Vomir

J’ai tout été dans ma vie. De toutes les classes sociales. Je suis né chez des nouveaux riches et je vivais dans des appartements de 250m² du seizième arrondissement. Et tout à fait classiquement je me suis mis à dos de ce milieu qui de toute manière m’ennuyait profondément. Ceux de mon âge qui fréquentaient les mêmes collèges privés que moi ne rêvaient que de ressembler à leurs parents dont ils tiraient tous les propos et toute la poussière. Comme je m’habillais tout en noir et que ce n’était ni la mode du gothique et que je n’étais pas New Wave, qu’en Rance on a besoin de tiroir pour se rassurer, ils m’appelaient l’Anarchiste. J’avais fait un exposé là-dessus du coup, alors que je ne connaissais rien du tout à l’idéal libertaire, et même encore aujourd’hui j’aurais du mal à en faire le tour. Je n’ai jamais vraiment été politisé ou militant, ça m’emmerde.  Avec ces vieux jeunes j’ai passé des moments étranges et finalement hilarants dans des rallyes (sorte de rituel pré coït chez les bourgeois du seizième) ou à la grande fête annuel de ce qui s’appelait encore le RPR. Voir un couple s’extasier devant la beauté physique de Jacques Chirac j’avoue que ça ne s’oublie jamais. Et comme tu sais si tu me lis j’ai aussi été SDF et aujourd’hui mal logé où je profite à fond de la médiocrité de la classe moyenne, petit bourgeois en Mégane dont l’ambition suprême est de se payer des vacances à Agadir (je te rassure, moi aussi c’est actuellement mon ambition suprême, pas Agadir mais bon ça me changerait de face de con en fréquence tous les jours). Mais entre temps j’en ai fait partie de cette classe médiocre et plus exactement de ces petits bourgeois en rond que sont ceux qu’on nomme aujourd’hui les « bobos ». Je n’aime pas ce terme. D’une part parce qu’il en réalité issu des études marketing, et que de plus les tiroirs j’y range mes affaires pas les cons.

Ma compagne de l’époque était une fière conscience, une synthèse. Toujours prête à mettre une bougie pour les martyrs de Sebrenisca, afficher son ruban rouge, voir des films intelligents et surtout jamais américains car commerciaux, défiler pour la mort de Matoub Lunes, ou au 1er décembre car n’est-ce pas elle était dans le sida. Le sida est un métier comme un autre, du reste elle y a fait carrière et je ne compte pas les pages google où elle est recensée. On écoutait France Inter tous les jours, on lisait Charlie Hebdo et on vivait… dans le 20ème. Le 20ème et les arrondissements limitrophes c’est la capitale de cette médiocrité à gauche. En réalité si elle distingue une gauche d’une droite c’est pour pas se tromper de main quand elle a décidé de se branler.  Et elle se branle beaucoup, croyez-moi. Le gros drapeau CNT dans les manifs, le tee shirt Che markété, ou pour les filles les tenues ethniques pour bien faire comprendre au bandeur qui a envie de la serrer entre deux bières qu’elles ont un cerveau et que si tu veux la sauter, bin va falloir lui parler de Tombouctou, Kusturica, et l’incontournable Cedric Klapich le Eric Rohmer du boboland. Coincé dans mon couple, dans une histoire où je me suis longuement fourvoyé je n’osais pas dire qu’en réalité je vomissais ces abrutis. Que leurs expos peinture au Frigo me faisaient passablement chier, à peine plus créatifs que les tocards en rond de la place Montmartre, qu’ils se copiaient les uns les autres en se la jouant « mouvement » Quand ils n’allaient pas simplement taper chez des graphistes à la mode, Keith Haring, Combas, Speedy Graphito qui eux-mêmes sont tous morts avec le début des années 90. S’intitulant « plasticiens » sans doute parce que c’était plus vague et moins restreint que « merdeux qui s’ennuie en jouant à Picasso en attendant la Mégane ». Mais le pire, et je les retrouve ici dans mes contacts FB, c’était les consciences politiques.  Je les attire. Sans doute parce que comme d’autres ils pensent voir en moi le reflet de leurs petites âmes, et d’ailleurs même quand je leur pisse dessus en rigolant, ils m’applaudissent, tout à fait persuadés que ce ne peut pas être d’eux dont je ricane. Mais d’un autre. L’autre, le pas authentique, le pas comme eux, car eux ils sont vrais de vrai. Leur pensée est juste, profonde, sincère. Seulement si ces crétins avaient le moindre rapport sincère avec leurs idées, ils ne se contenteraient pas de défiler pour la Palestine déguisés en CNT. La CNT, je le rappelle pour ces oublieux est à l’origine un mouvement espagnol, anarchiste, combattant le franquisme et trahi par les  communistes. Combattant pas avec des défilés et des levés de drapeaux, mais avec du sang, des larmes et de l’acier. Mais c’est une chose de faire le mariole entre la terrasse du Soleil et la Bastille, une autre de savoir démonter et remonter un AK47 et surtout ne pas hésiter à buter un mec parce que Gaza lui revient pas. Conscience politique Carambar ou déglingos à deux balles qui sur la page de Vérol se donnent des pseudos de danseuse du Crazy Horse juste pour pas qu’on aille s’imaginer qu’ils sont en réalité chargés de compte à la BNP ou sondeurs professionnels dans un institut. Cette tripotée de mal rasés ou mal fringués, ces petites nénettes mal foutues qui cachent leurs complexes physiques sous des fringues de fripes ou tapées dans les bouibouis africains de la rue Myra, parce qu’elles avec leurs tafs de secrétaire de direction dans une association 1901 contre l’illettrisme chez les roumains elles ont les moyens de se payer une robe en batik sur mesure. Ce qu’une africaine ne se paye que pour un mariage. Et ne me la faites pas à l’envers j’étais exactement avec ce genre de gonzesse, même si elle pourtant elle était bien balancée. Cette smala qui aujourd’hui me bassine avec son Sauver Willy, remplacez Willy par le climat, la forêt subéquatoriale de je ne sais quelle contrée où ils n’iront jamais et plus globalement la terre. Alors que même avec deux neurones tu sais très bien que la terre elle s’en bat les noix que les ours polaires ils aient plus de pingouins à becter, ou alors en boîte, et que les scorpions peuvent prendre le pouvoir ça lui fera ni chaud ni froid. En réalité c’est leur petit cul qu’ils veulent sauver, pas la terre, et même pas l’humanité. D’ailleurs ils en connaissent quoi de l’humanité ? Ils sont même pas capables de savoir ce qui se passe dans le crâne de la fille qui leur tresse les cheveux à Maison Rouge… et qui en fait les prend pour des toubabs qui ont l’impression d’avoir vécu parce qu’un jour ils ont mangé un mafé dans un foyer Sonacotra.

Le réchauffement planétaire, l’émission de CO2, le suremballage, et le sauvetage des thons rouges ou des baleines bleues. Peu importe la couleur finalement pourvu qu’ils aient l’ivresse de se prendre cinq minutes pour autre chose que ces phasmes d’une société dégueulée par le marketing et l’industrie. Ce même marketing et cette même industrie qui comme n’importe quel aigrefin connaissant son métier a bien pigé quoi faire de cette nouvelle conscience, ce nouveau jouet de ces gosses névrosés d’avoir trop dans le bide. Et vas-y que je te vends des œufs bio deux fois plus chers, que je te fais du café éco responsable ou « solidaire » dans de beaux emballages chico authentiques. Pour que comme ça, si Monsieur Madame la Conscience a oublié, merde, la dernière manif pour les sans papiers, il puisse se racheter auprès de sa nouvelle religion en achetant  « responsable », « solidaire »… Ah mais je te rassure, on est tous contaminé par cette connerie. Mes œufs sont bios et si le con met le chauffage sur la terrasse en hiver ça me broute parce que je pense à tout ce truc qui crame pour que je me gèle pas les miches en suçant mon cancer. On ne peut pas se rétrocéder d’une société juste parce qu’elle nous file la nausée, ou alors on finit ermite,  marchand d’armes, les deux et je n’ai pas la dimension d’un Rimbaud ou d’un Cendrar. D’ailleurs ceux là ont disparu, ou bien planqués parce qu’ils savent qu’on ferait d’eux des animaux de foire et qu’ils y perdraient la seule chose qui les tient, leur boulot. Trouve-moi un écrivain, un bon, qui irait aujourd’hui dans une guerre juste histoire de vivre l’expérience, et reviendrait avec une seule main, pour réapprendre à écrire puis dans la foulée passer chercheur d’or. Il aurait pas fait cinq jours au Paraguay qu’une équipe télé voudrait lui causer, et Carla se faire sauter par son génie poétique. Les modèles ont disparu, ou alors ils finissent par se mettre en scène comme le faisait Bukowski qui pourtant disait à 60 ans passés que les blondes à chatte étroite arrivaient trop tard.

Et en attendant les Consciences en canapé se froufroutent le cul avec leurs idées chics et si belles parce que généreuses. Elles veulent que tous les crèves dalles de la planète puissent avoir ses papiers pour vivre dans notre magnifique hexagone, tant qu’on leur demande pas de mettre la main au portefeuille, que les gens cessent de se haïr pour leur couleur de peau, que les youpins, pardon les sionistes, redeviennent de braves juifs obéissants et les musulmans aient tous les droits, même de dire n’importe quoi parce que c’est mal d’être islamophobe… mais super d’être athée. Et c’est mêmes là viennent me dire « oh wé t’as trop raison » parce que c’est jamais eux donc, et c’est bien humain, je ne vais pas leur reprocher cette lâcheté là, c’est finalement leur seul courage, de ne jamais accepter de se reconnaître. Seulement je vais vous en raconter une petite les béats avant de vous laisser à vos songes d’un monde meilleur (meilleur que quoi d’ailleurs ? que notre monde à nous ou celui de Billy Joe tueur de poulets dans le Kentucky ?) quand j’étais petit, révolté donc par ce petit monde étriqué et ennuyeux du XVIème, je me suis fait lourder de chez papa maman. Nulle part où aller, au bord des larmes, cassé, je suis allé voir un mec de mon école. Le seul qui rêvait pas de devenir cadre comme papa. Il avait été punk, il était passé skin, il y avait des croix gammées plein sa chambre et pour rigoler il tirait avec sa réplique de M16 direction la Défense. Je détestais et déteste toujours ses idées et il se moquait des miennes en bon golgoth qu’il était, et puis il m’a vu avec ma gueule défaite devant sa porte. Il m’a juste dit « t’es en galère ? » et j’ai dormi dans son lit pendant qu’il dormait par terre. Ça vaut tous les discours de bonne conscience et croyez bien que si dans la noyade je devais en sauver un des deux, je choisirais ce facho là plutôt que vos tronches de clown triste.

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Une réflexion sur “Vomir

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