Les Sorciers de la Guerre – Jihad joe 2.

Grossièrement les blindés ressemblaient à un crapaud qui aurait échangé ses pattes contre des ailerons. Un crapaud volant, altitude maximum 30 mètres, et sa bave : missiles invraisemblables et triple canon rotatif Harrier 880. Un million de balles à la minute. Un engin tellement facile à diriger qu’un gamin de neuf ans pouvait le faire, ce dont ne se privait jamais l’armée impériale, bien entendu. D’ailleurs l’âge limite de la conscription venait de passer à 13 ans. L’engin s’envola dans un glissement puis surgit au-dessus des murs de la base, direction les plaines du nord.

Bien entendu à ce stade-là, l’alerte générale avait été déclarée, et d’autres blindés étaient déjà à leur poursuite. Bien entendu ce n’était pas la première fois d’une de ces bases, ni qu’il volait un de ces blindés. Par contre c’était la première fois qu’il se retrouvait poursuivi par le commandant d’une base, en personne à bord de son appareil personnel. Un wargear Boeing Predator S80 avec la puissance de feu d’un croiseur et la mobilité d’un singe sous cocaïne. Le sergent esquiva les premiers tirs des blindés en volant à basse altitude avant de virer brusquement en faisant pivoter ses mitrailleurs d’ailes. Ronflement de balles, torons de feu rouge violet, qui embrasent le cockpit du blindé, son point de faiblesse. L’engin piqua brusquement en coupant la route d’un autre poursuivant, carambolage aérien, danger. Le sergent piqua à nouveau en changeant de direction, plein ouest quand il vit sur l’écran du tableau de bord le wargear cavaler sur ses quatre pattes bousculant tous les obstacles sur son passage. Pile poil au moment où un scooter armé remontait jusqu’à eux. Deux hommes à bord, une mitrailleuse lourde et beaucoup de balles. Le sergent ne chercha pas à les éviter, au contraire il les colla de sorte qu’ils ne puissent pas tirer, mais il ne s’attendait pas à ce que l’un d’eux essaye de pénétrer dans la cabine et lui reprendre le guidon. Un téméraire. La bousculade ne dura pas très longtemps. D’une parce qu’il était très gros, et de l’autre parce qu’il était très gros justement, que tout son poids portait sur la portière et que c’est ce moment-là que le journaliste choisit pour le jeter de hors du blindé en hurlant :

–       A bas l’impérialisme, vive la démocratie !

Le sergent se retrouva sur le scooter et ne chercha pas à comprendre, coup de coude dans la tête de l’un, direct dans la nuque de l’autre, éjection. Il rattrapa le blindé alors qu’on passait les plaines à l’herbe rase pour le désert et les canyons de la zone 114. A peu près là où on avait localisé les rebelles. Il grimpa sans peine dans l’engin et flanqua un massif coup de poing dans la poire de la démocratie. Six secondes et demie plus tard le canon rotatif 800 mm au trinium du wargear expulsa un suppositoire d’acier. Il juste le temps d’incliner légèrement leur appareil avant que l’explosion ne les balance dans un ravin. Le blindé rebondit dans la pente de caillasses et de rocs avant de s’immobiliser déformé, les ailes édentées, perdu missiles offre grosse récompense Blindage intelligent qui amortissait les chocs mais n’épargnait pas du choc. Sonné tous les quatre ils ne bougèrent pas, ce qui leur sauva la vie. Le wargear s’immobilisa au bord de la falaise, le commandant en sortit en hurlant.

–       Je t’ai bien eu Snake !

Aucune idée de qui il parlait, mais cela n’avait pas d’importance, il s’en allait.

Abenal Songh et son frère étaient natifs du Kantwallah, les régions désertiques justement, ils prirent la direction du bourg qui les avait vus grandir, deux jours de marche pour ne trouver que des ruines calcinées, des cadavres mutilés et des têtes coupées sur des piques, le sergent reconnaissait les méthodes des patrouilleurs Maraudeur qui assuraient la sécurité hors des bases. Et considérant les ruines encore chaudes, ils ne devaient pas être loin, ce n’était pas le moment de trainer. Les Maraudeurs ne partaient jamais très loin de leur fosse commune, au cas où ça attirait plus de cibles. Ce qui ne tarda naturellement pas. Un groupe à pieds plus trois scooters armés. Aucun des quatre n’avait d’armes, perdues dans la chute et pas le temps de chercher. Pas avec un soleil qui montait lentement au midi et commençait à transformer la région en enfer radioactif. Mais pas besoin d’arme quand on en est une. Un bras comme un tronc surgit d’une ruine calcinée et arracha un des pilotes de scooter par-dessus le mur, l’engin partit en vrille, le tireur tomba en arrière en crachant une rafale dans les airs. Le sergent saisit le canon brûlant, et lui écrasa la gorge d’un coup de talon sec, après quoi il entreprit de nettoyer les alentours avec sa nouvelle arme, du beurre.

Shong avait établi son fief à la Gorge du Dragon, dans l’ancienne forteresse des Kraak, perchée en haut d’un piton Among face à  son jumeau Strangh qui formaient les deux extrémités de la Gorge, dites les Dents du Dragon. Les Kraaks avaient disparu des centaines d’années auparavant,, balayés depuis la Route de la Perle et les invasions Haves. Il y avait si longtemps déjà. Et les haves eux même avaient quasiment disparu de sorte que lorsque le sergent en aperçu un, ils crurent qu’il avait vu un fantôme, chose bien possible selon eux dans ces régions, mais il ne croyait pas dans ces superstitions ni aucune autre. Il avait bien vu un petit bonhomme avec un long bâton qui les observait au loin, près d’un arbre tordu, sec et rouge comme le sang. Natifs du Ghenza, la zone la plus chaude de la planète, les haves étaient les seuls bipèdes à pouvoir se déplacer en pleine journée. La peau si noire qu’elle absorbait une partie des rayons du soleil. On prétendait qu’ils étaient capables de marcher quatre jours et quatre nuits sans s’arrêter avec trois dattes et un peu de lait de skun, un insecte des bords du Ghenza.

Ils parvinrent au pied du piton un peu avant le midi, juste à temps pour se protéger de son ombre. Autour d’eux le monde commençait à fumer. Au mitan de la journée la température pouvait atteindre 80°. Songh était un homme de taille moyenne, coiffé d’un bonnet de laine bleu et vert qui les accueillit avec un sourire bienveillant et un salam aleikum parfaitement articulé. Il avait appris l’arabe littéraire avec le Coran, et le Coran était venu jusqu’à lui de la même manière qu’il était arrivé au Prophète, par la voie du ciel. Par un pèlerin du courant des Jibrils, ordre exclusivement consacré à la propagation de la foi dans l’univers, connus pour leur efficacité et le soin qu’ils mettaient dans la représentation des Révélations d’Allah, autrement dit le moment où ils se pointaient d’une navette un Coran sous le bras, et la ferveur dans les yeux. Le mouvement des Jibrils était né avec les premières colonies spatiales, au sein de l’Union. Le sergent ne connaissait rien à la religion et ne s’y intéressait d’autant pas que la Fédération avait décrété qu’il n’y avait d’autre dieu que la Fédération elle-même. Selon les besoins, elle entreprenait de détruire les Eglises, les réduire à néant, tuer et emprisonner clergé et ouailles. Ou bien de les laisser vivoter assurant comme un semblant d’ordre si tant est que la religion en question ne remettait pas en cause la suprématie de la Fédération sur le Centaure. Mais ça le surprit quand même car, pas plus que son commandement ou n’importe quel des soldats, mineurs et cadres en poste ici, il aurait imaginé qu’il puisse y avoir ici que de pauvres hères paumés sur une planète quasi vide de présence intelligente, qu’une proto civilisation perdue et dispersée sur toute la surface des trois continents.

Songh écouta le rocambolesque récit de leur évasion, Bimbtkah, son frère lui venta les mérites du sergent Ivan.

–       Pourquoi ils t’ont fait enfermer ? demanda le leader.

–       Comportement inapproprié, rétorqua le soldat presque au garde à vous,

Pendant le dîner le soldat remonta le dictaphone du journaliste comme s’il avait été réparateur dans une autre vie. Mais non, comme il l’expliqua à l’américain, c’était facile, il avait déjà préparé des bombes avec ce genre d’appareil. Il n’était pas le seul journaliste nostalgique, ni le seul à se prendre pour Angus London ou Mykto Rabes, les grands reporters de légende des premiers pas de la conquête spatiale, eux-mêmes nostalgiques des grands du XXème siècle terrien. En gros, il en avait tué d’autres… il était un Satan après tout non ? Et c’est précisément pour cette raison que Songh, le repas terminé, l’avait fait arrêter.

Le sergent comprenait très bien. Il aurait fait exactement la même chose à sa place. Même si ça ne l’arrangeait pas du tout en réalité.

Car Songh était bien sa mission et tout depuis le départ avait été planifié pour arriver jusqu’à lui. Le marshal leur avait juste donné une occasion, ignorant que le commandant l’avait lui-même manipulé sur ordre. Quelque part dans le ciel, un satellite les suivait à la trace depuis l’évasion. Quelque part pas loin du satellite, un opérateur au sein de la station spatiale attendait un ordre de lui pour expédier un escadron de chasse Skooda, vitrifier la zone. Mais avant il devait s’occuper personnellement du leader. Et c’était immédiatement impossible.

Immédiatement, en plus d’être enfermé, il vivait comme un conflit. Le sergent Rochenko était né orphelin, dans une cuve, quelque part dans une des stations spatiales dispersées dans la constellation du Centaure, non loin du site 7820, c’est-à-dire d’une planète mineure, inhabitable mais pas inexploitable pour des méchagears. Il avait grandi dans un orphelinat militaire, n’avait jamais connu autre chose que l’uniforme, entraîné, éduqué, peaufiné à devenir la machine de guerre génétiquement modifiée pour laquelle on l’avait fabriqué. Une éducation violente où seuls les plus forts, les plus rapides et les plus endurants survivaient. En tout point donc, et comme bien d’autres soldats Satan, il représentait l’excellence, le nec plus ultra de ce qu’on pouvait faire en matière de tueur et d’agent de renseignement. Il avait déjà été missionné sur douze conflits de basse et moyenne intensité, effectué une centaine d’opérations, tué un bon millier d’individu, sans compter les bombardements qu’il avait commandé. Décoré deux fois pour acte de bravoure, et service rendu à la Fédération. De sa vie il n’avait jamais remis en question ce à quoi on l’avait destiné, ne s’était interrogé sur le sens de tous ces meurtres, toutes ces actions qu’on lui faisait commettre, et pourtant là, quelque chose le happait.

Etait-ce le décor âpre, le dépouillement dans lequel vivaient ces gens, ou bien la bienveillance qui se dégageait au premier abord de Songh. Ou était-ce la forteresse elle-même. Cette incroyable construction accrochée au sommet du piton, avec ses triples murs d’enceinte, ses tours carrées aux meurtrières dispersées. Combien d’êtres avaient sacrifié leur vie pour bâtir une citadelle pareille. Il fallait que l’enjeu en vaille sacrément la peine, et l’autorité du chef complète. Qui étaient donc ces gens après tout ? Quel genre de courage ou d’inconscience il fallait pour vivre ici ? Son nom lui avait donné et choisi sur une base de données militaires anciennes, un parchemin électronique des derniers siècles terriens, avant que l’humanité s’exproprie d’elle-même de sa planète devenue trop étroite. Son profil, la langue qu’il avait apprise, avaient été dessinés sur plan selon le respect de certaines traditions militaro-ethniques, il possédait implantée dans son cerveau une bibliothèque de faits, d’événements, de guerres, liés au pays supposé des ancêtres suggérés par son nom. Une personnalité préfabriquée puis formatée de soldat russe selon les critères mythologiques en vigueur dans l’armée. Le soldat idéal. Une statue. Couturée.

Opération Dark Road : brûlure au troisième degré, tassement de vertèbres N°1

Opération No Hope : éclats de shrapnel dans le haut du dos et dans les mollets, fracture du petit doigt, luxation du pouce.

Opération Tonnerre de Dieu : Fracture ouverte de l’avant-bras droit, tassement de vertèbres N°2, dysenterie, et un acouphène qui ne l’avait jamais quitté depuis.

Opération Razzia : 5 côtes fracturées, deux balles dans le ventre, brûlure au quatrième degré sur la jambe droite, élongation.

Opération Blue Oignon : Fracture de la main gauche, perte de trois doigts de pied, fracture de la pommette, luxation des deux pouces, plaie au ventre par arme blanche, shrapnel.

La statue était fatiguée ? Oui c’était peut-être ça après tout. Alors pour tenir le coup il se répétait le serment des unités Satan tout en se cognant le crâne de toutes ses forces contre la porte métallique du cachot.

–       Je jure de servir fidèlement le Centaure.

Boum !

–       Contre ses ennemis.

Boum !

–       Ou contre ses amis.

Boum !

–       Je jure d’obéir fanatiquement à mes chefs.

Boum !

Son crâne faisait des bosses larges comme lui dans la porte.

–       Et que je meurs sur le champ si je manque à mon devoir, que je sois immolé par cent couteaux si je déshonore le Centaure.

Boum !

–       Eh oh ! c’est bientôt fini ouais ! s’exclama le garde en entrant dans le couloir, ensommeillé, la casquette de travers, le fusil à bout de bras.

Il y eu un silence, et puis le prisonnier grommela.

–       J’ai mal…

–       Bah ouais t’as mal mon gros, elle t’a rien fait cette porte !

–       Eau, bandage, grommela à nouveau le prisonnier.

–       Oh la, la, à trois heures et demi du matin… pfff, râla le gardien à qui on avait bien spécifié qu’il devait rester en bonne santé. Ici on n’était pas comme là-bas, et après tout il avait sauvé deux de leurs hommes.

Le garde revint quelques minutes plus tard avec une gourde et un chiffon à peu près propre. Il s’approcha pour lui passer à travers la lucarne de la porte. Le bras du géant surgit d’un coup, lui attrapa la tête et la fractionna contre la taule. Quelques os craquèrent, il le souleva pour atteindre les clés et sortit. Maintenant il avait un fusil sans doute chargé dont il ne connaissait pas le mécanisme mais ça ne devrait tarder, il devait se chercher une arme plus silencieuse. Il la trouva dans une cuisine, au milieu des cuissots de cochon-singe, de légumes et de jarres pleines de potage de viande fumante. Dix-sept centimètres de bonne lame pour disséquer le gibier, tranchante comme un rasoir. Enfin il se coula dans l’ombre finir son travail. Il ne connaissait pas la configuration de la forteresse mais il avait une culture pour ce genre de monument et les dispositions nécessaires à leur garde. Il tua peu avant de parvenir à la chambre de Songh. Deux gardes, en silence, morts avant même de comprendre qu’on les tuait. Il connaissait l’emplacement de la chambre parce que c’était de cette pièce que le leader était apparu pour les accueillir. Il était allongé au fond de la pièce, dos à la porte, ronflait paisiblement. Le sergent hésita un instant, et puis…

Et puis il tua un édredon.

Lumière, clap, clap…

Songh est assis entre six gardes qui pointent leurs armes sur lui, il applaudit doucement en souriant.

–       Je ne suis pas aussi naïf que mon frère, je le crains sergent.

Ce fut la seule chose qu’il entendit parce que tout de suite après un des garde lui balançait la crosse de son arme en pleine poire.

Knock out.

Black out.

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