plus tard il s’était retrouvé dans une église à enterrer Jacques, 15 ans, il avait éprouvé la même détestation de l’église, des homélies vides de sens. Mais qu’aurait pu dire l’église devant ce drame ? Jacques était un adolescent en guerre. Un jour il avait trouvé l’arme de service de son père militaire, s’était enfui et avait mis fin à ses jours. Que peut-on dire à la culpabilité gigantesque que pouvait ressentir ses parents et plus particulièrement son père qui pensait qu’une éducation à la dure aiderait son fils à grandir ? Jacques était revenu quelques années plus tard par une étrange soirée passé en compagnie de ces amis et de quelques autres. Au bout de longues années de souffrance morale, aux côtés d’une compagne qui n’éprouvait comme émotion qu’une plate froideur intellectuelle et narcissique, l’esprit d’Aaron commençait à s’effilocher lentement. Se mettant à prendre pour vraies des choses de l’ordre de la parapsychologie il s’imaginait que son troisième œil se développait. Ça lui faisait comme un chatouillement au milieu du front et il aurait été totalement incapable dire s’il était réel ou s’il s’agissait d’une forme d’hallucination.  Et ça c’était passé exactement comme ça ce fameux soir. Alors que lui et le petit frère de Jacques se regardaient avec une certaine intensité, que son front le chatouillait, soudain le gamin avait crié en le montrant du doigt : « c’est mon frère ! C’est mon frère ! » plongeant tout le monde dans l’embarras.

Finalement cette hécatombe s’était soldée par le suicide d’un adulte. Une amie à lui qui l’avait fait rentrer dans le métier qu’il pratiquait alors. Un chagrin d’amour, un manque de reconnaissance global, elle avait fini par se pendre à ce cerisier qu’elle aimait tant. Et son enterrement avait été un cirque où des gens s’imaginant très importants avaient chacun leur tour fait un petit numéro de dramaturgie bonne pour passer à la télé. Il se souvenait même qu’une personne avait tenté de l’approcher professionnellement en le confondant avec un autre. Pour la première fois il s’était senti complètement isolé et seul au milieu de ces parvenus venu jouer à la comédie du deuil. Et comme toujours la famille avait procédé avec la même hypocrisie, le même reflexe impersonnel face au suicide.

Puis les morts l’avaient laissé tranquille… Un peu.

 

Son père avait fini par mourir d’un arrêt cardiaque qui lui pendait au nez depuis des années. Comme disait un Audiard, c’est le sort des familles désunies de se réunir qu’aux enterrements et aux mariages. Un soir son frère, avec qui il n’entretenait guère de lien lui avait annoncé le décès. Avec les yeux d’un homme qui ne grandit pas, il l’observait comme une petite chose sensible et avait tenu à le prévenir que s’il voyait le corps se serait un mort de cinq jours. Aaron avait ignoré son avertissement comme on ignore les commentaires des fous et des petits vieux dans les transports en commun. Mais n’avait pas ignoré le sentiment ambivalent que cela avait provoqué chez lui comme une sorte d’indifférence qui hésite à s’accepter. Pendant très longtemps il ne s’était pas entendu avec son père. Ils s’étaient découverts deux ans avant son décès, avaient pu enfin se dire qu’ils s’aimaient, le seul alors qui dans sa famille lui avait toujours tendu la main, malgré leurs différences. Alors le jour de l’enterrement, obligé à l’oraison, il avait tenu à le raconter. Raconter combien cela avait été difficile au début, et finalement comment ils s’étaient rapprochés avec le temps. Tout le monde était venu le féliciter pour son discours, et sa colère des enterrements était remontée en voyant que nul n’allait en revanche féliciter son frère pour ses mots maladroits et emphatiques. Son frère était un nœud de mensonges personnels toujours renouvelés, de contradictions, de mal être qu’il rejetait systématiquement sur sa famille. Cherchant l’attention des autres en mettant ses enfants en avant. Mais que lui importait qu’il fusse maladroit et n’ose en réalité jamais hurler son incompréhension de ce père qui ne l’avait pas plus connu. Lui aussi était touché, et jamais, au contraire d’Aaron n’avait su trouver un moment pour se retrouver avec ce père si souvent absent. Finalement Aaron avait fini par mieux connaître son père en se connaissant lui-même. Retrouvant certains de ses traits de caractères, aussi difficile parfois était-il de les accepter, il en avait conçu une certaine fierté, un sentiment d’appartenance qu’il n’avait jamais connu auparavant. Son père était d’ailleurs le seul membre de sa famille dont il avait une photo chez lui. Et pour une seule fois, l’homélie avait été honnête et proche du défunt. Pour une fois un peu de justice pour ce père qui si longtemps, comme son pauvre frère, avait été mal aimé de ses parents.

 

Les morts revenaient parfois par petits pas. Une compagne qui n’avait jamais su faire le deuil de la femme qui l’avait élevé, et à qui il avait appris cet exercice particulier qu’il ne connaissait que trop bien. Quand elle avait finalement enterré sa grand-mère, délicieuse vieille dame à l’esprit vache, elle l’avait remercié pour cet apprentissage. Ça serait les derniers mots tendres qu’elle lui dirait, il n’en avait pas tenu compte, fuyant cet énième enterrement. Et puis une autre fois, un garçon qu’il avait rencontré dans son voisinage. Un être malheureux, bouffé de contradictions et de mal être qui lui aussi avait fini par se pendre. Une étrange expérience ici. Ce garçon s’était photographié à partir de la caméra de son ordinateur. Un engin sans pitié et approximatif avec qui il était impossible de composer autre chose que des photos sans âme. Le garçon, en recherche désespérée de reconnaissance, voulait utiliser ces photos pour animer sa page Facebook, et se faire des amis. Il lui avait souvent demandé ce qu’il pensait de ces photos, de son sourire crispé, de ses yeux vides et tristes, Aaron avait éludé. Puis plusieurs mois après son décès il était tombé par hasard sur une de ces photos stockées sur son ordinateur et avait compris ce que ces photos dérangeait chez lui, c’était celle d’un mort. Un mort, un fantôme, un cadavre en sursis et qui lui souriait depuis sa future destination. Sans doute l’avait-il su dès le départ, mais comment dire à quelqu’un qu’il sent la mort ?

 

La plus étrange expérience pourtant c’était avec Tassadite qu’il l’avait faite. Une époque où il se confinait dans une existence qui n’était pas la sienne, avec une femme qu’il n’aimait plus depuis longtemps sans oser se l’avouer, s’il ne l’avait jamais aimée. Une époque où il s’était privé de l’essentiel, c’est-à-dire de lui-même, vivant par procuration au sein d’un couple où il n’avait rien eu jamais à faire. Plusieurs mois après sa mort, il avait réécouté en voulant l’effacer une bande sur son répondeur pas encore informatique. On y entendait un message de Tassadite, un message banal énoncé d’une voix éteinte pour un rendez-vous oublié. S’était superposée, il ne savait comment, la chanson « le Poinçonneur des Lilas ». On en n’entendait que quelques bribes sauf ces mots, bien clair, terminant le message de la jeune femme « … il n’y a pas de soleil sous la terre ». Comme si de l’au-delà elle avait invité à se souvenir qu’on avait qu’une seule vie et qu’un seul soleil sous lequel se dorer. A l’époque il n’en avait bien entendu pas tenu compte. Et aujourd’hui ? Il pensait à ce que cette amie malade lui avait dit sur sa mémoire, les morts et sa relation avec eux : « un jour tu raconteras notre histoire ». Il espérait bien que non.

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