La viande c’est du blé.

Tout le monde s’en fout, parce que ça participe de ces faits dont on nous tarabuste sans qu’on n’y puisse rien : les agriculteurs français sont en pleine panique. Pensez donc : fin 2011, ils ont dû essuyer 15,2 % d’augmentation du prix de l’alimentation du bétail !

Pour le moment, ça ne vous concerne pas. Vous n’êtes pas encore passé au supermarché vous acheter une entrecôte à 20 euros le kilo.

D’ailleurs, selon la grande distribution, le vrai problème des éleveurs, ce sont leurs charges. Pas la grande distribution. Et surtout pas les méthodes de production. Leclerc peut proposer de la viande à moins d’un euro, les agriculteurs sont contents et pètent dans la soie. Ils sont les premiers suicidés de France devant toutes les autres professions, mais, en fait, ce sont les charges qui les tuent… Puisqu’on vous le dit.

Toujours la faute aux autres

Avant Normal 1er, le ministère de l’Agriculture parlait de négocier. Une négociation entre la grande distribution, qui a déjà la solution aux problèmes (les charges), les céréaliers et les éleveurs.

On imagine bien la négociation. Les uns parleront des sales charges qui pèsent sur la merveilleuse compétitivité, les autres expliqueront que tout est la faute aux autres : le marché, ma bonne dame, et le prix des matières premières, qui augmente à cause des biocarburants ou des Chinois. Et les agriculteurs de pleurer misère, comme d’hab. Eux-mêmes défendus par la FNSEA qui déclare que « cette augmentation risque de provoquer un fort clivage entre céréaliers et éleveurs ». FNSEA, le syndicat des tautologues.

On comprend mieux les suicides…

Tant que cette augmentation n’a pas été répercutée dans les rayonnages, on s’en cogne : c’est la faute aux salauds du Capital. D’ailleurs personne ne sait trop comment ça s’élève un steak, alors faut bien chercher un responsable, ailleurs que chez le consommateur. Car le fond de la question ce n’est pas combien nous consommons de viande (286 millions de tonnes de viande dans le monde en 2010) ni qu’on la veuille acheter à moins d’un euro le kilo. Non, le coupable, c’est le monde entier, sauf Monsieur Tout le Monde.

Donc, on est bien d’accord : les gens mangent trop de viande ; la grande distribution, c’est rien que des voleurs, les céréaliers aussi. Et si, tous les samedis, l’hypermarché du coin est rempli de monde aux caddies pleins à ras bord, eh bien, c’est encore la faute aux gens qui consomment trop et à la société qu’elle est toute pourrie…

Pour ceux qui n’auraient jamais tenu ce genre de propos, je tiens à préciser que « les gens » sont une entité extraterrestre apparue à la nuit des temps et qui, depuis des millénaires, pourrit la vie des êtres humains dotés d’un cerveau. Quant à la société, c’est une illusion imposée à nos yeux par les Machines pour faire de nous des piles Wonder.

Mais tout ça ne nous dit toujours pas comment résoudre le problème de ces braves éleveurs.

Le problème c’est les charges

Réduire les charges ? Par ces temps de crise, piauler au sujet des charges, c’est un peu râler parce qu’on s’est pas tiré une balle dans la tête mais dans les deux pieds.
Faire une grande conférence mondiale entre pays producteurs de céréales, un beau grand raout où chacun demandera à l’autre d’être plus raisonnable – les pays occidentaux promettant bien entendu d’être plus raisonnables que les autres ? Quitte à sponsoriser la raison en fournissant des aides, empruntés mais substantielles, aux céréaliers nationaux pour que les charges sur la pousse du colza leur coûtent moins cher…

Comment on fabrique une entrecôte ?

En fait pour savoir, le mieux déjà ça serait de se demander comment se fabrique un steak. Il existe deux méthodes actuellement – en réalité, les deux méthodes sont le plus souvent mélangées comme c’est le cas avec la volaille : le pâturage ou le parc d’engraissement. La seconde solution est la plus commune actuellement, sa mise en place et son fonctionnement ne sont pas très coûteux. Une majeure partie de la viande qui est dans notre assiette en provient jusqu’ici, parce que cette méthode emploie essentiellement des céréales pour engraisser rapidement les bestiaux. Et donc, les céréales ça douille.

Non seulement ça douille, mais, argument qui va faire frétiller les écolos du dimanche, c’est polluant. Le premier effet kiss cool, c’est que les parc crachent de la merde et des écoulements dans les sols. Second effet kiss cool : la culture céréalière intensive provoque une érosion des sols et un appauvrissement des sédiments. Troisième effet kiss cool : la production concomitante d’oléagineux a le même effet polluant que la surproduction céréalière.

En 1996 déjà, les céréales coûtaient cher. Les Américains avaient donc étudié des solutions alternatives. Ils se sont dits : et si on comparait un bœuf A élevé uniquement en pâturage et un bœuf B élevé exclusivement en parc à graisse ? De quoi se sont-ils aperçus ? Que non seulement la différence de rendement n’était pas énorme entre les deux méthodes, mais qu’en plus ça coutait moins cher de l’élever dans le gazon que dans le camp de concentration. La seule différence réelle ? Le temps. Pas le gain de temps, non : le temps prévisionnel. Celui qui permet à un broker de prendre une option sur deux milles tonnes de viande pour avril, parce qu’il sait à la seconde prêt combien de temps il faudra pour gaver, tuer et conditionner. Et pas de risque que la météo l’emmerde, le bœuf il la voit jamais la météo.

En fait l’écologie tout le monde s’en fout

L’écologie, ça sert pas juste à ce que Cécile elle fasse la belle en jean et que tu passes deux heures à chouiner là-dessus. Pas seulement à ce qu’un ancien pédophile soixante-huitard fasse le beau à la télé en expliquant le modèle écolo libéral, ni que des starlettes sponsorisées par Exxon et BP viennent nous vendre savons et films bio. Ça peut même servir à mourir en bonne santé, gagner de l’argent et, en plus, avoir un endroit où le dépenser. Mais ça, le consommateur comme le broker, ils s’en tapent, du moment que les rayonnages sont pleins tous les jours et à bas prix.

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